22 septembre 480 av. J.-C.

Grande victoire des Athéniens à Salamine

Combat entre un guerrier perse et un hoplite grec. Scène peinte sur un kylix (coupe) du Ve siècle avant J.-C., musée archéologique national d'Athènes.Non contents d'avoir été battus à Marathon, les Perses engagent dix ans plus tard une deuxième guerre contre Athènes et ses alliés de la Ligue hellénique, parmi lesquels Sparte.

Le grand et pacifique empire des Perses et des Mèdes, fondé un demi-siècle plus tôt par Cyrus le Grand, ne supporte pas l'arrogance des petites cités belliqueuses de la péninsule grecque.

Cette deuxième guerre médique s'achève le 22 septembre de l'an 480 avant notre ère par la victoire inattendue de la flotte athénienne dans le détroit de Salamine. Le premier récit détaillé de cette histoire nous est donné par le chroniqueur Hérodote.

Xerxès fait fouetter la mer

Xerxès, fils de Darius 1er, a préparé dès 486 av. J.-C. l'offensive contre les Grecs en rassemblant une armée considérable de peut-être 300 000 hommes. Les cités grecques d'Ionie, tributaire du souverain, se sont vues imposer le financement d'une flotte de 1200 navires de guerre et 3000 navires de transport.

L'affaire n'a rien d'une guerre entre nations ! Le « Rois des Rois » (titre officiel du souverain achéménide) dispose de contingents venus de tout son empire, du Nil à l'Indus, et même d'Érytrée, des bords de la mer Rouge. Il compte également des Grecs. C'est que la grande majorité des cités persistent à lui faire allégeance, à commencer par celles d'Ionie (Asie mineure). Idem pour la Macédoine, la Thessalie, Thèbes, rivale d'Athènes, Argos, rivale de Sparte.

Xerxès 1er, homme intelligent et fin, a lui-même pour principal conseiller un Grec du nom de Démarate, rien moins qu'un ancien roi de Sparte, chassé de son pays suite à une querelle avec le deuxième roi (Sparte a la particularité d'avoir deux rois simultanément).

Le 20 mai 480 av. J.-C., les troupes perses traversent l'Hellespont, bras de mer qui sépare l'Asie de l'Europe, entre la mer Égée et la mer de Marmara (c'est, aujourd'hui, le détroit des Dardanelles).

Selon le récit d'Hérodote, une tempête ayant détruit les ponts provisoires installés sur le détroit, Xerxès donne l'ordre de flageller la mer afin de la punir.

« ... Xerxès indigné ordonna d'infliger à l'Hellespont trois cents coups de fouet et de jeter dans ses eaux une paire d'entraves. J'ai entendu dire aussi qu'il avait envoyé d'autres gens pour marquer l'Hellespont au fer rouge. En tout cas, il enjoignit à ses gens de dire, en frappant de verges l'Hellespont, ces mots pleins de l'orgueil insensé d'un Barbare : 'Onde amère, notre maître te châtie parce que tu l'as offensé quand il ne t'a jamais fait de tort. Le roi Xerxès te franchira, que tu le veuilles ou non, et c'est justice que personne ne t'offre de sacrifices, car tu n'es qu'un courant d'eau trouble et saumâtre'. Ainsi fit-il châtier la mer ... et couper la tête aux ingénieurs qui avaient dirigé les travaux » (Hérodote, La Pléiade).

Héroïsme de Léonidas : la légende

Après cet épisode, les hostilités débutent par une double offensive terrestre et navale.

L'armée perse pénètre dans le massif montagneux de l'Oeta. Là, dans le défilé des Thermopyles qui donne accès à la péninsule grecque et borde la mer Égée, elle se heurte à la résistance de quelques milliers de soldats grecs sous le commandement du général spartiate Léonidas. Mais un habitant de la région, du nom d'Éphialtès, dévoile aux Perses un sentier qui permet à dix mille « Immortels » (soldats d'élite de la garde royale) de contourner le défilé et prendre les Grecs à revers. 

Il ne reste bientôt plus, face aux Perses, que 300 hoplites de Sparte ainsi que 700 soldats des cités de Thèbes et de Thespies (Béotie) venus en renfort. Ils sont tués jusqu'au dernier ou presque.

Ce premier échec va être transcendé par les Grecs en acte héroïque, voire en victoire. Hérodote va, le premier, expliquer que les Spartiates se sont fait tuer pour retarder l'avance des Perses et laisser aux autres Grecs le temps de se préparer à la guerre. Une inscription sera plus tard gravée sur la pierre en leur souvenir : « Passant, va dire à Sparte que nous sommes morts pour obéir à ses lois ».

Dans le même temps, la flotte grecque, forte de près de trois cents trières, se heurte non loin de là, au cap Artémision, à la flotte perse. Elle bat en retraite au terme d'une bataille indécise.

Léonidas aux Thermopyles (Louis David, 1814, Huile sur toile - 3.95 x 5.31m, Louvre)

Thémistocle, celui qui dit non

La Béotie et l'Attique sont désormais menacées d'invasion et la plupart des Grecs se replient derrière le détroit de Corinthe, dans le Péloponnèse, où ils se préparent à une ultime résistance.

Face aux Perses de Xerxès, la Grèce semble défaite.

C'est compter sans la détermination de Thémistocle. Devenu archonte d'Athènes peu après la bataille de Marathon, cet homme pourvu d'un sens politique aigu a compris que l'avenir de sa cité se jouerait sur l'eau. Il a convaincu l'assemblée du peuple de construire une flotte de guerre dont il entend se servir pour résister aux envahisseurs.

Comme Athènes, à l'image des autres cités antiques, ignore l'impôt sur le revenu, il finance la flotte (au total deux cents navires de guerre) en accaparant les revenus des mines d'argent du Laurion, au sud de l'Attique, près du cap Sounion. Ces revenus tirés de la location des mines à des exploitants privés étaient auparavant redistribués aux citoyens.

Par des mesures fiscales, Thémistocle oblige d'autre part les riches Athéniens à aménager à leurs frais le port du Pirée. Il fait enfin construire les Longs Murs, des fortifications destinées à protéger les communications entre le port et la cité.

L'audace de Thémistocle, chef du parti populaire, ne rencontre plus de bornes avec l'ostracisme qui frappe en 482 av. J.-C. son rival Aristide, le chef du parti aristocratique.

La ruse contre la force

À l'approche des Perses, Thémistocle convainc les habitants d'abandonner leur ville avec la complicité des prêtres de la déesse Athéna et sur la foi d'un oracle ambigu de la Pythie de Delphes qui évoque un « rempart de bois » (la flotte de guerre).

Les familles se réfugient dans la ville voisine de Trézène tandis que les hommes en âge de combattre embarquent sur les trières.

C'est le moment où déboule l'armée perse. Elle occupe l'Attique, la province d'Athènes, et pénètre dans la cité qu'elle pille et brûle, détruisant notamment le temple de l'Erechtéion sur l'Acropole.

Les quelques Athéniens qui avaient refusé de suivre Thémistocle sont massacrés sans façon.

La flotte de Xerxès, forte de plus d'un millier de navires, mouille dans le port du Phalère, non loin d'Athènes. Pendant ce temps, les 380 trières de la flotte athénienne se mettent à l'affût dans le détroit qui sépare l'Attique de l'île de Salamine.

Par une nouvelle ruse, Thémistocle envoie son propre esclave auprès de Xerxès. Se faisant passer pour traître, l'esclave explique au Roi des Rois que les Grecs sont terrorisés et s'apprêtent à fuir dès la nuit suivante. Ce n'est à vrai dire qu'un demi-mensonge car les Athéniens et leurs alliés, à l'exception de Thémistocle, n'en mènent pas large.

Xerxès ordonne à sa flotte de se déployer à l'entrée du détroit. Cette manoeuvre a l'effet de renforcer la détermination des Athéniens. Et, au petit matin, les Perses voient avec effarement la flotte ennemie se ruer à leur rencontre.

Indisposés par l'étroitesse de la passe, les navires perses manoeuvrent dans la plus grande confusion. Alors s'engage pour Athènes le combat de la dernière chance.

Huit ans après, en 472 av. J.-C., le poète Eschyle en a fait le récit dans sa tragédie Les Perses :
« Puis la flotte entière se dégage et s'avance, et l'on pouvait alors entendre, tout proche, un immense appel :
'Allez, enfants des Grecs, délivrez vos enfants et vos femmes, les sanctuaires des dieux de vos pères et les tombeaux de vos aïeux : c'est la lutte suprême !'... »
(Eschyle - Les Perses).

Xerxès assiste de la rive à la déconfiture de sa flotte. Craignant que son armée ne soit privée de ravitaillement et que les Grecs ne lui coupent la route du retour, il se hâte de rejoindre l'Hellespont avec ses derniers navires. Il laisse toutefois en Grèce une armée de 300.000 hommes sous le commandement de son beau-frère, Mardonius. Celle-ci est défaite l'année suivante par les Grecs, à Platées, en Béotie, sous le commandement du roi de Sparte, Pausanias.

Thémistocle (Athènes, vers 524 – Magnésie-du Méandre, vers 459 av. J.-C.) Dans le même temps, une flotte grecque débarque en Asie mineure, sous le commandement du stratège Xanthippe, père du grand Périclès. Elle défait une armée perse au cap Mycale, près de Milet. Les villes grecques d'Ionie retrouvent leur liberté. C'en est fini de la menace perse.

Thémistocle n'est pas pour autant récompensé. Par son manque d'intérêt pour la culture élitiste, son goût du luxe, sa cupidité et son cynisme, il indispose ses concitoyens au point que ceux-ci l'ostracisent, autrement dit le condamnent à l'exil, vers 476. Il se réfugie à Argos puis à la cour du roi perse Artaxerxès 1er, fils de Xerxès, son ancien ennemi ! 

Athènes et son empire

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Forte de sa victoire, Athènes va dès lors rayonner sur toute la Grèce et placer un grand nombre de cités sous sa protection, dans la ligue de Délos. La culture classique va s'épanouir au pied de l'Acropole.

Pour les Perses, une affaire sans importance

Le puissant souverain perse n'est pas pour autant affecté par sa défaite. Il se satisfait d'avoir puni l'impudente Athènes en détruisant l'Acropole et ne tient pas pour importante la défaite de sa flotte à Salamine... Une péripétie parmi d'autres.


Les Perses, Eschyle (ORTF - 31/10/1961),   source : INA
Publié ou mis à jour le : 2019-09-18 17:48:06

 
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