3100 à 30 av. J.-C.

Les trente dynasties de pharaons

Une très longue Histoire

La chronologie de l'ancienne Égypte nous vient du récit des trente dynasties par le prêtre Menathon (IIIe siècle av. J.-C.).

Elle est approximative. En effet, comme beaucoup de peuples à gouvernement monarchique, les Égyptiens se repéraient dans le temps par rapport à l'avènement du monarque régnant (exemple : « Nous sommes dans la 10e année du règne de Ramsès »).

Beaucoup de règnes ayant disparu dans l'oubli, il s'ensuit une incertitude de l'ordre d'un siècle sur la datation de la plupart des dynasties, des règnes et des événements.

Vue perspective intérieure coloriée du temple de l'Ouest, Description de l'Egypte t. II, 1809-1829

– 4000 à 2950 av. J.-C.

La période prédynastique de l'Égypte nous est connue grâce au site de Negada, dans le delta du Nil. À cette époque est fondée Memphis, la première grande capitale de l'Égypte, à l'endroit où le fleuve se transforme en delta, près de la capitale actuelle (Le Caire).

– 2950 à 2635 av. J.-C. : époque thinite

Cette période tire son nom de This, une cité du delta du Nil encore inconnue des archéologues.

Les dynasties I et II de cette époque sont inaugurées par Ménès, roi mythique auquel on attribue l'unification de la Haute et de la Basse-Égypte : la première, symbolisée par le lotus, est constituée par le cours supérieur du Nil, la seconde par le delta, domaine d'élection du papyrus.

Ménès est identifié au roi de la Haute-Égypte Narmer, qui régna sur Abydos, en Haute-Égypte, et conquis la Basse-Égypte.

Les rois (que l'on désignera plus tard sous le nom de pharaon) portent une couronne, le pschent, qui unit les couronnes des deux anciennes parties du pays. Ils sont enterrés à Abydos, en Haute Égypte, sous des tables de pierre appelées de nos jours mastabas (d'un mot arabe qui signifie « table »).

Tandis que la vallée du Nil se transforme en un État centralisé et puissant - le premier de l'Histoire humaine -, la Mésopotamie, à l'autre extrémité du « Croissant fertile », est encore divisée en cités jalouses de leur autonomie.

– 2635 à 2140 av. J.-C. : Ancien Empire

Statue de Djoser, musée égyptien du Caire. L'agrandissement montre le complexe pyramidal de Djoser à Saqqarah.Djoser (on écrit aussi Djéser) est le souverain le mieux connu de la IIIe dynastie. Il installe sa capitale à Memphis.

Son architecte et médecin, Imhotep, construit la première pyramide à degrés qui est, en fait, une superposition de mastabas. Elle est érigée à Saqqarah, sur la rive occidentale du Nil, à une quinzaine de kilomètres au sud du Caire.

Un peu plus tard, sous la IVe dynastie, vers 2600 av. J.-C., le pharaon Snéfrou érige à Dahchour, au sud de Saqqarah, non plus une pyramide à degrés mais une pyramide rhomboïdale. Mécontent du résultat, il en érige une deuxième à proximité, aux formes plus pentues.

La perfection des formes est atteinte avec les réalisations des pharaons suivants, son fils Khéops ainsi que Képhren et Mykerinos.

La pyramide rthomboïdale de Snéfrou, à DahchourOn leur doit les fameuses pyramides du plateau de Giseh, sur la rive occidentale du Nil, à cinq kilomètres environ du fleuve et en bordure de l'agglomération actuelle du Caire.

Ces fabuleux tombeaux royaux ont été réalisés par l'assemblage de millions de blocs de calcaire de plusieurs tonnes chacun, prélevés dans les carrières environnantes, avec un parement en granit (ce dernier ne subsiste que sur la plus petite des trois pyramides de Giseh, celle de Mykerinos).

Le nom de « pyramide » (pain de sucre en grec) leur a été donné par les Grecs beaucoup plus tard en raison de leur forme.

Le Sphinx de Giseh, IVe dynastie, vers 2400 av. J.-C. (DR)Autre monument remarquable de Giseh, le Sphinx, une statue à l'image du souverain, est l'oeuvre de Kheops.

Dès cette époque, l'administration se renforce. Le pays est divisé en « nomes » et leur gouvernement confié à des « nomarques » ou gouverneurs. En matière religieuse, l'État égyptien se voue au culte solaire de Rê, dieu d'Héliopolis. Il délaisse le dieu Ptah de Memphis.

L'Ancien Empire s'achève avec la VIe dynastie et le règne troublé de la reine Nitokris, transcription grecque de Neith-Ikeret. Cette reine a succédé à son époux, victime d'un assassinat. Selon la légende, elle aurait noyé les meurtriers après un splendide banquet. Elle aurait aussi achevé la construction de la pyramide de Mykerinos.

– 2140 à 2022 av. J.-C. : première période intermédiaire

À la faveur des troubles politiques de cette époque de transition, le peuple obtient que l'immortalité ne soit plus l'exclusivité du souverain.


Les bâtisseurs de pyramides (9/5/1994),  source : INA
Une civilisation du silex

Jusqu'au 1er millénaire av. J.-C., les Égyptiens restent fidèles au silex, qu'ils utilisent avec une grande habileté. Ils emploient par ailleurs les métaux précieux et le cuivre comme métal d'ornement. Le bronze est connu dès le Moyen Empire. À partir de la XVIIIe dynastie (1540-1295), il est couramment employé pour la fabrication des armes.

Curieusement, les Égyptiens accusent un retard dans l'utilisation du fer par rapport aux autres peuples du Proche-Orient. On trouve seulement des traces de métallurgie à Naucratis, ville fondée par Psammétique Ier (664-610) dans le delta oriental.

– 2022 à 1784 av. J.-C. : Moyen Empire

La Basse Égypte (le delta) et la Haute Égypte (la vallée) refont leur unité autour de la capitale de Haute Égypte.

Les anciens Égyptiens l'appelaient Ouaset (de was, ou sceptre, symbole du pouvoir royal) mais les Grecs l'ont faite connaître sous celui de Thèbes.

Plus tard, les envahisseurs arabes ont édifié sur l'emplacement de Ouaset-Thèbes une cité du nom de Louqsor (du mot arabe el-qsur, qui désigne une enceinte fortifiée et vient lui-même du mot latin castrum).

À Thèbes, le culte du dieu Amon se fond avec celui de , le dieu-Soleil. Il est assuré par un clergé riche et tout-puissant. On peut encore admirer sur le site les puissantes colonnes du temple de Karnak dédié au dieu.

Du Moyen Empire, nous avons gardé en particulier le souvenir de trois rois de la XIIe dynastie, nommés Sésostris. L'historien Hérodote a recueilli quelques échos de Sésostris III qui régna vers 1850 av. J.-C. et conquit ou reconquit la Palestine et la Nubie.

La Nubie, appelée Koush (ou Kouch) du temps des pharaons, correspond à la région du haut Nil, entre la première et la troisième cataracte. Son nom lui vient sans doute de la racine égyptienne nebou, qui désigne l'or, l'une de ses principales ressources.

Le Proche-Orient au IIe millénaire av. J.-C.

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Le Proche-Orient au IIe millénaire avant JC
Les premiers États apparaissent dans le Croissant fertile, en Mésopotamie (Irak actuel), en Égypte ainsi qu'au Proche-Orient et en Anatolie (Turquie actuelle), au IIe millénaire avant notre ère...

– 1784 à 1543 av. J.-C. : 2e période intermédiaire

Ahmosis Ier, New York, Metropolitan Museum of Art. L'agrandissement illustre la campagne d' Ahmosis Ie Ier contre les Hyksos.Les Hyksos, des peuples sémitiques poussés par les Indo-Européens, envahissent le pays et installent leur capitale à Avaris, dans le delta. Ils introduisent l'usage des chars de guerre.

Avec eux, les Égyptiens prennent conscience qu'ils ne sont plus seuls sur terre et doivent défendre désormais leur vallée, considérée par eux-mêmes et les voyageurs comme un paradis où l'on peut vivre dans une relative sécurité et bénéficier sans trop de mal de récoltes abondantes.   

La reconquête part de Thèbes, capitale de la Haute-Égypte, vers 1580 av. J.-C., avec le roi Sekenenre. Son successeur Ahmosis, fondateur de la XVIIIe dynastie, chasse définitivement les intrus et les poursuit jusqu'en Syrie.

1543 à 1069 av. J.-C. : Nouvel Empire

La XVIIIe dynastie est marquée par le règne de la reine Hatshepsout (ou Hatchepsout), qui nous a légué le temple de Déir el-Bahari (ou Der el-Bahri), dans la vallée des Rois, près de Thèbes.

Sous le règne de son neveu Thoutmosis III, l'Égypte atteint sa plus grande extension, jusqu'au royaume du Mitanni, du côté de l'actuelle Syrie. C'est avec Thoutmosis III que le terme « pharaon » est pour la première fois employé pour désigner le roi d'Égypte.

Vient ensuite le pharaon Amenhotep III (Aménophis en grec). Son architecte Aménhotep érige pour lui un magnifique temple près de Thèbes dont il subsiste deux statues monumentales, les « colosses de Memnon ».

Akhenaton et Nefertiti en famille, protégés par le Soleil, vers 1340 av. J.-C., art armanien, Berlin, Ägyptisches Museum

Le fils et successeur d'Aménophis III gouverne d'abord sous le nom d'Aménophis IV, aux côtés de sa femme Néfertiti, dont quelques portraits nous ont conservé la beauté.

Néfertiti, grande épouse royale d'Akhenaton (vers 1370 av. J.-C. ; vers 1334 av. J.-C.), buste du Neues Museum, BerlinIl entre en rébellion contre le puissant clergé d'Amon et tente d'imposer le culte d'un dieu unique, Aton. Lui-même prend le nom d'Akhénaton (« Splendeur d'Aton ») et fonde une éphémère capitale, Akhetaton, plus connue sous son nom arabe, Tell el Amarna.

Dans cette ville, des temples à ciel ouvert permettent d'adorer le disque solaire (Aton lui-même).

Mais les prêtres d'Amon auront le dernier mot, comme le prouve le nom que se choisit le successeur de l'hérétique pharaon.

Cédant à la pression des prêtres et de son maire du palais, Ay, il change son nom de Toutankhaton en... Toutânkhamon et quitte El Amarna pour Thèbes.

Masque funéraire de Toutankhamon (musée du Caire), DRSa mort prématurée, à 18 ans, amène un général hardi, Horemheb, sur le trône de haute et basse Égypte.

La XIXe dynastie est inaugurée par un parent de Horemheb, Ramsès Ier. Ce dernier associe son fils au pouvoir avec les fonctions de « vizir » et entame la construction de la fabuleuse salle hypostyle du temple de Karnak.

Le fils de Ramsès Ier s'illustre comme pharaon sous le nom de Séthi Ier. Mais son propre fils va le dépasser en célébrité sous le nom de Ramsès II (1292 à 1213 av. J.-C.).

Ramsès II livre bataille aux Hittites à Qadesh (ou Kadesh), sur les bords de l'Oronte, en Syrie. La bataille s'avère indécise malgré l'engagement personnel du pharaon.

Le royaume indo-européen des Hittites, établi autour de la ville d'Hattousa, en Anatolie (Turquie moderne), est alors à son apogée avec le roi Mouwatalli... Il ne tarde pas à se rapprocher de Ramsès II pour faire face à un nouveau rival, le royaume de Mitanni (à cheval sur la Syrie et l'Irak actuels).

Ramsès II, Égypte, temple d'Abou Simbel. L'agrandissement représente la statue de Ramsès II coiffé du khepresh, Italie, musée égyptien de Turin.Profitant de la paix retrouvée, Ramsès II en profite pour construire de multiples monuments, sans doute plus qu'aucun autre pharaon. On peut encore admirer l'immense salle hypostyle du temple de Karnak et le temple d'Abou-Simbel, sur les bords de l'actuelle retenue d'Assouan, qui cultive le souvenir de la bataille de Qadesh.

Le prophète hébreux Moïse serait, selon certains historiens, contemporain de Ramsès II ou de son fils et successeur, le pharaon Merneptah (ou Mineptah).

Notons à la même époque quelques autres événements concomitants dans la Méditerranée orientale, comme l''invasion des Doriens en Grèce continentale, la guerre de Troie et également la destruction de la civilisation mycénienne en Crète et dans le Péloponnèse.

– 1069 à 664 av. J.-C. : 3e période intermédiaire

Détail d'une statuette en bronze du pharaon Taharqa, XXVe dynastie, Paris, musée du Louvre. L'agrandissement montre le Sphinx de Taharqa, Londres, British Museum.L'invasion des mystérieux Peuples de la Mer, d'origine indo-européenne bouleverse l'Égypte comme d'ailleurs toute la Méditerranée orientale et le Proche-Orient. Les ancêtres mythiques des Palestiniens en seraient le produit.

Dans cette longue période intermédiaire, de nouvelles dynasties royales apparaissent dans le delta du Nil, à Tanis et Saïs cependant que la Haute Égypte subit la domination éthiopienne ou kouchite.

Vers 730 av. J.-C., le roi de Kouch Piyé Menkheperret longe le Nil et se heurte aux Égyptiens du nord, commandés par le pharaon Tefnakht et son fils Bocchoris. Sortis victorieux du conflit, les Nubiens s'emparent du trône d'Égypte et fonde la XXVe dynastie. S'agissant de Nubiens, on a ici affaire à des « pharaons noirs ».

– 664 à 332 av. J.-C. : Basse Époque

En 662 av. J.-C., l'Égypte est victime d'un nouvel envahisseur en la personne du roi assyrien Assourbanipal.

Psammétique Ier, prince de Saïs, dans le delta, chasse les occupants, tant Assyriens que Lybiens ou Kouchites, et fonde à son profit la dynastie saïte (XXVIe dynastie) .

Son successeur Néchao II est encore connu pour avoir commandé à des navigateurs phéniciens de faire le tour de l'Afrique ainsi que pour avoir fait creuser un canal entre la mer Rouge et la mer Méditerranée, via le Nil.

Cambyse, roi des Perses, conquiert l'Égypte en 525 av. J.-C.. Le pays, politiquement très affaibli, est victime en 343 av. J.-C. d'une nouvelle invasion des Perses avec le roi Artaxerxès à leur tête.

Le roi de Macédoine, Alexandre le Grand, entre à son tour en Égypte en 332 et la « libère » des Perses avant d'abattre définitivement la dynastie achéménide.

À la mort d'Alexandre, un de ses généraux, Lagos, gouverne l'Égypte. Son fils Ptolémée fonde la dynastie du même nom et établit sa capitale à Alexandrie, ville nouvelle fondée, comme son nom l'indique, par l'illustre conquérant. Autour des nouveaux pharaons se forge une brillante synthèse des civilisations grecque et égyptienne, illustrée en particulier par la bibliothèque d'Alexandrie.

La dernière représentante des Ptolémées est Cléopâtre VII. Après la défaite d'Antoine face à son rival Octave à Actium en 31 av. J.-C., elle s'empoisonne avec un aspic pour échapper à une humiliante exposition à Rome. L'Égypte devient province romaine et le restera jusqu'à la conquête arabe, qui voit l'incendie des derniers vestiges de la bibliothèque d'Alexandrie en l'an 642 de notre ère.

Fabienne Manière
Publié ou mis à jour le : 2019-09-03 13:04:42

 
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