31 mai 1921

Massacre de Tulsa

Deux séries télévisées ont contribué à faire connaître le massacre de Tulsa dans le monde entier : Watchmen en 2019 et Lovecraft Country en 2020. Elles relatent un événement réel survenu le 31 mai 1921 dans l’Oklahoma.

Ce jour-là, les Américains rendent hommage à leurs soldats morts au combat : c’est le « Memorial Day ». Un cireur de chaussures, Dick Rowland se rend aux toilettes réservées aux personnes noires. Alors qu’il se trouve dans l’ascenseur, il écrase sans faire exprès le pied d’une jeune femme blanche, Sarah Page. Celle-ci affirme que le jeune homme a tenté de l’agresser ; Dick Rowland est aussitôt arrêté et mis en prison. Ce sera le point de départ d’un lynchage…

Pénélope Pélissier
Le Sud sous tension

En 1921, l’égalité est loin de régner aux Etats-Unis. Les lois Jim Crow, mises en place en 1877, sont toujours en vigueur. Elles restreignent les droits civiques des afro-américains en les obligeant à se rendre dans des emplacements réservés dans de nombreux lieux publics et culturels, tels que les théâtres, les restaurants, les hôpitaux, mais aussi les toilettes ou les transports en commun. Les personnes de couleur n’ont pas le droit de voter.

Il faut dire que le Président aux commandes depuis 1913, Woodrow Wilson (lien bio), né en Virginie, se montre ouvertement raciste. Il maintient la ségrégation dans le pays ; pire, il soutient les actions d’une société secrète suprémaciste blanche, le Ku Klux Klan (dico). Ce mouvement clandestin est réapparu après la Première Guerre mondiale dans le sud des Etats-Unis, lorsque les soldats de retour au pays durent batailler pour trouver un emploi. Blancs et noirs s’opposèrent violemment dans le Midwest durant l’« Eté rouge ». Parallèlement, les cinq millions de membres du KKK sèment la terreur en lynchant, noyant et intimidant les afro-américains. Pour se protéger, ceux-ci se regroupent au sein de quartiers, formant de solides communautés.

C’est le cas dans le quartier de Greenwood, à Tulsa, que les habitants appellent familièrement « Black Wall Street ». Plusieurs entreprises gérées par des personnes noires s’y sont installées, ainsi que des cabinets, des avocats, des journaux… On y trouve aussi plusieurs églises. Une classe moyenne se développe rapidement ; elle suscite de la jalousie de la part des blancs de Tulsa.

Une fureur sans précédent

Le 31 mai 1921 voit la montée de la haine raciste atteindre son paroxysme. Suite à l’accusation d’agression portée par Sarah Page contre Dick Rowland, le jeune homme est arrêté sans preuve. Prévoyant un désir de vengeance des habitants blancs suprémacistes de la ville, des hommes noirs armés se rendent au Palais de Justice. Ils se retrouvent face à face. Mais les premiers sont trop nombreux ; après plusieurs morts, les seconds se réfugient donc à Greenwood.

Peine perdue : le lendemain, des incendies criminels sont déclarés dans le quartier. 1250 maisons et 131 entreprises prennent feu, ainsi qu’un hôpital et des églises. Des afro-américains sont tués dans la rue.

Au total, ce sont entre 100 et 300 personnes qui meurent ; leurs corps sont jetés dans une fosse commune et dans la rivière Arkansas. 8000 perdent leur maison. Le comble : la police prétend que les noirs seraient les fauteurs de troubles. Plusieurs d’entre eux sont arrêtés, tandis que les véritables criminels continuent de se promener librement. Le 2 juin, la Garde nationale arrive à Tulsa pour mettre fin au lynchage. Elle interne 6000 afro-américains dans des camps.

Le combat pour l'obtention des droits civiques

Au cours des années suivantes, les afro-américains se battent sans relâche pour l’acquisition de leurs droits. Suite à l’assassinat de Martin Luther King (lien) et de Malcom X (lien), le Président Lyndon B. Johnson fait voter plusieurs lois : le Civil Rights Act (1964 et 1968) et le Voting Rights Act (1965). Le racisme envers les afro-américains et les amérindiens est désormais condamné.

Tout citoyen américain, quelle que soit sa couleur de peau, peut s’inscrire sur les listes électorales, se rendre dans un établissement public, accéder à l’emploi et adhérer au syndicat de son choix. La discrimination positive est mise en place : des emplois sont réservés aux femmes et aux personnes de couleur grâce à un décret signé le 24 septembre 1965 par Lyndon B. Johnson.

Plus récemment, le 2 juin 2021, le centre historique Greenwood Rising a été inauguré dans la banlieue d’Oklahoma City. Ce musée-mémorial rend hommage aux victimes du massacre en retraçant l’histoire du quartier de Greenwood, de sa prospérité au massacre en passant par ses figures emblématiques. Une partie de l’exposition est consacrée à la reconstruction du quartier et à l’élaboration de la paix entre les habitants.

Publié ou mis à jour le : 2021-06-04 15:18:18

 
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