Vie et mort des esclaves dans la Rome antique - Un univers impitoyable - Herodote.net

Vie et mort des esclaves dans la Rome antique

Un univers impitoyable

Nous avons lu pour vous Vie et mort des esclaves dans la Rome antique par Joël Schmidt (Albin Michel , mai 2003, 290 pages, 19,50 euros)

L'auteur, Joël Schmidt, allie l'érudition de l'historien à la verve du romancier.

Vie et mort des esclaves dans la Rome antique

A l'opposé de son titre à rallonge, ce livre se révèle ô surprise d'une lecture aussi agréable et vivante qu'un roman policier ou un conte pour enfant. L'auteur, Joël Schmidt, allie l'érudition de l'historien à la verve du romancier.

Les lettres des anciens Romains prennent vie par la grâce d'une excellente traduction en français moderne. De la révolte de Spartacus aux pérégrinations de Cicéron, les événements sont racontés à la manière de reportages journalistiques. Maîtres et esclaves parlent, souffrent, aiment, gémissent avec autant de naturel que Jean Valjean ou le commissaire Maigret.

Disons-le net. Il l faudrait beaucoup de livres comme celui-ci pour redonner vie au monde antique et le débarrasser du marbre froid dans lequel l'ont figé les latinistes émérites et le trop célèbre Guide romain antique (Hachette).

Un monde impitoyable

A l'origine prisonniers de guerre, les esclaves ont pris une part essentielle dans la Rome antique. A l'intérieur même de la Ville, ils représentaient sans doute un bon tiers de la population.

Par l'ensemble des hommes libres, y compris les plus cultivés, ils étaient considérés jusqu'à la fin de la République comme des machines ou des animaux. Rien de plus. L'affranchissement restait limité par la loi et limité dans les faits: un affranchi ne devenait jamais vraiment un homme libre.

Joël Schmidt décrit la condition de ces malheureux, métier par métier: gladiateurs, précepteurs, bergers, domestiques... A propos des travailleurs des mines, il évoque les camps de concentration des régimes totalitaires du XXe siècle.

Rien d'étonnant donc si ces esclaves en vinrent plusieurs fois à se révolter.

La Sicile fut la première affectée, suite à l'appropriation de ses terres à blé par les chevaliers romains et leur transformation en pacages extensifs. Aux alentours de l'an 140 avant JC et à nouveau aux alentours de l'an 100 avant JC, la province fut secouée par de violentes jacqueries que Rome réprima à reculons, aucun général n'éprouvant de fierté à affronter les esclaves.

Plus connue est la révolte du gladiateur Spartacus, en Campanie, autour du Vésuve, à la fin de la République, vers l'an 70 avant JC, dernière des grandes guerres serviles de Rome.

Si les révoltes collectives étaient vouées à l'échec, les esclaves n'avaient pas plus intérêt à assassiner leur maître.

Joël Schmidt rappelle comment, à la suite de l'assassinat d'un riche Romain par son esclave, au début de l'Empire, le Sénat réactiva une vieille loi qui prescrivait de tuer dans ce cas tous les esclaves de la victime, femmes et enfants compris. C'est ainsi que tous furent voués à l'horrible crucifixion, le châtiment réservé aux esclaves. Il s'agissait par cet exemple d'inciter les esclaves à dénoncer ceux des leurs qui projetteraient un assassinat!

Limites de la philanthropie

Dans ce monde de contrastes, il existe aussi des esclaves heureux, tel Tiron, le fidèle secrétaire de Cicéron, qui survivra à l'affection de son maître et coulera des jours paisibles, fortune faite. Sous l'Empire, la condition des affranchis s'améliore et cinq d'entre eux, Polybe, Calliste, Pallas, Narcisse et Félix, jouissent auprès de l'empereur Claude d'une fortune et d'une influence inégalées... mais d'une extrême fragilité.

La diffusion de la philanthropie (de deux mots grecs qui signifient amour des Hommes) dans les couches supérieures de la société romaine, pendant les deux premiers siècles de notre ère, n'a pas vraiment d'influence sur la condition servile.

Ni Sénèque, ni Marc-Aurèle, philosophes pleins de compassion, ni d'ailleurs les premiers chrétiens eux-mêmes ne contestent la nécessité de l'esclavage.

En définitive, c'est seulement avec l'effondrement progressif des structures sociales, sous les coups des Barbares et par l'effet de la dépopulation et de la dénatalité, que l'esclavage disparaît peu à peu: dans une société livrée à l'insécurité permanente, aucune autorité n'est bientôt plus en état de traquer les esclaves fugitifs.

C'est seulement en contrepartie d'avantages en nature, pécule, dons de terre, que les maîtres peuvent espérer continuer profiter de leurs services.

André Larané
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