Les députés français ont voté une loi de circonstance pour pénaliser la négation du génocide arménien de 1915. Gros ennuis en perspective. Comme si le pays, plongé dans la plus grave crise de régime depuis la naissance de la Ve République, pouvait se permettre ce genre de bêtise ?!
Il y a dix mois, une pétition dénonçait la mainmise du Parlement sur l'Histoire à travers une série de lois «mémorielles» mettant en cause la liberté d'expression.
Voilà que les députés français ont récidivé en votant en première lecture le jeudi 12 octobre 2006 une loi qui punit jusqu'à un an de prison toute personne qui douterait que le massacre des Arméniens de 1915 relèvent du concept de génocide (notons que 106 députés sur 577 ont voté le texte, les autres s'étant en grande majorité abstenus).
Ce texte de loi, qui doit être confirmé par le Sénat avant d'entrer en application, a été ressenti par le gouvernement turc et la grande majorité des citoyens de ce pays comme une intrusion dans leurs affaires intérieures et une insulte à leur fierté nationale. C'est que la Turquie kémaliste admet mal qu'un Parlement étranger lui fasse la leçon. «Si le désir de nous voir assumer notre passé prend la forme d'un ordre, les Européens n'ont qu'à écrire notre histoire à notre place et nous demander de signer...» écrit le journaliste Cengiz Candar (Bügum, Istamboul).
La République turque ne nie pas la réalité des massacres commis à l'époque de l'empire ottoman mais enconteste l'ampleur et surtout réfute leur assimilation à un génocide. Cette interprétation de type « révisionniste » (dico) est contestée, soulignons-le, par la plupart des historiens et des gens qui se sont penchés sur la question (y compris Herodote.net !).
La position officielle dela République turque rappelle celle de la République Démocratique Allemande (RDA) qui, pendant l'occupation soviétique, n'a jamais cru devoir faire amende honorable pour les crimes du IIIe Reich. On peut concevoir que ce déni soit condamné par une instance internationale comme l'ONU, beaucoup moins par une assemblée nationale.
Champ de ruines
Le vote du 12 octobre apparaît d'ores et déjà comme un énorme gâchis. Non seulement il affecte les relations franco-turques et peut in fine se révéler nocif pour la cause arménienne elle-même mais, pire que tout, il porte atteinte à la liberté d'expression et, sous couvert de louables intentions, ouvre la voie à de nouvelles censures.
Conséquence la plus évidente de cette loi: les chercheurs qui analysent les documents relatifs au massacre des Arméniens de 1915 sont avertis qu'ils doivent de toute façon aboutir à la conclusion que ledit massacre relève de la catégorie très étroite des génocides sous peine de sanctions pénales (amende et/ou prison).
Plus généralement, la loi porte atteinte au droit de débattre de l'Histoire. Ce droit, comme le droit de débattre des sciences,d'art, de cuisine ou de politique, appartient à tout le monde, ce qui signifie d'accepter toutes les opinions, même les plus stupides. Viendrait-il au Parlement français l'idée d'emprisonner les gens qui contestent le darwinisme ou le réchauffement climatique ?... Plus gravement, la loi jette le discrédit sur la démocratie en posant des limites arbitraires à la liberté d'expression.
Si l'on punit en Franced'un an de prison quelqu'un qui douterait que les massacres de 1915 rentrent dans la catégorie des génocides, alors, du point de vue islamiste, on peut bien menacer de mort un prétendu philosophe qui, dans un quotidien à grand tirage, insulte le prophète vénéré par un milliard de musulmans (voir la chronique d'un certain Redeker complaisamment publiée par Le Figaro, le 19 septembre 2006). Peut-on insulter librement les religions et en même temps ériger en blasphème une opinion atypique sur l'Histoire ?... La liberté d'expression est comme la peine de mort. On est pour ou contre ce principe. On ne peut pas être « pour... mais avec des réserves ».
Comme pour prouver a contrario les bienfaits de la liberté d'expression, la loi du 12 octobre risque d'avoir sur la cohésion nationale des effets exactement contraires à ceux escomptés.
L'immigration turque a déjà été stigmatisée par la loi mémorielle de 2001 officialisant le génocide arménien et la nouvelle loi ne va rien arranger. Mais rien ne dit non plus que la cause arménienne sorte gagnante de l'affaire. Par esprit de contradiction, beaucoup de Français seront tentés de prêter une oreille plus attentive aux arguments fallacieux d'Ankara sur les événements de 1915.
Plus gravement, on voit mal maintenant comment éviter le débordement de revendications communautaristes et mémorielles. Des Antillais, fils métissés d'esclaves et de planteurs, aux descendants d'Africains en passant par les Kurdes, sans parler des juifs, protestants, descendants de cathares, Chouans et autres Camisards... chacun va y aller de sa revendication.
Si les députés ont bradé la liberté d'expression pour satisfaire 500 000 Français descendants d'Arméniens, comment pourront-ils refuser la même chose aux représentants de ces groupes ?
La République turque, qui a été fondée en 1923 par Moustafa Kémal sur des bases ultranationalistes,ressent comme une humiliation l'intervention unilatérale du Parlement français dans ses affaires, humiliation d'autant plus vive que la France a pendantplusieurs siècles joui d'un grand prestige sur les rives du Bosphore.
On apprécie au passage l'incohérence, pour ne pas dire plus, de nos hommes politiques qui ont presque tous plaidé pour l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne malgré ses positions à l'opposé des valeurs occidentales contemporaines (pénalisation de l'athéisme et de la liberté sexuelle, nationalisme farouche...).
Dans le même temps, ils se la mettent à dos pour une affaire qui ne devrait relever que du débat civique comme le rappelle avec bon sens le président du Parlement turc. Et celui-ci de préciser que la France, «qui joue un rôle éminent pour étendre les droits de l'homme dans le monde», ne devrait pas voter une loi «limitant la liberté de pensée».
En piquant au vif la Turquie, le vote du Parlement français pourrait annuler les effets positifs des pressions des instances internationales et notamment européennes.
Calculs électoralistes
Pourquoi la France, seule au monde, se montre-t-elle si soucieuse d'un drame qui remonte à près d'un siècle ? La raison, quoi qu'en disent les députés, semble purement électoraliste. Elle tient à ce que la France compte près d'un demi-million de descendants d'Arméniens rescapés du génocide, sans doute la plus importante «communauté» arménienne hors d'Arménie.
Pour elle, nos élus ont voté en 2001 une loi qui officialise le génocide arménien. Cette loi ayant suscité l'ire de quelques Turcs et débouché sur la profanation de mémoriaux arméniens, le Parti socialiste a surenchéri et déposé un nouveau texte pour sanctionner ces actes...
Les rapporteurs de ce projet de loi se sont justifiés en arguant de la loi Gayssot de 1990 qui réprime la négation d'un « génocide » et la loi de 2001 qui officialise le génocide arménien. C'est la preuve qu'on ne peut abroger une loi liberticide sans les abroger toutes, à commencer par la loi Gayssot !
L'engrenage actuel confirme les craintes de l'historienne Madeleine Rebérioux, présidente de la Ligue des Droits de l'Homme, à propos de cette première loi mémorielle. Pour y mettre un terme et éviter de nouveaux dérapages, il importerait d'abroger les lois mémorielles, mais la majorité des citoyens et des élus n'y semblent guère disposés. Tant pis pour la liberté.
Le vote de l'Assemblée nationale sur le génocide arménien apparaît pour le moins importun au regard de la protection accordée par la République française auxresponsables du génocide rwandais de 1994. Beaucoup de dirigeants rwandais vivent paisiblement sur le sol national après avoir publiquement appelé au massacre des Tutsis et l'on peut légitimement craindre que l'on ne reproche dans quelques années cette impunité à la France, à ses dirigeants et à ses citoyens, dans les mêmes termes que celle-ci fait la leçon aux Turcs.













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JM (25-10-2023 15:03:53)
Il faut dire que la Turquie n'est pas prête à faire pour elle même un travail d'historiens dans cette affaire et que ce faisant, ou ne faisant pas, elle ne donne aucune chance à la clarté et au delà au pardon et à l'oubli.
Nathan (23-10-2006 01:17:45)
Eh bien moi je trouve que c'est une bonne chose que des hommes politiques français aient le courage de condamner le négationnisme étatique turc en sanctionnant les contradicteurs d'une loi qui existe depuis 2001 en France: la reconnaissance du génocide arménien.
Le corollaire d'une loi est quand même bien de définir également des sanctions à l'encontre de ceux qui la bafouent!
Pourquoi la Loi Gayssot ne pourrait-elle pas s'étendre au génocide arménien reconnu par la France mais aussi par beaucoup d'autres pays ou instances à travers le monde?
rene mounier (21-10-2006 11:17:17)
Cette loi n'est que démagogie à la veille des élections.C'est vouloir s'immiscer dans ce qui relève du travail des historiens. C'est aussi un frein à la politique de rapprochement avec la Turquie, pays laïque et démocratique dans le Proche Orient qui prend peu à peu les mesures nécessaires pour adhérer totalement à l'UE.Le Prix Nobel attribué à O. Pamuk et les réactions positives du gouvernement turc sont un autre signe positif fait à la communauté internationale. C'est à la Turquie à reconnaître son histoire. N'oublions pas non plus les enjeux économique et militaires. La politique des députés qui ont voté cette loi n'est pas réaliste.Ces députés se sont-ils rendus une seule fois en Turquie pour y voir l'attachement des Turcs à la France et à l'UE? On parle français à Istanbul!!! ET que les HISTORIENS nous expliquent les causes du déclenchement de ces évènements tragiques et certes humainement inexcusables.
Dunet Serge (19-10-2006 17:16:15)
Cette loi que je qualifierai d'"inique" au regard de la liberté de pensée, prouve une fois de plus, si besoin était, la pauvreté de pensée de nos hommes politiques, qui sont incapables de gérer correctement les affaires de l'état, mais plus aptes à parader devant les caméras de télévision ou à polémiquer sur des sujet qui n'intéressent qu'eux mêmes (pratique du "nombrilisme") et qui sont sans aucun intérêt pour améliorer le bien être de l'humanité ou la paix dans le monde.
Anouch (18-10-2006 19:41:52)
Je rejoins les commentaires précédents: si les Arméniens en arrivent à cette loi, c'est parce que les historiens ne se sont pas fait entendre sur le sujet. Depuis le temps qu'on demande à ce que le génocide soit enseigné dans les programmes scolaires...: ca relève bien de vous aussi ca?
Personne ne veut une loi à tout prix, juste pour avoir une loi, sa loi, pour le principe. Non. Mais les circonstances font qu'aujourd'hui elle est nécessaire. mais s'il y a une alternative, je suis preneuse: il faudra le dire aux tribunaux qui ne nous donnent pas gain de cause tout en reconnaissant pourtant le génocide. S'il y a un moyen d'interdire les manifestations négationnistes, punir les profanations et les actes anti-arméniens sans passer par cette loi, je evux bien aussi. Mais dites-nous seulement comment. Aidez-nous à faire connaître le génocide pour que cesse ce négationnisme dangereux importé de Turquie. Si on n'apprend pas aux jeunes qu'en 1915 l'Empire ottoman a massacré selon un plan déterminé à l'avance 1500000 arméniens, comemnt vont-ils l'apprendre? soit ils ne le sauront pas, soit ils l'apprendront par les médias, qui eux, ne sont pas des historiens et qui transforme à lur guise la réalité des faits.
Je pense, oui, que ca passe par les médias et par l'enseignement scolaire. Malheureusement, concernant la cause arménienne, ni dans l'un ni dans l'autre on en entend parler. Il faut que les historiens fassent leur boulot correctement. pendant 90 ans, je pense qu'ils ont eu le temps de le faire (ou alors il y a un problème). Maintenant il faut le dire à la face du monde. A croire que la Turquie met bien la pression...
Antoine (18-10-2006 12:00:48)
Etant d'origine arménienne, je vous prierais d'excuser globalement mon avis subjectif. Je suis contre la loi qui a été votée pour les diverses raisons qui ont déjà été citées mais aussi parce qu'elle ne va aider en rien la reconnaissance du génocide par la Turquie. Mon grand-père faisait partie d'une famille nombreuse. Il a réussi à fuir le génocide avec sa tante vers le Liban à l'âge de 9 ans. Ses huit frères et soeurs ont été tués. Avec un peu de malchance (ou de chance?!), je ne serais pas en train d'écrire ces lignes.
Ecrire tout ce que je pense sur le génocide serait top long. Je vais néanmoins réagir à certaines interventions et aussi au texte de M. Larané (que je remercie au passage pour son travail)
"Le vote porte également atteinte à l'image internationale de la France..."
Honnêtement, et notamment après discussions avec des amis étrangers vivant en France (moi-même n'étant pas français), je suis certain que l'image internationale de la France n'est que rehaussée par ce vote, et ce même dans les pays musulmans - à part la Turquie. L'image de la France qui défend les droits de l'homme est peut-être une des dernières qui lui restent!
"La raison, quoi qu'en disent les députés, est purement électoraliste. Elle tient à ce que la France compte près d'un demi-million de descendants d'Arméniens rescapés du génocide. C'est de loin la plus importante «communauté» arménienne hors d'Arménie."
J'espère que les députés français ne sont pas si naïfs et ne voient pas l'intégration complète des français d'origine arménienne, qui votent d'habitude moitié à gauche, moitié à droite comme le reste des Français. Le nombre de voix récupéré éventuellement par le PS serait négligeable. En parallèle, s'il n'y avait que quelques centaines d'Arméniens en France, je doute que quiconque aurait bougé un pouce...
Aussi, à ma connaisance, les Arméniens vivant aux USA ou en Russie seraient bien plus nombreux que ceux vivant en France.
"une affaire qui ne devrait relever que des historiens"... Très bien. Mais qu'ont donc fait les historiens pendant ces dernières 90 années. On ne lit dans les manuels d'histoire que "génocide de 1.500.000 personnes selon les arméniens et massacre de 300.000 personnes selon les turcs". Mais où est donc le travail des historiens pour trancher?? Est-ce qu'il faut encore attrendre 90 ans? ... Alors que les actuelles 3ème et 4ème générations connaissent à peine les faits?
Un commentateur cite Voltaire:" Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire" C'est bien. Les Arméniens disent la même chose depuis longtemps, mais on les entend pas. Et si on les entend c'est pour ne rien en faire...
Une autre personne parle de George Orwell et de 1984. C'est bizarrement ce que doivent ressentir bcp d'Arméniens. Ils ont eu leurs grand-pères, leurs grand-mères, leurs oncles assassinés et on veut leur convaince que ça ne s'est jamais passé, qu'ils ont imaginé cela ou que tous ceux qui leur ont raconté ont tout inventé.
Madame Leret: "Pendant qu'ils y sont pourquoi ne remontent-ils pas au début de l'homme préhistorique. Chaque époque a ses monstruosités". J'aimerais savoir, madame, si vous auriez la même réaction si vos parents étaient assassinés ou si vous demanderiez justice.
La légèreté des propos de certains me désole. Je suis sûr qu'elle troublerait plus d'un dans la communauté arménienne. Je ne peux que penser que le ton serait différent si on parlait de la Shoah (et j'ai lu l'ancien article d'Herodote.net sur l'article de loi qui va avec). La faute à qui, je ne le sais pas. Peut-être aux historiens qui n'ont pas fait correctement leur boulot, ou à la communauté arménienne plus faible et moins revendicatrice que la communauté juive.
Je n'ai malheureusement et évidemment pas la solution parfaite à vous proposer. Faut-il attendre un jour où la Turquie deviendrait civilisée et qu'elle admettrait le génocide d'elle-même? Ou que des historiens objectifs travaillent conjointement avec l'ONU pour établir la vérité (et là ça serait un texte et donc une loi?!!). Je tiens finalement à rappeler une phrase importante pour l'Histoire qui nous passionne tous, on questionne Hitler sur l'éventuelle réaction internationale quant à l'extermination des juifs et Hitler qui répond d'un ton amusé: "Mais qui se souvient encore des Arméniens?!"
Michel (18-10-2006 05:18:48)
Je ne suis pas totalement d'accord de ne permettre qu'aux historiens de débattre de l'histoire surtout lorsque la presse n'évoque que très discrètement les massacres commis par les marxistes trotskystes, cubains etc (donc de gauche) ou même les musulmans... mais je ne pense pas qu'il soit bon de confier cela aux parlementaires via des lois... En effet, une telle loi consacre la pensée unique et l'on pourrait simplifier notre code pénal par une loi unique (à pensée unique loi unique) du genre "quiconque ne pense pas comme nos dirigeants sera puni de mort" (on remettrait ainsi la peine de mort mais ça simplifierait). Bref, je m'interroge: cette loi n'est-elle pas née finalement d'un certain laxisme des historiens qui n'ont pas vu que leur silence ou le silence né de la non-publication de certains crimes, serait perçu comme approbation alors que leurs mots sur d'autres crimes comme rejet... Alors, à des fins electoralistes, il ne restait plus qu'à voter une loi qui caresse dans le sens du poil en faisant plaisir à tout le monde mais qui, outre le fait que, comme 80% de nos lois, ne sera pas appliquée même si son décret est publié un jour (un ami m'a confié que la législature Jospin avait laissé plus de 2000 lois sans decret de publication... combien en ont laissées les législatures qui ont suivi?).
Jean-Luc BERNET (17-10-2006 22:36:17)
Non, on ne peut pas, comme vous le faites, jeter la loi Gayssot avec le reste car même si elle a aussi ses inconvénients, elle a pour elle de s'appuyer sur les attendus du jugement du Tribunal de Nuremberg qui constitue aujourd'hui un des piliers du système pénal international. Il n'y ajamais eu, il n'y aura jamais, et peut-être ne peut-il pas y avoir, de Tribunal jugeant les crimes des assassins des Arméniens de 1915. D'où la faiblesse de cette loi sur le plan juridique, au-delà de son caractère totalement inopportun et contreproductif.
Thierry Foucart (17-10-2006 09:41:44)
Cette loi va-t-elle avoir une portée internationale ? Si oui, plaignons les Français habitant en Turquie, condamnés par la France s'ils nient ce génocide et par la Turquie s'ils le reconnaissent ! Sinon, c'est en contradiction avec la condamnation de Faurisson qui a nié en Iran l'existence de chambres à gaz en Allemagne nazie. L'Iran va-t-il condamner les jeunes iraniennes non voilées à l'école en France ?
Il est temps de renouveler la plupart de nos élus.
Pierre Fortin,avocat (16-10-2006 22:11:59)
Comme juriste, je suis pour la réduction des lois pénales et des peines coercitives. Je ne comprends pas qu'on marque d'infâmie les Turcs d'aujourd'hui pour des crimes de leurs ancêtres, comme si on ne pouvait pardonner aux Allemands d'aujourd'hui pour les crimes du IIIème Reich. La criminalisation est une voie de facilité. Il aurait été plus digne et productif de prendre des mesures positives, telles que de subventionner des organismes d'arméniens pour présenter des expositions, tenir des colloques visant la "réconciliation" comme au Rwanda, en Afrique du Sud, au Cambodge, etc... On ne peut nier la vérité, mais c'est un devoir de l'affirmer. A quand une enquête sur le "génocide" colonialiste français à Madagascar en 1947???... (+ - 300,000 morts) et la criminalisation de sa négation??? voir http://www.aqolad.net/article.php3?id_article=111
Thierry Lang (16-10-2006 20:41:03)
Je n'aime pas l'idée d'une histoire officielle. C'était (et c'est toujours) le propre des dictatures.
Et voilà que nos politiques, depuis quelques années, gravent dans la loi la "vérité historique" et l'interdiction d'exprimer ou de défendre ses opinions! Le politiquement correct et le terrorisme intellectuel (comme dirait J. Sévilla) ont encore de beaux jours devant eux...
Bruno Coussieu (16-10-2006 18:53:54)
Sur un sujet aussi grave on pourrait dire: " beaucoup de bruit pour rien" Notre président a prévenu le premier ministre Turc qu'il regrettait le vote du parlement !
Depuis quand un président montre sa déception sur un loi voté par le parlement qui est normalement l'expression de la répresentation populaire?
En plus pour que cette loi soit appliquée, il faut que le président la promulgue...
Elle va comme beaucoup d'autre rester lettre morte car Le président ne signera pas l'acte de promulgation.
Vous ne parler pas de la manifestation qui a eu lieu à Lyon par certains Turc pour soutenir la négation du génocide arméniens !
Cette lois peut être contestable a surement trouvée un justification dans cette manifestation.
Il sera intéressant de voir ce que vont faire nos sénateurs !
Leret Anny (16-10-2006 16:41:12)
Je partage tout ce que contient votre article. Pendant qu'ils y sont pourquoi ne remontent-ils pas au début de l'homme préhistorique. Chaque époque a ses monstruosités, c'est vrai que l'on voit la paille dans l'oeil de son voisin et pas la poutre que l'on a dans le sien. Que diront de nous nos descendants de laisser les pays en voie de développement s'enliser dans la misère, la famine, les guerres sans rien faire . Pourquoi tant d'hommes doivent-ils prendre le risque de périr en mer en ayant l'espoir chevillé au corps de pouvoir nourrir la famille. Le partage, la solidarité bien pensée, c'est cela qui revaloriseraient nos politiciens, plutôt que de faire ou dire des bourdes énormes.
Kamel Kadouch (16-10-2006 15:46:57)
Les politiques ont compris après le referendum passé que leur comportement opportuniste et mépris des électeurs devait cesser. Ils ne pouvaient plus briller avec un sujet à la mode, mais devaient écouter ceux qui les ont mandatés.
Cette reconnaissance du génocide arménien procède pour moi, d’un rejet de la Turquie.
Les Turcs sont très tenaces pour jouer à culpabiliser les européens (club de chrétien) et les intimider en se refusant de se plier aux règles de l’UE, avant même d’y entrer.
Manque d’empressement à mettre en œuvre les réformes, notamment dans le domaine des droits de l’homme, des libertés de culte et d’expression, sans compter l’éternel non respect des minorités (mais c’est une vieille habitude).
Il est normal que le climat se tende car les turcs attendent que ce soit l’Europe qui leur cède sur leurs droits exclusifs. Ils veulent édicter leurs conditions, ce qui n’augure rien de bon.
Souvenons-nous de ne pas mélanger les genres au prétexte d’ouverture, comme les exemples passés et même récents l’ont montrés ;
-invasion des Balkans, libérés ensuite grâce aux russes. Le prix payé par les bulgares, grecs et autres devrait donner à réfléchir, eux qui ont été considérés comme du bétail.
-invasion de Chypre et création de la « République de Chypre du Nord » en 1984, hier en somme.
Le problème découle tout simplement d’une escroquerie de base, consistant à faire valoir des droits européens à la Turquie. Ceci au prétexte qu’une partie de son territoire (moins de 4%) se trouve sur le continent européen. Ceci est le résultat non abouti de l’invasion repoussée. De plus Ankara se trouve en Asie pour justifier de l’ancrage du pays.
Que ceci n’empêche pas la France de balayer devant sa porte pour les actes passés, fruit des politiques antérieures. Tandis que la Turquie est toujours en plein dedans !
Michelle Héraud (16-10-2006 12:12:17)
Je partage tout à fait l'opinion de Jean-Louis Couvreur. Comme lui, je suis personnellement contre l'entrée de la Turquie dans la CE, mais cette loi est inepte et totalement liberticide. Il faut laisser l'histoire aux historiens et leur permettre d'en débattre librement. L'histoire s'appuie sur des documents qu'il appartient aux historiens d'examiner en toute liberté.
NAVEL Guy (16-10-2006 12:02:39)
je partage pleinement le contenu de votre article et je ne comprends pas que nos parlementaires se fourvoient autant actuellement en légiférant dans des champs aussi risqués et qui de toute manière n'entrent pas strictement dans leurs compétences. Il y en a vraiment marre de cette attitude méprisante et suffisante d'une France qui aime à se donner en grande prêtresse morale pour le monde entier et qui n'est pas fichue de regarder son propre passé avec justesse, sincérité voire même modestie !
Le Glaunec (16-10-2006 10:28:41)
Votre article m'a comblé de joie. Il y a si peu de personne qui ont le courage d'appliquer la formule attribuée à Voltaire: " Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire". Ce qui m'a le plus inquiété c'est le nombre important de députés de tous bords qui ont voté un tel texte ( Je salue Jack Lang qui n'est pourtant pas de mon bord).
Dernièrement j'ai voulu faire lire Mein Kampf à mon petit-fils pour lui faire voir les excentricités de Hitler. Je n'ai pas pu trouver l'ouvrage dans des collections ordinaires en français (c'est édité en anglais ). J'ai appris que Gisbert avait voulu l'éditer car le considérant comme un ouvrage historique mais qu'il a du abandonner face au tollé général. Par quels arguments peut-on contrer les négationnistes si l'on pense que Hitler et ses idées n'ont jamais existé!!
paul de guilhermier (16-10-2006 09:52:22)
Bravo à Andre LARANE; il résume parfaitement bien l'ineptie d'une telle "loi"; comme si c'était aux députés de remplacer les historiens! qu'ils s'occupent donc de leur domaine et y restent; on s'étonnera, avec une telle affaire, que bon nombre de nos compatriotes jugent trés sévèrement leurs hommes politiques; il est bon de connaître les noms de ceux qui ont voté en faveur de cette loi afin de leur manifester notre sentiment.
Jean-Louis Couvreur (16-10-2006 09:47:50)
Je suis personnellement contre l'entrée de la Turquie dans la CE, mais je trouve votre argumentation parfaitement justifiée. Le législateur français se couvre de ridicule, heureusement pour lui, le ridicule ne tue pas. Espérons que l'électeur sanctionnera cette poussée de pensée unique "politiquement correcte". La liberté d'expression implique d'admettre l'expression de toutes les idées, même celles qui peuvent paraître stupides ou politiquement incorrectes. Nous sommes en train de la perdre.
Léonard (16-10-2006 09:29:54)
Que dire à la lecture d'un article aussi péremptoire sur un sujet tellement douloureux pour une communauté jettée aux oubliettes de l'histoire...
Avant d'être un fait historique, le génocide arménien est un crime... et la négation de crime fait partie du crime. C'est ce que la loi du 12 octobre 2006, à la suite de la loi Gayssot (qui puni le négationisme du génocide juif), a mis en exergue.
Il n'y a pas d'exemple d'assassin qui n'a pas, son forfait commis, besoin de se débarasser de son cadavre. C'est ce le gouvernement turc essaie de faire avec constance depuis le génocide arménien, notamment en imposant le silence.
Trois millions d'arméniens vivaient en Turquie avant le génocide. Ils sont 50 000 aujourd'hui... où sont passés les autres? N'est-il pas temps de leur faire justice ? C'est l'honneur de la France que de rappeler qu'il est des crimes imprescriptibles et que les niers fait partie des plans de leurs auteurs. De la loi Gayssot à celle du 12 octobre, c'est ce qui est en jeu. Dire que ce sujet ne dépend que des historiens est aller un peu vite en besogne.
Relevons au passage quelques inexactitudes sinon des dérapages dans ce texte : quel est le poids réel de la Turquie dans le commerce extérieur de la France ? (un peu plus de 1%) En quoi les musulmans de France se sentiraient-il solidaires de la Turquie en cette circonstance ? J'imagine que l'auteur exclue les Kurdes et les Iraniens de son calcul...
PASCAL DIENER (16-10-2006 08:46:37)
Toute législation ayant pour objet ou pour effet d'écrire l'Histoire est condamnable sans exception ni réserve.
Certes, une personne, un groupe de personnes, une communauté, peuvent légitimement se considérer comme créanciers de l'Histoire ; mais, seul le libre débat entre historiens, fondé sur des faits et documents ouverts à tous, -malgré les appréciations subjectives parfois divergentes-, permet d'avancer vers le jour où la créance, reconnue comme telle, sera enfin honorée. En matière d'Histoire, la loi est hors-la-loi.
RENOU Pierre (16-10-2006 00:33:56)
Entièrement d'accord avec votre article. J'ai honte de cette France qui s'érige en juge de l'humanité et ferait bien de balayer devant sa porte. Notre passé colonial bien proche n'a pas été toujours glorieux. Il serait pourtant si sain de reconnaître parfois simplement nos erreurs du passé, sans sombrer non plus dans des mea culpa mortifères... Mais la France n'est pas encore sortie de son rôle de "Fille ainée de l'Eglise"!
Messieurs les Députés, oeuvrez à des lois qui règlent de façon juste les rapports entre les citoyens français, laissez aux historiens leur rôle et aux français leur liberté de pensée.
Patrick Costagliola (15-10-2006 23:31:37)
Bonjour, je trouve votre réaction un peu exagérée au vu du fond du débat. je ne sais pas si ce texte de loi est nécessaire ou pas. Ce n'est ni la première ni la dernière fois que nos députés élus démocratiquement montrent leur humanité en se trompant comme chacun d'entre nous. Que la France soit le seul pays à avoir reconnu le génocide arménien tout en étant pour (au niveau gouvernemental) l'adhésion de la Turquie montre que nos dirigeants font bien la part des choses entre le passé et le présent. Sans être un fervent partisan de notre Président actuel, je trouve qu'il a dit une bonne chose en invitant la Turquie d'aujourd'hui à accepter les faits de 1915 sous peine de ne pouvoir vivre sereinement son avenir. Les Allemands ont accepté et compris, les pages noires de leur histoire. La Turquie doit faire pareil. La France comme d'autres pays a fait des erreurs et des fautes (vous avez félicité la sortie du film Indigènes récemment) mais elle a appris à les "analyser" publiquement et à en reconnaître les fautes. je ne sais pas si ce texte voté le 12 octobre est nécessaire mais le débat qu'il suscite en France me paraît intéressant et prouve notre respect de la liberté d'expression. Quand au risque de la montée de l'extrême droite, je crois qu'il ne faut pas crier au loup mais plutôt dénoncer les dérives extrêmistes de tout ceux font le lit de l'extrême droite en copiant ses idées et ses méthodes populistes.
Bon courage et bravo pour votre travail