Juin 2004 - Gai, marions-les:-) - Herodote.net

Juin 2004

Gai, marions-les:-)

Le mariage semblait vouer à disparaître il y a trois décennies ; le voilà au centre du débat politique, sous l'effet des revendications homosexuelles...

[mise à jour : novembre 2012]

De San Francisco à Paris en passant par Canberra, la mobilisation enfle. Des bourgeois grisonnants dénoncent une société archaïque et discriminatoire. Les juges américains sont sur la sellette. Le gouvernement australien vacille. La Belgique remodèle son droit.

La main sur le cœur, les dirigeants français se veulent rassurants... Sommes-nous en 1968 ? Non, en 2004, mais ce sont les mêmes qui se mobilisent.

Dénoncent-ils la catastrophe climatique en gestation ? la guerre entre islamistes et démocrates ? L’incurie des dirigeants face à l’implosion de l’Europe ? Non, l'affaire est beaucoup plus grave. Elle concerne le droit des homosexuels à se marier devant le maire.

Ceux-là mêmes qui, aujourd’hui, plaident en sa faveur ironisaient, en 1968, sur le mariage «petit-bourgeois», une institution née il y a deux siècles et vouée à disparaître. Regrettons qu'il n'y ait plus de Molière ou de Beaumarchais pour traiter comme il convient leur retournement d’opinion.

Homo philie, homo phobie

L'homosexualité est aussi vieille que l'humanité et ses pratiquants, quoique minoritaires et souvent victimes de violences et d'exclusion, ont toujours participé à la vie sociale.

Il n'est pas besoin de remonter aux Grecs de l'Antiquité pour le constater. Les «mignons» du roi Henri III, au XVIe siècle, et les «libertins» de la cour de Louis XIV, au XVIIe siècle, attestent de l'influence que pouvaient avoir les homosexuels jusqu'au pied du trône.

Plus près de nous, le juriste Cambacérès, l'académicien Julien Green, les philosophes Roland Barthes et Michel Foucault et le Prix Nobel André Gide... montrent que l'homosexualité n'est pas un obstacle à l'ascension sociale et aux honneurs publics.

Si l'Église officielle qualifie encore de péché l'onanisme et la sodomie, on ne saurait comparer cette condamnation morale aux sanctions pénales qui frappent les homosexuels dans tous les pays musulmans comme dans tous les pays d’Afrique noire et d’Asie.

On fait beaucoup de cas de la loi française de 1942, abrogée en 1982, établissant à 21 ans au lieu de 15 la majorité en matière de relations homosexuelles. Avouons qu'on a connu pire en matière de persécution.

Dominique Strauss-Kahn, postulant socialiste à la présidence de la République, justifie la légalisation du mariage civil entre homosexuels par l'urgence de lever les «discriminations» qui pèsent sur les homosexuels. De la part d'un responsable politique de premier plan, c'est faire preuve d'une roublardise consternante.

Une enquête a confirmé les très fortes discriminations socio-professionnelles qui affectent les handicapés, les minorités ethniques ainsi que les vieux. Le devoir d'un responsable politique comme DSK est d'engager des mesures pour corriger ces injustices et non de perdre un temps précieux à débattre d'une revendication symbolique qui concerne une catégorie de mieux en mieux acceptée dans la société.

Communautarisme 

Les organisations homosexuelles sont en flèche dans le développement du communautarisme en Occident et c'est là un phénomène aussi nouveau que préoccupant. Le philosophe Roland Barthes l'avait entrevu dans les années 1970. Homosexuel épanoui et discret, il s'inquiétait déjà à cette époque d'un activisme qui pouvait porter atteinte à son intimité et à sa liberté.

Si l'on met à part une petite minorité d'individus exclusivement orientés vers les personnes de leur sexe, l'homosexualité était jusqu'à ces dernières décennies une pratique occasionnelle qui se conjuguait avec des relations hétérosexuelles plus conventionnelles. Elle est devenue aujourd'hui un critère d'appartenance et chacun est sommé de se définir comme homo ou hétéro. Signe des temps, Hollywood multiplie les comédies sur les jeunes gens qui seraient tentés de franchir cette nouvelle barrière invisible (*).

L'«outing» par lequel les activistes homosexuels dénoncent quiconque voudrait protéger son jardin secret nous renvoie aux pratiques inquisitoriales ou, au mieux, à une forme inédite de «puritanisme inversé». Militants homosexuels et vedettes du showbiz conjuguent leurs efforts pour abattre le mur opaque et bienfaisant qui séparait naguère sentiments privés et vie publique.

Ainsi s'avancent des lendemains radieux où chacun sera sommé de se justifier de ses penchants sexuels, de ses pensées et de ses sentiments devant un Big Brother omniprésent et omnipotent.

Libertarisme

L'homosexualité comme mode de vie et comme communauté rejoint une aspiration contemporaine à la sécurité et à la tranquillité. Elle permet de retrouver la chaleur d'un groupe dans une société aux liens distendus et elle offre le confort d'une vie de couple sans avoir à supporter les lubies de l'autre sexe.

L'aspiration de certains homosexuels au mariage, voire à la procréation assistée et à l'adoption, reflète le caractère immature ou adolescent de la société de consommation post-soixante-huitarde. On ne supporte pas d'avoir à choisir entre le cocooning du couple homosexuel et les difficultés d'un projet familial construit sur la différence des sexes !

Derrière le mariage homosexuel et l'adoption se profile l'idée que la Loi n'aurait plus pour objet de protéger les faibles (enfants, pauvres...) contre les abus des puissants mais devrait se mettre au service de ces derniers pour lever les ultimes obstacles à leurs désirs.

Le psycho-sociologue Jean-Claude Liaudet voit dans ce chamboulement une ruse du néolibéralisme pour intégrer à la société marchande des domaines qui lui échappent encore (*)...

Ainsi s'avancent des lendemains radieux où les pauvres du tiers monde et du quart monde seront invités, au nom de la Liberté, à faire commerce de leurs organes, de leur sperme, de leurs ovules et de leurs bébés pour la plus grande satisfaction des bourgeois occidentaux.

Joseph Savès
Le mariage pour quoi faire?

Au moment où les organisations homosexuelles et certains responsables politiques réclament et parfois obtiennent le droit au mariage pour des personnes de même sexe, on peut se demander à quoi sert le mariage civil.

Dans Le Monde ( *), Jean de Maillard, vice-président du tribunal de grande instance d'Orléans, rappelle que celui-ci remonte seulement à la Révolution française. Auparavant, le mariage était strictement l'affaire de la religion.

Aujourd'hui, au terme d'un processus législatif qui a aligné les droits des enfants «naturels» sur ceux des enfants légitimes, le mariage civil n'apporte plus guère de droits particuliers. C'est si vrai que de plus en plus de couples français élèvent leurs enfants dans une union harmonieuse sans se soucier de passer devant le maire.

Avec un peu d'audace, on pourrait donc imaginer que le législateur abolisse le mariage civil et, du coup, rende sans objet la revendication des organisations homosexuelles. Sans aller jusque là, Jean de Maillard suggère de supprimer l'article 433-21 du code pénal qui interdit de pratiquer les mariages religieux avant le mariage civil : «Ainsi continueront de se marier civilement ceux qui le veulent, les autres faisant de leur union l'affaire purement privée qui leur convient».

Notons aussi que l'abrogation de l'article 433-21 serait conforme au principe de laïcité et à la loi de séparation des Églises et de l'État. On ne voit pas bien en effet pourquoi l'État laïc se préoccupe de conventions d'ordre privé comme le mariage religieux dès lors qu'elles n'ont aucune implication civile ou juridique.

L'abrogation du dit article remédierait par ailleurs à une inégalité de plus en plus pesante entre les cultes: seuls en effet les chrétiens et les juifs s'obligent à passer devant le maire avant de se marier religieusement. Beaucoup de couples musulmans établis en France reconnaissent n'être mariés que devant l'imam ( *).

Publié ou mis à jour le : 2016-12-06 18:40:07

 
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