9 août 2026. Le gouvernement français va baisser de dix centimes le prix de la boîte de paracétamol remboursable. L'Assurance Maladie espère ainsi économiser 30 millions d'euros par an. C’est la dernière idée du gouvernement français pour réduire une dette publique qui dépasse les 3000 milliards d’euros. Mais cette baisse de dix centimes compromet la relocalisation en France de la production de paracétamol, engagée après la crise du Covid (source).
Cette contradiction en dit long sur la difficulté à penser les finances publiques dans leur ensemble... À la tête des administrations et des ministères, les têtes pensantes s'efforcent d'équilibrer leur budget mais sans prendre en considération l'intérêt général du pays.
Les dirigeants semblent avoir oublié le précepte du baron Louis, sans doute le meilleur ministre des Finances qu'ait eu la France (mais c’était il y a deux cents ans) : « Faites-moi de bonnes politiques, je vous ferai de bonnes finances. »
Ainsi, rien ne sert d'équilibrer les comptes d’une administration s'il en résulte des pertes plus importantes ailleurs. La baisse sur le remboursement du paracétamol en fait la démonstration : le gain attendu par l’Assurance Maladie se révèle en effet inférieur aux pertes qui pourraient résulter de l'abandon du projet industriel.
Baisse de prix ou relocalisation, il faut choisir
Au total, 420 millions de boîtes de paracétamol sont remboursées chaque année sur ordonnance sous les marques Doliprane, Efferalgan, etc. Cette production comme celle de la plupart des médicaments fut délocalisée en Inde et en Chine dans les deux premières décennies du XXIe siècle, au temps de la « mondialisation heureuse », avec les encouragements de l’État, trop heureux des économies réalisées sur les coûts de ces médicaments et donc sur leurs remboursements.
Là-dessus, l’épidémie de Covid-19 révéla la cruelle dépendance du pays à l’égard de ses fournisseurs étrangers. Le Doliprane en vint à manquer dans les pharmacies, les pays producteurs ayant soin de servir leurs concitoyens en priorité. Le 17 juin 2020, le président de la République, la main sur le cœur, promit de remédier à cette dépendance en aidant les laboratoires Sanofi et UPSA à relocaliser la production de paracétamol dans une usine en Isère, à Roussillon. Cent vingt millions d’investissements industriels furent engagés par le chimiste Seqens, dont un quart de soutiens publics, en vue de produire à terme plus de dix mille tonnes de paracétamol par an, soit la moitié des besoins européens !
Les économies ne sont pas là où l’on croit
Mais voilà, très vite on oublia l’épidémie et l'on ne s’alarma plus que de la dette publique. C’est ainsi que fut planifiée la baisse de dix centimes sur les boîtes de Doliprane. Elle doit entraîner une baisse d’autant sur le montant de 78 centimes versé aux fabricants et importateurs de paracétamol.
Passe encore pour les importateurs qui disposent d'une marge de profit confortable. Il en va autrement du chimiste Seqens. Celui-ci assure que son usine a un équilibre financier fragile étant entendu que la fabrication du principe actif en France est 30% plus coûteuse qu’en Asie. Une baisse de 13% sur le prix de vente à la Sécurité Sociale lui serait fatale et ne permettrait pas d'assurer son ouverture, prévue pour la fin 2026.
Ce renoncement aurait pour le pays et pour les finances publiques des conséquences autrement plus coûteuses que l'économie de 30 millions d'euros par an attendue par la Sécurité Sociale !
Cette usine doit en effet générer plusieurs centaines d’emplois, soit au minimum 350 emplois directs (dans l’usine) et deux fois plus d’emplois indirects (sous-traitants, services, prestataires, commerces, etc.). En ordre de grandeur, un emploi direct coûte à l’employeur en moyenne 60 000 euros par an, dont 25 000 euros qui sont reversés aux finances publiques sous forme de cotisations sociales, d’impôt sur le revenu, de TVA et taxes induites. Nous pouvons par ailleurs estimer à 10 000 euros par an la part des revenus indirects qui reviennent aux finances publiques. À cela s’ajoutent les versements directs de l’employeur et de ses sous-traitants et prestataires : impôt sur les sociétés, taxes locales, TVA sur les consommations internes, etc. Enfin, il y a les économies réalisées par les caisses d’assurance-chômage du fait des nombreuses personnes qui ont été sorties du chômage et de la « galère » par la création de l’usine.
À ces gains monétaires s’ajoutent les gains immatériels qui ne sont pas moins essentiels : réduction du déficit de la balance commerciale et moindre dépendance à l’égard de l’Inde et surtout de la Chine. C’est bien assez de dépendre de cette dernière pour les terres rares, les batteries et autres produits de haute technologie. N’en rajoutons pas avec le paracétamol.
Reste à imposer les bons arbitrages : relocalisation industrielle ou baisse de prix, il faut choisir. Suivant le précepte du baron Louis, il appartiendrait aux têtes de l’exécutif, le Premier ministre et le président de la République, de définir le projet politique prioritaire et de veiller à ce que rien ne s’y oppose.
La réflexion ci-dessus mériterait d'être étendue à tous les appels d'offres publics. Les acheteurs prendraient en considération non pas le montant brut proposé par chaque soumissionnaire mais le coût réel pour l'État, toutes administrations confondues.
Chaque soumissionnaire sera ainsi invité à détailler son offre comme suit :
• Montant total réclamé à l'acheteur,
• Dépenses effectuées par le soumissionnaire en France (salaires et achats),
• Cotisations, charges, impôts et TVA prélevés sur ces dépenses par l'État français.
Dans chaque réponse à l'appel d'offres, les acheteurs auront soin de déduire ce montant-ci du montant total et leur choix ira au résultat le moins élevé.
Par exemple, si un soumissionnaire français propose un devis à 1000, dont 250 qui reviendront à l'État français sous forme de cotisations, charges, impôts et TVA ; si son concurrent chinois propose un devis de 800 net, c'est le Français qui remportera l'appel d'offres comme étant le plus avantageux pour la collectivité.















Vos réactions à cet article
Marcusverdun (13-09-2026 12:18:18)
Faire payer 10 % par boîte de tout ces médicaments de « confort »
Maryse (21-08-2026 19:39:27)
J'aimerais que #tonio54 m'explique comment il case une journée de 80 heures quand elle n'en compte que 24 ! Je pense qu'il fait une erreur dans l'échelle temps et qu'il parle de semaines de 80 heures ! Car même en 1984, les journées que faisaient que 24 heures.
Quant à la loi AUBRY elle prévoyait que pour 5 personnes qui passaient à 35 heures, l'entreprise devait en embaucher une 6ème … mais voilà, elle n'avait pas prévu que les employeurs ne joueraient pas le jeu et n'avait pas non plus prévu de mesures coercitives !
C'est d'ailleurs tout le problème de nos gouvernants qui proposent des subventions sans contre-partie ni surveillance de l'exécution des mesures qui sont adossées à ces subventions, et on voit où ça nous mène … dans le mur ou plutôt dans le gouffre abyssal de la dette.
Émile (17-08-2026 19:42:06)
Pour la collectivité le Doliprane étant un consommable de confort ou de petite incidence , sur ordonnance ou pas , il ne devrait pas être remboursé, pour laisser la place à une industrie produisant des PRINCEPS essentiels à la Santé ! Et ses dérives de bas poids ,le substitut de l Hémoglobine des vers des plage de l Atlantique , ou l AMYP53 des Marseillais contre les dépôts amyloïdes !! On a de la ressources mais on est bloqué par Bruxelles et Big Pharma ! Quand à la Secu elle coupe la branche sur laquelle elle dans une position instable , tant que l Allemagne le permet !!
Pedro69 (13-08-2026 10:59:09)
Cela illustre bien aussi quelle usine à gaz sont devenus le fisc et le budget !
Robert V (12-08-2026 18:27:42)
une des conséquences de l'incapacité à réformer on grignote par ci par la plutôt que de régler les vrais problèmes encore combien de temps ?
Joël (12-08-2026 13:28:47)
Nos dirigeants et gouvernements ont une vision tactique, à court terme et ne s'intéressent pas au pays et encore moins à leurs habitants dans la durée; ils s'y intéressent quant il se sentent menacés, quand leur ego est attaqué, et ouvrent grands les robinets des dépenses pour calmer l'ardeur et le mécontentement d'une minorité d'agitateurs.
VAN RAAY (11-08-2026 12:34:22)
Très bonne analyse en effet. Mais on pourrait remonter encore plus en amont et se demander pourquoi le paracétamol a remplacé silencieusement l'aspirine qui est un antidouleur, qui possède tout un tas de vertus (protège du cancer notamment) et dont le seul inconvénient est qu'il fluidifie le sang ce qui n'est un inconvénient que pour une frange de la population. Il est de surcroit peu onéreux à produire, d'autant que le brevet est depuis belle lurette dans le domaine public (peut-être y-a-t-il là une explication...)
JpV (10-08-2026 07:28:12)
Quel est l'effet du paracetamol sur nos neurones en cas de consommation régulière ?
Guy (10-08-2026 06:32:55)
Au fronton de mon école etait gravé « L’école d’aujourd’hui fait la France de demain » et bien ça y est on est demain ! Je suis d’accord avec Henry l’absence abyssale de l’économie dans l’enseignement est catastrophique. Elle abouti à une vision simpliste, absolument statique et parfaitement négative du monde économique vu comme deux classes qui s’affrontent les riches et les pauvres. Absence de notion dynamique dans l’absence de notion de création de richesses donc absence d’interrogation sur la manière de créer ses richesses aboutissant à l’idée que réduire le travail est un progrès social (aberration absolue dans un pays qui n’a aucune richesse naturelle). Absence d’intérêt pour la préparation de l’avenir c’est à dire dans l’impérieuse nécessité d’investir donc de gérer l’équilibre de nos budgets. Notre éducation a egalement perdu le sens ( et peut être même le mot qui a l’heure actuelle doit être parfaitement inconnu des élèves entrant au collège) de « civisme ». Pire les partis politiques, vides de tout idéal federateur, s’enlisent dans le jeu electoraliste malsain de la polarisation de la société. Ceci finit de détruire la cohésion de la société qui devient parfaitement ingouvernable comme on peut le voir à l’heure actuelle.
Jean Bachelerie (09-08-2026 18:14:32)
Un article qui remet en place ce que sont politique de long terme et gain de court terme ; gestion comptable ou gestion politiuque de nos intérêts à long terme !
jver (09-08-2026 15:42:09)
Et pourquoi rembourser le Doliprane? Et pourquoi pas les iPhone?
Henri75012 (09-08-2026 12:22:53)
Tellement évident.
Le résultat de 50 années d'absence d'enseignement économique libéral, voire de désinformation économique : la majorité des électeurs est imperméable à l'économie. Et les politiques répondent à l'ignorance économique.
tonio54 (09-08-2026 11:37:16)
ma première épouse avait du synthétiser de l'aspirine pour son final de pharmacie... quels euros... mais en france c'est la main d'oeuvre qui est bcp bcp trop chère et travaille pas assez longtemps... merci Aubry quand vous aurez compris il faudra travailler plus et plus longtemps... mes première gardes de médecin payée 5 euro la nuit et les journées de 80h avec les gardes... et on ne se plaignait pas en 1984...
JMCROS (09-08-2026 11:35:39)
Totalement d'accord avec votre article. Nos hommes politiques actuels ne semblent préoccupés que par leur élection et donc leur égo, et sont incapables de penser une politique à long terme qui peut parfois sembler peu agréable sur le court terme; alors on se contente de colmater les brèches, de voir l'intérêt immédiat sans se préoccuper des conséquences à long terme.
Il en est de même sur les conséquences des catastrophes climatiques ; il faut faire un "Grenelle" du changement climatique, réunir les gens compétents dans divers domaines (office nationale des forêts, architectes, urbanistes...) et avoir ensuite le courage d'appliquer des décisions même si elles sont désagréables de prime abord. Aurons-nous un homme politique assez courageux pour travailler dans l'intérêt du pays et oublier sa réélection???? Espérons même si c'est de l'utopie...
Michel (09-08-2026 11:11:32)
Comme le disaient les amateurs de football lors de la "coupe du monde FIFA"2026 : « Rien ne vaut un bon arbitrage ! »