Europe d'hier, Europe de demain

L'« Europe rêvée » de M. Macron

Emmanuel Macron à la Sorbonnne le 26 septembre 2017 15 février 2026. Longtemps, l'historien et journaliste que je suis s'est interrogé sur le mystère par lequel un président jeune, séduisant, charismatique et très intelligent a pu pendant une décennie s'accommoder de la lente glissade de son pays. Je crois aujourd'hui deviner le sens de ces apparents insuccès. Que l'on ne m'en veuille pas pour ce corps-à-corps avec l'actualité sur une Histoire en train de se faire...

NB : cette réflexion prolonge et complète celle d'il y a un an, qui demeure très actuelle.

Aux élections présidentielles des 23 avril et 7 mai 2017, Emmanuel Macron fut le seul des onze candidats à s’affirmer européiste et maastrichtien sans aucune réserve. Du coup, le chemin vers la victoire s’est ouvert devant lui comme par enchantement. C’est d’abord le favori François Fillon, qui fut opportunément abattu en plein vol par une affaire d’emploi fictif vieille de quelques années et dévoilée opportunément par Le Canard Enchaîné ; c’est ensuite Alain Juppé qui se désista en faveur du jeune ministre ; c’est enfin le centriste François Bayrou qui lui apporta son soutien.

« Souveraineté » ou « indépendance », il faut choisir

Fidèle à son camp, le nouveau président ne le déçut pas. Il y eut l’hymne européen lors de la cérémonie d’intronisation sur le parvis du Louvre, sans compter la main sur le cœur à la manière des présidents américains pour saluer l’hymne national. Il y eut surtout le discours de la Sorbonne, le 26 septembre 2017, « pour une Europe souveraine, unie, démocratique ».

Le discours est vibrant et plein d’allant (en matière d’art oratoire, le président a été à bonne école avec son épouse, professeur de théâtre). Mais il recèle une contradiction dans l’emploi du qualificatif « souveraine » en lieu et place du qualificatif « indépendante ».

L’indépendance de l’Europe était l’objectif légitime du traité de Rome de 1957, avec des frontières étanches, des protections commerciales et une défense solide. Conscients que l’Europe en tant que nation et peuple n’existe pas, ses rédacteurs aspiraient à des États forts au service d’une ambition commune : préférence communautaire, politique agricole commune, Airbus, Agence spatiale européenne, Erasmus, etc.

En sens opposé, oublieux de l’Histoire et des réalités humaines, les rédacteurs des traités de Maastricht et de Lisbonne ont tourné le dos aux acquis du passé. Ils ont ambitionné ouvertement la création d’une fédération à l’image des États-Unis et ont érigé en dogme constitutionnel l’ouverture des frontières aux capitaux, aux biens et aux hommes (note).

C’est ainsi que le président Macron s’est donné pour horizon l’avènement d’une « souveraineté européenne » sur la conviction que la puissance, la prospérité et l'indépendance reposent sur la taille de l'État.

Mais cette conviction reste à démontrer :
• L'Angleterre a dominé le monde au XIXe siècle avec seulement 2% de la population mondiale ; d'autre part, la Suisse ou encore Singapour sont des États prospères et respectés en dépit de leur très petite taille...
• L'Union européenne des Vingt-Sept manque quant à elle de la cohésion humaine qui fait la force d'une nation ; elle est tiraillée par les conflits d'intérêts entre ses membres (industrie allemande contre agriculture française, soutien ou non à la Palestine, etc.) et d'autre part, dépourvue de légitimité démocratique. Les citoyens européens ont compris à l'issue des référendums français et néerlandais de 2005 que leur vote comptait pour du beurre, d'où le rôle purement décoratif du Parlement de Strasbourg, face à la Commission de Bruxelles et aux lobbies des milieux d'affaires internationaux.

La souveraineté ne se partage pas

La souveraineté désigne d’une manière générale l’autorité suprême dans une collectivité. Dans les États membres de l’Union européenne, qui sont tous des démocraties, cette autorité suprême est le peuple : il élit ses représentants appelés à voter les lois et ses gouvernants appelés à les exécuter. Il est donc absurde d’imaginer au-dessus du Peuple souverain une autre souveraineté qui serait européenne.

De fait, en Europe, chaque État conserve son autonomie vaille que vaille. Le bourgeois de Strasbourg est solidaire du chômeur de Mayotte, en dépit de ce qu’ils s’ignorent, car ce sont les impôts de l’un qui assurent l’éducation et les soins de l’autre. En revanche, le même bourgeois ne partage rien avec son homologue de Fribourg, sur l’autre rive du Rhin, en dépit de leur ressemblance, car ils relèvent de systèmes sociaux et fiscaux complètement distincts. Et si demain, les institutions européennes venaient à s’évanouir par enchantement, les États membres et leurs habitants s’en apercevraient à peine…

C’est ce qui fait la différence entre l’Union européenne et les États-Unis. Les prérogatives des cinquante états américains se limitent au cadre de vie et à la gestion de proximité. Les habitants de Floride comme d’Alaska partagent leurs ressources et leurs impôts ; ils affichent aussi les mêmes intérêts stratégiques ; ils ont le sentiment très vif d’appartenir à la même nation.

Il est d’ailleurs significatif qu’au moment où les élites européennes aspirent à abolir les États-nations qui ont fait la grandeur du continent, les autres États de la planète, y compris les plus grands, tendent à adopter ce modèle, avec un gouvernement central fort et la revendication d’une identité commune. C’est le cas des anciens empires de Russie et de Chine, de la fédération étasunienne et même des États africains qui s’échinent à surmonter leurs clivages ethniques au profit d’une identité nationale. Ainsi les Sérères et les Ouolofs du Sénégal vibrent-ils pour la même équipe de foot lors de la Coupe Africaine des Nations.

En finir avec l’État-nation français

Comme il l’a montré avec le discours de la Sorbonne, le président Macron se veut plus « européen » qu’aucun autre dirigeant.

Sitôt élu, en 2017, il sacrifia la centrale nucléaire de Fessenheim sur l’autel de « l’amitié franco-allemande ». Il rogna les budgets de l’armée, l’une des fiertés nationales, et congédia le chef d’état-major, le général Pierre de Villiers, qui avait le front de protester. En 2022, sur ces deux points, la guerre en Ukraine et les injonctions de Bruxelles et de Washington le conduisirent à un changement de pied, sans résultat pour l’instant.

Il mit un terme aux relations privilégiées de la France avec l’Afrique, qui étaient, avec la dissuasion nucléaire et le siège permanent au Conseil de Sécurité de l'ONU, l'un des trois piliers qui ont permis à la France gaullienne de conserver longtemps un statut de grande puissance. Il se désintéressa de la francophonie au point de donner au Rwanda le secrétariat général de l’OIF (Organisation internationale de la francophonie) après que ce pays ait remplacé le français par l’anglais comme langue officielle !

Le président Macron ne manqua pas aussi de réformer les institutions qui constituent, depuis un ou plusieurs siècles, l’ossature de l’État. Il remplaça ainsi l’ENA, pépinière de « grands serviteurs de l’État » (dont lui-même !) par un INSP (Institut national du service public), avec un recrutement élargi et des orientations décloisonnées à la sortie ; avec aussi, dans le corps préfectoral et le corps diplomatique, la nomination de personnalités venues de divers horizons et appelées à y retourner…

Plus gravement, il laissa filer le déficit commercial, l’industrie, le déficit budgétaire, les dépenses publiques ainsi que les flux d’immigration. Le plus inattendu est sans doute l’effondrement du solde agro-alimentaire de la France, en dépit d’un potentiel agricole sans équivalent en Europe. Dans le même temps, en dix ans, la fécondité de la population, toutes origines confondues, a chuté de 1,96 enfants par femme (2015) à 1,56 (2025) avec pour la première fois moins de naissances que de décès, une diminution de la population autochtone et une mortalité infantile à la hausse. En réaction à ces signaux lourds de menaces, le président tenta une réforme bénigne des retraites avant de s'accommoder de sa suspension. 

Une cure d’austérité drastique paraît désormais inévitable et les élus semblent s'y résigner. La France pourrait alors être amenée à solliciter l’aide de ses partenaires européens. Déjà Emmanuel Macron avance l’idée d’une « mutualisation des dettes » au niveau de l’Union européenne, ce qui obligerait le pays à accepter en contrepartie une mise sous tutelle de ses finances par la Commission et la Banque de Francfort.

Oublieuse de sa grandeur passée, doutant de son génie propre et brisée par dix ans de présidence macronienne, la France serait alors mûre pour une intégration pleine et entière dans la fédération européenne dont rêve notre président. Cette intégration passerait bien évidemment par sa renonciation à la dissuasion nucléaire et au siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Nous n'en sommes plus très loin : le partage avec l'Allemagne du siège permanent et de la dissuasion nucléaire sont déjà évoqués par certains responsables d'outre-Rhin, y compris le chancelier Friedrich Merz. C'en sera alors fini de mille ans d'Histoire. 

Je ne suis pas sûr que cette perspective ravisse la majorité de mes compatriotes. C’est pourtant celle qui paraît la plus probable, en l’absence de contestation politique sérieuse. Il va de soi que je préfèrerais pour ma part des États forts et souverains qui regardent ensemble dans la même direction (l'Europe du traité de Rome) plutôt qu'une souveraineté européenne au rabais avec un attelage de 27 États qui tirent dans tous les sens.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2026-02-24 16:23:43
mathevon (21-02-2026 17:45:37)

Construisons l'Europe de l'Atlantique à l'Oural, c'est la seule voie pour tous les pays européens y compris La Russie. L' Amérique et l'Asie sont en route...

Christian (21-02-2026 10:33:48)

Une fois n’est pas coutume… Après une vingtaine d’années de renoncements, marquées notamment par la ratification du traité de Lisbonne et le retour de la France au sein du commandement intégré de l’OTAN, un membre du gouvernement français s’est décidé à protester contre la présence d’une représentante de la Commission européenne au prétendu «Conseil de la paix» créé de bric et de broc par le potentat de la Maison Blanche. Il s’agit du ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, qui a osé déclarer que «la Commission européenne n’aurait jamais dû assister» à cette réunion car «elle n’en avait pas reçu le mandat». Il a même ajouté que la Commission européenne «doit respecter scrupuleusement le droit» et les règles européennes. Qui l’eût cru?

Sans être particulièrement vigoureux, ces propos auront peut-être le mérite de mettre un coup d’arrêt aux dérives de la Commission européenne, dont la présidente a capitulé honteusement devant le despote fort peu éclairé qui règne actuellement à Washington, lorsque celui-ci a voulu lui imposer des droits de douane qui viennent d’être déclarés illégaux par la Cour suprême…

Lena (20-02-2026 17:08:02)

Il ne faudrait tout de même pas oublier la Covid et le soutien aux entreprises qui d' ailleurs a perduré bien après et a contribué à détériorer les finances de la France !
Ce que n' ont pas fait les autres pays européens.

Philippe (20-02-2026 15:58:57)

@siga. Je suis plutôt d'accord avec vous.
Je ne porte pas Macron au pinacle. En particulier depuis qu'il a lancé cette réforme des retraites, ni faite ni à faire, bien que nécessaire.
Mais ça traduit bien le travers français de tout attendre de l’État et d'un seul petit bonhomme, fût-il Président de la République.
Pour des socialistes, c'est logique. Mais même venant de la part de pseudo (néo-)libéraux.
Autre travers, critiquer le gouvernement de Chirac, Sarkozy, Hollande ou Macron sans être en mesure de dire ou savoir ce qu'il faudrait faire.
Un peu de lucidité, le monde est très voir trop complexe pour qu'on puisse se contenter au Café du Commerce comme les dîners de Neuilly de pérorer à coup de yakafokon.
L'Europe ? Rappelons cette citation de De Gaulle :
"L'Europe, ça sert à quoi ? Ça doit servir à ne se laisser dominer ni par les Américains, ni par les Russes. À six, nous devrions pouvoir arriver à faire aussi bien que chacun des deux super-grands. Et si la France s'arrange pour être la première des Six, ce qui est à notre portée, elle pourra manier ce levier d'Archimède. Elle pourra entraîner les autres. L'Europe, c'est le moyen pour la France de redevenir ce qu'elle a cessé d'être depuis Waterloo : la première au monde".
On s'y met au lieu de râler ?

Philippe (20-02-2026 15:43:52)

Vous dites "la conviction que la puissance, la prospérité et l'indépendance reposent sur la taille de l'État".
Je me rappelle une conférence de 1975 (ça ne nous rajeunit pas) d'Alexandre Sanguinetti, connu pour son franc-parler. A quelqu'un qui l'avait interrogé sur la Chine, il avait répondu : "Prenez l'Australie ? 1 milliard de lapins, 14 millions d'Australiens [NDLR : à l'époque]. Ce sont tout de même les Australiens qui gouvernent".
Heureux temps, il y n'était pas vital d'être politiquement correct.

jver (20-02-2026 15:00:55)

Un psychiatre italien nous avait averti! Les français ont voté. Vive la démocratie!

ROLLET (20-02-2026 13:44:29)

Excellent article de André Larané.
Si certains doutent encore de la dangerosité d'Emmanuel Macron, lire "STRUCTURE ET PERVERSIONS" de JOËL DOR , 1987, psychanalyste lacanien.

siga (20-02-2026 12:54:15)

Hérodot.net c’est l’Histoire. Pas de la politique. J’en ai mare des articles anti Macron. On a bien compris que vous le détesté.
J’ai douté de renouveler ma souscription. Malheureusement je l’ai renouvelée.

Jean-Marie (17-02-2026 20:16:24)

A propos de l’hymne européen et du drapeau, je pense intéressant de faire connaître le résultat d’une requête IA :
Non, la France n'a pas signé le protocole 52 du traité de Lisbonne relatif à l'hymne et au drapeau européen. Ce protocole est plus précisément appelé "Déclaration n° 52" et concerne les symboles de l'Union européenne, notamment le drapeau, l'hymne, l'euro et la Journée de l'Europe. Seize pays de l'UE ont déjà signé cette déclaration, mais la France ne figure pas parmi eux.


Didier (17-02-2026 18:35:21)

1 Nous sommes habitués aux attaques contre E. Macron. Mais reconnaissons qu’il est le seul à avoir réussi à faire baisser le taux de chômage (avant que les critiques contre la « politique de l’offre » aient conduit Barnier, Bayrou et Lecornu à changer de politique).
2 Par contre la valorisation de figures opposées à Macron est, elle, inhabituelle. D’abord celle de F.Fillon, pourtant reconnu coupable de détournements de fonds publics (pour 1 million d’euros, contre 4 M millions pour Marine Le Pen). Et puis celles de J.D.Vance et Marco Rubio qui sont le « portrait inversé » de Macron et qui ont exprimé « leur nostalgie de la grande et belle Europe de leurs lointains aïeux » (sic). Ils sont pourtant bien connus pour leur tropisme pour la Russie, préférée à l’Europe, pour leur idéologie anti-avortement, homophobe, anti-accès à l'assurance maladie (Obamacare) …
3 Je suis d’accord avec Jean-Louis qui déplore que face à « la Russie, qui est une voisine, une rivale et une menace », l‘UE n‘a ni état-Major ni budget de défense. Mais Macron est le premier à agir, réellement et avec quelque succès, pour développer une politique de défense européenne depuis l’échec de la politique de la CED (tuée par l’alliance contre-nature entre les communistes pro-russes et les gaullistes anti-Otan). On est aux antipodes de la politique-fiction d’une renonciation de la France à la dissuasion nucléaire et à son siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU.

Bernard (17-02-2026 16:33:12)

"Les élites européennes aspirent à abolir les États-nations européens". Oui, et elles ont raison. Les États-Nations européens ne correspondent plus à grand-chose . Quel État-Nation (concept largement franco-français) peut ou pourrait exercer tout seul ses prérogatives monétaire, territoriale, militaire, diplomatique, énergétique, climatique ?
En revanche, si ces "élites" autoproclamées s'acharnent à abolir les États-nations européens, c'est pour pouvoir faire leurs petites affaires dans leurs petits cénacles en dehors de cet insupportable contrôle démocratique des classes moyennes. Ces élites se gardent bien de construire un État-Nation européen démocratique. Elles prospèrent et prolifèrent dans le marais entre 27 États impuissants et l'État fédéral qu'elles bloquent (notamment en gravant dans le projet de Constitution européenne de 2005 l'interdiction de toute convergence sociale et fiscale).
Heureusement, il y a Donald Trump et J-D Vance : Ils nous révèlent :
- qu'un début d'État-Nation européen se constitue dans l'esprit de la population européenne : l'éventualité de l'invasion du Groenland n'est pas perçue comme une affaire intérieure au Danemark mais comme une invasion de l'Europe par les USA ;
- que les USA, comme Mauriac aimait tellement l'Allemagne qu'il en voulait 2, aiment tellement l'Europe qu'il en veulent 27 (dont quelques taupes comme la Hongrie, la Slovaquie et jusqu'à récemment...le Danemark). Pour multiplier ces sympathiques talpidés, ils sont même prêts (et ils le proclament) à manipuler les élections nationales au profit de partis fascistes (même l'Union Soviétique, en son temps, n'osait pas afficher sa manipulation des Partis Communistes européens). Ils pourront développer leurs idéologies religieuses, sanitaires (anti-vax), économique, climatique...
- leur hantise de toute action collective qui pourrait gêner leurs oligarques (Informatique, Données, Communications, Pharmacie, Défense) dans l'asservissement et le pillage de la première économie du monde. À ce titre, ils ont clairement identifié leur bête noire : Thierry Breton.
Plaider 27 États-Nations c'est donc bloquer la constitution d'un État fédéral démocratique et donc faire le jeu des 2 fascismes à qui cette Europe grassouillette, indolente, timorée et velléitaire mais appétissante convient très bien.
Merci à Donald Trump et J-D Vance dont la pédagogie musclée nous fait bien mieux comprendre la nécessité d'un État Fédéral démocratique que nos "élites" dont ce devrait pourtant être le rôle.

Henri 4760 (17-02-2026 15:47:22)

Tout à fait d’accord avec marc joseph !!!

Alain CELSE (17-02-2026 03:05:51)

Airbus est créé en 1970 par accord entre la France, la République fédérale d’Allemagne, puis le Royaume-Uni et l’Espagne.

Il s’agit d’un GIE (Groupement d’Intérêt Économique) de droit français, fondé par des industriels nationaux soutenus par leurs États.

La Commission européenne n’est pas à l’origine du projet.
Le traité de Rome ne prévoit aucune politique industrielle aéronautique.
Il n’y a ni financement communautaire structurant ni pilotage supranational.

La décision est géopolitique et stratégique : constituer un contrepoids à l’industrie américaine.
On est dans une logique de coopération entre États souverains, comparable à l'Agence spatiale européenne (ESA) ou à certains programmes militaires conjoints : ce sont des architectures parallèles à la construction communautaire. Airbus est en conclusion une réussite européenne au sens civilisationnel et interétatique mais surtout pas dûe à une politique communautaire conçue à Bruxelles.

PINS (16-02-2026 19:21:22)

Pour sûr que l'homme et son action en tant que Président posent à présent problème à l'avenir de la France ( tant pis pour les 15% de Français qui croient encore en lui..). Je me laisse aller au scénario suivant :
1 - Après les élections municipales, le PS quasiment laminé se décide, pour sauver ce qu'il lui reste de peau, à ne plus soutenir la majorité et vote la censure de gouvernement);
2 - Après les élections, l'opposition sort renforcée et la droite unie obtient la majorité;
3 - L'opposition refuse le poste de 1er ministre et exige la démission du Président pour former un nouveau gouvernement.
Crise politique majeure (mais au point où nous en sommes...) qui contraint le Président à la démission ( et faut-il ajouter, de fait, à l'abandon de son probable plan B européen et son entrée aux oubliettes de l'histoire).

COCHE (16-02-2026 18:07:20)

La France se grandirait, après le départ du Président Macron, de juger le citoyen Emmanuel Macron pour tous les dégâts causés au pays, pendant ses deux quinquennats.
Au cours de son Histoire, la France n'a-t-elle pas jugé des rois et des présidents ?
Après 1945, la France condamna Monsieur Philippe Pétain, pour ses actes, en tant qu'ancien chef de l'Etat, élu le 10 juillet 1940, par l'Assemblée nationale .
Toutefois, il faut tenir compte de sa sujétion à la présence allemande suite à la capitulation de la France.
Pourquoi cette remarque ?
Parce que, aujourd'hui, la situation lamentable de la France relève d'une volonté délibérée d'un homme qui applique une politique de démantèlement, de dévastation de son pays afin de l' affaiblir au profit de cette même Allemagne, alors qu'il n'y a pas de conflit armé entre les deux puissances.
Même s'il existe, effectivement, une confrontation, une compétition permanente, économique et diplomatique entre les deux Etats depuis tous temps.
Pourquoi forcer la France à capituler encore une fois ?


Richard BENSAID (16-02-2026 15:20:24)

Permettez-moi de m'étonner d'entendre encore et toujours- voire exclusivement faute d'arguments par ses soutiens obstinés - parler de "Son" intelligence, comme font les mamans de cancres, pour exonérer le rejeton chéri de toute critique. Peu nous chaut "l'intelligence" qui n'est souvent qu'un piètre alibi, un bilan correct est plus utile qu'une qualité personnelle, mal quantifiée. Les enseignants avertis préfèrent toujours un élève sérieux et travailleur ouvert et apte à évoluer pour intégrer un enseignement supérieur de qualité à un génie auto-proclamé plus proche de la "cancritude" que de la rue d'Ulm…qui n'est d'ailleurs pas un critère : Emmanuel Macron n'a pas pu y entrer et Laurent WAUQUIER en fut major ...tremblons mes frères.. ! ci-joint un billet (sic) écrit en 2018 sur les sales gosses. Bien cordialement à vous.
: Les sales gosses cassent leurs jouet, et leurs parents s'extasient de la "précocité" de leur progéniture qui "démonte pour comprendre"…mais les sales gosses ne comprennent pas grand-chose et ne remontent jamais rien. Ils s'en vont ensuite casser les jouets de frères, cousins ou petits copains qui n'ont rien demandé….
Plus grands il arrive que ces mêmes sales gosses gagnent au loto ou bénéficient par le plus heureux des hasards d'une forte prime, d'une promotion peu méritée, voire d'une élection….ils s'empressent d'en gaspiller les fruits ou les gains persuadés que dame fortune n'est que l'agent fourrier de leurs exceptionnels talents.
Ainsi en est-il d' hommes politiques qui héritent parfois du pouvoir par une conjonction magique de circonstances favorables et qui dilapident ce capital avec allégresse, insouciance et prétention, sans se soucier de le faire fructifier et de remercier les dieux (le peuple ?) du cadeau…Dans leur hubris ils envisagent parfois de piquer son trône à Jupiter…..mais le vieux Jupin* sait bien "rendre fous ceux qu'il veut perdre" et les voilà précipités de leur Olympe de pacotille dans la "fange" d'une populace qu'ils méprisaient.


François 1959 (16-02-2026 11:30:34)

Je trouve intéressante l'analyse d'André LARANE sur le fait que notre Président ne se soucie plus vraiment de l'intérêt de la France et souhaite très probablement avoir un avenir à la tête de l'Europe ! Je le lis souvent et n'imagine même pas qu'avec le déclassement qu'a vécu la France à l'intérieur même de l'Europe (à cause de son déficit abyssal notamment et son incapacité à se réformer ) en si peu de temps, les autres nations qui la composent aient envie de nommer à leur tête un homme qui affiche un tel bilan ! Mais que faire ? je suis pourtant optimiste et imagine qu'à l'exemple du passé, le pays saura se tirer de l'ornière .... Mais cela suppose qu'une personne ( je n'y crois guère !) ou un ensemble de personnes de bonne volonté réfléchisse vraiment à ce qui pourrait être fait , (ces réflexions, souvent très approfondies et argumentées, existent, ... il suffit de surfer sur différents sites) mais le problème est de savoir comment les agréger, les faire porter par un groupe ? Je n'ai pas l'habitude de faire part de mes réactions à la lecture des articles d' Herodote, mais c'est l'appel de ¨Patrick 1989' qui me pousse à enfin prendre la plume car je le sens très intéressé par ce sujet et avide de connaître nos réactions !

castel (15-02-2026 21:34:10)

Excellent réquisitoire. Sans aller 1000 ans en arrière, je dirais que Macron est la plus grande catastrophe survenue à la France depuis juin 1940. Nous allons mettre 10 ans à nous en remettre.

rmoral (15-02-2026 20:59:22)

Vous me permettrez quelques réserves sur son intelligence exceptionnelle. Si nul ne doute de ses compétences dans le domaine qui est le sien, il suffit de constater le bilan économique de ce "Mozart de la finance", concernant son intelligence politique, nous sommes proches du zéro absolu. Il aura répété les mêmes erreurs pendant 10 ans sans vouloir comprendre que le rôle du président de la république n'est pas celui qu'il imagine que lui renvoie son miroir.

Philippe (15-02-2026 20:37:56)

[Rwanda] "après que ce pays (a) remplacé le français par l’anglais comme langue officielle" : il semblerait que cette position se soit assouplie depuis quelques années.
https://www.la-croix.com/Monde/Afrique/Rwandais-change-langue-genocide-2019-07-30-1201038347
https://information.tv5monde.com/afrique/video/rwanda-le-retour-progressif-du-francais-2767279

Patrick_1989 (15-02-2026 20:31:53)

Bravo cher André Larané pour la lucidité et la netteté de votre analyse.
J'irais plus loin que vous.
À mon sens notre nation, la France, en tant que personne capable de concevoir, de vouloir et de se choisir un avenir a déjà presque disparu.
Hormis quelques "propositions" aussi superficielles qu'irréfléchies et ne s'inscrivant dans aucune perspective d'ensemble notre classe politique est de facto silencieuse. Comme si l'avenir de notre pays n'était pas son sujet, sa raison d'être.
Notre président lui même ne s'intéresse guère à la France ou à sa souveraineté internationale. Une comparaison des nombres respectifs d'occurrences des mots "France" et "Europe" dans ses nombreux et longs discours serait sans doute édifiante.
Pour les citoyens français la question, à 14 mois de l'élection présidentielle, est que pouvons nous faire ?
Peut être un ensemble de citoyens lucides et déterminés pourrait il se constituer pour élaborer un projet - y compris en tant que de besoin une composante juridique c'est à dire un projet constitutionnel, de lois organiques et ordinaires - pour remédier aux dérives que la gestion de notre pays par des énarques irresponsables et dénués de convictions nous a infligées depuis trente ans.
En particulier
1. quelle politique pour restaurer la sécurité publique (objectif à valeur constitutionnelle, actuellement ni énoncé ni formalisé à ce niveau) et quel rôle assigner à la justice pénale ? ( la première mission ne devrait il pas être de garantir la sécurité individuelle?)
2. Quelle politique de l'immigration pour la France ? Actuellement les objectifs de cette politique ne sont définis dans aucun texte. C'est à dire que nous n'avons aucun objectif. Les plus de 2000 articles du code de l'entrée du séjour et de l'asile outre qu'ils sont incompréhensibles pour un non spécialistes mentionnent exclusivement les "droits" des étrangers. Il n'y a aucune mention de l'intérêt de la France. Sur un sujet de cette importance il faudrait aucune mention moins un titre dans la Constitution, une loi organique et sans doute des lois ordinaires annuelles.
3. Quelle gestion de nos finances publiques ? La pratique permanente depuis peut être 40 ans qui consiste à dépenser sans compter au nom d'une idéologie keynésienne qui n'a jamais fait ses preuves et de la conviction de nos dirigeants qu'ils savent mieux que les Français ce qu'il convient de faire de leur argent nous a conduit au bord de la faillite. Il est possible de rectifier le tir en quelques années, à condition d'être déterminés. Le Canada l'a fait à partir de 1995 et la France grâce à De Gaulle et Jacques Rueff à partir de 1958. Il faut certainement modifier la constitution et la lolf qui conduisent à une augmentation quasi automatique des dépenses d'une année à la suivante. Le Président de la république s'en lavant les mains.
Je m'arrête là. Toute réaction même très négative m'intéresserais.
Toute proposition de suite à donner également.

Jihème (15-02-2026 20:17:23)

Il fut un temps où j'ai travaillé dans les programmes de l'UE, au temps où je pensais qu'il s'agissait de bâtir une Europe confédérale des Nations, dans l'esprit du traité de Rome et non pas une fédération européenne. Depuis que les orientations ont sournoisement changé pour nous faire disparaitre dans un fédéralisme soumis aux USA, je suis radicalement contre cette perspective fédérale qui nous a conduits à cette atroce guerre d'Ukraine. Elle aurait pu être évitée si l'on avait accepté le partenariat avec la Russie qui nous aurait été mutuellement profitable, sans empêcher l'Ukraine de vivre à sa guise sous un statut de neutralité entre l'Ouest et l'Est. Et maintenant, nous sommes en pleine dérive à tous points de vue.

Jean-Louis Salvignol (15-02-2026 18:25:38)

Une absence de marque : la Russie, qui est une voisine, une rivale et une menace. Or l‘UE n‘a armée ni état-Major ni politique d‘armement et de production de munitions, ni enfin budget de défense. Elle a ronronné depuis 40 ans sous l‘ombrelle de l‘OTAN et le protectorat des USA. Le Président des USA vient de nous signifier que la priorité désormais était l‘Asie et d’abord la RPC. Il n‘est plus possible de demander aux USA de financer notre fameux Modèle Social en prenant en charge notre absence de Défense. Draghi a tout résumé très clairement.

Alban (15-02-2026 18:11:36)

Marc, auriez-vous donc lu le rapport de M. Draghi? Je n'y ai pas vu pour ma part ce que vous dites. Draghi préconise seulement une politique économique de rigueur pour sauver l'Europe de la banqueroute.
L'Europe fédérale existe et voyez ce qu'il en est : vassalisation, impuissance, conflits d'intérêt... Les Allemands, par exemple, veulent continuer à vendre des Mercedes en Chine et au Brésil et pour cela ne veulent pas mettre de frein aux importations chinoises et brésiliennes qui ruinent nos paysans et nos derniers industriels.
Nous étions mieux protégés avec le traité de Rome comme le rappelle M. Larané car ce traité imposait la préférence communautaire et nous protégeait vraiment contre le dumping des autres.
Aujourd'hui, notez-le aussi, avec la "présidente fédérale" Ursula von der Leyen, il n'est plus possible d'envisager des réalisations intergouvernementales comme à l'époque de la CEE : Airbus, ESA, etc.
Comme vous le voyez, la souveraineté de seconde zone, c'est bien la "souveraineté européenne" que revendique Macron. La vraie souveraineté était celle voulue par le général de Gaulle, pleinement compatible dans le cadre de la CEE avec la souveraineté italienne, la souveraineté allemande, etc. Ces pays-là, qui plus est, tenaient en respect l'URSS avec des armées mieux respectées de Washington que ne le sont aujourd'hui nos armées d'opérette (exception faite de la France). Bien à vous.

marc joseph (15-02-2026 17:26:36)

L'Europe fédérale ne signifie nullement ni la disparition des nations ni leur souveraineté. Elle signifie politique commune et puissance. Sans elle, chacun est libre d'acheter moins cher à la Chine ou plus cher aux US. Et d'être incapable de se défendre. M. Draghi dit lui aussi que seul un fédéralisme puissant et politique peut nous donner à tous la grandeur et la sécurité à laquelle nous aspirons. Mais grâce aux populistes, il ne se fera pas. On restera avec la souveraineté de seconde zone à laquelle aspire M. Larame.

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