Société française

L’automne doré de la France et des Européens

3 octobre 2025. Si nous prêtons l’oreille aux médias, nous avons le sentiment d’un monde en plein chaos. Pourtant, jamais de mémoire d'historien, les humains n'ont aussi bien vécu qu'en ce début du IIIe millénaire...

Cela se vérifie avec en premier lieu la disparition des grandes famines. Les dernières remontent à près d’un demi-siècle et elles ont frappé le Sahel et l’Éthiopie.

La disponibilité alimentaire dans le monde est passée d’environ 2200 kcal/jour/habitant en 1900 à près de 3000 kcal/jour/habitant en 2020. Elle a augmenté de plus d’un tiers en dépit d’un quintuplement de la population mondiale depuis 1900, de 1,6 milliards à plus de huit milliards !

Les endémies comme la variole, le choléra, la lèpre ou la peste ont été éradiquées presque totalement et les nouvelles endémies comme le sida ou le covid-19 ont pu être endiguées très vite. Il s’en est suivi un doublement de l’espérance de vie à la naissance dans tous les pays du monde dans le dernier siècle. Elle est passée de 35 ans environ en 1900 à plus de 70 ans aujourd’hui en moyenne (82 ans en France).

L’espérance de vie des femmes, qui était plus faible que celle des hommes du fait de la mortalité en couches, lui est devenue supérieure partout dans le monde à partir du milieu du XXe siècle grâce aux progrès de l’obstétrique.

L’alphabétisation de masse a aussi pénétré toutes les sociétés à l’exception de quelques tribus de chasseurs-cueilleurs. Environ 20% de la population adulte savait lire et écrire en 1900 contre près de 90% aujourd’hui (UNESCO).

Plus inattendu, la violence ordinaire et la violence guerrière ont chuté à des étiages jamais atteints dans l’Histoire des sociétés humaines. Les guerres d’État à État ont ainsi causé moins d’un million de morts dans chacune des deux premières décennies du XXIe siècle et il faut remonter deux siècles en arrière pour rencontrer semblable « performance ».

Les Européens - et en particulier les Français -, sont pour l’heure les principaux gagnants de ce « Grand bond en avant » de l’humanité que l’on peut seulement comparer à la révolution néolithique d’il y a dix mille ans. N’en soyons pas surpris car ils en sont aussi les initiateurs.

Un millénaire pour changer le monde

À partir de l’An Mil, dans ce qu’on appelait « la chrétienté » et qui correspond pour l’essentiel à la France actuelle, on a vu émerger quelques principes sans guère d’équivalent dans le reste du monde comme je le montre dans le livre Notre Héritage, ce que la France a apporté au monde (disponible en librairie et sur Herodote.net) : la prohibition des guerres privées, l’émancipation des femmes, l’égalité de droits entre les individus, la démocratie représentative, le respect par chacun de la loi commune, la sanctification du travail manuel, la séparation de la raison et de la foi, etc.

La chrétienté occidentale a ainsi mis en place les ressorts qui ont rendu possible l’avènement d’une « société de confiance » : les esprits entreprenants et inventifs ont pu épanouir leurs talents en toute quiétude, sans craindre d’être brisés par un pouvoir arbitraire.

Les progrès de l’agriculture, des manufactures et des sciences ont permis aux Européens de voir leurs conditions de vie s’améliorer sensiblement à partir du XVIIe siècle alors qu’auparavant, elles n’étaient guère différentes de celles des Chinois ou des Indiens.

Ces progrès ont débouché sur la révolution industrielle du XIXe siècle, laquelle s’est traduite par une violente exploitation des classes populaires dans les usines. Le succès montant à la tête des élites, celles-ci se laissèrent dévorer par leur hubris. Elles prétendirent « civiliser les races inférieures » et entraînèrent le Vieux Continent dans une effroyable « guerre de Trente Ans » (1914-1945).

Tel fut le prix à payer pour accéder au bien-être dont nous jouissons aujourd’hui.

« Heureux comme Dieu en France » (dicton allemand)

Depuis la chute du nazisme, l’Europe a bénéficié grâce au « parapluie nucléaire américain » d’une longue période de paix de près de quatre-vingts ans, à peine obscurcie par les guerres de Yougoslavie.

Forts du capital matériel et surtout moral accumulé au cours du précédent millénaire, les Européens de l’Ouest suscitent encore une forme d’admiration ou d’envie dans le reste du monde.

Ils jouissent d’un équilibre sans équivalent entre modernité et tradition, lié à ce que la modernisation de leurs sociétés s’est étirée sur vingt ou trente générations, à la différence par exemple de la Chine contemporaine qui a accompli le même parcours en une génération !

La France, au cœur de ce processus millénaire, fait figure de pays béni de Dieu. Il suffit d’éteindre la télé et de se promener dans les marchés de province pour s’en rendre compte. Si une partie de nos concitoyens souffrent de précarité matérielle et de sordides addictions (drogues, alcool, violences conjugales), la grande majorité arrivent encore à vivre décemment grâce aux solidarités familiales et de voisinage, grâce aussi à un environnement plaisant.

Pourtant, aucun d’entre nous n’échappe à une inquiétude diffuse quant à l’avenir du pays et de l’Europe et quant à son avenir propre, avec une économie à vau-l’eau, un État-Providence en voie de dislocation et une classe politique liquéfiée. Serait-ce le syndrome d’un vieux peuple qui aurait rejeté tout ce qu’il doit à ses aïeux et ne serait plus porté par un projet collectif ?

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2025-10-03 10:00:29
Gerault (06-10-2025 08:55:49)

On assiste à la mort lente de l’occident et les empires ont toujours été condamnés à ne laisser que des ruines

Jean Desm (05-10-2025 16:04:41)

Seule solution : ne pas oublier ce qui fait l'unité d'un peuple et une Nation, ce que bien des français ont oublié ! Le patriotisme n'est plus à la mode : la mondialisation et la fin des frontières livrent la France, avec son économie nationale hélas désarmée, à la concurrence de pays comme la Chine par exemple et trop ouverte aux migrants qui ne méritent pas notre aide ! Il faut revoir les règles de l'Europe livrées à une Commission non élue !
Il faut aimer la France et son Histoire millénaire si mal enseignée à nos enfants ; écoutons Ernest Renan...
"Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu'on a fait et de ceux qu'on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune"
Ernest Renan

Gerault (05-10-2025 11:10:15)

On assiste à la mort lente de l’occident et les empires ont toujours été condamnés à ne laisser que des ruines

gemo10 (04-10-2025 19:56:01)

A un automne doré succèdera peut-être un hiver démographique qui sonnera le glas pour bon nombre de pays européens. Comme vous le dites justement aurait-on abandonné le projet collectif au profit des satisfactions individuelles de tous ordres?
De plus, le fait d'appartenir à une nation, une histoire et une culture séculaires est en passe de devenir rétrograde voire réactionnaire. L'Europe est redevenue une sorte de Saint Empire Romain Germanique qui implosera inexorablement à cause de son impuissance politique. L'union fait la force, certes, mais à l'unique condition que les membres de cette union acceptent de respecter les mêmes règles. Ce qui est loin d'être le cas.

Gilbert Garibal (04-10-2025 18:59:30)

La France, pays béni de Dieu?! Je rêve! Le couteau est devenu un poignard quotidien dans nombre de villes et le vol de récoltes et de matériels se répand dans nos campagnes! A la joie de la convivialité succède maintenant LA PEUR de son semblable! De jour comme de nuit. Soyons clairs : Ces "incivilités" - mot en soi trop restrictif - constituent bel et bien un nouveau type de guerre! La France serait ainsi - comme toute l'Europe - non plus dotée de quelque grâce céleste mais plutôt un lieu envahi par des Diables! Eux, bien terrestres! GG

Cricri (04-10-2025 10:02:06)

Excellente revue millénaire. Nous devons maintenant résister aux dislocations de toutes parts et en tous lieux. Et empêcher l'être humain de devenir robot par intelligence artificielle. Olé ???? ???? ????

Bertrand (04-10-2025 09:05:54)

"Automne doré" ? Je serais moins optimiste que l'auteur. Qui ne voit que L'UE est en train de transformer une mosaïque de nations jadis indépendantes et pour la plupart prospères en un réduit totalitaire en voie de sous-développement ? Sur le plan des libertés, tant privées que publiques, que se soit en Allemagne, en Espagne, en France, en Belgique, etc. - sans parler de l'inquiétant Royaume-Uni de Keir Starmer - partout les libertés individuelles reculent sous les coups de boutoir du multiculturalisme et d'un "crédit social" masqué mais bien réel. Sous prétexte de garantir un minimum de paix civile dans des pays dont ils ont détruit l'homogénéité heureuse par une politique d'immigration massive, des dirigeants dévoyés - et pour certains à la solde de l'étranger - oppressent chaque année davantage leurs concitoyens. Il ne se passe pas de semaine sans que ne soit prise au nom du fameux "vivre ensemble" (pour lequel la population d'origine n'a JAMAIS été consultée) une nouvelle initiative liberticide, et tout ça pourquoi ? En vingt ans, l'Europe occidentale, plombée par l'immigration massive de populations faiblement contributives, a vu son PIB décrocher de près 80% par rapport à celui des État-Unis, sans parler de la Chine et de l'Inde. Il est clair qu'il faut sortir la France de toute urgence de cette marmite sans avenir et sans espoir pour ses peuples qu'est devenue l'UE. Certes, ça ne suffira pas pour redresser la situation, mais c'en est la condition sine qua non.

Joseph Ceccato (04-10-2025 04:26:04)

1) Je trouve excellent cet article, qui reconnaît "ce qui est", c'est un très bon point de départ.
2) je le prolongerais en évoquant "ce qui pourrait être".
Nous avons maintenant les moyens :
- de nourrir toute la population de la Terre,
- de la loger, de l'habiller, de l'instruire,
- d'apprendre à mieux nous connaître, mieux communiquer entre nous, à mieux connaître ce qui nous entoure (les autres Êtres Vivants, la Nature, ...) et plus plus largement notre Univers, pour choisir ensemble notre avenir, ...
3) Et, le chemin le plus long commençant par un premier pas, commencer par :
- prendre conscience que nous sommes à la fin d'un cycle de 11 000 ans caractérisé par la pénurie afin d'accepter de gérer l'abondance
- ce qui demande de modifier nos réflexes formatés par le passé et mettre notre énergie à concevoir et mettre en oeuvre la transition vers une nouvelle étape enthousiasmante de l'Humanité

Alban (03-10-2025 18:51:20)

Réponse à Jezierski : avez-vous bien lu le dernier paragraphe de ce billet? Après avoir énoncé les atouts dans les Français ont hérité, l'auteur André Larané déplore "une économie à vau-l’eau, un État-Providence en voie de dislocation et une classe politique liquéfiée". Il est en cela lucide. Et pas le moins du monde chauvin?!!!

hadrien1000 (03-10-2025 18:27:58)

Bravo Herodote.net. Bien sur qu'il y a des problèmes ! Mais on les résoudra avec un peu d'indépendance vis à vis de l'Europe et des EU, un peu d'autorité de la "puissance publique " comme on disait jadis et de sévérité vis à vis d'une minorité qui sème le désordre et la violence. Suggestion à herodote.net : envoyer l'article aux chaines d'info qui ne voit "que l'oeil du borgne" et ne se complaisent que dans les mauvaises nouvelles !

Hugo (03-10-2025 18:20:07)

En l'An Mil, "la chrétienté correspondait à peu près à la France actuelle" ?! Diable, quel audacieux raccourci historique, et surtout...géographique...

Herodote.net répond :
Non pas "à peu près" mais "pour l'essentiel". Cette chrétienté se limitait à l'espace compris entre l'Elbe, le Tibre, l'Ebre et la Tyne (nord de l'Angleterre). La "France" (le mot n'existait pas encore) était le coeur de cet espace et en constituait la partie la plus active.

Cochin (03-10-2025 18:13:11)

Excellent contrepoint. Merci

Michel J. (03-10-2025 17:55:23)

Assez d’accord avec le fond de cet article, en espérant que la France ne se laissera pas emporter par le flot réactionnaire ambiant…

Jezierski (03-10-2025 17:22:53)

Le chauvinisme français aveugle décidément l’auteur de cet article.
Il suffit de prendre en compte le revenu per capita des pays européens pour constater que la France est loin de mener la course en tête. Voyez le GDL, les Pays-Bas , la Belgique, la Suisse ou l’Allemagne ou les pays nordiques.

Garnaud Jean-Paul (03-10-2025 17:20:49)

En ce qui concerne l'alphabétisation de masse, ne pas oublier qu'outre les quelques tribus de chasseurs-cueilleurs que vous évoquez, certaines sociétés, à rebours, restreignent l'accès pour les femmes (Afghanistan et autres).

PAUL GHILS (03-10-2025 17:19:50)

Toutes les sociétés évoluent, aucune n'est une "identité", ce concept trompeur qui ne d'crit ni n'explique, l'avenir sera toujours le résultat de nos volontés, si la passivité ne prend pas le dessus. L’Europe est à cet égard un accomplissement puissant et révélateur. L'économie et réformable pour les mêmes raisons, l'État-Providence n'est en rien condamné, la classe politique n'est pas éternelle et la France doit seulement adopter ce que la majorité des Européens pratiquent sans aucune difficulté : le compromis, les coalitions, le débat et la discussion que les Français regardent autour d'eux au lieu d'admirer leur nombril. Vus de l'etranger, ils semblent souvent ridicules pour ces raisons. Rien à rejeter, mais la "résilience" s'applique ici aussi. "Collectif" est introduit par "co", comme collaboration, constellation, conjonction, convergence, covoiturage, mais aussi conscience et coresponsabilité.

COCHE (03-10-2025 16:58:55)

Serait-ce le syndrome d’un vieux peuple qui aurait rejeté tout ce qu’il doit à ses aïeux et ne serait plus porté par un projet collectif ?
Non, ce n'est que le résultat délétère de la construction de l'Union Européenne, ce nouvel empire germano-nord américain, à laquelle nos Etats ont, hypocritement, abandonné leurs droits régaliens. Nos gouvernants (sic) ne représentent plus que de simples gouverneurs de régions. Même sous Rome, les gouverneurs de province détenaient plus de pouvoirs ! Leur responsabilité vis-à-vis de Rome se limitait à payer l'impôt impérial. Le désappointement des peuples, en Europe, vient qu'il ressente l'inefficacité et la dévalorisation des dirigeants et des parlements qui sont bridés, sanctionnés, censurés par un pouvoir tentaculaire toxique étrange et intrus. Il faut transformer l'Union européenne en une sorte de confédération coopérative. Un pour tous, tous pour un mais chacun demeure fière de son indépendance et de ses particularités.

Gérard Ponthieu (03-10-2025 16:16:20)

Je pense comme vous : que la réponse réside dans la question qui clot votre article…

JM KAËS (03-10-2025 13:13:37)

Merci Herodote et M. Larané pour ce rappel historique sur l’automne doré qui concerne la France et même l’Europe, voire une grande partie du monde jusqu’à ces dernières années.
Période dorée certes puisqu’il n’y a presque plus de guerre en Europe (à l’exception notable de la guerre actuelle qui s’éternise en Ukraine) et que les pays occidentaux dont le nôtre ont connu une croissance et un progrès considérables jusqu’à l’avènement du néolibéralisme dans les années 80.
Mais automne tout de même car votre conclusion, que je partage en grande partie, ne permet pas un optimisme béat sur la situation qui vient : appauvrissement des ménages pauvres et moyens au profit des plus riches, augmentation du chômage dans tous les pays développés dont le nôtre (à l’exception notable mais provisoire des USA), danger à venir de la robotisation et notamment de l’IA qui va mettre au chômage des millions de travailleurs.
Bref, à l’automne dorée risque de succéder un hiver particulièrement sombre que nous préparent nos chers dirigeants.

Christian (03-10-2025 09:39:59)

Je me permets de proposer une petite rectification à la première phrase du paragraphe intitulé «Heureux comme Dieu en France». Il me semble en effet qu'après la chute du nazisme en 1945, l’Europe a bénéficié d’une longue période de paix de soixante-dix ans (et non quatre-vingts). Cette période, effectivement obscurcie par les guerres de Croatie, de Bosnie, du Kosovo et de Macédoine entre 1991 et 2001, s'est achevée en 2014 ou 2015 avec l'annexion de la Crimée, le début de la guerre du Donbass (à peine suspendue par les accords de Minsk) et la crise des réfugiés.

Jennifer (02-10-2025 22:20:02)

A qui la faute si nous sommes angoissés par la marche du monde? Aux médias? A la mondialisation?... Je voudrais retrouver le calme, la sérénité et les vraies valeurs à la campagne, loin des écrans ! Mais est-ce encore possible?

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