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La Nouvelle-Calédonie dans la tourmente

Nouméa : un scénario à l'algérienne ?

19 mai 2024. Abasourdis, les Français découvrent en ce mois de mai l'impuissance de l'État face aux émeutiers kanaks de Nouvelle-Calédonie. Les conflits ethniques dans cette collectivité autonome des antipodes avaient jusqu'à ces dernières années été gérés avec doigté. Ils ressurgissent avec plus de violence que jamais. On compte des morts d'hommes cependant que certains Blancs de l'archipel ont déjà plié bagage.
Saurons-nous éviter un scénario à l'algérienne ? Nous nous en sommes enquis en correspondant avec les Amis d'Herodote.net de Nouméa...

La Nouvelle-Calédonie est un archipel du Pacifique sud grand comme deux fois la Corse (18000 km2). Il y a 171 ans, en 1853, ses habitants ont découvert le visage de la France sous les traits d’un contre-amiral de Napoléon III.

Au nombre de quelques milliers, ces peuples aujourd’hui dénommés Kanaks parlaient pas moins de 29 langues. Ils vivaient isolés dans leurs vallées et cultivaient l’igname et le taro. Ils se combattaient à l’occasion. Soumis non sans mal par l’occupant, ils allaient adopter tout à la fois le christianisme et une langue commune, le français, mais aussi connaître les méfaits de l’oppression coloniale, dont Louise Michel a laissé de poignants témoignages.

Là-dessus, le gouvernement français installa dans l’archipel une colonie pénitentiaire cependant que la découverte d’importants gisements de nickel (10% des réserves mondiales) nécessita l’importation de travailleurs de la région Pacifique.

De l’oppression à un statut d’autonomie honorable

Devenue en 1946 un territoire d’outre-mer autonome à l’égal de la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie compte aujourd’hui 270000 habitants, soit à peine moins que la Corse, dont les deux tiers à Nouméa, la capitale.

Quatre Calédoniens sur dix (40%) descendent des premiers habitants de l’île, les Kanaks. Deux sur dix descendent des colons et bagnards européens, les Caldoches, ou sont des fonctionnaires venus de la métropole, les « z’oreilles ». Trois sur dix sont des immigrants du Pacifique (Polynésiens, Chinois…). À la différence des « z’oreilles », beaucoup de Caldoches sont enracinés sur l'archipel, avec souvent des ascendants polynésiens ou kanaks ; ils se sentent davantage attachés à la Nouvelle-Calédonie qu'à la métropole.

En 1981, à la veille des élections présidentielles, François Mitterrand, candidat à la succession de Valéry Giscard d'Estaing, évoque l'éventualité d'un référendum en Nouvelle-Calédonie, ce qui a l'heur de réveiller les velléités indépendantistes des Kanaks. Attachés à leurs traditions, leurs mythes et leurs coutumes  et bien que jouissant de tous les droits des citoyens français, ceux-ci ne supportent plus leur marginalisation économique, sociale et culturelle. Dès 1983, ils font reconnaître par l'État français leur droit à l'indépendance. L'année suivante, les indépendantistes s'unissent sous la conduite d’un chef prestigieux, Jean-Marie Tjibaou, qui crée le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS).

S'ensuit l'état d'urgence du 12 janvier 1985 et une quasi-guerre civile qui fait quatre-vingt morts jusqu'à l'assaut de la grotte d'Ouvéa, le 5 mai 1988. Un accord laborieux se met ensuite en place grâce au savoir-faire politique du nouveau Premier ministre Michel Rocard et à l’habileté manœuvrière de son conseiller Christian Blanc. Grâce aussi à la bonne volonté de Jacques Lafleur, chef des loyalistes, et Jean-Marie Tjibaou (lequel sera assassiné par des adversaires kanaks un an après).

Les accords de Matignon du 26 juin 1988 ont fait de l’archipel un laboratoire institutionnel :
• Ils ont reconnu les institutions coutumières kanakes en matière de justice, ce qui a nécessité de distinguer les citoyens selon leur origine ethnique et de recourir aux statistiques ethniques, des pratiques formellement interdites ailleurs en France.
• Ils  ont accordé de très larges pouvoirs aux trois provinces : le Sud (Nouméa), le Nord et les îles Loyauté, très majoritairement kanaks.
• Les leaders kanaks ont été aussi associés à la gestion de la Société Minière du Sud-Pacifique (SMSP), concurrente de la Société Le Nickel (SLN).
• Enfin, l’État français (ADRAF) a racheté des milliers d'hectares à des propriétaires non kanaks et les a distribués gratuitement aux clans et aux tribus avec le statut de terres « coutumières », protégées par les « quatre i » : inaliénables, incessibles, incommutables et insaisissables… « Malheureusement, les bénéficiaires de ces terres non seulement ne les ont pas entretenues mais abandonnées, » déplore l’un de nos correspondants.

Dix ans plus tard, le 5 mai 1998, l’accord de Nouméa est venu compléter les précédents. Il a converti la Nouvelle-Calédonie en une collectivité autonome au sein de la République avec un gouvernement, un congrès et même un sénat coutumier. L'attribution des sièges au congrès est déséquilibré au profit des provinces Nord et îles Loyauté. Ces provinces bénéficient aussi de dotations très supérieures à celles de la province Sud, laquelle fournit 90% des impôts.

Important : aux élections des trois provinces (Sud, Nord, îles Loyauté), l’accord a prévu de limiter au moins temporairement la participation aux électeurs « pouvant justifier d'une durée de 20 ans de domicile continu en Nouvelle-Calédonie à la date de la consultation et au plus tard au 31 décembre 2014 ».  

Enfin a été promis un référendum d’autodétermination et la possibilité d’un deuxième référendum, voire d’un troisième si les élus le souhaitent. Correctement organisés par le Premier ministre Édouard Philippe, les deux premiers référendums confirment en 2018 et 2020 l’attachement des Calédoniens à la France. Néanmoins le Non à l'indépendance ne totalise que 56,7% des suffrages en 2018 et 53,3% en 2020, ce qui revigore le camp indépendantiste, lequel ne se limite pas à la communauté kanak.

Là-dessus, à l’arrivée de Jean Castex à Matignon, le président Macron juge que l'épidémie de Covid-19 ne laisse pas le temps au Premier ministre de s'occuper du dossier calédonien. Il le confie à un jeune poulain de l'écurie présidentielle, le ministre des Outre-Mer Sébastien Lecornu, puis au ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin.

Les indépendantistes du FNLKS prennent prétexte de l’épidémie et du confinement pour réclamer un report du troisième référendum, avec l'espoir que le rapport de force démographique ne tardera pas à basculer en leur faveur. Le président de la République passe outre et impose le référendum à la date prévue, en conséquence de quoi les Kanaks boycottent massivement le scrutin.

Les élus kanaks éprouvent alors le sentiment que l’État français n’est plus dans son rôle d’arbitre impartial. Ils en voient la confirmation avec l’entrée au gouvernement en 2022 de Sonia Backès. Pour les Français de métropole, c’est une secrétaire d’État inconnue comme beaucoup d’autres. Mais pour les Néo-Calédoniens, c'est surtout la présidente de la province Sud (Nouméa) et c'est l’une des loyalistes les plus virulentes. Constatant l'échec de la « créolisation », elle voudrait « provincialiser » l'archipel, autrement dit renforcer l'autonomie des trois provinces : la sienne, où se concentre la population européenne, n'aurait ainsi plus à tenir à bout de bras les deux autres... 

En juillet 2023, en déplacement à Nouméa, le président Macron s'adresse sur la place des Cocotiers à un public très majoritairement loyaliste. Il se pose en donneur de leçons : « Si l'indépendance, c'est de choisir demain d'avoir une base chinoise ici, bon courage, ça ne s'appelle pas l'indépendance ! »

En Nouvelle-Calédonie, des observateurs font état de tensions grandissantes. Les dirigeants du FLNKS se voient eux-mêmes débordés par les jeunes générations d’autant qu’une crise économique sans précédent frappe l’archipel. Sa principale ressource, le nickel, assure bon an mal an 20% du PIB et 20% des emplois avec de nombreuses mines en exploitation sur  la Grande Terre (l’île principale).

Mais depuis 2010, la surproduction mondiale, la chute des cours, les coûts de production élevés et les défauts d’investissements ont plongé dans de grandes difficultés les trois usines métallurgiques qui traitent le minerai et en extraient le nickel.

Imprudences élyséennes

À Paris, à 13000 km de là, l’Élysée juge qu’il est plus que temps d’abroger la clause antidémocratique de l’accord de Nouméa relative aux élections provinciales. Il prépare une loi constitutionnelle en ce sens : elle élargit le vote à tous les citoyens installés depuis dix ans ou plus en Nouvelle-Calédonie.

Les chefs indépendantistes s’indignent de ce passage en force. Bien à tort car ladite réforme ajouterait vingt-cinq mille électeurs aux listes électorales mais pour autant ne changerait rien aux équilibres électoraux car les indépendantistes sont assurés de conserver le pouvoir dans deux des trois provinces.

Au demeurant, les tendances démographiques jouent doublement en faveur des indépendantistes, d’une part parce que les Kanaks ont une natalité nettement plus élevée que les autres groupes ethniques, d’autre part parce que plusieurs milliers de Blancs auraient déjà fui l’archipel depuis 2020 pour rejoindre la métropole ou encore l’Australie ou le Canada. « Énormément de logements sont vacants, beaucoup de magasins ont baissé leur rideau et la ville de Nouméa s'éteint progressivement, » nous assure un ancien chef d’entreprise que nous avons contacté.

Quoi qu’il en soit, le projet de loi, avant même d’être approuvé par l’Assemblée nationale, est l’étincelle qui va mettre le feu aux poudres.

Le 13 mai 2024, les quartiers kanaks de Nouméa explosent. Les émeutiers, au nombre de quelques milliers, sont jeunes, voire très jeunes (« il y a beaucoup de filles », note avec surprise l’un de nos correspondants calédoniens). Ils sont soutenus par une improbable Cellule de Coordination des Actions sur le Terrain (CCAT) issue des mouvements indépendantistes.

« Malheureusement, cette structure a très vite pris une tournure raciste en disant que tout ce qui n'est pas kanak doit retourner chez lui, » note l’un de nos correspondants. Ce racisme remonte à 2023, quand le président du congrès de Nouvelle-Calédonie Roch Wamitan lançait à des députés en visite sur l'archipel : « Le seuil de tolérance des Blancs est atteint ! »... Il est loin, le temps où Jean-Marie Tjibaou proclamait : « Il faut brûler la haine ! »

Au bout de cinq nuits d’émeutes, on ne compte plus les voitures et les bâtiments incendiés, magasins pillés. Plus grave que tout, on recense déjà six morts dont deux gendarmes. Les habitants de l’agglomération, terrorisés comme jamais, se terrent chez eux ou tentent de faire front en érigeant eux-mêmes des barricades pour arrêter les émeutiers. Les magasins et les hôpitaux s’inquiètent de ne plus être approvisionnés en vivres et médicaments.

Le président de la République a décrété l’état d’urgence et bousculé son agenda mais ses tentatives de reprendre le dialogue avec les leaders indépendantistes se sont heurtées pour l’heure à une fin de non-recevoir. Il ne lui est plus resté que le recours à l'état d'urgence, une pratique en voie de se banaliser dans la France contemporaine depuis 2015.

Contexte géopolitique : les manœuvres troubles de l’Azerbaïdjan

Le soulèvement kanak est survenu alors que le président chinois Xi Jinping rentrait tout juste d’une tournée européenne. En France, du 5 au 7 mai 2024, il a pris acte des différents commerciaux et politiques entre Paris et Pékin ; il s’est ensuite rendu en Serbie et en Hongrie pour conclure d’importants contrats industriels et resserrer les liens diplomatiques avec ces pays qui affichent sans complexe leur soutien à la Russie de Vladimir Poutine au grand dam des instances européennes et de Paris.

Rien n’indique pour autant que la Chine soit derrière les émeutes de Nouméa, même si celles-ci ne lui déplaisent pas : une indépendance de la Kanakie servirait ses intérêts économiques en lui livrant le nickel calédonien ainsi que ses intérêts géopolitiques en portant un nouveau coup brutal à la place de France dans le monde et à la cohésion de l’Union européenne.

Il s’agit là de conjonctures. Mais il y a par ailleurs une certitude en ce que l’Azerbaïdjan du dictateur Ilham Aliev a excité les récriminations des Kanaks et encouragé leur soulèvement.

Pays pétrolier du sud du Caucase à population turcophone et chiite, mitoyen de l’Arménie et de la Géorgie, l’Azerbaïdjan est étroitement allié à la Turquie et rival de l’Iran. Profitant en 2022 de ce que l’Arménie s’était laissé séduire par les promesses vaines de l’Union européenne et s’était éloigné de son protecteur russe, il a occupé le Haut-Karabakh et procédé au nettoyage ethnique des cent-vingt mille Arméniens qui y vivaient depuis trois mille ans.

Ce crime s’est opéré sans que proteste l’Union européenne, qui a trop besoin de gaz et de pétrole azéri (la présidente de la Commission Ursula von der Leyen s’est précipitée à Bakou sitôt après la crise du Haut-Karabakh pour s’assurer des approvisionnements azéris).

Personne n’a remis en cause l’appartenance de l’Azerbaïdjan au Conseil de l’Europe ni la présence au sein de la Cour européenne des Droits de l’Homme (CEDH) de deux représentants d’Aliev ! Ces magistrats azéris participent au remaniement du droit des États européens en exonérant bien sûr leur propre pays de leurs injonctions relatives au droit des immigrés, des minorités sexuelles, ethniques et religieuses, des dissidents, etc. Ainsi va l’Europe !...

Seul au sein de l’Europe, le président de la République française a toutefois dénoncé le sort fait aux Arméniens du Haut-Karabakh et les menaces graves qui pèsent sur l’Arménie elle-même du fait de l’Azerbaïdjan et de la Turquie d’Erdogan, autre membre du Conseil de l’Europe et de la CEDH.

Ilham Aliev a donc souhaité lui faire payer son impertinence en apportant son soutien à toutes les dissidences au sein de la République française via un évanescent groupe d’influence créé en juillet 2023 : le Groupe d’Initiative de Bakou (GIB).

Le dictateur intervient ainsi en Nouvelle-Calédonie comme aussi en Polynésie, à Mayotte, en Guadeloupe et même en Corse, où les indépendantistes ont accueilli avec satisfaction la proposition par le président Macron d’une nouvelle loi constitutionnelle qui éloignerait encore un peu plus leur île du continent.

À Moscou, on observe ses manœuvres avec un plaisir certain, la Russie se réservant quant à elle de frapper la France dans son pré-carré africain (le Sahel, du Sénégal à la Centrafrique).

En Nouvelle-Calédonie, la vice-présidente indépendantiste du congrès (le Parlement) n’a pas craint d’aller à Bakou signer un traité d’amitié avec l’Azrrbaïdjan ! Et les images de la télévision ont montré de façon quelque peu surréaliste des drapeaux azéris se mêler aux drapeaux kanaks dans les manifestations de ce mois de mai.

Mal-être de la jeunesse kanak

Aux dires des observateurs, il ne faut pas toutefois exagérer la capacité de nuisance de notre partenaire européen l’Azerbaïdjan. Les émeutes auraient de toute façon eu lieu tant est profond le mal-être de la jeunesse kanak, aux antipodes de la société mondialisée de Nouméa.

Attirés par les lumières de la ville comme un peu partout dans le monde, beaucoup de Kanaks ont quitté les provinces du Nord et des îles pour s'établir dans les squats et les logements sociaux de Nouméa, dans un environnement culturel, familial et social très dégradé où les enfants sont laissés à l'abandon.

Écoutons ce que nous dit un correspondant de Nouvelle-Calédonie : « C’est sûr que cette population est en errance, échecs scolaires, alcool, beaucoup de cannabis qui pousse aussi facilement que les fleurs des champs au printemps chez vous. Ces gamins sont frappés depuis tout petit par leurs parents, leurs aînés. La violence physique est un mode d’éducation banal. Ils ont appris cela et c’est le plus fort qui a raison. D’ailleurs nous détenons un triste record de féminicides et de violences familiales. C’est une terre violente… » Il s'ensuit que la prison du Camp Est est en presque totalité occupée par des Kanaks.

L’avenir, dans ces conditions, se révèle sombre. À certains égards, la situation calédonienne rappelle celle de l’Ulster (Irlande du nord), où s’opposent les autochtones (Irlandais catholiques) et les protestants venus d’Écosse il y a trois siècles. À la fin du XXe siècle, la jeunesse catholique se souleva et revendiqua le pouvoir compte tenu de ce que sa croissance démographique relativement rapide était en voie de lui assurer la majorité.

Mais on peut songer aussi à l’Algérie des années 1950, où s’opposaient deux cultures profondément différentes, à une nuance près : les Kanaks sont encore minoritaires dans leur archipel. Cela évitera-t-il une indépendance brouillonne et brutale ? Rien n’est moins sûr.

S’il est avéré que, depuis le référendum malvenu de 2021, les « Blancs » commencent à partir, alors, le pire est à craindre pour l’archipel. Mais la République française n'a pas fini de payer les maladresses de son président car derrière se profile le péril mahorais, alimenté par la promesse d’une nouvelle réforme constitutionnelle sur le droit de Mayotte.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2025-01-07 11:16:12
Coche (13-07-2025 12:53:59)

La toute récente signature entre Indépendantistes et non-indépendantistes prévoit la création d'un "État de Nouvelle-Calédonie" au sein de la République, avec double nationalité à la clef. Je suis pessimiste car la République française vient de poser une bombe à retardement institutionnelle. Pourquoi les autres départements d'outre-mer ou les Corses ou les Bretons ou les Basques ou les Alsaciens ne pourraient-ils pas exiger de Paris la même chose ? Sous l'européisme macronien, la France vient de se déclarer éligible à l'euthanasie à la grande joie de l'Union Européenne sous obédience allemande !

lb.dutignet (08-01-2025 19:39:24)

A prendre du recul sur la décennie écoulée , ou presque, on est frappé par le nombre incroyable d'échecs qu'essuie notre pays. A se demander quel est le but réel poursuivi par notre décideur national et son équipe.
Un fiasco évident dans la gestion de la métropole , économique , industriel, social, etc.
Et un recul de l'influence de la France dans le Monde : au Maghreb, en Afrique saharo-sahélienne , au Proche-Orient, dans le Pacifique .
Ce n'est pas mieux en Europe .Dans les pays d'Europe du Nord ,proches de la guerre en Ukraine , court le verbe " macroner " ! Ou, comme on dit dans le Midi : " A ben parla, ma qué a di ? "
Alors, ce qui se passe en Nouvelle-Calédonie résonne avec le vécu de tous nos territoires ultra-marins.
On a l'impression que nos dirigeants, surtout à droite , ne sont toujours pas sortis de la perte de l'Algérie. Aucune leçon , aucun enseignement ne semblent avoir été tirés de ce drame, ô combien prévisible.
Les "commentaires " et leur teneur sur la disparition de J.M Le Pen sont révélateurs de la persistance d'une vision délirante "de la Plus Grande France" et de critères à rejeter car discriminatoires vis-à-vis de tous ceux qui ne les partagent pas.
Le vide politique générationnel de "leaders" tenant la route s'annonce plus qu'inquiétant devant la montée des autoritarismes partout dans le Monde. Et notre présence partout en Outre-Mer est plus que menacée. Ce qui donne une idée de la perte d'influence de notre pays.

Oboulaba (26-06-2024 21:00:29)

Vivant en Nouvelle Calédonie, je trouve votre analyse assez orientée et partisane, et je me pose des questions sur vos interlocuteurs locaux. Vous oubliez de dénoncer les avantages économiques servis aux "migrants-colons", salaires et retraites indexés, double défiscalisations immobilières, fiscalité avantageuse etc...Enseignement scolaire non adapté à la spécificité océanienne, marginalisant un peu plus les jeunes kanaks qui ne se reconnaissent pas dans l'enseignement public et privé, et décrochent souvent très rapidement. C'est le non respect des accords de Nouméa et de Matignon, la partialité évidente de l'état français perpétuant une politique coloniale qui a provoqué une crise prévisible et annoncée. Avoir traité le peuple kanak comme quantité négligeable a été une grave erreur, et les politiques "loyalistes" représentés par des extrémistes irresponsables soutenus par l'état français ont allumé la mêche d'un feu qui couvait depuis 3 ans. Ne pas oublier que c'est Mme BACKES, qui micro en main en place publique, le 5 mai, a menacé les députés français de mettre "le bordel", si la loi sur le dégel ne passait pas . On parle "d'émeutiers" comme si Nouméa était une banlieue parisienne, sans prendre en considération la frustration intense ressentie par une population qui subit une colonisation de peuplement depuis plus de 100 ans. Le destin commun était possible, si le gouvernement pendant 40 ans avait considéré la Calédonie pour ce qu'elle est, une terre où deux peuples avaient fait preuve de résilience et souhaitaient vivre ensemble, et ainsi avoir la possibilité de montrer au monde qu'elle était la patrie des droits de l'homme. Mais la France a perdu irrémédiablement son honneur en ne condamnant pas les "émeutiers blancs criminels" du massacre de" Waan Yaat" en 1984, et en inventant la "Défense légitime préventive" ! Je suis blanche, en arrivant en Calédonie il y a 24 ans, je me suis penchée sur son histoire, ses coutumes, sa culture, avec respect et humilité. Le retour que j'en ai eu auprès de mes amis kanaks m'a permis d'accepter nos différences et d'y puiser un espoir que les politiques ont foulé au pied pour de sombres intérêts électoraux, geo poitiques et financiers. Laissons vivre la Kanaky-Calédonie, avec ceux qui veulent y vivre sereinement et arrêtons d'être des donneurs de leçons.

Christian (17-06-2024 13:00:55)

Les réformes constitutionnelles concernant la Nouvelle-Calédonie et Mayotte sont suspendues en raison de la dissolution... mais que se passera-t-il après les élections législatives ? Le feu couve sous la cendre...

mcae.fr (21-05-2024 08:12:00)

Nous pouvons effectivement utiliser la force, dans une nouvelle phase de la néo-colonisation économique, en oubliant les effets délétères de cette politique qui a généré le rejet de l’Occident. Si les Autochtones sont dépossédés de leur île, ils rejoindront le sud global. Nous pourrons alors, en continuant dans la même logique, sacrifier des ressources et des hommes, pour défendre l’ordre mondial de 1945, qui de toute évidence, a montré sur toute la planète, sont incapacité à satisfaire les besoins les plus élémentaires des populations. Des besoins qui étaient couverts, tant bien que mal, auparavant. Oui la France, noyée dans les réseaux sociaux, a perdu sa compréhension de l’histoire. Elle est prête à se sacrifier pour essayer de maintenir en vie le système qui la détruit. L’ancien monde s’engage dans une guerre contre tous les exclus de l’accumulation, une guerre qu’il ne peut que perdre.

Louchard (20-05-2024 11:25:17)

Merci M. Larané de prendre un peu de hauteur.
J'aimerais un article consacré à l'intérêt de toujours "posséder" ces iles outre-mer.
Personnellement, pourquoi ne pas leur laisser leur indépendance et ne plus participer à leur direction. Cela nous coûte très cher et ne crée que des problèmes. nous avons besoin de cet argent sur le continent.
Je me demande si l'intérêt des fonds marins et des zones d'influence n'est pas qu' un rêve égotique et d'une autre époque?

Bernard (20-05-2024 09:44:57)

On permettra à un lecteur qui connaît un peu cette île magnifique (sans doute la dernière de nos collectivités locales d’outre-mer à conserver, s’il devait ne nous en rester qu’une) de livrer quelques réflexions personnelles.

Tout d'abord, le "peuple Kanak" (sic) est une vue de l'esprit : 100 000 personnes tout au plus, soit à peine l’équivalent du tiers du XVème arrondissement à Paris. Ce n'est donc pas de lui qu'il est question, même si les dégâts commis par quelques milliers de voyous désœuvrés font la une des journaux. Les chefs Canaques savent dailleurs très bien que l'indépendance est un leurre et qu'ils ne seront jamais indépendants, faute de masse démographique suffisante et surtout étant donné les enjeux régionaux : notamment (mais pas seulement) appétits chinois, impératifs stratégiques américains (lesquels ont déjà occupé l'île pendant quatre ans, de 1942 à 1946, et ne nous l'ont rendue qu'après mûre réflexion...), inquiétudes légitimes des Australiens. Aussi, comme dans la fable des grenouilles qui demandaient un roi, les Néo-calédoniens seraient-ils bien inspirés de conserver pour parrain leur lointain et débonnaire soliveau hexagonal.

Deuxième point : en ces temps de submersion migratoire, la revendication des peuples autochtones de rester maîtres chez eux, notamment s’agissant du processus électoral qui détermine leur destin, ne peut être écartée d'un revers de main. Et cette question, légitime, va inévitablement se poser un jour ou l'autre en Europe et notamment en France où la problématique du gel du corps électoral (et de l’abandon du droit du sol) ne pourra être éternellement éludée. Il ne serait au demeurant pas choquant que les nouveaux arrivants fassent d'abord preuve de leur attachement au pays qui les recueille avant de peser par leurs votes sur son destin.

Dernier point : ces évènements dramatiques n’existeraient pas avec un Etat normal, doté d’une vision, pourvu d’un cap et capable d’un minimum de fermeté. C’est l’épuisement de celui-ci - trop occupé à traquer les citoyens dans leur vie quotidienne, par exemple à recenser les récalcitrants à la taxe sur les cabanes de jardin, à verbaliser les automobilistes qui roulent à 86 km/h au lieu de 80 sur les départementales, ou à imposer des normes à tort et à travers, et de surcroît souvent monopolisé par des futilités (Jeux olympiques…) - qui fait qu’il n’est même plus capable d’exercer ses fonctions élémentaires : maintenir la paix civile, assurer pour ses citoyens la sécurité et la liberté de circuler. Aussi, dans ce domaine comme dans bien d’autres, cette crise fournit-elle l’occasion de s’interroger sur le devenir de ce régime à bout de souffle qui conduit le pays à l’abîme.

GUYOT (20-05-2024 09:28:23)

Mais ou donc est la culture et la compréhension de l'histoire.
Au moment ou l'on construit (laborieusement) l'Europe et le collectif, il y a encore des groupes qui ne rêve que de vivre entre eux alors que le monde entier démontre chaque jour (Des états africains, Comores…) que c'est la pire des options.
Comment faire comprendre qu'il est préférable d'être petit chez les grands que grand chez les petits.

mcae.fr (20-05-2024 09:18:19)

Il semble qu’une nouvelle fois, nous soyons dans le double langage des décolonisations des années 1970 : les anciens colonisés ont le droit au respect et à la démocratie, à condition qu’ils installent une économie qui alimente les capitalisations occidentales.
Qu’entend-on par décolonisation de la Nouvelle Calédonie ? L’appropriation par l’Occident (pour le nickel des batteries), la rétrocession de l’île aux Autochtones, où la construction d’un vivre ensemble ?

Evacuer l’île serait une tragédie et une injustice, un scénario à l’algérienne. Construire du vivre ensemble, c’est redonner le pouvoir aux habitants (à tous les habitants), rompre avec la métropole, mais aussi avec la mondialisation. Seule « une économie circulaire ouverte » permet de couvrir les besoins de tous, durablement.
La gestion actuelle consiste à promettre l’île aux deux partis, en sachant pertinemment que c’est impossible.
C’est en édictant des droits incompatibles qu’on enclenche les guerres civiles.

DUBELLÉ (20-05-2024 08:57:17)

Ayant été médecin de brousse sur la côte est en 1984 et ayant vécu là, sur place, les événements de novembre, j'ai partagé un moment de cette histoire néo-calédonienne. J'ai d'ailleurs publié un livre-récit témoignant de cette expérience.
Je rejoins le propos de l'auteur sur l'historique du conflit qui oppose les Kanaks à la métropole et aux Caldoches. Une constante dans cette affaire, les maladresses de Paris en 1984 en brousse et en 1988 à Ouvéa et actuellement quand Nouméa est touchée. Maladresse et imprévoyance alors que tout indiquait que la révolte allait se produire. Après, il est trop tard. La distance fait que les renforts tardent et laissent se développer une situation insurrectionnelle qu'il devient difficile d'interrompre. Souhaitons que celle-ci ne dégénère pas en guerre civile opposant les Kanaks aux non-kanaks quand tous sont armés et livrés à eux-mêmes. Et que Paris reporte son projet de réforme pour apaiser la situation.

Philippe MARQUETTE (20-05-2024 03:05:12)

On peut compter sur M. Macron pour choisir et mettre en œuvre la pire des solutions, tant il est animé par sa haine de la France et des français.
Il doit y avoir, comme d'habitude, l'influence des USA dans leur effort constant visant à vassaliser la planète entière.

Maurice (19-05-2024 19:10:42)

Ayant visité l'Afrique, le peuple africain connait une troisième plaie : il y eut les razzias arabes pour les vendre esclaves aux Européens, la colonisation européenne tempérée avec les missionnaires qui à leurs façons les soignaient, les éduquaient et arrivent les Chinois qui eux n'ont aucun scrupule à corrompre à la puissance 10, pour faire maintenant basse sur toutes les richesses minières, agricoles. C'est tellement facile de corrompre en Afrique. C'est ce qui se passera en Nouvelle Calédonie. Ce sera pire qu'avec les Français. Avec la prédation des ressources, cependant les miséreux migrants viennent en plus grand nombre chez nous, ils ne vont pas en Russie ou en Chine !

Le penseur contemplatif (19-05-2024 18:30:25)

Beaucoup de pays voudraient voir la France décampée de cette région , chinois ,australiens , américains et russes compris .
Comme l'Algérie , certains pays alimentent la révolte et encouragent la fronde pour pouvoir exercer leur influence ou pouvoir .
Si la France cède pour la Nouvelle Calédonie , elle cédera pour tout le pacifique.
Cela sera le commencement de la fin des terres françaises d'outremer .

Christian BOTIA (19-05-2024 16:13:16)

Peut on en vouloir à ce Peuple Kanak de retrouver leur souveraineté ?
La Gestion de ce Territoire situé a 14000 km de la Metropole. Est ce raisonnable ?

Yves Petit (19-05-2024 14:42:25)

Si les Kanaks veulent l'indépendance, qu'ils le fassent à la manière du Québec, soit par la voie démocratique!

ELSASS-FREI (19-05-2024 12:44:19)

Vous semblez oublier qu'il s'agit d'une colonie, fait reconnu par l'ONU qui a placé la Nouvelle-Calédonie sur la liste des territoires à décoloniser.
La phrase "À la fin du XXe siècle, bien que jouissant de tous les droits des citoyens français, les Kanaks, attachés et quelque peu asservis à leurs traditions, leurs mythes et leurs coutumes" me semble méprisante pour un peuple premier comme les kanaks, et oublie que les droits des citoyens français ne comprennent pas la reconnaissance des peuples premiers ni même des langues régionales et notamment le droit à sa langue maternelle... Il serait temps que la France se dégage complètement de son passé colonialiste !

henri75012 (19-05-2024 12:44:16)

Personne n'a envisagé la séparation  des deux populations ? Un état indépendant pour les séparatistes Kanaks et un département d'outremer pour les autres. Une décision radicale peut-être mais en une seule fois et la paix pour longtemps et pour tous...

Jonas (19-05-2024 11:37:00)

Non , cela n'a rien avoir avec l'Algérie .
Pour l'Algérie , il n' ya pas eu trois référendums . Pour la Calédonie , il y a eu trois référendums, tous les trois contre l'indépendance.
Par ailleurs , l'indépendance pourquoi faire ? L'Algérie , n 'est pas un exemple a suivre, depuis que ce pays a recouvrer son indépendance , il est dirigé par une camarilla sans pitié , et les millions d'immigrés venant de ce pays indépendant depuis 1962 montre a l'évidence son échec . C'est bien d'être contre la colonisation , mais il ne faut pas venir vivre toute honte bue chez l'ancien colonisateur. Mayotte montre également , ces comoriens qui fuient leur pays , alors qu'ils avaient opter pour l'indépendance.

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