La crise européenne

Mortelle, l'Union européenne ? Oui, comme l'URSS

25 avril 2024. Le président de la République française a lancé à sa manière la campagne des élections au Parlement européen, le 9 juin, avec un discours à la Sorbonne (Paris). Il a exprimé d'entrée de jeu sa crainte : « Notre Europe aujourd’hui est mortelle. Elle peut mourir et cela dépend uniquement de nos choix ». De fait, l'UE, qui arrive à l'âge de l'URSS au jour de son décès, s'épuise à suivre le rythme que lui imposent les fédéralistes - tel Emmanuel Macron - sans que les succès soient au rendez-vous...

De son premier discours à la Sorbonne, le 26 septembre 2017, à celui du 25 avril 2024, Emmanuel Macron n'a pas changé d'un iota dans ses convictions fédéralistes, lui que l'on accuse si fréquemment de versatilité ou d'irrésolution (« en même temps ») dans sa gestion du quotidien.

Ses ambitions tournent autour de trois pôles :
« Être européen, c’est défendre une certaine idée de l’homme qui place l’individu libre, rationnel et éclairé au-dessus de tout ».
« L'Europe puissance, c'est une Europe qui se fait respecter et qui assure sa sécurité. C'est une Europe qui assume d'avoir des frontières et qui les protège ».
« Faire émerger les champions européens et assumer de soutenir massivement les entreprises dans nos secteurs stratégiques ».

L'Europe, du pragmatisme à l'idéologie

La construction européenne est née d'une urgence géostratégique après la chute du nazisme : souder l'Allemage de l'Ouest au bloc occidental et éviter qu'elle ne tombe sous l'influence soviétique comme l'Allemagne de l'Est. Il s'en est suivi le lancement du plan Marshall et de façon très pragmatique, la création de la CECA en 1950 puis le traité de Rome en 1957.

Cette Europe « des petits pas » s'en est tenue à des projets intergouvernementaux : Euratom (1957), politique agricole commune (1963), Airbus (1970), Agence spatiale européenne (1975), SME (1979), Schengen (1986). Elle a progressé dans le respect de l'identité de chaque nation, conformément à la belle devise européenne : In varietate concordia (en français : « Unie dans la diversité »).

Cette démarche coopérative a permis aux Européens de surmonter les haines nationalistes du siècle antérieur. En témoigne le rapprochement quasi-fraternel entre l'Allemagne d'Adenauer et Schmidt et la France de De Gaulle et Giscard d'Estaing.

Tout bascule en 1989 avec la chute du Mur de Berlin : la menace soviétique n'est plus là pour souder les Européens de l'Ouest. Dès lors, l'espace politique est occupé par l'idéologie déconnectée du réel. On se prend à rêver à une Europe idéale dans un monde en paix, rallié à la démocratie et aux valeurs occidentales de liberté. C'est la promesse de l'essayiste américain Francis Fukuyama (La Fin de l'Histoire, 1992). 

En foi de quoi les dirigeants européens, François Mitterrand et le chancelier Helmut Kohl en tête, se convertissent aux préceptes néolibéraux  (dico) selon lesquels les États ont vocation à disparaître et donner libre cours au marché. Ce basculement s'opère à travers trois actes fondateurs :
• L'Acte unique, mis en oeuvre le 1er janvier 1993, engage l'Union européenne dans la suppression de tous les freins à la libre circulation des marchandises et des capitaux,
• Le traité de Maastricht instaure une monnaie unique (1992),
• L'Organisation mondiale du commerce traque les derniers obstacles à la libre circulation des biens et des services (1994).

L'Europe rêvée d'Emmanuel Macron

Né en 1977, Emmanuel Macron a quinze ans quand les dirigeants européens décident ainsi de forcer la marche de l'Europe vers un fédéralisme de type étasunien. Adolescent talentueux, grandi dans une famille aisée, le jeune Macron se rallie sans réserve à cet idéal post-national. Une génération plus tard, il reste attaché à ces convictions de jeunesse comme le démontrent ses deux discours de la Sorbonne.

Il n'empêche qu'entretemps, l'Europe et le monde ont changé, pas précisément dans le sens espéré, de sorte que la profession de foi présidentielle apparaît singulièrement déconnectée des réalités. 

- L'individu libre au-dessus de tout :

Le président exalte l'individu libéré de toutes entraves. Cette vision classiquement néolibérale est à l'opposé de la vraie liberté, ainsi que le rappelait Emmanuel Kant. En effet, dans une société néolibérale, le marché peut librement exciter les désirs et les fantasmes individuels pour mieux en tirer profit. Tout devient matière à faire de l'argent depuis les croisières au bout du monde jusqu'à la location d'une mère porteuse et le changement de sexe.

En avance d'un siècle et demi, deux jeunes hommes annonçaient déjà cette évolution mortifère des valeurs libérales : « La bourgeoisie (...) a fait de la dignité personnelle une simple valeur d'échange ; elle a substitué aux nombreuses libertés, si chèrement conquises, l'unique et impitoyable liberté du commerce. En un mot, à la place de l'exploitation que masquaient les illusions religieuses et politiques, elle a mis une exploitation ouverte, éhontée, directe, brutale » (Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du Parti communiste, 1848).

- L'Europe puissance :

Le président rêve d'une « Europe puissance » alors même que l'Europe n'a jamais été aussi inféodée au Pentagone via l'OTAN et dépendante des industriels américains de l'armement. L'avion français Rafale, en dépit de ses qualités, n'a trouvé preneur en Europe qu'auprès de la Grèce, tandis que dix pays européens ont déjà passé commande du F35 américain. Rappelons-nous le mot de Françoise Parly, ministre française de la Défense en 2019 : « La clause de solidarité de l’Otan est l’article 5, pas l’article F-35 ! »

Au demeurant, hormis l'allégeance à Washington, les membres de l'Union européenne sont en désaccord sur à peu près tous les sujets de politique étrangère : la guerre en Ukraine, l'attitude envers Israël et la Palestine, la politique africaine, les relations avec la Chine, etc. L'exécutif français est plus que jamais isolé en Europe et l'Italie, l'Espagne et l'Allemagne lui tournent ostensiblement le dos.

Les peuples européens se voyant menacés dans leur identité par la volonté normalisatrice de Bruxelles, chacun réactive les démons du passé à l'exemple de certains Polonais qui réclament à l'Allemagne des indemnités au nom des crimes commis dans leur pays durant la Seconde Guerre mondiale, ou des Grecs qui, lors de la crise de 2015, représentèrent la chancelière avec un casque à pointe.

Pour ne rien arranger, la guerre fait son retour sur le continent, d'abord en Yougoslavie d'abord, aujourd'hui en Ukraine, demain... Force est de constater que si l'Europe du traité de Rome, c'était la paix, l'Europe du traité de Maastricht, c'est la guerre !

- L'Europe leader mondial dans la recherche :

Relancer l'industrie et la recherche en Europe, comme le souhaite le président, est incompatible avec le traité de Lisbonne de 2009 qui vise « à la suppression progressive des restrictions aux échanges internationaux et aux investissements étrangers directs, ainsi qu'à la réduction des barrières douanières et autres » (article 206, ex-article 131 TCE) sans exiger des clauses de réciprocité chez les partenaires et concurrents de l'Europe (Chine, États-Unis, Inde,...). On le constate encore avec le rachat imminent par un groupe indien du laboratoire Biogaran (groupe Servier, 32% du marché français des médicaments génériques) : il est très probable que le futur propriétaire délocalisera hors d'Europe la production de ces médicaments.

Le cas de la France est encore plus problématique car, avec l'introduction de la monnaie unique en 1999, la propension des Français à acheter tant et plus de biens, surtout en Allemagne, n'est plus corrigée par les ajustements monétaires entre ces deux pays. Il s'ensuit un déficit commercial devenu structurel. Il est comblé année après année :
• D'une part par l'endettement de l'État auprès des marchés étrangers : il lui faut aider les victimes de la désindustrialisation et remplacer les emplois perdus dans le secteur privé par des emplois dans les administrations, si superflus soient-ils.
• D'autre part par la cession d'actifs : on vient ainsi d'apprendre que la montée en puissance de l'actionnariat américain au sein de Totalenergies va conduire le premier groupe industriel français à se faire coter désormais à Wall Street !

L'Union européenne comme l'Union soviétique

Cette lente et irrésistible paralysie de l'Union européenne rappelle celle de l'Union soviétique, fondée elle aussi sur des présupposés idéologiques (lutte des classe, nationalisation de la valeur ajoutée).

Après la phase de construction, très rude en ce qui la concerne (1917-1953), l'URSS s'est enferrée dans ses dogmes au lieu de se réformer avec pragmatisme. Dès 1976, l'historien Emmanuel Todd a entrevu sa chute finale dans la dégradation de certains indicateurs de progrès (mortalité infantile). 

Quand Mikhaïl Gorbatchev a tenté de sauver ce qui pouvait l'être, il était déjà trop tard. L'URSS est morte en 1991, à 74 ans. C'est l'âge qu'aura cette année l'Union européenne (ex-CECA, ex-CEE). Va-t-elle disparaître pour autant ? Ce n'est pas sûr. Trop de gens tiennent à leur sinécure dans les grandes instances de Bruxelles, Strasbourg, Luxembourg et Francfort.

Il est plus probable que ces instances survivent sans véritable autonomie ni liberté d'action, sous la haute protection de Washington... comme en d'autres temps ont perduré les monarchies marocaine, tunisienne ou encore moghole, sous le protectorat de la République française ou de la Compagnie anglaise des Indes.

André Larané
2024 : fin de l'UE ? Monstruosités idéologiques et contresens historiques

• En 1950, avec la fondation de la CECA, Jean Monnet et Robert Schuman ont cru pouvoir assurer à l'Europe de l'Ouest paix et prospérité grâce au parapluie nucléaire américain et à l'ouverture de ses frontières intérieures.
• En 1992, outrepassant leurs intentions, les promoteurs de l'Union européenne ont promis aux Européens des lendemains qui chantent grâce à la disparition progressive des États-Nations et au libre-échange intégral, y compris avec le reste du monde. Il s'agit là de deux monstruosités idéologiques, qui reposent sur des contresens historiques. Le libre-échange et l'ouverture des frontières, chaque fois qu'ils ont été pratiqués, ont débouché sur des récessions économiques, voire des crises politiques majeures. C'est ce qui ressort du survol de l'histoire économique des trois derniers siècles. Quant aux guerres entre États-Nations, elles ont généralement été moins meurtrières que les guerres civiles au sein des États et des empires. Mieux vaut des États-Nations solides que des empires ou des ectoplasmes divisés.

On peut faire le parallèle avec les monstruosités idéologiques nées de la Révolution d'Octobre, en 1917, en Russie : les bolchéviques promirent le paradis sur terre grâce à la propriété collective des moyens de production et à la dictature du prolétariat. Cette utopie mortifère s'est effondrée sous le poids de ses contradictions 74 ans plus tard.
Comparons son historique et celui de la construction européenne (66 ans déjà) ; nous voyons se profiler l'implosion de l'Union européenne d'ici une dizaine d'années :

Union soviétique Construction européenne
1917 : Révolution d'Octobre, sur fond de Grande Guerre

1922 (cinq ans) : fondation de l'URSS, au début de la NEP (Nouvelle Politique Économique)

1945 (28 ans) : Staline triomphe à Yalta et Potsdam



1962 (45 ans) : ultimatum de Kennedy à Khrouchtchev, l'URSS tombe de son piédestal

1978 (61 ans) : enlisement en Afghanistan, sur fond de crise économique et sociale majeure (hausse de la mortalité infantile...)




1986 (69 ans) : le drame de Tchernobyl met à nu les faiblesses de l'URSS



1991 (74 ans) : acte de décès de l'URSS et du Parti communiste soviétique
1950 : création de la CECA, sur fond de guerre froide

1957 (sept ans) : traité de Rome, au début des Trente Glorieuses

1979 (29 ans) : élection au suffrage universel des députés européens ; succès de la coopération intergouvernementale (Airbus, ASE)

1992 (42 ans) : traité de Maastricht, première année de récession et de tension

2008 (58 ans) : la crise des subprimes, bien qu'américaine, frappe l'UE plus qu'aucune autre région du monde et révèle ses faiblesses intrinsèques

2016 (66 ans) : première défection avec le Brexit britannique.

2020 (70 ans) : l'épidémie de coronavirus met à nu les failles de l'Union et fait exploser la zone euro sous le poids de l'inflation


2024 (74 ans) : ...
Publié ou mis à jour le : 2026-01-31 19:03:31
dominique flecher (02-02-2025 20:55:04)

Je souscris à votre analyse des causes du déclin économique de la France, balance commerciale deficitaire, endettement etc..; J'ai écouté M Sapir, un economiste qui souligne à mon sens un point essentiel : la cause essentielle de notre effondrement est l'euro, en ce que cette monnaie a un taux de change trop fort qui ne correspond pas à l'état de l'économie française, de sorte que depuis les années 90, l'Etat ne cesse de prendre des mesures pour compenser ce handicap: allègement des charges patronales, gel des salaires, aides à la recherche. Des milliards d'euros ainsi transférés à cette seule fin et en vain qui nous manquent et qui explique l'endettement accru, la baisse de la productivité. C'est difficile pour nos gouvernants d'expliquer cela, ce qui reviendrait à avouer qu'entrer dans l'euro était une erreur, et qu'en s'y maintenant, on travaillait contre l'intérêt national.

CROSJM (31-01-2025 17:04:12)

Je signale à Jeanclement que dans une Europe fédérale, comme aux Etats Unis d'Amérique, en dehors de la politique étrangère et de la direction de l'armée, les états américains conservent beaucoup d'indépendance (économique, justice...), et donc les nations européennes auraient très bien pu en faire autant dans le cadre d'une Europe fédérale.

CROSJM (31-01-2025 16:55:53)

Contrairement à votre opinion, il aurait fallu dès le départ (sous De Gaulle et Adanauer) faire une Europe fédérale, avec un président, un département de politique étrangère et une armée européenne sous ses ordres, ce qui était possible alors , à six pays seulement. Les Etats Unis d'Europe auraient alors un poids international au même titre que les USA. Il n'y aurait pas alors les divergences permanentes qui existent entre tous les Etats d'aujourd'hui. Ce n'est pas le fédéralisme (soutenu par Mr Macron ou d'autres) qui est nuisible, mais l'absence d'une fédération.

Jeanclement (29-12-2024 14:54:43)

Je me sens de plus en plus proche d'Hérodote. Cet article reflète tout à fait ce que je pense aujourd'hui. Et pourtant je reviens de loin. En son temps j'étais un partisan convaincu de l'Europe fédérale, j'avais tout voté et claironné à qui voulait l'entendre que l'Europe c'était la paix, qu'il n'y aurait jamais d'Europe sans "délégation de souveraineté", etc, etc.
J'ai progressivement déchanté en voyant les dérives de l'UE. Je ne pouvais plus supporter les responsables qui répondaient :"vous avez raison, mais on n'y peut rien, c'est l'Europe" ou qui changeaient de conversation quand on critiquait les délocalisations pour fabriquer à l'étranger des tee shirts à bas prix pour les revendre aux ouvriers français réduits au chômage. Sans compter l'arrogance bruxelloise ou les diktats des juridictions européennes.
Mais être contre l'UE, ce n'est pas être contre l'Europe. Nous n'avons pas besoin du fédéralisme pour réaliser de grands projets qui eux, restent indispensables dans bien des domaines, notamment dans le domaine industriel.
Mais l'expérience me montre que pour être efficace l'Europe doit être une Europe de nations qui restent interdépendantes mais souveraines dans tous les domaines. Il faudrait aussi accepter l'idée que notre continent n'est plus dominant , que notre vision du monde et de l'humanité ne signifie plus grand chose pour les milliards d'hommes d'aujourd'hui, et qu'il faut cesser de considérer avec arrogance et aveuglement que notre modèle est le seul valable.
Mais je crains fort qu'un tel retour à la raison ne puisse se faire que lors de cataclysmes politiques, sociaux, internationaux comme notre pays hélas en a l'expérience.
Bien cordialement à Hérodote et meilleurs voeux pour 2025, on en aura besoin.

Lisa (25-06-2024 20:55:27)


Emmanuel Macron exprime dans ses discours sa conviction en faveur d'une Europe unie et puissante, défendant une certaine vision de l'homme et de la société. Il insiste sur l'importance de l'individu libre, rationnel et éclairé, ainsi que sur la nécessité pour l'Europe d'assurer sa sécurité et de se faire respecter sur la scène mondiale. De plus, il souhaite favoriser l'émergence de champions européens dans divers secteurs économiques et soutenir massivement les entreprises stratégiques. En résumé, il promeut une vision fédéraliste et ambitieuse pour l'avenir de l'Union européenne.
La réalisation des ambitions d'Emmanuel Macron pour l'Union européenne dépend de divers facteurs, notamment la volonté politique des États membres, la capacité à surmonter les divisions internes, et la capacité à relever les défis économiques et géopolitiques. Bien que certains aspects de sa vision puissent être réalisables, tels que le renforcement de la sécurité et la promotion de champions européens, d'autres aspects pourraient être plus difficiles à atteindre, comme la création d'une Europe unie et puissante dans un monde où les intérêts nationaux et les rivalités persistent. En fin de compte, la faisabilité de ces objectifs dépendra de la capacité des dirigeants européens à trouver un terrain d'entente et à mobiliser les ressources nécessaires.

GUYOT (20-05-2024 09:14:08)

La démocratie est toujours un exercice d'équilibre.
Comparer l'Europe qui c'est construite par adhésion volontaire sur un motif de paix à l'URSS qui est une conquête territoriale (colonialiste) et brutale me semble inadéquate.
l'URSS était une dictature brulale ( l'HOLODOMOR!, le mur de Berlin, le printemps de Prague…). Sa chute fut une libération plus ou moins réussie (la démocratie se construit et ne se décrète pas!).
L'Europe est une démocratie. Sa sortie peut être catastrophique (Brexit).
Il semble que le XXIe siècle soit un siècle d'oublie de l'histoire avec beaucoup d'agitation.

Christian (10-05-2024 08:36:14)

A supposer qu'elle soit souhaitable, la mise en place d'une Europe réellement fédérale avait été rendue de fait impossible par l'adhésion de l'Angleterre. C'est ce qu'avait d'ailleurs expliqué le président français Georges Pompidou lors du référendum de 1972 organisé pour ratifier cette adhésion.

Par la suite, l'élargissement forcené de l'Union, passée de 15 à 25 membres entre 1995 et 2004, pour des raisons plus économiques et commerciales que politiques, m'a définitivement convaincu que cette perspective fédérale n'aboutirait qu'à aggraver le dumping social et à empêcher toute politique européenne réellement indépendante. L'ouverture des frontières à la Chine à partir de 2001, l'isolement relatif de la France et de l'Allemagne lors de la guerre d'Irak de 2003 et les dangereuses liaisons germano-russes sur la question du gaz en sont quelques exemples...

jmc (07-05-2024 18:21:48)

Entièrement d'accord avec Rémy Volpi. Tout ce que l'on peut souhaiter c'est qu'il y ait beaucoup "d'adolescents attardés" comme Macron. Si on pense qu'il s'agit d'un grand utopiste et qu'il n'y a aucune chance de gagner une Europe plus forte et plus unie, par un fédéralisme qui ne gèrerait que la politique étrangère et donc militaire, laissant aux états leurs autres décisions, alors effectivement l'Europe ne sera pas loin de son acte de décès.
J'ajoute que ce fut l'une des seules grandes fautes de De Gaulle que d'avoir refusé une Europe fédérale, possible alors, avec Adenauer et une Europe limitée à 6.
Je termine en disant qu'il faut du courage, du cran, pour sauver nos démocraties; la liberté se paie. J'ai peur que les Européens d'aujourd'hui ne soient pas prêts à payer leur indépendance.

mery (06-05-2024 20:38:45)

Rien n'est éternel , heureusement !

Sandra (02-05-2024 18:05:45)

Si comme le souhaite notre président de la République, relancer l'industrie et la recherche, sont des priorités pour notre nation, il serait intéressant que le gouvernement français envisage de faire le rachat du laboratoire Biogaran. En effet, si le groupe Servier veut vendre sa filiale pourquoi l'Etat français ne peut-il pas le faire par le biais de sa structure ad'hoc type BPI (Banque Publique d'investissement).
Au lieu de cela c'est un groupe indien qui le fera et délocalisera la fabrication, alors que nous avons cruellement besoin de conserver ne serait-ce qu'une part infime du secteur de la fabrication de nos médicaments.

Rémy Volpi (29-04-2024 18:46:11)

Voici typiquement un article "euro-haineux", donc favorable au retour d'une Europe des États-nations indépendants et souverains. Soit le concept du XIXème siècle, celui du nationalisme chauvin, narcissique, exclusif, xénophobe, voire conquérant, dont le nazisme (national socialisme) est substantiellement la forme pathologique extrême.
Ce concept a fait de l'Europe un panier de crabes, dans le meilleur des cas stabilisé à la Bismarck par une stratégie très aléatoire d'alliances, contre-alliances, retournement d'alliances. Autant dire jouer avec le feu autour d'un baril de poudre. Résultat: L'Europe de la première moitié du XXème siècle, après deux guerres mondiales et trois totalitarismes caractérisés par la plus abjecte des barbaries, est devenue le "continent des ténèbres" (The Dark Continent") selon l'historien britannique Marl Mazower. Aux antipodes ce que laissait espérer le Siècle des Lumières.
Quelques penseurs perspicaces et clairvoyants, l'Abbé de Saint-Pierre, Emmanuel Kant, Victor Hugo, Richard Coudenhove-Kalergi, Aristide Briand, Altiero Spinelli, ont abouti à l'idée que l'instauration d'une entité européenne supranationale, garante à la fois de la paix intérieure et de la protection vis-à-vis de l'extérieur était une impérieuse nécessité. Et que cette entité, à l'encontre du concept napoléonien ou hitlérien de l'Europe, devait être fédérale. C'est-à-dire, et l'on n'insistera jamais assez sur ce point, préservant, mieux que tout autre système gouvernemental, les identités nationales, régionales, locales. Tandis que les États subsistent, et délèguent sous contrôle une partie de leur souveraineté.
L'article présente Emmanuel Macron comme un adolescent attardé issu d'un milieu privilégié, irresponsable doux rêveur hors sol. Mais quelle absurdité!
D'abord parce que la déclaration Schuman du 9 mai 1950, projet de la Communauté Européenne Charbon Acier, entité supranationale organisant entre six États européens le libre échange de ces deux produits clefs, était présenté comme "une première étape vers la fédération". Ce dernier terme étant décidément compris pour l'exact contraire de ce qu'il est. Au point que Jean-Marie Le Pen tape dans le mille de l'inconscient collectif quand il évoque insidieusement les "fédérastes" de Bruxelles. La suite logique de la CECA devait être la Communauté Européenne de Défense, laquelle impliquait à terme une politique extérieure commune. Projet rejeté en août 1954 par la France qui pourtant en était l'instigatrice. Descartes a dû se retourner dans sa tombe. De là, les européistes se sont rabattus sur la réalisation d'une Europe économique, escomptant sans doute que chemin faisant le bon sens triompherait. Il n'en est rien. Cet article, notamment en témoigne. Aussi est-il facile comme l'ont fait les Brexiters, de décrier les diktats des "bureaucrates bruxellois grassement payés, non élus qui se consacrent à réglementer la courbure des concombres ou la capacité des chasses d'eau de WC". Cela étant, la question que posait en son temps Henry Kissinger ("l'Europe? Quel numéro de téléphone") est dramatiquement d'actualité. Aujourd'hui, un ensemble de 450 millions de citoyens, première puissance économique mondiale mais nain politique, est à la merci d'un voisin, "pays de façade" analysait Custine en 1839, ne comptant que 140 millions d'habitants et ayant un PIB ne dépassant pas celui de l'Espagne. Et ce sont les États-Unis, que paradoxalement on ne manque pas de critiquer, qui sont le pivot de notre défense. Descartes, au secours!!
Selon Carl Schmitt, "qu'un peuple n'ait plus la force ou la volonté de se maintenir dans la sphère du politique, ce n'est pas la fin du politique dans le monde. C'est seulement la fin d'un peuple faible". Ce n'est pas, épris qu'ils sont d'une illusoire "grandeur nationale", ce à quoi aspirent les détracteurs de l'Europe unie fédérale. Pour autant c'est ce vers quoi leur attitude contre-productive nous entraînerait irrémédiablement si par malheur ils avaient gain de cause.
Dans un monde multipolaire où certains pays de dimensions continentales caressent l'idée d'imposer des valeurs et des pratiques que l'Europe, pointe avancée de l'aventure humaine a de longue date et laborieusement rejetées, la création d'une "soft power", espace modèle de paix, de prospérité et d'éthique selon nos critères serait bienvenue. Hélas! il semble que l'idée du suicide européen ait le vent en poupe. Serions-nous en train d'entonner comme le général franquiste Millan Astray en 1936, ce cri fou: "Muera la intelligencia! Viva la muerte!"

Jean-Marie Sorri (29-04-2024 18:23:07)

Merci monsieur Larané pour votre article, mais je souhaite souligner dans le discours de monsieur MACRON cette phrase qui m'a interloquée : "la libre circulation des électrons décarbonés" . Outre que cela ne veut strictement rien dire, cela illustre la piètre culture scientifique de nos élites européennes. Il ne faut pas s'étonner de la fermeture des deux réacteurs nucléaires à Fessenheim.

clairette (29-04-2024 18:12:19)

Je suis passionnée d'Histoire et j'apprécie les articles d'Herodote.net dont les rédacteurs éclairent les évènements du passé avec compétence et sans parti pris, en historiens. Or je constate qu'un certain nombre d'articles de Monsieur LARANE (comme celui sur l'Europe à la suite du discours d'Emanuel MACRON) manquent totalement d'objectivité. Il y a un parti pris politique qui déforme les propos du Président (que j'ai attentivement écoutés). Il y a des contre-vérités : la France ne veut plus dépendre de l'OTAN et des USA pour sa sécurité c'est pourquoi il faut une Europe forte. C'est son inaction face aux nouveaux défis mondiaux qui pourrait causer sa "mort". Je suis très étonnée qu'un historien aussi chevronné que Monsieur LARANE se laisse emporter par des convictions partisanes et une détestation évidente d'Emmanuel MACRON. L'Europe est un sujet trop important et vital pour qu'on en fasse le lieu de nos querelles politiques internes. Elle mérite mieux, nous méritons mieux !

Herodote.net répond :
Nous partageons comme vous les ambitions européennes affichées par le président de la République dans son discours de la Sorbonne : toutes les personnes sensées aspirent à une France prospère dans une Europe libre et puissante, faisant jeu égal avec la Chine et les Etats-Unis.
Le problème tient à la réalité, très éloignée de nos rêves. Et c'est là l'objet de notre analyse : comme la plupart des observateurs, nous constatons que l'Europe n'a jamais été aussi dépendante que maintenant des Etats-Unis, du Pentagone et des industriels américains de l'armement, pour ne rien dire des géants de l'internet et des producteurs de gaz de schiste.
L'Histoire de demain s'inscrit dans cette réalité : notre classe politique se donne-t-elle les moyens de changer le cours des choses ? nos jeunes générations ont-elles l'envie et la capacité de relever le défi ?

Bernard (un autre...) (29-04-2024 12:43:30)

Il ne manque à cet article que la corruption des élites ultralibérales qui ont détourné l'Europe des origines : Raymond Barre (11 millions de francs suisses au Crédit Suisse en Suisse ? fonds spéciaux ?), Barroso (par Goldman Sachs banque largement mouillée dans la crise économique de 2008 puis dans la crise grecque), Tony Blair ( Qatar, JP Morgan, Rupert Murdoch, révélation des Pandora papers...), Gerhard Schröder (encore Goldman Sachs, Gazprom, Rosneft, Nord Stream pour que Poutine puisse approvisionner l'Allemagne en Gaz sas être gêné par une future invasion de l'Ukraine; cité dans les Paradise papers.)
Tous ces éléments sont disponibles sur Wikipedia.

ajperlaigue (29-04-2024 09:47:15)

Excellent article, sans avoir la compétence pour en juger, permettant de recaler bcp de choses en cette période de brassage général et de rappels historiques multiples.
Seul le titre accrocheur avec le parallèle sur les "74 ans" de l'Urss me paraît relever de la boule de cristal ou de l'alignement des planètes... Mais mon père est mort à 74 ans, et ce chiffre résonne quelque part... forcément.
Cordialement

Lisa (28-04-2024 22:59:25)


Emmanuel Macron exprime dans ses discours sa conviction en faveur d'une Europe unie et puissante, défendant une certaine vision de l'homme et de la société. Il insiste sur l'importance de l'individu libre, rationnel et éclairé, ainsi que sur la nécessité pour l'Europe d'assurer sa sécurité et de se faire respecter sur la scène mondiale. De plus, il souhaite favoriser l'émergence de champions européens dans divers secteurs économiques et soutenir massivement les entreprises stratégiques. En résumé, il promeut une vision fédéraliste et ambitieuse pour l'avenir de l'Union européenne.
La réalisation des ambitions d'Emmanuel Macron pour l'Union européenne dépend de divers facteurs, notamment la volonté politique des États membres, la capacité à surmonter les divisions internes, et la capacité à relever les défis économiques et géopolitiques. Bien que certains aspects de sa vision puissent être réalisables, tels que le renforcement de la sécurité et la promotion de champions européens, d'autres aspects pourraient être plus difficiles à atteindre, comme la création d'une Europe unie et puissante dans un monde où les intérêts nationaux et les rivalités persistent. En fin de compte, la faisabilité de ces objectifs dépendra de la capacité des dirigeants européens à trouver un terrain d'entente et à mobiliser les ressources nécessaires.

Bernard (28-04-2024 19:49:16)

Inféodée militairement et culturellement aux Etats-Unis, commercialement à la Chine, énergétiquement à la Russie puis depuis 2022 aux Etats-Unis et au pétro-monarchies, livrée à tous les vents de l'immigration de masse arabo-africaine, en proie à une islamisation rampante et à une guerre civile larvée, zone de stagnation économique, instrument technocratique de dépossession des peuples de leurs pouvoirs de décision, l'UE se révèle aujourd'hui un désastre.

Pourtant l'aventure avait plutôt bien commencée, du moins jusqu'à Maastricht, c'est à dire tant qu'il n’était question que de coopération entre nations. Puis, au mépris de l'avertissement du Général de Gaulle ("On ne fait pas d'omelettes avec des œufs durs"), on a voulu en faire un empire, un peu à l'image de feu l'Autriche-Hongrie. Alors les choses se sont gâtées. Comme il était prévisible (cf. les prédictions de l'économiste Joseph Stiglitz), la création de l'Euro a inféodé l'ensemble de l'UE à sa composante la plus puissante : l'Allemagne et ses satellites et cela dans tous les domaines : taux de change, accords commerciaux, immigration, etc., cela sous la houlette des Etats-Unis. Dans le même temps, face aux difficultés croissantes et grâce aux nouvelles technologies, une dérive inquiétante pour les libertés publiques et privées se profile. L'écroulement du système est inéluctable et la fuite en avant des eurolâtres n'y changera rien, voire précipitera le mouvement. Mais, pour vaine qu’elle soit, l’obstination des mandarins du système promet de durs moments aux peuples européens.

Bénard (28-04-2024 19:17:38)

Malheureusement, je pense que vous avez raison.

JOURNOT (28-04-2024 19:08:17)

Bonsoir Monsieur Larané,

votre article est plein d'intérêt, comme le plus souvent... c'est une invitation régulière à réfléchir (mot ancien). Mais je ne suis évidemment pas totalement d'accord avec quelques détails :
1°) nous ne sommes pas au stade de la disparition des Etats. Je pense même que l'expansion du "nationalisme agressif" a besoin d'eux. C'est ainsi.
2°) les règles du commerce doivent évoluer : je suis d'accord, il faut protéger nos activités souveraines (médicaments) et autoriser enfin la naissance de champions européens (Alstom - Siemens !). Il faut que l'UE change, OK, mais dans le cadre existant (trop compliqué à reconstruire).
3°) les excès de la liberté : sauf erreur de ma part, la GPA n'est pas en progrès dans l'UE... attention à ce genre d'argument... Je dois souligner d'autres "imprécisions", comme Airbus ou Ariane, qui n'ont pas été le résultat de l'Europe institutionnelle (là je pense que nous sommes d'accord).
4°) s'agissant de l'OTAN, le général d'aviation que je suis constate que "ça marche", et qu'il n'y a rien d'autre. Encore une fois, à ce stade, rien de comparable au sein de l'UE (les "instruments de Lisbonne" = cela ne fait pas le poids). Les Etats-Unis en profitent = OUI. Cela s'appelle la puissance. Ceci dit, notre Rafale est un vrai succès pour un pays comme le notre.
5°) et je termine là car je suis bien trop long. L'URSS était un mensonge criminel, l'UE est une vision dégoulinante de morale assez décalée, avec un abus du pouvoir des juges. A nous de faire ce qu'il faut pour ne pas disparaitre avec le bateau.
Merci et bien respectueusement
GDA (cr.) JM Journot

Sirius (28-04-2024 18:16:49)

Votre analyse est remarquable. Rien à ajouter ni à retrancher sinon que la mondialisation telle que voulue par Macron et son mentor Attali réduit l'Europe à être un simple espace physique, le continent Europe, intégré dans l'aire de jeux des nouvelles féodalités que sont les firmes dites naguère multinationales, en fait aujourd'hui mondiales et donc multi-continentales.
Sirius

jver (28-04-2024 16:52:39)

Excellent article. Comme souvent.Problème: le seul homme politique qui dit ce que vous dites est crédité de 1% dans les sondages. Les autres partis ne songent qu'à se vautrer à Bruxelles!

Neustrie (28-04-2024 16:44:23)

Avec M. Larané je sais pourquoi je suis un ami d'Hérodote: Hauteur de vues et analyses précises.

sandra (28-04-2024 16:24:24)

Excellent article. Mon commentaire sur la partie relancer l'industrie et la recherche en Europe :
nous voulons relancer l'industrie et la recherche c'est ce que nous entendons la plupart du temps dans les discours de notre Président, alors pourquoi ne pas se saisir de l'opportunité de conserver chez nous le laboratoire Biogaran du groupe Servier qui représente 32% du marché des médicaments générique en France en le confiant - en attendant de trouver un repreneur -, à la Banque Publique d'investissement qui accompagne les entreprises dans leur développement Il sera ainsi moins angoissant pour les français de penser que le futur propriétaire délocalisera sans doute hors d'Europe la production de ces médicaments dont nous avons cruellement besoin.

Frankric (28-04-2024 14:46:32)

Les USA n'ont jamais voulu d'une Europe forte. Une Europe indépendante des USA. Et depuis la mort de de Gaulle, tous les leaders européens ont aisé les USA à assurer la vassalisation européenne à l'Amérique. La guerre d'Ukraine oblige l'Europe à remplacer une énergie relativement peu coûteuse par une énergie américaine fort onéreuse. Elle remplace aussi les technologies asiatiques par celles des USA. Ces deux phénomènes assujrent une désindustrialisation accélérée de l'Europe et unappauvrissement certain.

Benoit (28-04-2024 14:15:37)

Excellent article, qui nous donne le recul historique nécessaire pour dresser le bilan objectif et argumenté des choix faits pour la construction de l'Europe d'aujourd'hui et en tirer une opinion sur celle que nous voulons pour demain.
Les rares voix discordantes telles celles de Philippe Seguin à droite ou de Jean-Pierre Chevènement à gauche à l'époque de l'acte unique n'ont malheureusement pas fait le poids, nous en payons les conséquences.
Et celle de François Bayrou aujourd'hui n'a pas plus de portée.

Jean-Marie (28-04-2024 12:36:36)

Excellent article, merci M. Larané pour cet historique qui démontre la fuite en avant des dirigeants français, surtout depuis Macron, vers une Europe fédérale dont la France ferait bien de sortir s’il en est encore temps. Les prochaines élections européennes diront peut-être si les peuples des diverses nations composant l’UE veulent ou pas de cette « Union » dominée par une Allemagne vieillissante mais toujours puissante grâce à son Hinterland.

Blumenthal (28-04-2024 11:53:05)

Mercantilisme, quand tu nous tiens, la chemise n'est pas loin d'être vendue...

Raoul Marc JENNAR (28-04-2024 11:46:10)

Excellente synthèse sur l'historique de l'UE. Il y manque cependant l'évocation de la réaction à l'évolution enclenchée par l'Acte unique européen et le rejet du TCE en 2005. Ce qu'on appelle le populisme ou le souverainisme (et ce n'est pas exactement la même chose) est né de ce basculement vers une Europe fédérale. Merci pour votre excellent travail.

Sylvie (28-04-2024 11:19:25)

Article très intéressant, à lire impérativement!

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