3 avril 2024. À quoi sert l'Histoire sinon à nous rappeler les réalités immuables qui guident nos sociétés et que nous serions parfois tentés d'oublier ?... Cet oubli est manifeste aujourd'hui dans un domaine très spécifique : l'économie.
Confrontée à une dette publique abyssale, la classe politique française s'est ralliée à un diagnostic simplet : cette dette serait le résultat de trente ou quarante ans de mauvaise gestion et de laisser-aller.
La réalité est plus complexe comme l'enseigne l'économie classique : l'endettement public est la conséquence irrépressible du déficit commercial : sans les emprunts de l'État à l'étranger, le déficit commercial priverait les Français de 2000 euros par an et par adulte ! On ne comblera pas la dette sans résorber d'abord le déficit commercial...
Le gouvernement français et le président de la République s'alarment face à une dette publique qui paraît désormais hors de contrôle. Elle s'élève à plus de trois mille milliards d'euros, soit environ 120% du PIB (produit intérieur brut annuel), dont plus de la moitié souscrits auprès de créanciers étrangers. Cette dette a connu une première flambée sous le mandat de Nicolas Sarkozy (2007-2012), de 60% à 90% du PIB du fait de la crise des subprimes, puis une nouvelle flambée occasionnée par l'épidémie de covid-19 mais qui se poursuit depuis lors envers et contre tout.
Si les créanciers viennent à augmenter leur taux d'intérêt, le remboursement de la dette (40 à 50 milliards en 2023) deviendra le principal poste de dépense de l'État et obligera à des sacrifices drastiques dont pâtiront les Français de tous âges et de toutes conditions.
Gare aux fausses évidences
Le gouvernement veut donc renverser la vapeur au plus vite et arrêter la machine infernale qui tire la dette vers le haut. Mais comment ?
À première vue, il n'y a pas de doute que la dette résulte du déficit budgétaire qui grossit, année après année, avec plus de dépenses que de recettes. Si l'on s'en tient à cette observation triviale, la solution apparaît évidente : il faut au choix diminuer les dépenses publiques (version droitière) ou augmenter les impôts et en particulier ceux qui touchent les plus riches (version gauchère).
Les débats dans lesquels se meuvent les grands économistes classiques, de Smith, Ricardo et Say à Marx et Keynes, nous éclairent aisément sur les faiblesses de ce diagnostic à courte vue.
La France est de toute évidence suradministrée avec dans tous les secteurs (éducation, santé, sécurité, etc.) des fonctions support (personnels de bureau) en surnombre. Imaginons que le gouvernement supprime sur un claquement de doigt tels et tels services qui font double emploi ou dont l'utilité reste à démontrer ou bien supprime des aides sociales ou des achats et des investissements.
Mais que deviendront les personnes affectées par ces réductions de dépenses ? Elles auront peu de chance de retrouver un emploi équivalent dans le secteur privé du fait de la quasi-stagnation de l'économie. Elles devront donc s'accommoder d'une forte baisse de revenu, ce qui signifie moins de dépenses de leur part et donc moins de recettes chez leurs commerçants et fournisseurs habituels, avec des baisses de production, des risques accrus de licenciements... et moins de taxes et d'impôts pour l'État !
Passons sur le fait indéfiniment ressassé selon lequel la France est déjà le pays où l'on paie le plus d'impôts, de taxes et de cotisations sociales (environ 45% du PIB en 2024). Supposons que le gouvernement augmente la pression fiscale afin de réduire la dette de l'État et admettons que dans sa grande bienveillance, il veille à n'imposer que les catégories les plus aisées de la population. Celles-ci auront le choix soit de tirer sur leur épargne, soit de réduire leurs dépenses, ce qui nous ramène au cas précédent.
On le voit, à droite comme à gauche, il n'y a pas de solution miracle pour sortir du piège de l'endettement.
C'est qu'on ne manipule pas impunément les comptes publics... Ceux-ci s'inscrivent dans des circuits d'échanges dont nous sommes, vous et moi, les maillons : chacun d'entre nous reçoit un revenu (travail, pension, rente...) et consomme ce revenu ou le prête à autrui (épargne) ; si nous privons l'un de ces maillons de revenu, il s'ensuit des conséquences sur tout le circuit. On estime ainsi avec François Geerlof, économiste à l'OFCE, qu'une réduction de cent euros des dépenses publiques entraîne une contraction de 100 à 150 euros du PIB (Marianne, 4 avril 2024). Ce phénomène a été mis en évidence il y a déjà deux siècles par Jean-Baptiste Say dans son Tableau économique. Reste à comprendre l'origine du mal et la traiter en toute lucidité.
Bien choisir la cible
Si l'on veut augmenter les impôts ou réduire les dépenses publiques, il faut pouvoir le faire sans dégrader les circuits d'échanges et pourquoi pas ? en les consolidant. Cela se peut si les personnes et les institutions affectées par cette politique sont seulement conduites à réduire leurs achats à l'étranger. Dans ce cas, il n'en résultera aucun dommage pour les circuits d'échanges nationaux et la dette publique s'en trouvera réduite sans douleur.
Illustration : aujourd'hui, la puissance publique subventionne à prix d'or l'installation de parcs éoliens et de champs photovoltaïques ainsi que l'importation de batteries avec pour l'essentiel des équipements achetés en Chine ou ailleurs. Glissons sur le bénéfice très incertain de ces équipements dans un pays, la France, qui a déjà une énergie très largement décarbonée et bien moins d'émissions de gaz à effet de serre que tous ses voisins européens...
Si l'État renonce à subventionner les importations d'éoliennes, panneaux photovoltaïques, batteries, etc. :
• Il réduira d'une part ses dépenses et donc ses besoins d'emprunt,
• Il réduira par ailleurs le déficit commercial de la France qui, tout comme le déficit budgétaire, n'en finit pas de croître.
Tout cela en ne pénalisant aucun Français. Bingo !
Cette démonstration rejoint les analyses de John Maynard Keynes : l'économiste britannique a montré l'importance pour l'État d'orienter ses actions de façon à pénaliser la thésaurisation (l'argent que l'on cache sous le matelas) et orienter l'épargne vers les personnes et les entreprises susceptibles de l'utiliser au mieux.
C'est ainsi qu'il justifie un endettement modéré de l'État auprès de ses ressortissants : les épargnants qui ont peu de motifs de dépenses (c'est le cas des retraités aisés) sont invités à souscrire aux emprunts d'État (assurance-vie, etc.) et la puissance publique va diriger cet argent vers les entreprises qui ont besoin d'un coup de pouce ou les jeunes ménages afin qu'ils puissent éduquer les enfants qui feront plus tard la fierté du pays (allocations familiales, financement de crèches, etc.).
Dans l'idéal keynésien, l'État a donc vocation à emprunter de manière à orienter l'épargne oisive vers les membres du corps social les mieux à même de la faire fructifier : jeunes ménages et entrepreneurs.
La dette pour colmater le déficit commercial
En France comme dans quelques autres pays de l'Europe du sud, nous sommes aujourd'hui à l'opposé de l'idéal keynésien avec d'une part une dette massive principalement souscrite à l'étranger, d'autre part des impôts et des prélèvements obligatoires qui desservent les membres les plus dynamiques du corps social.
L'origine de cette incongruité est à chercher dans le lien qui unit le déficit budgétaire au déficit commercial :
• En 2005, la dette de la France a dépassé le seuil de 60% du PIB, à la limite du raisonnable selon les instances européennes ; depuis lors, son déficit budgétaire n'en finit pas de se creuser.
• Dans le même temps, le solde commercial de la France (exportations-importations) est devenu négatif et lui aussi n'en finit pas de se creuser depuis lors jusqu'à dépasser les cent millliards d'euros par an.
On observe ainsi qu'entre 2019 et 2023 inclus, le déficit commercial cumulé et l'accroissement de la dette publique se sont l'un et l'autre élevés aux alentours de 400 milliards d'euros.
Cette évolution concomitante du déficit commercial et du déficit budgétaire ne relève pas du hasard ! Quand, année après année, les Français achètent à l'étranger davantage qu'ils ne vendent, c'est de l'argent qui s'expatrie et fait défaut aux circuits d'échanges nationaux. Ceux-ci s'en trouvent brisés. C'est par exemple ce que l'on observe quand les Français achètent des lave-vaisselle chinois et se détournent de ceux fabriqués à La Roche-sur-Yon ou Amiens : ils contraignent ces usines à la fermeture et mettent leurs salariés au chômage.
Le gouvernement, pour préserver la paix sociale, n'a dès lors d'autre choix que de bricoler de nouveaux circuits d'échanges en réempruntant l'argent qui a fui à l'étranger et en le réinvestissant dans des activités de substitution. Les hauts fonctionnaires n'ayant pas des âmes de créateurs d'entreprises, il ne s'agira jamais que d'activités administratives, associatives ou sociales, impropres à créer des richesses, vendre, exporter et combler le déficit commercial.
Médecines douces
Le lien entre déficit commercial et dette publique est donc évident et inéluctable, sauf à accepter un appauvrissement des Français : un déficit commercial de cent milliards par an, c'est, année après année, deux mille euros de moins dans la poche de chaque Français adulte ! Autant dire que nos gouvernants, pour s'éviter une révolution et la tête au bout d'une pique, sont bien obligés de récupérer l'argent parti à l'étranger et de le redistribuer à chacun.
En clair, si l'on veut réduire la dette publique, il ne sert à rien de vouloir réduire les dépenses ou augmenter les impôts si l'on ne commence par résorber le déficit commercial. Cette évidence n'en est pas moins complètement occultée par la classe politique. La raison est purement idéologique.
L'admettre, c'est en effet s'interroger sur le dogme du libre-échange et de la monnaie unique qui est devenu depuis le traité de Maastricht le fondement de l'Union européenne. Impensable pour tous les professionnels de la politique qui, de l'extrême-droite à l'extrême-gauche, n'osent plus remettre en cause la politique maastrichienne par crainte d'être crucifiés (note). Même Jordan Bardella, jeune espoir du Rassemblement national, s'est senti obligé de rassurer là-dessus les milieux d'affaires...
En abaissant les barrières douanières à l'intérieur de l'Union européenne comme à ses frontières, tout en établissant une monnaie unique, le traité de Maastricht de 1992 a ruiné les équilibres « naturels » qui avaient permis à la France, au XXe siècle, de s'ériger en grande puissance industrielle et de talonner sa grande rivale, l'Allemagne.
Jusque-là, en effet, grâce aux ajustements monétaires, le commerce se maintenait à l'équilibre, bon an mal an, entre les différents États et cela en dépit de leurs différences culturelles.
• Les Allemands, portés à peu consommer, ont toujours privilégié les exportations. Ils accumulaient ainsi des devises étrangères. N'en ayant pas l'usage, ils étaient obligés de les convertir contre les marks de leurs fournisseurs à un cours plus bas que celui auquel ils les avaient acquises (note). Il s'ensuivait au fil des années une réévalution à la hausse du cours de leur monnaie, avec pour conséquence un enchérissement de leurs produits à l'exportation et donc une réduction de leur excédent commercial !
• Les Français, cigales de la fable, étaient quant à eux portés à beaucoup consommer et prisaient les biens étrangers. Il s'ensuivait un déficit de leur balance commerciale et la fuite des francs à l'étranger. Pour les récupérer malgré tout, ils se voyaient obligés de les reprendre à un cours plus bas que celui auquel ils les avaient cédés. Il s'ensuivait une dévaluation récurrente de leur monnaie, avec pour conséquence un moindre coût de leurs produits à l'exportation et donc une réduction de leur déficit commercial !
C'est ainsi que de 1949 à 1989, le taux de change du mark en franc est passé de 1 à 3 (soit trois francs au lieu d'un pour un mark). Mais dans le même temps, Français et Allemands ont pu se maintenir à un niveau de vie et un niveau de puissance comparables, dans la concorde et sans acrimonie.
C'est tout le contraire depuis l'avènement de la monnaie unique qui a mis fin aux ajustements monétaires spontanés, en 1999, et tout spécialement depuis 2005, date à laquelle l'Allemagne a pu « digérer » l'ex-RDA et relancer sa machine exportatrice à plein régime : les économies et le niveau de vie des deux pays n'en finissent pas de diverger cependant que l'absence de régulation naturelle par la monnaie exacerbe les tensions entre les deux pays : nucléaire, énergie, agriculture, etc.
Le libre-échange, une illusion profitable
Petit rappel historique : avant la révolution industrielle et surtout la révolution des transports, le commerce intercontinental se limitait aux produits de luxe (soieries, porcelaine, etc.) et aux biens qu'on ne pouvait produire sur place (café, thé, etc.).
Pour assurer leur indépendance économique, les États avaient aussi le souci de diversifier leurs productions et leurs savoir-faire. C'est ainsi que François Ier ou encore Louis XIV n'ont pas craint de subventionner leurs entrepreneurs dans la soierie, la construction navale, la tapisserie ou encore la porcelaine, en ayant soin de les protéger contre leurs concurrents étrangers par des barrières douanières ou réglementaires.
Le libre-échange n'a jamais existé en dépit du dogme qui a cours dans les couloirs de Bruxelles et de Strasbourg :
• C'est au contraire par un protectionnisme féroce que les Provinces-Unies (Pays-Bas) et l'Angleterre, aux XVIIe et XVIIIe siècles, les États-Unis au XIXe siècle ont bâti leur puissance, en n'hésitant pas à recourir à la guerre. En ce XXIe siècle, la Chine a aussi pratiqué un protectionnisme absolu en usant de barrières réglementaires et mieux encore en entretenant une sous-évaluation de sa monnaie.
• Et c'est seulement une fois installés au maximum de leur puissance que ces mêmes États ont promu l'idéologie du libre-échange mais c'était afin de consolider et préserver leurs avantages face à la montée d'éventuels concurrents. Ce fut le cas de l'Angleterre en 1846 ou des États-Unis en 1944.
Nous ne sommes pas loin de ce cas de figure aujourd'hui. Depuis les années 1980, les grandes entreprises européennes encaissent un ralentissement sévère de la croissance dans une Europe vieillissante et asthénique. Elles ne peuvent plus compter sur un esprit entrepreneurial porté sur les innovations et les gains de productivité, avec davantage de production par heure de travail. À défaut, elles sont donc allées chercher des gains dans la réduction des coûts salariaux, par la délocalisation massive des usines dans les pays à bas salaires. C'est ainsi qu'elles sont allées produire des jeans au Bangladesh avec deux fois plus de personnel qu'en Europe mais payé dix fois moins, cela en exaltant bien sûr les vertus supposées du libre-échange et du « doux commerce ». C'est ainsi aussi que la Chine contemporaine n'a pas eu besoin de promouvoir le libre-échange pour consolider ses acquis : ses rivaux l'ont mis en oeuvre sans qu'elle le leur demande. Le quotidien Le Monde décrypte cette stratégie dans un dossier paru ce 5 avril 2024 : Comment la Chine lamine l’industrie européenne...
Faute d'un débat ouvert et franc sur ces enjeux austères, craignons que la France et les Français paient très cher l'aveuglement idéologique de leur classe dirigeante.













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Didier (19-05-2024 02:16:29)
Revenons à deux faits essentiels plutôt que de critiquer l’euro, les fonctionnaires, les gouvernements successifs…
1 La dégradation du solde du commerce extérieur provient principalement des importations d'énergie depuis 1970.
Le déficit commercial des biens est imputable à 70 % à l’énergie (-69 G€ sur - 99.6 G€ en 2023 .
La part de l'énergie dans les importations totales (6% en 1970) est passée à 52% en 2020.
Ces faits soulignent la nécessité de réduire ces importations en développant des sources d'énergie nationales et renouvelables et en réduisant les consommations d’hydrocarbures.
2 La France est passée d’un système économique organisé autour des activités de production à un modèle centré sur la consommation (cf Jérôme Fourquet).
Ceci est dû aux comportements :
- d'abord des entreprises qui ont délocalisé pour produire moins cher,
- ensuite des consommateurs qui ont « voté Chinois » ou « voté Indien » pour maximiser leur pouvoir d’achat,
- enfin des gouvernements dont AUCUN ne veut un protectionnisme synonyme de surcouts pour les consommateurs.
En l’absence d’euro, la chute du franc (qui a perdu 75 % de sa valeur par rapport au deutsche mark entre 1949 et 2002) aurait continué à renchérir le cout des hydrocarbures et des autres produits importés au détriment des consommateurs.
Alban (22-04-2024 11:01:45)
Excellent article !
Bravo de mettre en lumière les conséquences du déficit commercial de la France : trop peu de journalistes et d’hommes politiques s’en soucient. Et pourtant le pays s’appauvrit d’autant chaque année.
Quant au mythe du libre échange universel, il bénéficie bien sûr aux plus puissants, à commencer par les USA. Et la Chine aura toujours des coûts de production imbattables du fait des économies d’échelle liées à sa population. Même dans les pays africains, la production textile locale a de la peine à survivre.
La France aurait beaucoup à apprendre de plus petits pays, sans richesses naturelles, qui s’en sortent beaucoup mieux que nous à l’international : les Pays-Bas ou la Corée du Sud, par exemple.
sivispace (10-04-2024 17:35:20)
La notion du déficit continu de la balance commerciale comme cause principale de la dette en chute libre, faiblesse économique compensée par une distribution d'argent emprunté, paraît d'une logique imparable. Pourquoi ce déficit ? la structure légale du travail, les charges sur le travail pourraient en être la cause. Un exemple : l'Aéroport Bâle-Mulhouse bien que situé en France est la résultante d'un accord entre la Suisse et la France qui permet un zone de doit suisse sur sol français. Si je me souviens bien, la zone suisse permet plus de 6000 emplois et représente 75% de l'activité commerciale de toute la zone. Or bien peu de Suisses y travaillent, la majorité des employés est française avec quelques Allemands. Pourquoi une telle différence : en raison de conditions légales différentes, notamment le droit du travail.
Le déficit économique de la France n'est pas dû à l'incompétence des Français mais à un système juridique défavorable qui ne donne pas envie d'y faire fonctionner ce qui rapporte le plus : l'industrie et des services performants.
La protection sociale très forte des employés français est un des facteurs très négatifs : la possibilité de licencier rapidement en cas de ralentissement économique permet paradoxalement de recréer rapidement des emplois utiles quand l'économie repart tout en protégeant les entreprises.
En Suisse le statut de fonctionnaire a été supprimé suite à un vote du peuple : si un employé publique n'est pas efficace, il est licencié.
Maintenant imaginons qu'un gouvernement français décide de diminuer drastiquement la protection sociale : c'est la révolution immédiate!
Henri (07-04-2024 14:38:21)
Ma conclusion est simple.
La démocratie était le moins pire des régimes au lendemain de la guerre.
Il est désormais notre cercueil.
Le règne du court terme, de l'électoralisme, de la démagogie vont définitivement nous tuer. On constate qu'en dehors des USA, tous les pays émergent et économiquement en expansion ne fonctionnent pas de manière démocratique et privilégient l'efficience de leur économie.
Nos heures sont comptées.
Bernard (07-04-2024 09:44:51)
Excellent article qui rappelle, notamment que l'Économie, comme l'Électricité, est affaire de circuits et pas de cagnottes.
- supprimer un fonctionnaire (à supposer qu'il était entièrement improductif) ne permet pas à l'État de récupérer tout son salaire. Avec ce salaire, il payait des taxes (dont la TVA) il achetait des biens et des services qui eux mêmes étaient taxés...
- promouvoir le libre-échangisme en interdisant (Constitution européenne de 2005) la convergence sociale et fiscale tout en intégrant des pays de l'Est de l'Europe était une folie. Cela ne pouvait que ruiner l'industrie française ;
- que par pure idéologie, l'Europe ait promu non seulement son libre-échangisme interne mais aussi libre-échangisme externe à sens unique et biaisé (social, fiscal et monétaire) est suicidaire : le grand circuit européen de Maastricht fuit massivement même si l’Allemagne récupérait (provisoirement) une partie de la fuite. C'est, de plus, un risque géopolitique majeur vis à vis de puissances qui se révèlent hostiles et agressives ;
- la loi Giscard-Pompidou de 1973 qui a interdit le financement du déficit public par la Banque de France nous a contraints à nous endetter auprès de créanciers étrangers, essentiellement des fonds de pension américains : les intérêts versés sortent largement de notre circuit.
Le point commun à ces décisions absurdes et délétères c'est la corruption de nos décideurs (manifestement, ce n'est pas une Élite) par l'idéologie ultra-libérale à laquelle on les a biberonnés dans les GrandesZécoles dont c'est la raison d'être.
Sirius (06-04-2024 18:15:16)
Excellent article. Le déficit du commerce extérieur est du en effet en grande partie à l'euro dont le cours trop élevé pour l'économie française joue comme une taxation des exportations et une subvention aux importations.. Cette surévaluation est sans doute de l'ordre de 30 % mais il faudrait qu'un organisme comme l'Insee l'estime de façon scientifique et en déduise le nombre de points de PIB et d'emplois perdus par la France. Faute de pouvoir opérer une dévaluation monétaire, le gouvernement Macron est contraint de recourir à une politique d'austérité déflationniste, c'est à dire de procéder à une sorte de dévaluation interne. Cela a été le choix effectué par Laval en 1935 (baisse autoritaire des dépenses publiques) contre l'option de Paul Reynaud qui voulait au contraire dévaluer un franc Poincaré au cours trop élevé pour l'économie française de l'époque. La poursuite de la fuite en avant dans l'engrenage déflationniste risque d'être catastrophique.
Bernard (04-04-2024 17:19:21)
Quatre observations :
1/ Le coût des faux emplois : prétendre que la suppression d’emplois parasites va entraîner chômage, baisses de production et stagnation est à mon sens prendre le problème à l’envers : c’est précisément parce que la France regorge d’emplois improductifs qui pèsent sur l’économie du pays en accroissant les charges que nous avons chômage et stagnation, et non l’inverse.
2/ Le coût de la fausse monnaie : dès la naissance de l’Euro, de grands économistes parmi lesquels Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, ont prévu que l’Euro, en attelant des économies très différentes comme l’Allemagne, d’une part, et la France et l’Italie, d’autre part, se solderait inévitablement par un échec. L’Euro est en effet une cathédrale dont on aurait commencé la construction par la clé de voûte et dont les piliers (les économies divergentes des Etats membres) seraient fixés sur des patins à roulettes. Tout cela ne peut que s’écrouler, ce n’est qu’une question de temps. Et entretemps, les peuples des pays-membres auront beaucoup souffert pour rien. Vouloir imposer le Deutsche Mark (ce qu’est en réalité l’Euro) à l’Italie, l’Espagne, la France ou la Grèce ne pouvait que conduire ces pays à la ruine. En outre, en permettant aux économies peu compétitives, notamment à la France, d’emprunter artificiellement à bas prix, l’Euro agit comme une drogue dont le malade ne peut plus se passer, ce qui explique l’endettement phénoménal (3 100 milliards d’euros, sans compter le hors bilan, ce qui aboutit à 6 500 milliards, soit 100 000€ par Français selon l’économiste Marc Touati).
3/ Le coût de la mondialisation, credo de l'UE : l’abandon de toute protection aux frontières extérieures de l’UE conduit automatiquement à terme au démantèlement de l’Etat providence, des services publics, de la Sécurité sociale et des systèmes de retraites, ce qu’on se garde bien de dire aux populations concernées.
4/ Le coût du boulet migratoire : s’ajoute l’immigration de masse, qui entraîne des surcoûts de toute nature (prestations sociales, logement, école, université, police, justice, etc.) chiffrés à un minimum de 50 milliards/an (Charles Prats, magistrat) à 100 milliards/an (Jean-Paul Gourévitch). Il est quand même étonnant qu’un article sur la dette de la France ne fasse aucun lien entre dette et immigration : il suffit pourtant de comparer les courbes, globalement parallèles, de l’une et de l'autre depuis 1974 pour, au minimum, s’interroger.
Pierre V (04-04-2024 15:38:38)
Le problème général dans le monde d'internet et sa séquelle de réseaux plus ou moins sociaux, c'est de toujours chercher le petit détail sur lequel s'appuyer pour dénigrer n'importe quelle intervention, sans chercher vraiment à réfléchir sur le fond du discours.
Or revenons un peu aux fondamentaux, sans se faire des nœuds aux méninges :
Comment peut-on s'étonner qu'un budget qui dépense, chaque année depuis 40 ans, davantage que ses revenus, puisse se retrouver avec une dette qui grandit chaque jour et s'alourdit des intérêts d'emprunts ?
Or, aujourd'hui, comment tous les acteurs politiques de l'opposition (temporaire) peuvent-ils crier "haro sur le baudet", alors que tous les partis durant 40 ans n'ont fait que se plaindre d'une mauvaise et insuffisante redistribution? Autrement dit c'est à partir de quel plafond d'endettement qu'il faut réagir?Sauf à faire comme certains qui affirment sans rougir qu'aucune dette d'état ne doit être systématiquement remboursée.
Je vois le discours de demain :
- Bonjour Monsieur dis-moi pourquoi tu ne veux plus me prêter d'argent?
D'autre part, n'oublions pas que la France, qui ne représente plus que 0,8% de la richesse mondiale, reste cependant le 1er pays redistributeur au monde puisque représentant à elle seule 15% de la redistribution mondiale !
Enfin, comment un État, qui ne produit quasiment plus rien chez lui, mais distribue néanmoins largement ses aides aux entreprises, à l'agriculture, "au pouvoir d'achat", aux nécessiteux et j'en passe, le tout en bon argent des contribuables peut-il faire des économies, dès lors que les plus gros achats se réalisent au profit des importateurs étrangers ?
Bref, aucun budget familial, entrepreneurial, ou du CAC40 n'y résisterait, pas plus que l’État français qui chaque jour fait croire aux miracles et se retrouve à faire la manche en même tant que des moulinets.
Felix29 (04-04-2024 14:35:29)
Pour appuyer l'article de Mr Larané, une info :
Le peu connu Tomaso Padoa Schioppa , pourtant figure centrale de la construction européenne et père de l'euro, a publié une tribune dans le grand journal italien Corriere della Sera le 26/08/2003
Cette tribune est facilement retrouvable sur internet ; elle est éclairante sur les véritables intentions des créateurs de l'europe de Maastricht : suppression des monnaies nationales pour interdire toute dévaluation compétitive ( même si ce n'est pas dit ouvertement, c'est implicite quand on sait l’œuvre de Shioppa : l'euro ) et, dans la foulée, l'auteur de cette tribune ayant en fait parfaitement conscience des conséquences inévitables de cette politique, la définition totalement cynique des mesures a prendre, a savoir la démolition , je cite : « des protections qui au cours de 20ème siècle ont progressivement éloigné l'individu du contact direct avec la dureté de vivre », en clair des instruments aussi condamnables que l'assurance chômage, la sécurité sociale , la retraite ,etc., ce qui est précisé très explicitement dans la suite de son article.
Benoit (04-04-2024 14:22:11)
TROP DE DÉPENSES
OU PAS ASSEZ DE RECETTES ?
Face au dérapage du déficit, l'exécutif ne
cesse de blâmer notre « addiction » à la
dépense publique. Pourtant, ses propres
documents budgétaires montrent que,
depuis 2017, la dégradation des comptes
provient aussi et surtout des recettes :
les baisses d’impôts ont ainsi creusé le
déficit structurel de 2,2 % du PIB.
Dans Le même temps, Les
hausses de dépenses n’ont amputé ce
solde que de 0,6 % du PIB.
OÙ VA LE POGNON ?
De 1995 à 2022, Le montant des
dépenses publiques est passé de
54,8 % à 58,3 % du PIB. À elles
seules, Les retraites ont alourdi
nos charges de 2,1 % du PIB sur
cette période. Les versements
de la Sécu ont aussi gonflé la
facture, puisque les frais publics
de santé ont progressé de 1,4%
du PIB - ou plutôt de 1 % si l’on
retranche l'impact du Covid-19,
encore prégnant en 2022. En
revanche, le poids des autres
grands postes a plutôt stagné,
voire diminué.
Benoit (04-04-2024 11:18:12)
Très bonne analyse, à rebours du discours dominant martelé comme une vérité première à longueur de journée sur BFM, LCI et autres C dans l'air (Philippe Dessertine).
"C'est la faute à l'État qui ne sait pas gérer, aux fonctionnaires qui sont outrageusement privilégiés, à la SNCF qui n'est pas efficace, etc..., etc..."
Jamais de questionnement sur les choix fondamentaux libre-échangistes de l'Europe, privilégiant les grandes entreprises exportatrices, malheureusement beaucoup plus souvent allemandes que françaises, et sacrifiant pour cela sciemment les autres domaines (agriculture, industrie... un carnage depuis 40 ans)
Jamais de questionnement sur l'absence de vrais projets industriels européens lancés depuis l'Europe de Maastricht.
Airbus, la seule vraie réussite européenne, n'a pas été initiée par l'Europe de Maastricht.
Jamais de mise en perspective du taux de prélèvements obligatoires versus le taux de redistribution, la France ayant le taux de redistribution le plus élevé d'Europe, en grande partie pour le financement des retraites d'une génération bénie des dieux de baby boomers, qui a bénéficié tout au long de sa vie d'un alignement des planètes sans pareil, et qui entend bien continuer en votant massivement pour la politique de Mr Macron en faveur de la rente à court terme plutôt que de l'avenir à long terme.
Jamais de mise en perspective de la dette de la France avec le patrimoine des français, qui s'est accru beaucoup plus vite que celle-ci, certes de manière très concentrée sur une minorité de plus en plus réduite.
A cas une vraie vision à long terme, rassembleuse, motivante pour nos jeunes ?
Stef (04-04-2024 07:51:59)
Tout à fait d'accord avec Eusebius : vous avez vos fondamentaux, discutables, pour expliquer notre dette et une interprétation très orientée, sinon partisane, de l'échec de Fillon à la présidentielle.
E. Robin (03-04-2024 22:46:23)
Cet article affirme que si François Fillon n'a pas été élu Président de la République en 2017, c'est parce qu'il s'est présenté comme eurosceptique. Voilà une faribole tellement éloignée de la réalité (F. Fillon a en fait été disqualifié par de honteuses pratiques financières) que ça fait douter le lecteur de la sincérité de l'ensemble du propos.
Herodote.net répond :
Bien sûr, François Fillon est tombé à cause de l'«affaire Pénélope» mais si cette affaire a éclaté en pleine campagne alors que les journalistes en avaient connaissance depuis belle lurette, on peut y voir le coup tordu d'un clan rival qui aurait eu des choses à reprocher à l'ex-Premier ministre de Nicolas Sarkozy.
eusebius (03-04-2024 19:02:05)
Vous êtes toujours conséquent avec vous-même : l'Europe (celle de Maastricht en tout cas), l'Euro, le libre-échange sont toujours vos têtes de turc et vous développez vos exposés sur ces "fondamentaux". L'histoire qui est tout autant une interprétation des faits que le récit rigoureux de ces derniers supporte parfaitement votre lecture. Cependant je crois pouvoir vous convaincre non de penser, d'interpréter autrement (il y faudrait de toutes façons un autre exposé) mais d'une petite entorse à la vérité quand vous mentionnez l'échec de Fillon. Vous savez pertinemment que sa confusion de ses intérêts privés avec ceux des charges publiques dont il était investi lui a coûté bien davantage que l'euroscepticisme que vous évoquez à son sujet.
Un abonné fidèle aux amis d'Hérodote
Matt (03-04-2024 17:51:40)
Et on en fait quoi des fonctionnaires maintenant ?
Roussel (03-04-2024 17:27:24)
Cet article qui sans doute veut prendre de la hauteur sur ce sujet hautement politique ne me paraît pas pertinent car il me semble relever d’un commentaire « apolitique » qui noie le poisson ! On finira par penser que pour améliorer la dette française il lui faudrait vendre encore plus d’armement par exemple si on voit ça comme une option comptable pour améliorer les choses …ce dont elle va s’employer du reste dès aujourd’hui vu le climat international avec force muscles macroniens . Quant aux riches leur appliquer une plus large assiette d’impôts c’est pas convenable en régime neo-liberal qui a depuis fort longtemps ringardiser la keynésienne social-démocratie. Je préfère avoir lu Sandra Lucbert « le ministère des contes publics » au sujet de la Dette PubliqueC’estMal, ce dont Bruno Lemaire ne se prive pas de nous rappeler tout récemment avec un aplomb qui vire au grotesque quant aux conséquences qu’il en déduit. Il y a parfois des surplomb qui vous mette le plomb par leur impensé implicite.
doran (03-04-2024 16:34:04)
En dehors de toutes les tares françaises : fonction publique pléthorique, dépenses de fonctionnement inconsidérées aux dépenses des dépenses d'investissements ( voir l'état de tous les services régaliens, l'article de André Laramé a le mérite de rappeler les grands fondamentaux . Le déficit du commerce extérieur, complètement négligé par nos responsables mais qui est le baromètre et le thermomètre de notre capacité industrielle .
Or ce déficit structurel remonte à 2003, curieusement la date de la mise en vigueur de l' Euro. Sans faire porter toute la responsabilité àl l'euro, soulignons cependant les causes multiples de ce désastre.
- nous sommes entrés dans l' Euro à un niveau de parité trop élevé pour nous ( écarts de compétitivité entre l' Allemagne et nous ) d'environ 12%. Ce qui signifie que dès le départ sur un marché à monnaie unique, l'asymétrie des économies , nous valait un gros handicap.
- Dans la foulée, le gouvernement socialiste faisait voter avec l'acquiescement des français les 35 heures qui d'un coup renchérissait nos produits de 10%. Pratiquement , 22% de différence avec les pays du nord de l' Europe ! Ce n'était plus un handicap accroché à l'économie française mais un très gros boulet .
- Avec l'euro, en abandonnant sa Souveraineté monétaire, la France ne pouvait plus jouer à son jeu préféré :la dévaluation . Pour les politiques, quel soulagement. Fini les plans de stabilisation, fini les ajustements monétaires . L' Euro nous en dispensait. La signification était simple : Puisque l' Allemagne avait des excédents commerciaux considérables qui pesaient très lourds dans la valorisation de l' euro, la France n'était plus sous la menace des marchés . Amusons nous, folle ville! C'est ainsi qu'aucune mesure d'assainissement intérieur ne fut entreprise, si ce n'est les béquilles et emplâtres habituels ( CICE et autres sottises onéreuses mais sans véritable effet . la désindustrialisation allait s'accélérer et les gouvernements successifs soutenir toutes les initiatives de Bruxelles pour ouvrir le marché européen à des concurrents aux coûts de production beaucoup plus bas. Nous n'avons pas eu un plan Hartz pour remettre l'économie française en ordre de bataille! Et nous sommes toujours sur cette pente... La dette, toujours la dette. Un Etat sans aucune vision géopolitique, sans aucune stratégie : Recherche Education - Investissements stratégiques- dont l'énergie est un exemple invraisemblable ... On a cassé sciemment l'outil nucléaire ! Que dire de plus ? La situation est catastrophique , le Titanic a pris une gite fatale mais l'orchestre continue à amuser la galerie !
Jacques (03-04-2024 15:25:11)
L'article est intéressant mais me laisse sur ma faim. En effet, si tout le mal, au cours des 20 dernières années, venait de l'Euro, alors tous les pays de la zone Euro devraient subir la même punition et voir leur dette et leur déficit flamber.
Or il est des pays où ce n'est pas le cas, du moins me semble-t-il : Autriche, Finlande, Belgique, Luxembourg, Pays-bas... et même l'Allemagne malgré ses soucis de ces trois dernières années.
Le problème n'est donc pas pas l'Euro.
Pour moi, le problème vient de ce que la société française, depuis les 35 heures, est passée d'une société privilégiant la valeur travail à une société privilégiant la valeur loisirs. Nous avons rapidement glissé d'une société du collectif vers l'individuel.
Et à quelques belles exceptions près, finies donc la créativité, la productivité, l'innovation et même la natalité.
Ces travers sont malheureusement communément partagés par tout l'éventail politique et je ne vois pas de possibilité de changement à court ou moyen terme.
Jean-Marie (03-04-2024 14:52:14)
Excellent article, bon résumé des problèmes de l’Economie française en particulier et européenne en général. À compléter par les articles cités en rouge et notamment le mini livre sur l’euro, catastrophe pour les pays européens sauf les Allemands, qui ont toutefois d’autres problèmes liés aux pseudo sanctions contre la Russie, sanctions qui se sont retournées contre les pays occidentaux mais surtout européens.
Maurice (03-04-2024 14:21:58)
La dette publique est due à une fonction publique pléthorique, non motivée, inefficace et coûteuse. Regardons la SNCF : coût colossal pour l'état, les collectivités, les usagers et fonctionnement erratique. On dilapide des dizaines de milliards d'euros pour que rien ne fonctionne.