1940

L'Appel, quel Appel ?

Le 18 juin 1940, la radio de Londres, le gnral Charles de Gaulle appelle les Franais le rejoindre dans la lutte contre l'occupant allemand...

Plusieurs textes pour un Appel

Avant de quitter Bordeaux pour Londres, de Gaulle a rédigé à la hâte un brouillon de sa future allocution radiodiffusée (ce qu'il niera par la suite dans ses Mémoires de guerre). Sachant que le nouveau président du Conseil, le maréchal Pétain, s'apprête à annoncer l'ouverture de négociations avec l'ennemi, le général veut le prendre de vitesse et proclamer sa nouvelle légitimité.

L'historien François Delpla a découvert cette première ébauche de l'Appel et la présente dans son ouvrage L'appel du 18 juin 1940. Elle débute par une attaque frontale du gouvernement Pétain accusé d'agir contre l'honneur de la France. Mais, soucieux de ménager l'avenir, le ministre des Affaires étrangères lord Halifax, partisan déclaré d'un compromis avec Hitler, va demander et obtenir au terme de laborieuses tractations que ce passage soit gommé.

La version effectivement radiodiffusée le soir du 18 juin et retranscrite par les spécialistes suisses des écoutes est de fait beaucoup plus conciliante à l'égard du gouvernement de Bordeaux et du maréchal Pétain, comme si les Britanniques et de Gaulle lui-même gardaient l'espoir d'un revirement du vieux soldat : « Le gouvernement français a demandé à l'ennemi à quelles conditions honorables un cessez-le-feu était possible. Il a déclaré que, si ces conditions étaient contraires à l'honneur, la dignité et l'indépendance de la France, la lutte devait continuer ».

L'Appel (version officielle)

Le texte ci-après est la version officielle de l'Appel du général de Gaulle, imprimée dans le Times du lendemain et reprise dans les Mémoires de guerre (1954). Son premier paragraphe diffère de la version effectivement radiodiffusée le 18 juin 1940 comme de celles qui ont été publiées le lendemain par la presse française :

Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s'est mis en rapport avec l'ennemi pour cesser le combat.

[version véritable : Le gouvernement français a demandé à l'ennemi à quelles conditions honorables un cessez-le-feu était possible. Il a déclaré que, si ces conditions étaient contraires à l'honneur, la dignité et l'indépendance de la France, la lutte devait continuer]

Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne, de l'ennemi. Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd'hui. Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non ! Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n'est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.

Car la France n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l'Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l'Angleterre, utiliser sans limites l'immense industrie des États-Unis.

Cette guerre n'est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n'est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n'empêchent pas qu'il y a, dans l'univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd'hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.

Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j'invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi.

Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas.

Demain, comme aujourd'hui, je parlerai à la Radio de Londres.

L'Appel (version de propagande affichée à partir de juillet 1940)

Le texte ci-après diffère de l'Appel radiodiffusé du 18 juin 1940, tant de la version véritable que de la version officielle. Il a été placardé sur les murs de Londres un mois après l'émission du 18 juin, à un moment où le gouvernement britannique et le général de Gaulle n'ont plus de doute sur l'engagement de Pétain dans le sillage de l'occupant. C'est un condensé du texte radiodiffusé, mais beaucoup plus virulent à l'égard du gouvernement de Vichy. Il est aujourd'hui visible sur toutes les « places du 18 juin ».

À TOUS LES FRANÇAIS
La France a perdu une bataille mais la France n'a pas perdu la guerre !
Des gouvernants de rencontre ont pu capituler, cédant à la panique, oubliant l'honneur, livrant le pays à la servitude. Cependant, rien n'est perdu !
Rien n'est perdu parce que cette guerre est une guerre mondiale. Dans l'univers libre, des forces immenses n'ont pas encore donné. Un jour ces forces écraseront l'ennemi. Il faut que la France, ce jour-là, soit présente à la victoire. Alors, elle retrouvera sa liberté et sa grandeur. Tel est mon but, mon seul but !
Voilà pourquoi je convie tous les Français, où qu'ils se trouvent, à s'unir à moi dans l'action, dans le sacrifice et dans l'espérance. Notre patrie est en péril de mort. Luttons tous pour la sauver !
VIVE LA FRANCE !

L'appel du 22 juin 1940 (d'après un enregistrement de la BBC)

Le 22 juin 1940, jour de la signature de l'armistice par le gouvernement Pétain, le général de Gaulle reprend le micro. Il précise sa vision géostratégique et réaffirme sa volonté de poursuivre le combat. L'enregistrement de cette allocution a été conservé à la différence de l'Appel du 18 juin, dont ne reste qu'une retranscription retouchée :

Le gouvernement français, après avoir demandé l'armistice, connaît, maintenant, les conditions dictées par l'ennemi.

Il résulte de ces conditions que les forces françaises de terre, de mer et de l'air seraient entièrement démobilisées, que nos armes seraient livrées, que le territoire français serait totalement occupé et que le gouvernement français tomberait sous la dépendance de l'Allemagne et de l'Italie.

On peut donc dire que cet armistice serait non seulement une capitulation mais encore un asservissement.

Or, beaucoup de Français n'acceptent pas la capitulation ni la servitude pour des raisons qui s'appellent l'honneur, le bon sens, l'intérêt supérieur de la patrie. Je dis l'honneur, car la France s'est engagée à ne déposer les armes que d'accord avec ses alliés.

Tant que ses alliés continuent la guerre, son gouvernement n'a pas le droit de se rendre à l'ennemi. Le gouvernement polonais, le gouvernement norvégien, le gouvernement hollandais, le gouvernement belge, le gouvernement luxembourgeois, quoique chassés de leur territoire, ont compris ainsi leur devoir.

Je dis le bon sens, car il est absurde de considérer la lutte comme perdue. Oui, nous avons subi une grande défaite. Un système militaire mauvais, les fautes commises dans la conduite des opérations, l'esprit d'abandon du gouvernement pendant ces derniers combats nous ont fait perdre la bataille de France.

Mais il nous reste un vaste empire, une flotte intacte, beaucoup d'or. Il nous reste des alliés dont les ressources sont immenses, et qui dominent les mers. Il nous reste les gigantesques possibilités de l'industrie américaine. Les mêmes conditions de la guerre qui nous ont fait battre par cinq mille avions et six mille chars peuvent nous donner, demain, la victoire par vingt mille chars et vingt mille avions.

Je dis l'intérêt supérieur de la patrie car cette guerre n'est pas une guerre franco-allemande, qu'une bataille puisse décider. Cette guerre est une guerre mondiale.

Nul ne peut prévoir si les peuples qui sont neutres, aujourd'hui, le resteront demain. Même les alliés de l'Allemagne resteront-ils toujours ses alliés ? Si les forces de la liberté triomphent finalement de celles de la servitude, quel serait le destin d'une France qui se serait soumise à l'ennemi ?

L'honneur, le bon sens, l'intérêt supérieur de la patrie commandent à tous les Français libres de continuer le combat là où ils seront et comme ils pourront. Il est, par conséquent, nécessaire de grouper partout où cela se peut une force française aussi grande que possible.

Tout ce qui peut être réuni en fait d'éléments militaires français et de capacité française de production d'armement doit être organisé partout où il y en a.

Moi, général de Gaulle, j'entreprends ici, en Angleterre, cette tâche nationale.

J'invite tous les militaires français des armées de terre, de mer et de l'air, j'invite les ingénieurs et les ouvriers français spécialistes de l'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui pourraient y parvenir, à se réunir à moi. J'invite les chefs, les soldats, les marins, les aviateurs des forces françaises de terre, de mer, de l'air, où qu'ils se trouvent actuellement, à se mettre en rapport avec moi. J'invite tous les Français qui veulent rester libres à m'écouter et à me suivre.

Vive la France libre dans l'honneur et dans l'indépendance !

Histoire de L'Appel du général de Gaulle

Publi ou mis jour le : 2020-08-06 11:08:22

 
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