Diplomatie française

Le monde selon Emmanuel Macron

29 octobre 2023. Emmanuel Macron est allé en Terre Sainte près de trois semaines après les pogroms commis par le Hamas après Olaf Scholz (Allemagne), Joe Biden (États-Unis) et Rishi Sunak (Royaume-Uni). Le président français a éprouvé une nouvelle fois la difficulté de faire entendre la voix de la France dès lors que celle-ci ne se perçoit plus comme un État pleinement souverain mais comme contrainte de naviguer de concert avec l’Allemagne dans le sillage de Washington, au sein d’un monde redevenu bipolaire : « Occident collectif » contre « Sud global ».

Emmanuel Macron naît le 21 décembre 1977, tandis que bascule un ordre mondial fondé depuis trois siècles sur l’hégémonie des nations occidentales.

À Chicago, le professeur d’économie Milton Friedman triomphe de feu John M. Keynes et impose le néolibéralisme comme horizon politique (dico). Ses disciples Ronald Reagan et Margaret Thatcher se disposent à mettre en pratique ses thèses (« L'État n'est pas la solution à notre problème ; l'État est le problème », déclare le président américain le 20 janvier 1981).

La Communauté européenne encaisse les chocs pétroliers de 1973 et 1978. Vingt ans après le traité de Rome de 1957 qui l’a mise en place, ses promoteurs songent à aller plus loin et se prennent à rêver à un ordre postnational. Simone Veil prend en 1979 la présidence du premier Parlement européen élu au suffrage universel.

L’Amérique tourne la page douloureuse du Vietnam. Dans le même temps, l’URSS sclérosée de Leonid Brejnev est sur le point d’intervenir en Afghanistan où elle va creuser sa tombe… L’islamisme radical, surgi à Téhéran en 1978 et La Mecque en 1979, va y trouver l’occasion de faire ses armes.

Peu d’observateurs s’attardent alors sur un autre basculement : dans tous les pays développés, en Occident comme au Japon, l’indice de fécondité est tombé en 1973 en-dessous du seuil nécessaire au strict renouvellement de la population.  C’est sans précédent en temps de paix dans la longue Histoire de l’humanité.

Dans les autres pays, la croissance démographique demeure forte du fait de la baisse de la mortalité infantile mais la fécondité (dico) commence aussi à décliner, sauf en Afrique subsaharienne. Corrélativement, il s’ensuit un début de migration des pays à forte croissance démographique vers les pays en voie de vieillissement et dépeuplement.

Voilà le contexte dont va se nourrir le jeune futur président de la République, aux antipodes du « roman national » dans lequel ont baigné ses prédécesseurs. Les plus jeunes, Nicolas Sarkozy et François Hollande, avaient ainsi grandi au « bon vieux temps des colonies » et du général de Gaulle...

Enfant de la bourgeoisie provinciale, élève doué, Emmanuel Macron devient inspecteur des finances à sa sortie de l’ENA. L’essayiste Jacques Attali le sort de l’anonymat en l’associant à la rédaction de son rapport 300 décisions pour changer la France (2008). Puis, sur les conseils d’un autre essayiste en vue, Alain Minc, il devient banquier d’affaires chez Rothschild.

Enfin, sitôt après l’élection de François Hollande en 2012, il devient secrétaire général adjoint de l’Élysée. C’est ainsi que, dès le 19 juin 2012, au sommet du G20 à Los Cabos (Mexique), il se frotte au gratin de la planète. Le 26 août 2014, à 36 ans, il devient ministre de l’Économie dans le gouvernement de Manuel Valls. Il en démissionnera deux ans plus tard, le 30 août 2016, pour s’engager dans la campagne présidentielle.

Il est alors le plus jeune des onze candidats et aussi le seul partisan d’une « souveraineté européenne » dans le prolongement du traité de Maastricht (1992), ceci - sa jeunesse - expliquant peut-être cela - son « européisme » fervent -. Les autres candidats s’affichent à des degrés divers « souverainistes » (dico), autrement dit partisans d’une Europe des nations plus conforme au traité de Rome (1957).

Emmanuel Macron n’en est pas moins élu grâce à un heureux concours de circonstances (défection d’Alain Juppé, disqualification bienvenue de François Fillon, qualification de Marine Le Pen au second tour).

Dès lors, en dépit des aléas de parcours, toute sa politique extérieure va se conformer à sa vision personnelle du monde.

Un président en phase avec la génération postnationale

Encore candidat, Emmanuel Macron déclare le 4 février 2017 : « Il n'y a pas de culture française. Il y a une culture en France. Elle est diverse ». Le 21 février suivant, à Londres, il réitère ces propos en affirmant qu'« il n'y a pas de culture française » et qu'il n'a jamais vu l'« art français » !

De fait, le futur président n'éprouve pas de nostalgie pour l’Histoire et le patrimoine comme les anciennes générations (dont fait partie l’auteur de ces lignes). Mais il est séduit et pénétré par les mœurs américaines comme la plupart des jeunes diplômés de sa génération.

Parfaitement à l’aise dans l’économie mondialisée, maîtrisant à la perfection l’anglo-américain, il affiche le 13 avril 2017, devant un cénacle d’entrepreneurs réunis au palais Brongniart (l’ancienne Bourse de Paris) sa volonté de faire de la France une « nation de start-up » tout en reconnaissant l’impossibilité de bâtir un « Google européen », autrement dit l’impossibilité de rivaliser d’égal à égal avec le grand frère d’Amérique.

Après son élection, Emmanuel Macron se prête à une cérémonie pleine de majesté dans la cour du Louvre le 14 mai 2017. Elle est ouverte par l’hymne européen et clôturée par la Marseillaise. Anecdote signifiante : il écoute celle-ci la main sur le cœur à l’image des présidents américains et non les bras sur le côté selon le protocole français habituel.

La suite montre que son « américanisation » ne se réduit pas à la gestuelle : le 22 mai 2018, il rejette le Plan banlieues de Jean-Louis Borloo en lançant : « Ça n’aurait aucun sens que deux mâles blancs ne vivant pas dans ces quartiers s’échangent un rapport. » Du jamais vu en France où, à la différence des États-Unis, la classe politique n’a jamais distingué les citoyens selon leur couleur de peau.

Le président se montre par ailleurs lucide sur les enjeux démographiques comme l’atteste la même année son commentaire du livre de Stephen Smith : La ruée vers l’Europe. La jeune Afrique en route pour le Vieux Continent (Grasset, 2018), estimant que l’auteur a « formidablement bien décrit » les migrations africaines.

Une voix qui peine à se faire entendre

Sans trop d’illusions, Emmanuel Macron va éprouver tout au long de sa présidence les plus grandes difficultés à faire entendre la voix de la France et plus encore à maintenir son statut de grande puissance dans le nouveau contexte géopolitique : une Europe alignée sans état d’âme sur le protecteur américain ; le reste du monde globalement méfiant ou hostile à l’égard de Washington.

Cette nouvelle bipolarisation n’empêche que toute la planète a rendu les armes devant le soft power américain et chacun ou presque ne jure plus que par Hollywood, Coca Cola, Netflix et le globish (anglais d’aéroport).

- Vladimir Poutine et Emmanuel Macron :

Emmanuel Macron débute sa présidence par un coup d’éclat avec l’invitation du président russe à Versailles le 29 mai 2017 au prétexte d’inaugurer une exposition sur Pierre le Grand. En pleine période de tension entre la Russie et les États-Unis sur l’Ukraine et la Syrie, il croit encore possible de se poser en médiateur.

Mais d’après le témoignage du photographe Jean-Claude Joucausse (Le Monde), le tout jeune président français a voulu « se la jouer » face à Vladimir Poutine en le traitant en « dominé ». Le match retour se joua le 7 février 2022 quand Emmanuel Macron se rendit au Kremlin pour tenter de désamorcer la guerre imminente en Ukraine. Son homologue russe le contraignit à prendre place à l’extrémité d’une table de six mètres : pas facile de s’entendre dans ces conditions !

Après l’invasion de l’Ukraine, le 24 février 2022, le président français tenta malgré tout de maintenir un contact téléphonique avec le Kremlin, de concert avec le chancelier allemand, soucieux de préserver ses approvisionnements en gaz russe.

Cela valut à l’un et à l’autre de sévères remontrances de la part des dirigeants polonais, devenus les plus sûrs soutiens de l’Ukraine en Europe. Sourde revanche pour ces derniers. En août 2017, lors d’un différend avec Paris sur le statut des travailleurs détachés, ne s’étaient-ils pas entendus dire par le président français : « La Pologne n'est en rien ce qui définit le cap de l'Europe » ?

Après l’échec des discussions russo-ukrainiennes d’Istanbul, en mars 2022, la France n’eut d’autre choix que de s’aligner sur l’axe Washington-Londres-Varsovie sans espoir de peser sur le conflit.

Il paraît alors loin le temps où Emmanuel Macron, irrité par l'inaction de ses alliés face aux agissements de la Turquie en mer Égée, déclarait l’OTAN « en état de mort cérébrale ».  C’était le 7 novembre 2019. Lui-même n’hésitait pas à envoyer des navires de guerre patrouiller dans la mer Égée pour prévenir une agression de la Grèce par la Turquie.

Au-delà des apparences, la suite lui a donné raison… L’OTAN entretient l’illusion que les Européens sont acteurs de leur sécurité. Dans les faits, ils s’en remettent complètement au Pentagone de leur sécurité… comme autrefois les cités de la Ligue de Délos s’en remettaient à la flotte athénienne pour les protéger de l’assaillant perse. Dans la guerre d’Ukraine, c’est le Pentagone qui arme pour l’essentiel les Ukrainiens, les entraîne, les renseigne avec ses satellites, etc.

- Donald Trump et Emmanuel Macron :

De cette réalité, Emmanuel Macron n’a pas tardé à s’accommoder. Avec Donald Trump, qui a accédé comme lui à la présidence en 2017, il a d’abord tenté d’alterner séduction et virilité comme avec Vladimir Poutine.

Ce fut d’abord, au sommet de l’OTAN à Bruxelles, le 24 mai 2017, une poignée de main musclée et prolongée, les yeux dans les yeux ! Puis, le 1er juin 2017, sitôt après l’annonce par Donald Trump du retrait unilatéral des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat (COP 21), une déclaration solennelle du président français, à l’Élysée, en (bon) anglais. Il appelle (sans beaucoup de succès) les scientifiques américains à poursuivre en France leur travaux sur l’enjeu climatique et conclut par ces mots qui reprennent le slogan de campagne de Donald Trump : « Make our Planet Great Again ».

Les deux hommes ne se fâchent pas pour autant. Invité à assister au défilé du 14 juillet 2017 sur les Champs-Élysées, Donald Trump en sort ébloui et se promet de faire la même chose chez lui ! Mais l’éclaircie ne dure pas…

Le 15 septembre 2021, l’Australie annonce rompre un contrat de 56 milliards d’euros passé auprès de la France pour la livraison de sous-marins conventionnels construits par Naval Group, au profit de sous-marins construits par les États-Unis dans le cadre d’une nouvelle alliance (Aukus) incluant également la Grande-Bretagne. C’est un coup dur pour le gouvernement français qui rappelle son ambassadeur à Canberra. La France se voit exclue du Pacifique bien que présente dans cette moitié du monde à travers ses territoires de Nouvelle-Calédonie et Polynésie.

Les tribulations d’Emmanuel Macron dans l’Empire du Milieu ne vont pas arranger les rapports entre la Maison Blanche et l’Élysée.

- Xi Jinping et Emmanuel Macron :

En janvier 2018, lors de sa première visite à Xi’an, le berceau de la civilisation chinoise, le président avait joliment dit en chinois : « Il faut rendre de nouveau notre planète grande et belle ».

Escorté des habituels entrepreneurs français, il caressait alors l’espoir de convertir le président chinois Xi Jinping aux vertus de la « transition énergétique »… et aux mérites des technologies hexagonales. Rien que de très légitime à cela.

Mais quelques années plus tard, la tempête se lève en mer de Chine et Pékin multiplie les exercices navals afin d’intimider Taïwan et affirmer sa suprématie sur la région. Washington réaffirme son soutien à Taïwan et se montre prêt à une intervention militaire si cela devient nécessaire.

Emmanuel Macron juge alors nécessaire de se démarquer de l’affrontement en gestation. Le 9 avril 2023, au terme d’une nouvelle visite officielle en Chine, il déclare au site américain Politico et au quotidien Les Échos : « La pire des choses serait de penser que nous, Européens, devrions être suivistes sur ce sujet et nous adapter au rythme américain et à une surréaction chinoise. Pourquoi devrions-nous aller au rythme choisi par les autres ? À un moment donné, nous devons nous poser la question de notre intérêt. »

Son propos est aussitôt fustigé dans les chancelleries européennes et bien sûr à Washington, jusqu’à ce que les diplomates viennent le tempérer : « Le propos porte sur une chose : la souveraineté européenne. Le président de la République n'a pas dit que nous ne nous préoccuperions pas de la sécurité de Taïwan, il n'a pas justifié la politique chinoise vis-à-vis de Taïwan, il a dit que l'Europe devrait souverainement déterminer quels seraient ces intérêts. »

- Emmanuel Macron et « l’Orient compliqué » :

Le président français s’est rendu une première fois à Jérusalem les 22-23 janvier 2020 afin de participer au cinquième Forum mondial sur la Shoah, au mémorial de Yad Vashem, pour le 75e anniversaire de la libération des camps. Il a alors curieusement réédité en forme de comédie l’incartade de son prédécesseur en 1996…

Pour le reste, ce déplacement ne laissa pas de trace. Pas plus que les déplacements au Liban les 6 août 2020 et 1er septembre 2020 suivants, après l’explosion du port de Beyrouth. Il déclare après la rencontre de son homologue Michel Aoun : « J’attends des autorités libanaises des réponses claires sur leurs engagements : l’État de droit, la transparence, la liberté, la démocratie, les réformes indispensables… »

Ces paroles ont été immédiatement perçues comme une forme de paternalisme déplacée et anachronique. Nous n’en sommes plus au temps où de Gaulle pouvait tancer les uns et encourager les autres, à Phnom-Penh, Montréal ou ailleurs !

- Emmanuel Macron et l’Afrique :

Sur le continent africain, ancienne chasse gardée de la France, les déconvenues se révèlent plus criantes encore. Le travail de sape engagé sous les présidences de Nicolas Sarkozy et François Hollande aboutit à son terme sous celle d’Emmanuel Macron.

Bien que n’ayant rien à se reprocher sur le continent, hormis la douloureuse guerre d’indépendance de l’Algérie, la France a perdu tout son crédit tant en Afrique du nord qu’en Afrique sahélienne et même en Afrique centrale, au point de se voir rejetée au profit de « protecteurs » aussi contestables que la Russie et la Chine !

En Afrique du nord, le président français échoue dans sa tentative de se raccommoder avec les gouvernants algériens tout en « réussissant » à se brouiller avec le roi du Maroc, faisant mentir l’adage selon lequel « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ! »

Dans le Sahel, en novembre 2017, il fait bouillir les réseaux sociaux par son attitude jugée méprisante à l’égard du président burkinabé lors d’une conférence de presse à Ouagadougou. Il doit enfin valider le 15 août 2022 la fin de l’opération Barkhane engagée au Mali par son prédécesseur… Aussi peut-il assurer à Libreville, le 2 mars 2023 : « L’âge de la Françafrique est bien révolu ! »

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2023-11-01 11:47:02
Rémy Volpi (02-11-2023 20:33:57)

Merci Monsieur Larané d'avoir pris la peine de me répondre. S'agissant de Voltaire, je ne voulais que me référer à une citation, qui fût-elle apocryphe, n'en est pas moins percutante. Quant à la concordance entre ce que l'on dit et ce que l'on fait, Voltaire, comme d'autres (je pense à Jean-Jacques Rousseau) ont en effet pratiqué l'adage "faites comme je dis mais pas comme je fais".
Pour le reste, j'avoue que je peine à vous comprendre et de ce fait à vous suivre.
Pour ma part, je vois que l'on a écarté l'Europe politique (fédérale comme le suggérait Robert Schuman), pour ne laisser place qu'à l'Europe économique, dans le cadre d'une économie sociale de marché. Laquelle apporte aux consommateurs les avantages des économies d'échelle (abaissement des coûts et généralement des prix par le jeu de la concurrence) et les avantages sociaux que permet la richesse générée par ce système. Mais bien sûr, et c'est ce que vous désignez sous le terme de néolibéralisme, cela suppose de la part des entreprises concernées d'être compétitives au moins au niveau européen ("Aujourd'hui, quelque part dans le monde une entreprise travaille à la destruction de la vôtre"). Il faut donc, comme dans la fable du laboureur, "travailler, prendre de la peine: le travail est un trésor".
S'agissant de l'Europe politique, nécessaire et substantielle synergie dans les rapports avec le reste du monde. on la balaie d'un revers de main péremptoire. Ce projet est ressenti par ses nombreux détracteurs comme une abdication de la sacro-sainte souveraineté nationale. Ce qui est totalement inexact car dans un système fédéral cette souveraineté est simplement déléguée sous contrôle parlementaire. L'autre obstacle est la croyance très répandue selon laquelle une Europe unie fédérale serait attentatoire à l'identité nationale. Rien n'est plus faux, voir à cet égard la Suisse. Mais telle est l'opinion publique. Or en dernière analyse c'est elle qui, par le biais des élections, gouverne: "Les hommes politiques savent ce qu'il faut faire, mais ils ne savent pas comment être réélus s'ils le font".
Je n'ai rien vu de tout cela dans votre analyse et dans la plupart des commentaires. J'y ai vu des relents nostalgiques d'une grandeur passée, des accusations sans fondements, une méprise quant aux actions à mon sens courageuses et pertinentes de notre président. Et l'on préconise majoritairement d'entrer dans l'avenir à reculons. De ce fait, je crains que nous soyons bien engagés dans la voie du suicide collectif. Ce qui est affligeant alors que la solution est (était?) à portée de main.

Rémy Volpi (01-11-2023 13:07:56)

Je rebondis sur le commentaire de Castel. Mais préalablement je tiens à souligner l'élégance d'André Larané, qui, tel Voltaire, bien que nous soyons en désaccord, me laisse dire. C'est là le fondement de la démocratie, sous réserve que les armes du débat soient des arguments étayés et par nature contestables.
J'en viens au fait. Les arguments en faveur de l'Europe souveraine que l'on décrie, ne sont pas dus à l'impéritie de quelque président foutriquet ignorant tout de la "réalité anthropologique" de notre pays, pour parodier Emmanuel Todd. Ils ont été élaborés de longue date par des penseurs qu'il serait difficile de qualifier d'hurluberlus: Abbé de Saint-Pierre, Emmanuel Kant, Luigi Einaudi, Aristide Briand, Altiero Spinelli, Paul-Henry Spaak, Jean Monnet, Robert Schuman, mais aussi Alphonse de Lamartine, et bien sûr Victor Hugo dont un extrait du texte pro-Europe fédérale de 1849 figure au sein du Parlement français. Voici schématiquement l'articulation du raisonnement pro-Europe fédérale, l'Europe fédérale étant tout ou partie de l'UE, dotée d'un gouvernement supranational souverain, démocratiquement élu et démocratiquement contrôlé, en charge des affaires d'envergure continentale, à commencer par la politique extérieure et la défense; tandis que par le principe de subsidiarité, les affaires non fédérales sont traitées exclusivement par le niveau subalterne ad hoc:
a) la division historique du continent européen en États-nations souverains est la cause des deux guerres mondiales, dont le seconde a atteint un niveau apocalyptique et de trois totalitarismes barbares. En effet, ce système dont l'apogée a été atteint à la fin du XIXème siècle, a fait des relations internationales un panier de crabes pérenne sans foi ni loi autre que celle du plus fort: civilisation nationale, barbarie internationale
b) Emmanuel Kant, Victor Hugo ont proposé une fédération européenne. Mais celle-ci ne pouvait pas être atteinte sous l'égide d'une nation dominante (impérialisme).
c) le concept d'États-nation souverains, sans foi ni loi dans leurs relations, a fait de l'Europe de la première moitié du XXè siècle le "continent des ténèbres", selon l'expression judicieuse de l'historien Mark Mazower. L'Europe, de dominatrice de l'univers au XIXème siècle, est ainsi devenue après-guerre un territoire semi-colonial partagé entre les deux vainqueurs, USA et URSS.
d) Après-guerre, le monde s'est constitué en États-nations souverains, sous l'égide toutefois de l'ONU, comme cela avait été le cas après la Première guerre mondiale avec la SDN, et après le Congrès de Vienne, en 1815 après la Sainte Alliance. Sans résultats probants, comme on le sait. Le danger subsiste donc, et l'actualité brulante ne manque pas de nous le rappeler.
e) L'Europe s'est constituée en entité économique mais n'a pu se décider à se constituer en entité politique: géant économique, elle est un nain politique. Ceci notamment par le refus de la France de la CED en 1954, et le rejet du projet de constitution européenne (2005). L'Europe a confié sa défense aux USA, et l'actualité nous a montré et nous montre encore que les crises internationales, fussent-elles proches de l'UE (les Balkans, 1991-1995, l'Ukraine aujourd'hui) ne peuvent être prises à bras-le -corps par un quelconque pays européen, et encore moins par l'UE et son "haut représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité".
f) Or l'UE côtoient des d'États-nations de dimensions continentales qui sont prêts à en découdre.
g) l'union faisant la force- et la désunion faisant la farce - il importe que se constitue une Europe unie dissuasive. Car, comme le pense le sulfureux Carl Schmitt, apologiste de la bestialité en politique, "qu'un peuple n'ait plus la force ou la volonté de se maintenir dans la sphère du politique, ce n'est pas la fin du politique dans le monde. C'est seulement la fin d'un peuple faible".

Le comble est que l'inexistence de cette indispensable union politique ("L'union européenne? Quel numéro de téléphone?" ironisait Henry Kissinger) est due au fait que l'on prend le roman national, cette "storicizzazione trionfalistica" (historicisation triomphaliste) pour parole d'Évangile. Mais l'histoire n'est pas une fable pour grands enfants, c'est une discipline rigoureuse qui cherche à comprendre le passé réel pour éclairer l'avenir. Ainsi par exemple, le Bonaparte cheveux au vent face à la mitraille qui entraîne ses hommes au Pont d'Arcole, tableau du peintre Gros figurant sur les anciens billets de banque, est en réalité tombé dans l'eau et a été sauvé in extremis de la noyade par un officier, tandis que, loin d'être un héroïque exploit, cette action s'est révélée être une erreur stratégique.
Ayant affaire, bien entendu, à des démocrates, je suis prêt à entendre les arguments contraires et à me laisser convaincre si affinité.

Herodote.net répond :
Voltaire n'est pas un modèle de tolérance, contrairement à la citation apocryphe qu'on lui attribue.
Notez par ailleurs que l'on peut être opposé à la politique actuelle de Bruxelles tout en soutenant la construction européenne (de même qu'on peut s'opposer à la politique d'Emmanuel Macron sans être pour autant "anti-français").
On peut ainsi préférer une Union protectionniste (ni plus ni moins que ses grands concurrents, la Chine et les États-Unis) à une Union libre-échangiste...
Là où le bât blesse, c'est lorsque les dirigeants de l'Union inscrivent le libre-échange ou encore la libre concurrence dans le marbre des traités et déclarent que ces choix idéologiques ne sont plus susceptibles d'être débattus et remis en cause.

Castel (31-10-2023 21:53:30)

J'admire le talent et la modération d'André Larané et penche pour KAFO plutôt que pour VOLPI. En réalité la gouvernance Macron aura été une catastrophe pour la France exsangue à force de tirages sur la dette afin de régler tout problème en jetant par la fenêtre l'argent public, ce qui est de la facilité, là où il faudrait de la rigueur. De plus le suivisme de M. Macron sur la politique allemande est sidérant quand Mme Merkel n'a cessé de réduire les échanges avec notre pays dont l'Allemagne est passée du 1er client au 6ème au profit des échanges germaniques avec la Chine... Et le dérapage continue quand on apprend que la croissance du PIB outre Rhin frisera les 8,5% en 2023 contre une stagnation française... On notera au passage le décrochage du PIB français vis à vis du PIB britannique depuis 2017. Mais cette soumission à l'Allemagne est effrayant quand M. Macron obéit aux 4 volontés de Berlin dans des domaines stratégiques: alignement sur la politique énergétique allemande où le nucléaire français sert allègrement de l'électricité à bas prix à la Germanie, Covid géré à coup d'achat onéreux du "vaccin" Pfizer dont l'efficacité est mise en doute ( Bill Gates soi-même ; pas de blocage de l'infection d'un vacciné à un non-vacciné, perte de protection face aux nouveaux variants, et protection de très courte durée), fourniture allemande massive d'éoliennes onéreuses à l'utilité réduite (sans vent et avec pannes), coopération militaire dans un seul sens sous condition de révélation des secrets de fabrication français, commerce extérieur plombé par la désertion allemande du marché français, monnaie unique imposée qui aura tué la compétitivité française et réduit le pouvoir d'achat des hexagonaux, Schengen qui n'aura abouti qu'à une invasion musulmane 3 fois supérieure en France, abandon de Fessenheim sans contrepartie, fabrication d'Ariane VI en Allemagne au détriment de la Normandie avec en plus le développement de nouveaux lanceurs purement allemand, etc... Quelle Europe épique avec une France gouvernée par cabinets de conseil interposés !

Herodote.net répond :
Notez bien que notre article porte exclusivement sur la politique *internationale* du président ; nous avons laissé de côté sa politique intérieure et sa politique européenne.

mcae.fr (31-10-2023 17:32:10)

Votre présentation du monde, « à l’époque Macron », s’aligne sur la vision officielle de l’Occident.
Ce qui me gène, c’est qu’elle occulte des réalités qui sont à l’origine des problèmes actuels, ce qui nous empêche de les comprendre et donc, de les résoudre.

Les problèmes non résolus conduisent à une confrontation, entre l’« Occident collectif » (ou collectivisé) et le « Sud global » qui se rapproche de la Russie et de la Chine.


Le néolibéralisme s’est imposé, non pas par la victoire des idées, mais par l’hégémonie militaire. La spoliation des pays « en voie de développement » par la dette du développement, se prolonge dans les pays faibles par la dette des crises économiques (Mexique, Asie du sud-est, Argentine), et enfin en Europe, par la dette de la croissance. L’économie mondialisée sans règle, n’a produit que de la bulle financière et de la régression sociale.
« L'État n'est pas la solution à notre problème ; l'État est le problème », l’État des autres bien sûr, celui des États Unis restant tout-puissant pour imposer ses règles.

Ce que l’Europe appelle « les chocs pétroliers » n’est que la conséquence naturelle de la dévaluation du dollar. Le cours forcé du dollar, après Bretton Woods, a permis aux USA, en toute légalité, d’inonder la planète de monnaie et de valeurs boursière, en décalage croissant avec la richesse réelle, comme ils le faisait déjà depuis les années 20. Ce banditisme économique est à l’origine de la crise de 29 et de la demande de populations en plein marasme, d’un pouvoir fort pour les protéger (Mussolini et Hitler).
L’émission exponentielle du dollar dans les années 70, a conduit à la dénonciation du cours forcé, ce qui, très logiquement, a fait chuter la valeur de la monnaie américaine. Mais la puissance géopolitique des USA leur a permis d’imposer que les autres monnaies suivent le dollar dans sa chute, d’où le renchérissement artificiel des biens réels comme le pétrole.

La page du Vietnam est douloureuse à cause du terrorisme d’État, pratiqué par l’Occident, que les USA ont poussé au paroxysme, discréditant les valeurs Occidentales qui justifiaient leur gestion du monde.
En Afghanistan, les USA autorisent un pays faible à utiliser le terrorisme d’état pour déstabiliser l’adversaire soviétique. Un terrorisme de pays pauvre qui fera des émules.

Les migrations ne sont pas dues à la démographie comme en témoigne François Partant dans sa vidéo « L’impossible indépendance » (1967) tirée d’observations sur le terrain.

« En Algérie, une raffinerie, symbole du rêve du tiers -monde : surmonter le sous-développement grâce à l’industrialisation.
Et pourtant, dans tous les pays du tiers-monde, la file des chômeurs s’allonge d’année en année devant les rares lieux d’embauche, comme ici devant les grilles du port d’Alger.
C’est par centaines de milliers que les jeunes viennent chaque année grossir les rangs des sans emploi. En Algérie, un seul emploi créé pour trois jeunes arrivant sur le marché du travail, et il ne s’agit là que des hommes, pas des femmes qui constituent pourtant la moitié du potentiel humain dont dispose un pays.
Source de désordres, pesant sur le niveau global de la nation, la formidable poussée du chômage inquiète les gouvernants. D’après eux, elle serait due à la pression démographique, énorme il est vrai en Algérie, 3 %, six fois plus forte qu’en Europe. Elle en arriverait à annuler les bénéfices du développement économique.
Pourtant non, la progression démographique n’explique rien, car le chômage s’aggrave aussi dans les pays du tiers-monde les plus manifestement sous-peuplés par rapport à leurs ressources.
C’est d’ailleurs seulement dans le tiers-monde que les enfants sont accusés de compromettre l’avenir, pas dans les pays riches qui, tel le Japon, ont une population infiniment trop nombreuse par rapport à leurs ressources nationales. »

Si les Africains sont au chômage, ce n’est pas que la pression des générations montantes sature un marché de l’emploi dynamique, mais parce qu’il n’y a pas de marché de l’emploi. C’est la prostitution, l’émigration ou le djihadisme (source : des documentaires sur France 5).

Les Iraniens ont compris avant les autres qu’occidentaux et soviétiques étaient les deux faces d’une même prédation. Une réalité que les Iraniens ont subie douloureusement sous le Shah, et qui les a soudés derrière le projet d’autonomie des Ayatollahs, qui constituaient un précieux repère pour la population, comme les Prêtres dans les campagnes Françaises. Voir les vidéos « La révolution blanche » et « Le rêve persan »
Contrairement aux prévisions de la deuxième vidéo, la guerre pro-occidentale menée par l’Irak a bien eu lieu, mais l’Iran a survécu. Ces huit ans de guerre ont causé la mort de 700 000 à 1 200 000 personnes.

La démographie mondiale flirte avec les limites de la planète. L’avenir appartient aux pays qui sauront gérer une démographie décroissante.

En Algérie, la France n’a rien à se reprocher, le seul massacreur français c’est Napoléon III qui s’est approprié la richesse en ignorant totalement les populations locales : la famine qui en a résulté a fait 800 000 morts, 20 % de la population. Mais le plus grand massacreur, c’est la CIA, des milliers de morts pendant la guerre d’Algérie pour s’approprier le gaz, des centaines de milliers, pendant la guerre civile, pour le garder, avec l’effet secondaire de l’apparition de Al-Qaïda que nous devons gérer en héritage.
La France des années 50 regarde du coté de l’indépendance. Le gouvernement est le plus réticent, mais va dans le sens des opinions française et algérienne en créant les Sections Administratives Spécialisées de Jacques Soustelle pour améliorer l’intégration des Algériens. Dans le Statut de 1947 il affirme timidement « l'égalité effective entre tous les citoyens français » mais bourre les urnes pour masquer le net succès de parti de Messali Hadj.
Son projet :« un gouvernement algérien par les Algériens qui arrivera à créer une république algérienne amie de la France » est proche de la vision de Camus :
« Une Algérie constituée par des peuplements fédérés, et reliée à la France, me paraît préférable, sans comparaison possible au regard de la simple justice, à une Algérie reliée à un empire d’Islam qui ne réaliserait à l’intention des peuples arabes qu’une addition de misères et de souffrances et qui arracherait le peuple français à sa patrie naturelle. »
C’est ce qui va se passer avec le FLN.
Plusieurs indices, qu’on ne peut analyser ici, laissent à penser que le FLN est un des nombreux mouvements de libération, créés de toutes pièces par la CIA, pour arriver à ses fins. C’est le seul à viser la rupture par la haine :
« Le 20 août 1955, dans le Constantinois, des massacres ont éclaté à l'initiative de Youcef Zighoudj, responsable du Nord-Constantinois du FLN dans le but de relancer un mouvement qui s'essouffle et de contrecarrer les avances faites par Jacques Soustelle. » (Wikipédia).


Quant à Emmanuel Macron, je suis convaincu qu’il a bénéficié d’une forte poussée du monde des affaires, ce qui l’oblige à un « en même temps » de remerciement.
Après deux quinquennats, il laisse les problèmes dans l’état où il les a trouvés. Je lui accorde qu'il ne les a pas aggravés.

Castel (30-10-2023 21:20:58)

J'admire le talent et la modération d'André Larané et penche pour KAFO plutôt que pour VOLPI. En réalité la gouvernance Macron aura été une catastrophe pour la France exsangue à force de tirages sur la dette afin de régler tout problème en jetant par la fenêtre l'argent public, ce qui est de la facilité, là où il faudrait de la rigueur. De plus le suivisme de M. Macron sur la politique allemande est sidérant quand Mme Merkel n'a cessé de réduire les échanges avec notre pays dont l'Allemagne est passée du 1er client au 6ème au profit des échanges germaniques avec la Chine... Et le dérapage continue quand on apprend que la croissance du PIB outre Rhin frisera les 8,5% en 2023 contre une stagnation française... On notera au passage le décrochage du PIB français vis à vis du PIB britannique depuis 2017. Mais cette soumission à l'Allemagne est effrayant quand M. Macron obéit aux 4 volontés de Berlin dans des domaines stratégiques: alignement sur la politique énergétique allemande où le nucléaire français sert allègrement de l'électricité à bas prix à la Germanie, Covid géré à coup d'achat onéreux du "vaccin" Pfizer dont l'efficacité est mise en doute ( Bill Gates soi-même ; pas de blocage de l'infection d'un vacciné à un non-vacciné, perte de protection face aux nouveaux variants, et protection de très courte durée), fourniture allemande massive d'éoliennes onéreuses à l'utilité réduite (sans vent et avec pannes), coopération militaire dans un seul sens sous condition de révélation des secrets de fabrication français, commerce extérieur plombé par la désertion allemande du marché français, monnaie unique imposée qui aura tué la compétitivité française et réduit le pouvoir d'achat des hexagonaux, Schengen qui n'aura abouti qu'à une invasion musulmane 3 fois supérieure en France, abandon de Fessenheim sans contrepartie, fabrication d'Ariane VI en Allemagne au détriment de la Normandie avec en plus le développement de nouveaux lanceurs purement allemand, etc... Quelle Europe épique avec une France gouvernée par cabinets de conseil interposés !

KAFO (30-10-2023 15:26:15)

Que dire de plus?! Ce bilan exact est affligeant et il ne concerne que le volet extérieur. Au plan intérieur nous avons les Gilets Jaunes, les émeutes de banlieues, un islamisme délirant qui progresse au rythme d'une immigration mal contrôlée, le COVID, la réforme des retraites, + 600 milliards d'endettement qui crève largement le plafond des 100% de PIB vers 120%, la vente d'Alsthom et d'autres fleurons, les A/R sur le nucléaire, la fragilisation d'EDF, j'en oublie beaucoup. Encore 3 ans 1/2 avec ce Monsieur?! Quelle sera la prochaine catastrophe? Une crise économique et financière à l'instar de 2008? Crises il est vrai récurrentes mais cette fois-ci la mauvais gestion de la crise ukrainienne amplifiera et aura joué son rôle. Et comment notre inexpérimenté et prétentieux président s'y prendra t'il? On peut anticiper le pire. Evidemment ses partisans dirons que ce n'est pas sa faute, que la crise vient de loin, qu'il n'y peut rien. On connaît la chanson. Ce Monsieur n'assume jamais rien, c'est toujours de la faute des autres. Et dire cela, chercher des excuses et justifications, c'est non seulement accepter le déclin mais y apporter son concours. La sortie de ce manque de courage masqué par une communication tapageuse se fera dans le désordre et l'instabilité qui guettent notre pays chaque fois qu'il est mal dirigé. Dire ou penser l'inverse c'est se mentir à soi-même.

orace369 (30-10-2023 14:24:07)

Je note que peu réclament des sanctions à l'encontre des présidents qui ont fait foirer... Depuis De Gaulle, y compris lui-même. Et puisque nous avons tout foiré en Afrique, pourquoi continuons-nous à héberger encore l'Afrique.
Au final, le reste du monde fait comme la France et c'est ainsi que le théâtre se transforme en champ de bataille.

de Haas (30-10-2023 13:41:14)

Monsieur Macron disparaïtra dans l'histoire sans avoir laissé de trace et sans avoir fait d'impression tout en croyant qu'il fut important.

Vialclerc (30-10-2023 11:31:22)

C'est un article à charge, sévère, avec des accents populistes, qui ne présente pas d' option alternative claire autre, semble t il, que l'indépendance nationale dont on a vu ce qu'elle a donné pour l' Irak où le discours enflammé de Villepin n'a pas empêché l'intervention américaine ; pourquoi attribuer à Macron le changement de ligne de l'Australie avec Ankus ? Pourquoi dire que la France est écartée d'une alliance dans le Pacifique, ce qui n'est pas aussi sommaire ? Le Président a t il tort de rechercher le développement de l'autonomie stratégique européenne ? A t il tort d'essayer de jouer de l'effet de levier de nos alliances y compris américaine pour faire entendre notre voix ? Ne fallait il pas parler avec Poutine ? Etc. On peine à trouver dans votre papier des propositions crédibles, bien cordialement.

Herodote.net répond :
Nous n'écrivons nulle part que le président Macron a eu tort (ou raison) en quoi que ce soit. Nous notons qu'il est pleinement conscient des défis auxquels sont confrontées la France et l'Europe et qu'il tente de les relever mais avec un succès très limité, tant sont puissantes les forces de rappel.

jver (30-10-2023 06:49:25)

Assez complet, bien qu'y manquent quelques croustillants détails comme la pantalonnade de la Fête de la Musique, bien que manquent surtout l'écroulement et la vente de nos fleurons industriels contre, semble-t-il, des avantages financiers, ou la politique sanitaire délirante lors de la crise du Covid - mais là, il ne fut pas seul! -
Quant à l'utilisation de l'anglais, bon ou mauvais, lors de ses escapades, toujours un peu pitoyables, j'avoue que peu de choses ne me choquent plus!

Philippe MARQUETTE (30-10-2023 03:38:02)

Je me contenterai de d’écrire ici que M. Macron représente l’avenir de la France, à savoir la fin d’une nation qui a éclairé le monde et qu’il s’acharne à détruire méthodiquement.
Il participe activement à ce naufrage, pourtant, c’est ce que veulent les français qui l’ont élu à deux reprises.
En accord avec « Binnendijk », j’ajouterai que le fond a été atteint par ses prédécesseurs, il tente pourtant désespérément de tirer le pays plus bas, toujours plus bas, en creusant si nécessaire.
Je sais qu’il faut lire des textes avec lesquels nous ne sommes pas « en phase », celui-ci en fait partie.
Également, lire Alain Minc, « essayiste en vue », est assez consternant pour des raisons que, M. Larané, vous ne pouvez ignorer.

Herodote.net répond :
Nous citons ici Alain Minc simplement pour son rôle dans l'ascension d'Emmanuel Macron...
Dans notre survol de l'action du président à l'international, nous mettons en lumière les difficultés qu'il a eues à préserver la place de la France. Sans doute a-t-il été handicapé en cela par le manque de stature personnelle (n'est pas le général de Gaulle qui veut), par la démographie et l'économie flageolantes du pays... et par une confiance excessive dans les institutions européennes.

Leroux (29-10-2023 20:35:25)

Je vous trouve tous bien sévère avec notre actuel président.
Evacuons l'imperfection de son anglais, sans doute mais c'est encore lui depuis le Général De Gaulle qui pratique le moins mal la langue de Shakespeare.
La perte réelle de l'influence française n'est tout de même pas récente. Un intervenant a rappelé opportunément l'épisode de l'expédition de Suez où les deux grands ont sifflé la fin de la partie; Giscard contemplant la mappemonde avait déclaré que la France n'était pas plus étendue que beaucoup des États des USA.
Si on se compare à d'autres États européens, par exemple la Grande-Bretagne, un de ses leaders charismatiques, Winston Churchill, avait compris lors de la dernière guerre que le rôle mondial de son pays était bien terminé (cf. sa dernière et monumentale biographie). Rappelons que la même Grande-Bretagne a besoin de l'aval américain pour tirer ses missiles atomiques, d'origine il est vrai américaine...
Notre président s'est mis dans les pas de ses prédécesseurs, en particulier Charles de Gaulle, en essayant malgré tout de garder une certaine indépendance de parole et d'action. Est-ce sa faute si nos partenaires européens choisissent d'abord l'alliance américaine avec le parapluie sécuritaire qui va avec ? Pourquoi le reprocher à notre président qui, au passage, augmente année après année le budget de nos armées laissé en déshérence par ses prédécesseurs ?
M. André LARANE, que j'apprécie aussi beaucoup, déplore la perte de certains contrats majeurs. A côté de l'épisode AUQUS, il aurait pu également citer la séquence des ravitailleurs pour l'armée de l'air américaine et qui a choisi la solution Boeing (pas encore au point d'ailleurs) de préférence à celle présentée par AIRBUS jugée pourtant meilleure par les techniciens américains.
Au fait qui protège le territoire israélien sinon les systèmes anti-aériens là encore américains...
Alors que faire dans ce contexte de surpuissance américaine et d'effacement européen et français sinon la meilleure figure possible tout en état réaliste.
Notre président est bien obligé de faire avec et aussi avec le peuple français, rétif a tout changement malgré ses velléités "révolutionnaires" et qui se vante de ses 35 heures avec la perte de compétitivité qu'elles ont entraîné pour l'économie et donc pour la puissance française et son rayonnement : il est vrai qu'elles ont été promues par un président qui se vantait de n'avoir jamais ouvert un livre d'économie...
Bien à vous
M. Patrick Leroux

Binnendijk (29-10-2023 20:20:21)

Avec Hollande, nous avions cru toucher le fond.
Macron nous a prouvé que non.

LONGUET (29-10-2023 19:01:40)

Il se la pète, tout simplement. Chirac avait un superbe ministre des affaires étrangères, Dominique de Villepin, qui nous a éloigné de l'engagement avec les américains en Irak. Merci à lui.
Et actuellement Macron prend position nettement pour Israël !!!
Macron n'est qu'un jeune coq, sans expérience, qui ne donne rien de lui mais qui copie sur les anciens.

Bertrand (29-10-2023 15:36:44)

Feu les « démocraties » occidentales ne sont plus que les caricatures d'elles-mêmes. Des candidats improbables, quasi inconnus un an plus tôt, sont propulsés au-devant de la scène du jour au lendemain par les médias du système. Ensuite, « l’Etat profond » invite des foules pressées et politiquement incultes à ratifier son choix. La plupart des électeurs n’ont en effet ni le temps ni la capacité d’examiner les propositions des candidats, pas plus que pour vérifier la qualité des fruits et légumes au supermarché. Nous avons eu ainsi droit à des « produits » interchangeables (Justin Trudeau au Canada, Jacinda Ardern en Nouvelle-Zélande, Sebastian Kurz en Autriche, Emmanuel Macron en France, etc.), technocrates sans âme, en général jeunes, dépourvus d’armature idéologique, sans idées, préfabriqués par l'Etat profond et, osons le dire, un peu niais (et d’ailleurs choisis pour cela). Face aux vieux routiers de la politique des pays montants (Xi Jin Ping en Chine, Poutine en Russie, Erdogan en Turquie, etc.), ces oies blanches ne pèsent évidemment pas bien lourd. Ces élections truquées, du haut en bas du système, qui dépouillent les décideurs de toute légitimité, conduisent peu à peu à une contestation généralisée sur tout et sur rien : le tracé d’une autoroute, l’implantation d’un aéroport, la construction de « bassines », et, hélas, aussi sur des sujets beaucoup plus lourds : défense nationale, immigration (à ce sujet, il est quand même extravagant qu’on ait pu faire entrer 15 millions de personnes dans ce pays sans que jamais en 60 ans les Français aient eu leur mot à dire), politique étrangère, dette publique, etc. Profitant du vide ainsi créé, les juges - bien qu’élus par personne mais au nom de « principes » dont ils se sont auto désignés les gardiens - ont pris un peu partout le pouvoir, introduisant arbitraire, désordre et impuissance. Ainsi, pendant que Poutine édifie en moins d’un an un pont de près de 20 km entre la Russie et la Crimée, le moindre projet - une simple déviation, un modeste passage à niveau, un permis de démolir une masure - peut désormais exiger ici des décennies. D’où l’écroulement, lent mais certain, de l’Occident, désormais paralysé par ce simulacre de démocratie. Comment sortir de cette nasse ? Là est toute la question. S’agissant de la France, on ne dispose pas à chaque génération d’un Charles Martel, d’un Bonaparte ou d’un général de Gaulle.

Maud (29-10-2023 15:16:03)

A l'évidence mon précédent commentaire manquait de pédagogie. Beautiful en anglais : traduction littérale beau belle. Un bel homme une belle femme, traduction scolaire. En fait accolé à "woman","a "beautiful woman" signifie : femme légère, femme de petites vertus, pourrait désigner une prostituée. Quel effet lors d'un dîner officiel à Maison Blanche : le rire, l'amusement. Toute la différence entre une maîtrise réelle de l'anglais et une pratique scolaire. J'espère qu'il conserve lors de ses entretiens diplomatiques avec des chefs d'état ou autres la pratique du français avec traducteur officiel. Sinon bonjour les dégâts. Voilà où mène l'ego !

pdep (29-10-2023 14:51:02)

À ajouter: il remercie le Premier Ministre australien en 2018 en ajoutant au compliment «  your delicious wife ».
Encore de l’Anglais de cuisine!!

Journot (29-10-2023 13:56:14)

Bonjour,
je suis globalement d'accord avec cette analyse qui est de grande qualité. Nuancer le propos serait sans doute l'affaiblir... OK. Le président démontre combien l'expérience compte en politique internationale (en aussi à l'intérieur, au demeurant). Il a ignoré les avertissements des "corps constitués" (nos diplomates, nos militaires, nos préfets...) avec une certaine arrogance sur la forme, mais, peut-être, une bonne volonté sur le fond (?). le résultats est là : la perception dominante (à tort ou à raison), est celle de l'échec, du déclin, de la glissade vers un avenir sombre !
Vingt ans de chute, ça fait beaucoup pour notre vieux pays...
Cordialement
JMJ

GARIBAL Gilbert (29-10-2023 12:47:35)

Merci Monsieur Larané pour ce "portrait" de notre Président de la République actuel au fil d'une analyse géo-politique remarquable ! Cordialement.

Rémy Volpi (29-10-2023 11:27:12)

Partisan de la souveraineté européenne, Emmanuel Macron est dans le vrai. Paul-Henry Spaak ne disait-il pas à la fin des années 1940 "qu'il n'y plus de grands pays en Europe [il voulait dire ayant une réelle influence sur l'échiquier international], mais certains n'en ont pas encore pris conscience". L'affaire de Suez, en 1956, au cours de laquelle Français et Britanniques, qui pensaient à retardement que comme au bon temps des colonies, et au nom du "fardeau de l'homme blanc", on pouvait encore mater les rebellions des colonisés, se sont très faits renvoyer à leur niche par les instances supranationales. Que Macron soit né en 1977, ou à tout autre date, ne nuit en rien à la lucidité, qui impose que l'Europe se dote d'une structure supranationale fédérale. Ce qui non seulement n'est en rien attentatoire à l'identité nationale, mais au contraire la préserve et la renforce. Le problème des Français est qu'il leur est très difficile de se dégager des vapeurs opiacées du national-souverainisme diffusées par les hussards de la République, et s'agissant du chauvinisme historique, par les concept d'Ernest Lavisse, ses jeannedarqueries et autres napoléonades. Le polémologue Gaston Bouthoul dans son ouvrage "8000 traités de paix", ne disait-il pas: "La formule fédérale paraît la plus spécifiquement occidentale en même temps que la plus moderne des formes d'organisation de l'Etat.... Toutefois, le principe fédéral est allé en reculant en Europe... A mesure que le principe des nationalités étendait ses ravages en Europe et dans le monde, l'exemple de la Suisse frappait davantage les penseurs. La Suisse est l'exemple éclatant du fait que de bonnes institutions permettent à des nationalités partout ailleurs rivales de coexister pacifiquement. Pour l'Europe, la formule du fédéralisme est particulièrement séduisante". J'ajoute que le "un dans le multiple" engendre une formidable synergie politique, en contre-écho au mot narquois de Henry Kissinger:" l'Europe? Quel numéro de téléphone?" Géant économique, l'Ue dans sa forme actuelle est un nain politique. D'où les tentations totalement contre-productives, mais qui hélas séduisent (cf. la folie du Brexit), de la souveraineté absolue. Dans cette optique régressive, pourquoi ne pas revenir aux unités de mesure nationales, voire régionales. Plaisanterie mise à part, le repli national souverainiste, quoi qu'en disent ses véhéments apologistes, est le plus sûr moyen de passer de Charybde en Scylla.

Maud (29-10-2023 10:32:50)

"Il maitrise parfaitement l'anglais". J'apporterai une nuance, il parle bien anglais et s'applique à user de cette langue même dans ses voyages officiels à l'étranger. Mais lorsque lors d'un dîner officiel à la Maison Blanche il déclare à Trump "your beautiful women" ce qui a fait éclater de rire tous les USA (mais peu rapporté en France) on constate qu'il est loin de maîtriser cette langue et ses subtilités et dans le cas présent ce n'était pas qu'une simple subtilité mais cocasse, risible et grossier, traduction littérale du français à l'anglais et qui provoque l'effet contraire à celui attendu. Il est vrai que les français sont connus pour ne pas être doués pour les langues étrangères. Alors là il fait, une fois encore, illusion.

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