La tragédie arménienne

Vie et mort du Haut-Karabagh

24 septembre 2023. Les Arméniens du Haut-Karabagh (aussi appelé Nagorny Karabakh) ont déposé les armes le 20 septembre 2023 devant l’avancée des troupes azéries. C'est un succès éclatant pour le sombre tyran d'Azerbaïdjan, complice de la Turquie dans l'entreprise séculaire qui vise à détruire le peuple arménien. C'est aussi un crime contre l’humanité dénoncé comme tel par les organisations humanitaires. Fait aggravant, il a été commis par un État qui est encore membre du Conseil de l'Europe et participe à l'élaboration du droit européen !...
Cela dit, en mettant fin à une sécession contraire au droit international, l'Azerbaidjan n'a pas agi différemment de l'Ukraine quand son armée est intervenue en 2014 contre les sécessionnistes du Donbass. Difficile de condamner l'un et soutenir l'autre...

L'Arménie et les pays limitrophes, carte journal La Croix, DR.Le drame actuel puise ses racines dans les conflits de ces derniers siècles entre les trois impérialismes de la région : le sultan ottoman, le chah d’Iran et le tsar russe.

Les Arméniens, comme leurs voisins kurdes et iraniens, sont issus des migrations indo-européennes d’il y a quatre ou cinq millénaires. Ils ont formé un royaume important dès avant notre ère en haute Mésopotamie et dans le Caucase, autour du mont Ararat, au sommet duquel se serait échouée l’arche de Noé, dixit la Genèse (dico). Mais déjà à cette époque, ils pâtirent de leur situation entre l’empire romain et l’empire rival des Parthes… Tôt christianisée, l’Arménie devint le premier État chrétien de l’Histoire mais se trouva bientôt isolée au milieu du monde musulman.

La bataille de Tchaldiran, en 1514, près du lac de Van, redessina la carte de la région. Ses conséquences perdurent aujourd’hui. Elle voit le sultan Sélim Ier affronter le chah séfévide Ismaïl Ier.  Vainqueur, le sultan s’empare de l’Anatolie orientale, à savoir l’essentiel du Kurdistan et de l’ancien royaume d’Arménie. Le chah conserve une partie de l’Arménie et surtout une région de peuplement turcophone, l'Azerbaïdjan.

Le lieu de toutes les contradictions

Ainsi, d’un côté, les Kurdes, proches des Iraniens par la langue, passent sous l’autorité des Turcs et s’en tiennent à leur religion, l’islam sunnite ; de l’autre, les Azéris, que l'on nomme aussi Tatars, proches des Turcs par la langue, passent sous l’autorité des Persans et adoptent leur foi, l’islam chiite (dico).

En 1894-1896, comme les Arméniens de l’empire turc revendiquent une modernisation des institutions, le « Sultan rouge » Abdul-Hamid II entame leur massacre à grande échelle (300 000 morts). Vingt ans plus tard, ses successeurs parachèveront le crime.

De leur côté, les Russes, au nord, achèvent non sans difficulté la soumission des peuples du Caucase. Cette chaîne de hautes montagnes entre Caspienne et mer Noire devient la frontière « naturelle » de l’empire. C’est ainsi que le nord de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan deviennent russes.

Les ferments de la discorde

Arrive la révolution bolchévique en 1917. Plusieurs peuples inféodés aux tsars saisissent au vol l’offre qui leur est faite par Lénine de proclamer leur indépendance dès 1918. C’est le cas de la Finlande, de l’Ukraine et, dans le Caucase, de la Géorgie ainsi que de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan russes.

Mais c’est le moment où l’ancien empire des tsars se voit plongé dans une terrible guerre civile (1918-1921) qui va faire environ sept millions de morts. Les Alliés réunis à Paris pour solder la Grande Guerre envisage la reconstitution de l’Arménie historique avec des territoires enlevés à la Russie et à la Turquie. Le traité de Sèvres du 10 août 1920 laisse au président des États-Unis le soin de définir ses nouvelles frontières. Le 22 novembre 1920, le président Wilson rend son verdict : outre les districts russes d’Érévan et Stépanakert (Haut-Karabagh), la nouvelle Arménie doit inclure les districts d’Erzurum, Van et Bitlis ainsi qu’un accès à la mer Noire ; au total 57 000 km2.

Mais le général turc Moustafa Kémal ne l’entend pas de cette oreille. Il envoie en septembre 1920 l’ancien Premier ministre turc Enver Pacha au Congrès des peuples de l’Orient qui se tient à Bakou, à l’initiative du gouvernement russe.

Enver Pacha, l'un des principaux responsables du génocide arménien de 1915, propose aux lieutenants de Lénine Zinoviev et Radek un partage du Caucase sur la base des frontières de 1914.

C’est ainsi que le 22 septembre 1920, à peine le traité de Sèvres signé, une Armée islamique du Caucase, constituée de Turcs et d’irréguliers azéris, passe à l’attaque. Elle s’empare le 30 octobre de Kars puis le 7 novembre d’Alexandropol (aujourd’hui Gyumri, deuxième ville d’Arménie). Comme à leur habitude, les Occidentaux n’interviennent pas.

Le 2 décembre 1920, Simon Vratsian, président de la république d’Arménie, se résigne à signer la paix d’Alexandropol avec la Turquie. Il désavoue le traité de Sèvres et renonce aux districts arméniens de Turquie. Quant au Nakhitchevan, un territoire de 5000 km2 et 500 000 habitants dont près d’une moitié d’Arméniens en lisière de la Perse, il passe sous protectorat turc. Le jour même, le président, déconfit, choisit de démissionner et laisse le pouvoir aux communistes.

Là-dessus, l’Arménie se voit plongée dans la guerre civile russe. Elle est soviétisée et laïcisée par l’Armée rouge avec une brutalité qui heurte jusqu’à Lénine, ce qui n’est pas peu dire ! La Russie conclut avec la Turquie à Kars, le 16 mars 1921, un traité « d’amitié et de fraternité » par lequel les Turcs conservent Kars et Ardahan mais renoncent à Batoum, qui est intégré à la Géorgie, et au Nakhitchevan.

Finalement, mise à part la Finlande, tous les peuples qui avaient choisi l’indépendance rentrent dans le rang en 1921 sous la férule du Géorgien Joseph Staline, « commissaire aux nationalités » dans le Conseil des commissaires du Peuple. Ils deviennent des républiques socialistes autonomes au sein de l’URSS, ainsi baptisée le 30 décembre 1922.

Staline fait le pari de semer la discorde au sein de ces républiques théoriquement libres de demander leur indépendance. C’est ainsi qu’il attribue la république autonome du Nakhitchevan à l’Azerbaïdjan bien qu’il n’ait aucune frontière avec lui. De la même façon, il maintient le Karabagh arménien enclavé au sein de l’Azerbaïdjan.

Plus tard, en 1954, Nikita Khrouchtchev n’agira pas autrement en attribuant la Crimée russe à l’Ukraine. Il voulait de la sorte accroître le poids des russophones au sein de cette république soviétique et faire barrage à son irrédentisme…

Nettoyage ethnique et crimes contre l’humanité

Dès les années 1920, les Azéris usent de tous les moyens pour chasser les Arméniens du Nakhitchevan. C’est chose faite en quelques années. Dans les années 1990, l’Azerbaïdjan étant devenu indépendant, le dictateur Gaydar Aliev, père de l’actuel dirigeant, fait détruire tous les vestiges patrimoniaux de la présence arménienne au Nakhitchevan (cimetières et églises).

Il va sans dire que le même sort attend le Haut-Karabagh (4000 km2) et les 120 000 Arméniens qui y vivent encore, maintenant que ce territoire est occupé par l’armée du dictateur Ilham Aliev.

Par le référendum du 10 décembre 1991, les habitants du territoire autonome du Haut-Karabagh votent leur indépendance sous le nom de république d'Artsakh (nom arménien du territoire) comme la Constitution soviétique leur en donnait le droit.

Les quinze Républiques socialistes soviétiques, dont la Géorgie (70000 km2, 4 millions d’habitants en 2019), l’Arménie (30000 km2, 3 millions d’habitants) et l’Azerbaïdjan (90000 km2, 10 millions d’habitants), et plusieurs autres entités autonomes de l’URSS… dont la Crimée, votent aussi, cette année-là, leur indépendance de façon démocratique.

Aucun État ne reconnaît la république d'Artsakh, pas même l’Arménie. Mais le blocus organisé par l’Azerbaïdjan l'oblige à intervenir militairement. Par leur détermination, les Arméniens, qui luttent une nouvelle fois pour leur survie, réussissent à repousser les troupes azéries, mal armées et peu motivées. Ils réussissent même à occuper deux districts azéris et établissent une continuité territoriale entre le Haut-Karabagh et l’Arménie. Face à la menace d’une catastrophe humanitaire due au blocus, l’ONU vote quatre résolutions et une instance d’arbitrage, le groupe de Minsk (États-Unis, France, Russie) obtient un cessez-le-feu en 1994.

La situation se stabilise pendant deux décennies. L'Arménie s'en remet à Moscou. En octobre 2002, elle participe à la fondation de l'Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC) sous l'égide de la Russie avec quatre autres républiques ex-soviétiques : la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizstan et le Tadjikistan.

Dans le même temps, l’Azerbaïdjan modernise en accéléré ses forces armées et son industrie d’armement grâce à une fabuleuse rente pétrolière et gazière. Le dictateur Ilham Aliev lance sans succès une première guerre de Quatre jours (2-5 avril 2016) contre le Haut-Karabagh et l’Arménie. Il renouvelle sa tentative par une guerre de Quarante-Quatre jours (27 septembre-9 novembre 2020). Cette fois, il bénéficie du soutien actif des militaires turcs de la Turquie de Recep Tayyip Erdogan ainsi que de supplétifs syriens et d'armements israéliens ! 

L’Arménie, quant à elle, ne peut compter que sur le soutien de l’Iran auquel la relie un pont sur l’Ataraxe. Les deux États ont en commun d’être ostracisés par la « communauté internationale » et la République islamique manifeste à l’égard de sa minorité arménienne chrétienne une bienveillance qui ne se dément pas, sans comparaison avec l’intolérance meurtrière dont font preuve la Turquie et l’Azerbaïdjan, membres éminents du Conseil de l’Europe !

Étrangement, la Russie se tient à l'écart et s'abstient de protéger l'Arménie. Faut-il penser que Vladimir Poutine a été irrité par l’arrivée au pouvoir à Érévan, en 2018, d’un dirigeant pro-occidental, Nikol Pachinian ? Ou bien a-t-il voulu ménager la Turquie en précision du conflit à venir en Ukraine ? L'avenir nous le dira peut-être. Quoi qu'il en soit, le président n'intervient qu'à la fin, en se posant en arbitre. Il supervise la signature du cessez-le-feu, le 9 novembre 2020, et s'engage à maintenir deux mille soldats russes dans le Haut-Karabagh comme garants de la sécurité du territoire et de la protection des églises. L'Arménie s'en voit rassurée, bien à tort. 

Le dernier acte s’est joué à l'automne 2022. Profitant de ce que la Russie est enlisée en Ukraine et que les Européens ont plus que jamais besoin du pétrole et du gaz de l'Azerbaïdjan, Ilham Aliev lance des attaques contre le territoire arménien lui-même ! Les 13 et 14 septembre, plus de trente localités sont bombardées et plus de deux cents militaires arméniens tués. L'armée azérie occupe plus de 50 km2 de territoire arménien. À Érévan, c'est la consternation. Faute de soutien russe, le gouvernement arménien obtient en octobre de l'Union européenne qu'elle envoie une mission d'observation à sa frontière.

Le sommet de l'OTSC, qui se tient dans la capitale arménienne le 23 novembre 2022, témoigne de l'impuissance de Moscou à garantir la sécurité de son « étranger proche ». Le président arménien tourne ostensiblement le dos à son homologue russe et dans les rues de la capitale, on voit apparaître des manifestants hostiles à Poutine et arborant des drapeaux ukrainiens et européens ! Nikol Pachinian se désole et juge « accablant que l’appartenance de l’Arménie à l’OTSC n’ait pas pu contenir l’agression azérie ». Toutefois, il est conscient de ne pouvoir rien attendre non plus des Occidentaux...

Désormais sûr de son impunité, Bakou barre le 12 décembre 2022 le corridor de Latchine qui relie le Haut-Karabagh au reste du monde, et entame le blocus du territoire, menaçant sa population de mourir de faim. Le 19 septembre 2023 enfin, après un bombardement de Stepanakert, capitale de l’enclave, l’Azerbaïdjan obtient la reddition des derniers résistants. Le territoire est occupé par l'armée azérie et intégré à l’Azerbaïdjan. Sa population arménienne a aussitôt pris la route de l’exil pour échapper à des massacres, comme au Nakhitchevan précédemment. Elle a laissé derrière elle un patrimoine religieux et culturel voué à la destruction.

Maître d'oeuvre de ce premier nettoyage ethnique du IIIe millénaire, Aliev cache mal son prochain objectif qui est d'établir une continuité territoriale entre l'Azerbaïdjan et le Nakhitchevan à travers la région arménienne du Syunik (ou Zanguezour), le long de la frontière irano-arménienne.

Impunité assurée

« La guerre que mène l’Azerbaïdjan dans le Haut-Karabakh n’est territoriale qu’en apparence. Il faut lire ce conflit dans l’histoire longue du génocide arménien perpétré par la Turquie en 1915, » écrit l’historien Vincent Duclert, spécialiste des génocides. « La Turquie et l’Azerbaïdjan ont entrepris de détruire un peuple de rescapés » (Le Monde, 22 septembre 2023).

Face à ce drame aux marges de l’Europe, l’Union européenne se montre impuissante, plus encore que la Russie.

Ilham AlievRappelons que le dictateur de l’Azerbaïdjan, Ilham Aliev, se range parmi les pires tyrans de la planète. Il doit son pouvoir non à des élections régulières mais à sa qualité d’héritier comme le Nord-Coréen Kim Jong-un, le Syrien Bachar El-Assad, le prince séoudien Mohamed Ben Salman ou encore le Gabonais Ali Bongo. Son régime est classé par Reporters sans frontières parmi les pires de la planète en matière de liberté d’expression (162e sur 179).

Par ses agressions renouvelées contre les Arméniens, il s’est rendu coupable des pires violations du droit international, sans comparaison avec l’annexion pacifique de la Crimée par la Russie en 2014, laquelle pouvait tout à fait se justifier politiquement et juridiquement.

Par ses bombardements des villes et surtout par sa volonté d’affamer littéralement la population du Haut-Karabagh, il s’est rendu coupable de crimes contre l’humanité en tous points assimilables à ceux qu’ont commis ses cousins turcs en 1894-1915 contre les Arméniens.

Il n'empêche que ce personnage figure encore au Conseil de l’Europe et ses magistrats siègent à la Cour européenne des droits de l’homme, un « machin » qui prétend dicter leur conduite aux citoyens de l’Union européenne, ce pour quoi le général de Gaulle avait judicieusement refusé d’y adhérer. Pour la galerie, rappelons que Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan, avait accueilli en 2012 le concours de l’Eurovision. Nonobstant le caractère kitch de cette manifestation, le symbole est désolant.

Ursula von der Leyen et Ilham Aliev à Bakou (18 juillet 2023)On a exclu fort justement la Russie et la Biélorussie du Conseil de l’Europe suite à l’invasion de l’Ukraine, mais nul ne songe à faire de même pour l’Azerbaïdjan et pour cause ! En reprenant par la force un territoire sécessionniste qui lui est reconnu par le droit international, l'Azerbaidjan n'a pas agi différemment de l'Ukraine en 2014 quand son armée est intervenue au Donbass. Impossible de condamner le premier après avoir soutenu le second...

Le 18 juillet 2022, Ilham Aliev recevait avec de grands sourires la présidente de la Commission européenne Ursula von der Layen. Celle-ci venait avec l’objectif avoué de protéger les approvisionnements en gaz de l’Union et en premier lieu de sa patrie l’Allemagne, très affectée par le boycott de la Russie. C'était moins de deux mois avant les attaques de l'armée azérie contre l'Arménie ! Cinq mois à peine avant le blocus du Haut-Karabagh.

On peut raisonnablement penser que cette rencontre au sommet a pu conforter le dictateur dans sa résolution d’en finir avec les Arméniens du Haut-Karabagh. Il avait compris que les Européens plaçaient leur approvisionnement en carburant et en gaz bien au-dessus du droit humanitaire et, de fait, les Européens se sont gardés de toute menace de sanctions quand Ilham Aliev a lâché ses troupes. Ils ont aussi fermé les yeux sur le fait qu'une bonne partie du gaz et du pétrole vendus par Bakou vient de Russie !

Cela nous rappelle le mot de Churchill après les accords de Munich (1938) : « Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre ». Nous pouvons ici remplacer le mot « guerre » par « pénuries » même s’il n’est pas exclu que bientôt, l’Arménie elle-même soit assaillie par les deux brigands qui la tiennent en tenaille, Erdogan et Aliev, une nouvelle fois, craignons-le, sous le regard impavide de Poutine et des Européens.

Le 28 juin 2023, pendant le blocus du corridor de Latchine, l'écrivain Sylvain Tesson eut ces mots lors d’une manifestation de soutien à la République d’Artsakh à la salle Gaveau (Paris) : « Si le poste avancé d’une citadelle tombe, on ne donne pas cher du donjon. (...) Et si l’Artsakh était le poste avancé d’un donjon qui s’appelle l’Arménie. Et si l’Arménie était le poste avancé d’un donjon qui s’appellerait l’Europe ? »

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2024-01-10 09:28:50
Christian (05-10-2023 10:13:00)

La très belle phrase de Sylvain Tesson pourrait tout aussi bien s'appliquer à l'Ukraine, qui est d'ailleurs géographiquement plus proche de nous que l'Arménie. « Si le poste avancé d’une citadelle tombe, on ne donne pas cher du donjon »... Et si l’Ukraine était, comme l'Arménie, le poste avancé d’un donjon qui s’appellerait l’Europe ?

Cousin (04-10-2023 10:31:38)

@ Djambo
Le problème est certainement bien plus ancien. Alors que je n'avais pas 10 ans (j'en ai 75), ce conflit était déjà présent. Séparer "le bon grain de l'ivraie" n'est donc pas simple.

Cousin (04-10-2023 10:27:03)

Alors que j'étais tout enfant, ce conflit faisait déjà la Une des infos de l'époque, il y a quelque 65 ans. Qui y avait intérêt ? A l'époque, le contexte géopolitique était différent. Je me souviens des réactions largement médiatisées de Charles Aznavour, rappelant que son nom d'origine était Aznavourian. Il avait d'ailleurs, d'après les médias (radios) de l'époque, apporté des fonds pour soutenir les habitants du Nagurno Karabagh.

nexos (01-10-2023 11:31:54)

Cette histoire de Karabagh, d’Arménie et d’agression de certains de ses voisins turcophones est vieille comme le monde et c’est une redite multi séculaire des intérêts financiers ou territoriaux ou d’ego des acteurs du monde entier.
A l’échelon local il ne s’agit que d’une carte que l’on monnaye pour l’intérêt des meneurs de jeu. L’intérêt peut être immédiat pour les uns et instruit dans une stratégie à long terme pour les autres et en cas tous il y a un accord bien entendu au détriment de la carte jouée.
Plus en retrait en arrière il y a la musique compatissante pour la carte et forme d’oraison funèbre puis un circulez il n’y a plus rien à voir.
Au prochain tour……ici ou ailleurs et peut être chez nous.

Patrick Dessart (28-09-2023 21:00:08)

On peut aussi voir les choses de l'autre côté du miroir…
L'Azerbaidjan est depuis longtemps en conflit avec l'Arménie au Haut-Kharhabhagh (je sais pas où il faut mettre les H alors je bombarde...)
La Russie, et ça ne date pas d'hier, est la seule puissance qui ait jamais défendu l'Arménie contre ses génocidaires turcs. En d'autres termes, sans la Russie, il n'y aurait plus un seul Arménien vivant sur cette terre.
Pour l'Azerbaidjan, la guerre en Ukraine est évidemment une opportunité en or pour lancer une offensive éclair contre l'Arménie : La Russie n'allait pas avoir le temps de réagir, tout occupée qu'elle est par un autre conflit.
De plus, il y a en ce moment un rapprochement entre la Russie et la Turquie, qui n'est pas pour arranger les choses du côté Arménien…
Moi, si j'étais Arménien, je ferais en sorte que mon minuscule pays fasse partie de la Russie. Je bénéficierais alors enfin d'une protection définitive, d'autant que le respect de la multiplicité des cultures et des langues y est particulièrement fort, ce que peu de gens savent ici en Occident. (Bon, au niveau des droits de l'individu, on est en revanche loin du compte, hein…)
Voilà, c'était mon avis

Mais je me demande si les Arméniens en

djambo (28-09-2023 16:21:52)

Toute ma sympathie a l'Arménie mais ne pas oublier que sur le plan juridique le Karabach est bien en Azerbaidjan depuis le début.. c'est l'Arménie qui l'a occupé illegalement en 1991 car y vivait une majorité d'Armeniens. Cette situation bloque ceux qui voudraient aider l'Arménie: Europe, France, Russie.

bertrand (28-09-2023 05:08:20)

Notre ami Andre nous enchante par ses connaissances mais nous desole par ses saillies pro russes qui constituent l'armarture incontestable de son narratif, la ou ailleurs. Pas un mot sur la trahison de Poutine vis a vis de ses allies Armeniens - je me rappelle pourtant un commentaire bien senti de notre ami sur ''les russes qui, contrairement aux europeens, ne lachent jamais leurs alliees '' - mais par contre un commentaire stupefiant sur ''l'annexion pacifique de la crimee....'' - oui , les petits hommes en vert sont venus avec des fleurs - et, encore plus drole '' .... qui se justifie juridiquement et politiquement'' . Comme l'annexion des Sudetes ? Vous aimiez RT, vous allez adorer Andre ! Quand a la soit disante ''impuissance'' de l'Europe, que veux notre cher Andre et quelques uns de nos commentateurs ? Envoyer une cannoniere ? Bravache en carton pate qui ne resiste pas a l'analyse des faits. Tristement.

Herodote.net répond :
En historien, j'ai pour habitude de ne juger personne et sans être pro-russe (ou pro-n'importe quoi), je trouve de l'intérêt à tous les sujets que j'étudie, même les plus criticables.
Ainsi qu'il est écrit dans cet article, Poutine a dû lâcher l'Arménie (pour cause de guerre d'Ukraine sans doute) et ce manquement à ses engagements risque de lui coûter cher dans le futur comme cela coûtera cher à l'Arménie.
La référence aux Sudètes (point Godwin) en ce qui concerne la Crimée n'est pas opportune. La Crimée se comparerait davantage au Kossovo (ou à Mayotte).
Enfin, vis-à-vis du dictateur Aliev, qui n'a rien à envier à Poutine, Erdogan ou encore MBS par sa brutalité, la moindre des choses eut été de l'exclure comme Poutine du Conseil de l'Europe et de ne plus lui acheter pétrole et gaz.

Christian (27-09-2023 11:27:26)

Selon l'AFP, le gouvernement français a appelé à "une action diplomatique internationale" pour répondre à "l’abandon de l’Arménie par la Russie" en expliquant que l'exode des Arméniens du Haut-Karabakh se déroule "sous l’œil complice de la Russie" qui avait déployé en 2020 une "force de maintien de la paix" dans cette région. Effectivement, l'attitude de la Russie équivaut à une trahison de l'Arménie, mais, sauf erreur, la France fait toujours partie de l'Union européenne qui a, elle aussi, abandonné les Arméniens pour de basses raisons commerciales...

Jean Loignon (27-09-2023 10:54:55)

Je me suis souvent interrogé sur la situation de la minorité azerie du Nakhitchevan enclavé en territoire arménien. Leur identité culturelle et religieuse (musulmane) a-t-elle été prise en compte et respectée ? Ou bien est-ce une situation symétrique du Haut-Karabakh ?

Christian (26-09-2023 15:32:06)

A noter que l'Arménie et l'Azerbaïdjan font toujours partie de la Communauté des Etats indépendants (CEI), organisation créée en 1991 lors de la dissolution de l'URSS, mais dont on peut se demander à quoi elle sert puisqu'elle n'est même pas capable de faire régner la paix entre ses membres...

Manu66 (26-09-2023 07:12:10)

Il est dommage que le drame de l’Arménie justifie les politiques conquérantes des dictatures qui nous entourent. L’EU et les USA sont toujours les méchants et le club Poutine Erdogan continue d’étendre leur influence revancharde

Manu66 (25-09-2023 13:29:48)

Il est dommage que le drame de l’Arménie justifie les politiques conquérantes des dictatures qui nous entourent. L’EU et les USA sont toujours les méchants et le club Poutine Erdogan continue d’étendre leur influence revancharde

Jonas (25-09-2023 10:51:25)

Honte a cette Europe de dirigeants lâches, veules et pleutres !
Depuis décembre 2022, un blocus criminel fut instauré par le dictateur Azeri, pour couper du monde 120.000 personnes , afin de les obliger de quitter leur terre de naissance
Les Arméniens ont la malchance d'être des chrétiens , car s'ils étaient des immigrés musulmans ou Africains , le pape François comme nos froussards de dirigeants auraient occupé les médias , et sortis le gris gris des droits de l'homme et le cache sexe de l'humanisme. Pour ces malheureux chrétiens composés d' hommes , de femmes et des enfants, Silence assourdissant. Où sont les dirigeants européens et arabo-musulmans et musulmans non arabes? Ces chrétiens sont des êtres humains et méritent d'être protégés, car ils sont chez eux dans le Haut Karabakh et sont aussi nos frères .Il n' y a pas que les immigrés musulmans et Africains qui méritent la bienveillance.

mcae.fr (25-09-2023 08:03:19)

On ne crée pas des Etats pacifiques en rassemblant des confettis de territoires issus des négociations entre pays dominants, avec l’arrière-pensée d’installer un poste d’observation militarisé chez l’adversaire. Cette politique menée par l’OTAN, ne peut mener qu’à la prise en main de toute la planète par les USA, ou la définition d’un nouvel ordre international.
Le charcutage de l’Europe, après les deux grandes guerres, est désolant, mais ne nous oblige pas à pérenniser les impasses géopolitiques qu’il a créées. Le respect des frontières, exigé par l’Occident, a quelque chose d’étrange compte tenu de la « table rase » pratiquée en 1945 par l’URSS et les USA pour se partager l’Europe.
La priorité aujourd’hui c’est de permettre à ceux qui se côtoient de se construire un vivre ensemble qui les englobe, la religion n’est pas un obstacle : supprimer les armées intérieures et respecter les droits de tous, considérés comme une même population. Parallèlement aux considérations géostratégiques des grands médias, les petites gens de la région pourront se construire un avenir, en laissant s’éteindre les tumultes de l’histoire. Le dirigeant qui saura l’imposer sera véritablement respectable.
Souhaitons que l’unanimité (politique, médiatique et citoyenne), se dégage sur cette nécessité prioritaire.

MARTIN (25-09-2023 06:15:24)

Merci pour, une fois de plus, un article clair et courageux.
'Les évènements sont l'écume des choses' écrivait Paul Valéry; grâce à Hérodote, nous pouvons aller vers une connaissance plus fine des faits historiques, un peu à la manière d'un spéléologue qui s'enfonce dans les entrailles de la terre, notamment pour connaitre les sources de l'eau.

Christian (25-09-2023 05:41:23)

En résumé, l'Union européenne a du sang sur les mains, l'Arménie a eu tort de se rapprocher des Etats-Unis, Erdogan est le complice d'Aliev, mais Poutine, qui avait pourtant envoyé une force d'interposition sur place pour garantir le cessez-le-feu en 2020, n'a rien à se reprocher. C'est peut-être parce qu'il a bêtement décidé d'envahir l'Ukraine en 1922 qu'il a dû renoncer à son rôle de "médiateur"... En réalité, Poutine est tout aussi complice d'Aliev qu'Erdogan et Von der Leyen dans cette affaire...

Pierre Beck (24-09-2023 16:31:14)

Clair et courageux article; je n’ai rien lu de tél dans les autres journaux. Malheureusement l’affaire n’est pas encore terminée: l’Azerbaidjan s’emparera encore du sud de l’Arménie pour établir une continuité avec le Nakhichevan. On peut compter encore sur la veulerie de l’EU.

PITTA (24-09-2023 15:37:39)

Hier sur CNEWS Philippe de VILLIERS a conclu son interview par ces mots : Ursula Von der Layen a du sang sur les mains.
Tout est dit

Henri (24-09-2023 15:18:20)

J'ai bien peur que les européens n'aient plus les moyens de rien... et que la moindre étincelle ait des conséquences majeures.
C'est triste pour les arméniens, mais c'est la realpolitik.

Je constate enfin que nos belles âmes du monde culturel et pseudo intellectuel sont trop occupées à regarder la Palestine depuis 30 ans et n'ont plus de larmes de crocodile pour les autres conflits pourtant multi centenaires.

Jean MUNIER (24-09-2023 15:00:54)

En réponse aux commentaires précédent avec leur réponse : 1-l' Ukraine n'a pas été sur-armée par l' UE , elle avait été dé-nucléarisée auparavant comme la Biélorussie (qui héberge maintenant des missiles russes.) 2- c'est l'élargissement de l' OTAN à l' Est qui a poussé Poutine, qui se sent cerné, à attaquer. 3- il y a aussi des Kurdes alevis.

Christian (24-09-2023 14:49:00)

Si l'Union européenne a effectivement des responsabilités dans le drame du Haut-Karabakh, il semble difficile de traiter ce sujet sans évoquer l'attitude tout aussi déshonorante de la Russie, prétendue protectrice traditionnelle des Arméniens et des chrétiens d'Orient, qui les abandonnés en rase campagne...

Jihème (24-09-2023 14:43:35)

Oui, les Russes auraient pu intervenir, mais qu'ont fait les Américains vers qui Pachinian s'était imprudemment tourné, contesté par beaucoup de ses concitoyens pour sa conduite maladroite du conflit. Et cela n'empêche pas la honte de l'Europe qui aurait dû au moins se mettre en branle diplomatique avec un peu plus de conviction. Mais il fallait assurer le gaz et le pétrole puisque l'on s'est stupidement coupé du fournisseur russe après avoir embarqué l'Ukraine dans une politique suicidaire. La prochaine erreur du même genre concernera probablement la Géorgie, imprudemment engagée dans une démarche pro-UE et OTAN.

Philippe (24-09-2023 12:43:35)

Si l’on peut se désoler que l’Europe ne soit pas intervenue, il est encore plus honteux que la Russie ne l’ait pas fait.
Par ailleurs, quand l’Europe n’intervient pas (et c’est regrettable dans le cas d’espèce), elle est accusée. Quand elle intervient (Ukraine), elle est accusée également. Pour les Euroseptiques, tout est bon, non ?

Herodote.net répond :
En Ukraine, l'UE et l'OTAN n'ont hélas pas évité la guerre mais au contraire contribué à la provoquer ainsi qu'il ressort de notre analyse sur Les Causes politiques de la guerre...

Jean-Marie (24-09-2023 12:30:51)

Judicieux rappel historique sur le calvaire multicentenaire des Arméniens, en particulier ceux du Haut Karabagh. Ainsi que l’attitude de l’UE, si prompte à condamner « l’agression » russe de l’Ukraine au nom des droits de l’homme, mais sans un mot pour venir en aide aux malheureux Arméniens, les droits humains étant sacrifiés au nom de la réalité économique. L’UE ainsi complice des crimes commis par l’Azerbaidjan bien assisté par la Turquie d’Erdogan. Merci pour cet article.

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