Guerre d'Ukraine

Un nouvel ordre mondial se met en place

Le 19 mai 2023 se tenaient trois sommets internationaux : le G7 à Hiroshima, le Sommet Chine-Asie centrale à Xi'an et la 32e session du Conseil de la Ligue des Etats arabes à Djeddah… Il ne manquait qu'un Sommet de l'Union africaine, lequel avait eu lieu trois mois plus tôt à Addis-Abéba !

Cette concomitance illustre le nouveau découpage de la planète en plusieurs blocs rivaux et en tout cas opposés en tout : économie, culture, démographie, idéologie, géostratégie. Elle enterre le concept de « communauté internationale » au nom duquel l’Europe de l’Ouest et son appendice nord-américain ont régenté le monde au cours des deux siècles précédents...

En novembre 1975, le président Valéry Giscard d’Estaing prit l’initiative de réunir à Rambouillet les chefs d’État et de gouvernement des principales puissances économiques de la planète afin de deviser librement des affaires du vaste monde. Le rituel s’est reproduit depuis lors, année après année, avec les États-Unis, le Japon, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France, l’Italie et le Canada.

Ces réunions informelles du G7 (« Groupe des Sept ») firent figure de boussole pour un Occident de plus en plus désemparé par un monde en voie de lui échapper.

Quand elles débutèrent, les Européens baignaient encore dans le sentiment que le monde tournait autour d’eux. Les Occidentaux (Européens de l’Ouest et « anglosphère »), réunis pour l’essentiel au sein du G7, pouvaient se flatter de produire encore plus de la moitié de toutes les richesses mondiales. La géopolitique était dominée par la « guerre froide » entre Moscou et Washington, un héritage de la Seconde Guerre mondiale.

Dans le même temps, l’Union soviétique accusait les premiers signes de sclérose sous l’interminable direction de Leonid Brejnev. La Chine paraissait vouée à une éternelle misère dans l’ambiance crépusculaire de la fin de règne de Mao. D’après les indicateurs de la Banque Mondiale (voir le tableau comparatif 1974-2021 ci-après), elle ne produisait guère plus de richesses que l’Afrique subsaharienne ou l’Inde. C’était, rappelons-le, il y a moins d’un demi-siècle !

Rétrospectivement, toutefois, nous percevons les premières fêlures dans ce « monde européen » à travers trois défis lancés aux Occidentaux et au premier d’entre eux, les États-Unis.

Le premier de ces défis, ce fut en octobre 1973 l’annonce par onze pays arabes exportateurs de pétrole d’un embargo total sur les ventes de pétrole aux soutiens d'Israël, parmi lesquels les États-Unis, le Portugal, l'Afrique du Sud et les Pays-Bas, suite à la guerre du Kippour.

L’année suivante, le 16 août 1974, suite à un coup d’État à Nicosie, capitale de Chypre, la Turquie prétexta une menace pour la minorité turcophone de l’île et envahit celle-ci. Dans sa zone d’occupation, elle constitua très vite un État-croupion inféodé à Ankara et y installa des paysans anatoliens pour prévenir toute réunification de l’île.

Cette violation brutale du droit international n’est pas sans rappeler l’occupation du Donbass par l’armée russe en 2022 à la différence qu’elle n’a suscité aucune réaction de la part de Washington, peu soucieux de brusquer un partenaire essentiel de l’OTAN. Les Européens eux-mêmes ont entériné le fait accompli. Un demi-siècle plus tard, l’état de guerre perdure mais n’empêche pas l’État chypriote de figurer dans l’Union européenne et la Turquie dans l’Alliance atlantique.

L’année suivante enfin, en avril 1975, les États-Unis connurent la première humiliation de leur Histoire en évacuant piteusement Saigon, capitale du Sud-Vietnam. Depuis lors, les humiliations se sont enchaînées, au Liban, en Somalie et pour finir en Afghanistan. Elles témoignent de la situation défensive à laquelle sont désormais voués les Occidentaux et leur chef de file étasunien.

Relisons l’Histoire des deux derniers siècles d’un point de vue mondial et non plus eurocentré. Ainsi mettrons-nous en lumière le phénoménal tournant géopolitique par lequel l’Europe est revenue dans le lot commun.

Vie et mort de la communauté internationale

À l’époque de la Révolution française, le monde était encore « multipolaire ». La Chine de l’empereur Qianlong pouvait se prétendre « l’Empire du Milieu ». L’empire moghol (Inde du nord) et l’empire ottoman gardaient un semblant d’indépendance. L’Afrique noire restait pour l’essentiel ignorée du reste du monde.

C'est alors que les Européens de l’Ouest et en premier lieu les Anglo-Saxons tirèrent avantage d’un millénaire d’avancées exceptionnelles dans tous les domaines : mœurs, politique, culture, sciences, techniques, armement, etc. Forts de ces avancées, ils se trouvèrent en situation d’imposer à l’humanité leurs principes et leurs valeurs pour le meilleur et le moins bon.

Ils redessinèrent la carte du monde par une succession de congrès internationaux. Le Congrès de Vienne (1815) a ainsi recomposé l’Europe pour un siècle, puis sont venus le traité de Londres (1830, Grèce), le traité de Pékin (1860), le congrès de Berlin (1878, Balkans), la conférence de Berlin (1885, Afrique centrale), etc.

En 1914, l’Occident démocratique avait clairement conscience d’avoir unifié le monde sous sa coupe avec les meilleures intentions qui soient : diffuser le progrès matériel et les Droits de l’Homme ; en bref, « civiliser les races inférieures » (Jules Ferry) ! Là-dessus sont survenus les cataclysmes des deux guerres mondiales, à l’initiative des empires de la périphérie : Russie, Allemagne, Autriche-Hongrie.

Les États-nations démocratiques d’Occident ont surmonté l’épreuve par leur victoire définitive sur le IIIe Reich. Les États-Unis sont apparus comme le grand vainqueur des deux confrontations et ils ont pu poser les jalons d’un nouvel ordre mondial à leur image, avec l’installation de l’Organisation des Nations Unies (ONU) au cœur de Manhattan, au lieu le plus emblématique de la modernité américaine.

À ce moment est né le concept d'une « communauté internationale » protectrice des droits individuels (Déclaration universelle des Droits de l’Homme) et des droits des États. Ceux-ci étaient garantis par le Conseil de sécurité de l’ONU. À cet organe revint le droit de décider d’actions militaires ou de sanctions contre des États fautifs. Avec un gros bémol toutefois : ses décisions sont subordonnées au droit de veto dont disposent ses cinq membres permanents : États-Unis, URSS (aujourd'hui Russie), Royaume-Uni, France et République populaire de Chine (initialement République de Chine).

Un club occidental face à un monde indifférent ou hostile

Sept décennies après, l’ONU se trouve paralysée de fait par le droit de veto accordé aux vainqueurs de 1945. À l’exception des États-Unis, ceux-ci ont perdu leur primauté économique et également le monopole de la dissuasion nucléaire. Ainsi, le Royaume-Uni, la France et la Russie figurent respectivement aux 6e, 7e et 11e rangs des puissances mondiales d’après les estimations de PIB (Produit intérieur brut) de la Banque Mondiale. Elles sont très loin derrière la Chine populaire, laquelle talonne les États-Unis, et même derrière l’Inde d'après le tableau ci-après.

Tout comme l’ONU et son Conseil de sécurité, le G7 entretient l’illusion d’un ordre international disparu ! Il y a un demi-siècle, il produisait environ 60% de toutes les richesses de la planète. Aujourd’hui, sa part n’est plus que de 45%. Mais, plus significatif encore, la part des six pays du G7 hors États-Unis est tombée de 31% en 1974 à 21% en 2021. Elle est égale à la part de la seule Chine.

Qui plus est, le Royaume-Uni a été dépassé cette année par l’Inde en termes de PIB. Son ancienne colonie est aussi devenue en 2023 le pays le plus peuplé du monde devant la Chine et, cerise sur le gâteau, elle peut se flatter d’avoir donné au Royaume-Uni son actuel Premier ministre (Rishi Sunak) ainsi que le maire de Londres (Sadiq Khan) et le Premier ministre d’Écosse (Humza Yousaf) !

Classement des principaux pays d’après leur PIB (Banque Mondiale)
 
Rang
 
PIB (milliards US$)
2021
 
1974
2021
-
Monde
5400
100%
96100
100%
1
États-Unis
1500
28%
25300
26%
3
Japon
480
9%
4900
5%
4
Allemagne
450
8%
4300
4%
6
Royaume-Uni
190
4%
3400
4%
7
France
260
5%
3000
3%
8
Canada
130
2%
2200
2%
9
Italie
180
3%
2100
2%
-
G7
3190
59%
45200
47%
-
G7 (hors EU)
1690
31%
19900
21%
2
Chine
140
3%
19900
21%
5
Inde
100
2%
3500
4%
10
Brésil
80
1%
1800
2%
11
Russie
-
 
1800
2%
12
Corée du Sud
14
0%
1800
2%

Le poids démographique du « Groupe des Sept » est également des plus réduits. Il représente moins de 5% du total des naissances ! Autant dire que le G7 réuni à Hiroshima, les 19-21 mai 2023, n’a rien d’un directoire mondial. C’est simplement un club privé de gens de bonne compagnie réunis autour des mêmes valeurs.

Photo officielle du G7 d'Hiroshima (mai 2023)

Ces gouvernants de second rang réunis sous l’égide de leur protecteur, le président des États-Unis d’Amérique, n’ont eu d’ailleurs d’autre sujet de discussion que la guerre qui se déroule dans le Donbass.

De cette guerre d’Ukraine, le reste du monde se contrefiche. C’est en particulier le cas de l’Amérique latine qui garde en mémoire toutes les violations du droit dont elle a eu à pâtir de la part de son grand voisin du nord. Même chose avec l’Afrique subsaharienne et le monde islamique qui n’ont pas oublié le précédent de l’invasion de l’Irak en 2003. Notons que cette agression fut conduite par les Anglo-Saxons avec entre autres le concours de l'Ukraine, alors peu soucieuse de la souveraineté des États !

Lors de la 32e session du Conseil de la Ligue des États arabes à Djeddah qui s'est tenue simultanément au G7, il a surtout été question du Soudan, en proie à une violente guerre civile, et du spectaculaire retour en grâce du dictateur syrien Bachar al-Assad. Les dirigeants de la Ligue arabe ont par ailleurs accueilli avec une indifférence polie l'allocution du président ukrainien Vladimir Zelensky, invité surprise des Saoudiens à ce sommet. On peut y voir un signe des temps nouveaux : les pays dits du « Sud global » (80% de l’humanité), qui se caractérisent par leur défiance envers les États-Unis, ne comptent plus sur l’Occident pour régler leurs différends.

La Chine, l’Inde et l’Asie du sud voient pour leur part les opportunités ouvertes par la nouvelle « guerre civile européenne » déclenchée sur le sol ukrainien. C’est ce que démontrent la montée en puissance de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) et également le Sommet Chine-Asie centrale de ce mois de mai par lequel Pékin, profitant de l’affaiblissement de la Russie, se renforce en Asie centrale.

Par son caractère brutal, la guerre d’Ukraine ne diffère pas des autres guerres qui émaillent l’Histoire contemporaine. La seule singularité que l'on puisse en retenir est qu’elle frappe le continent européen et signe de ce fait le retour de l’Europe dans le lot commun après plusieurs siècles d’exception géopolitique. Elle doit s'en accommoder, s'attacher à « cultiver son jardin » et ne plus prétendre à un rôle de leader.  

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2023-12-07 12:37:58
Christian (23-08-2023 07:01:18)

On dit souvent que le Brésil refuse de condamner l'agression russe contre l'Ukraine et on le répète encore aujourd’hui à l'occasion de la réunion des BRICS. C'est confondre les déclarations publiques et les actes puisque le Brésil a voté les deux résolutions de l'ONU condamnant cette agression en mars 2022 et février 2023 (comme d'ailleurs la plupart des pays latino-américains à l'exception de Cuba, du Nicaragua, du Venezuela et de la Bolivie). C'est plutôt du côté de l'Afrique qu'il faut se tourner pour trouver de nombreux pays ayant choisi la neutralité, sans parler du Mali et de l'Erythrée qui soutiennent ouvertement la Russie.

orace369 (19-08-2023 09:43:06)

Bonjour,
tout cela n'est ni plus ni moins que l'amour et le soutien de l'homme pour ses petits coqs.
L'Empire romain n'a pas fait comprendre à ceux qui auraient dû.
Les recommencements de l'histoire ne sont pas la construction du Canal du Midi mais la bassesse de la pensée tout comme ce que vous décrivez.
Dans un monde toujours prompt à l'intolérance parce que sans intolérance, il n'y a pas de naissance de petits hommes. Même là où on se targue avec tout autant d'intransigeance de grande culture... Ne jamais voir et parler du noir, il éclabousse parfois beaucoup les yeux sûrs d'eux-mêmes.

Emeraude (23-07-2023 15:28:33)

"le nouveau désordre mondiale se met en place"
G7, G20, des réunions de prétentieux qui ne servent à rien, d'autant que dans un avenir certain s'il devait y avoir un ordre qui dirige le monde ce serait celui de la Chine qui mènera la danse sans oublier ses partenaires du BRICS.
L'Europe est malheureusement sous les ordres des USA et les USA sont eux-mêmes dans une situation proche de l'explosion qu'ils veulent une fois de plus masquer par une nouvelle guerre, cette fois-ci contre la Russie.
Vivement la fin de Biden et de la Macronie.

Christian (23-06-2023 04:30:55)

A l’occasion de la visite du premier ministre indien Narendra Modi à Washington, les États-Unis et l'Inde ont publié un communiqué commun appelant à respecter l'intégrité territoriale et la souveraineté de l'Ukraine. C’est une bonne chose.

Ce serait encore mieux si Monsieur Modi s’engageait lui-même à respecter le droit à l’autodétermination du Cachemire, dont il a abrogé unilatéralement le statut particulier en 2019, et à respecter les droits des minorités religieuses, musulmans et chrétiens en particulier.

Christian (13-06-2023 15:15:04)

Les "pays du Sud" ne sont pas tous indifférents à ce qui se passe en Ukraine, ne serait-ce qu'en raison des lourdes conséquences que ce conflit peut avoir sur leurs concitoyens. A titre d'exemple, voici les déclarations que vient de faire, selon l'AFP, le président congolais Denis Sassou-Nguesso : "Face à un tel drame, l’Afrique ne peut pas rester silencieuse ou indifférente".

Le président congolais, qui doit se rendre vendredi et samedi à Kiev et à Moscou, avec ses homologues d'Afrique du Sud, du Sénégal, d'Ouganda, de Zambie, d'Egypte et des Comores, précise que le but de cette mission est de porter "un message de paix, tout au moins d’apaisement, (pour) faire comprendre aux belligérants quelles sont les souffrances causées par cette guerre aux peuples faibles du monde et en particulier aux peuples d’Afrique".

Christian (12-06-2023 16:05:16)

Les pays du "Sud" - tout autant que ceux du "Nord" - contribuent allègrement à la mise en place du nouveau désordre mondial, notamment dans le domaine du réarmement nucléaire. Les arsenaux nucléaires de plusieurs pays ont en effet augmenté l’an dernier, tandis que d’autres puissances nucléaires ont, elles, continué à moderniser leurs outils.

Selon l'AFP, Dan Smith, directeur de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), estime que « nous approchons, ou peut-être avons-nous déjà atteint, la fin d’une longue période de déclin du nombre d’armes nucléaires à travers le monde ».

La majeure partie de l’augmentation vient de la Chine, qui a fait passer son stock de 350 à 410 têtes nucléaires. L’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord ont également augmenté leurs stocks, ainsi que la Russie, dans une moindre mesure, tandis que les autres puissances nucléaires ont maintenu leurs volumes.

Christian (10-06-2023 14:57:46)

Les Etats-Unis au premier chef et les pays occidentaux en général ont sans doute largement contribué à la mise en place de ce nouveau désordre mondial en péchant par arrogance, mais aussi par naïveté.

Arrogance et naïveté vis-à-vis de la Russie, qu'ils ont humiliée (consciemment ou non) en installant l'OTAN à ses portes, mais aussi en adoptant dès 2014 des sanctions inefficaces et contre-productives, notamment dans le domaine agricole, sans oublier le jeu trouble de l'Allemagne dans le domaine du gaz. Cette politique de gribouille a amené Poutine à se montrer de plus en plus agressif, écrasant la Tchétchénie en 1999-2000, occupant l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud en 2008, annexant la Crimée et soulevant le Donbass en 2014, avant de se lancer à la conquête de l'Ukraine en 2022...

Arrogance et naïveté vis-à-vis de la Chine, avec la restitution de Hong-Kong en 1997 et de Macao en 1999, puis avec l'admission dans l'OMC en 2001, tout en faisant mine de croire que la Chine allait tenir ses engagements en matière de normes démocratiques et sociales. Du coup, on doit maintenant faire face à un Xi Jinping qui se montre de plus en plus agressif à l'égard de Taïwan et des autres pays riverains de la mer de Chine (iles Paracels, Spratleys et autres)...

Christian (08-06-2023 06:31:28)

On est évidemment en droit de s'interroger sur les causes de la catastrophe de Kakhovka : mauvaise surveillance du barrage par les troupes d'occupation, fragilisation consécutive à de précédents bombardements, attaque délibérée au mépris des pertes humaines et des conséquences écologiques ? Quels que soient les responsables directs ou indirects, on peut remarquer que les pays développés et civilisés (ou supposés tels) que sont l'Ukraine et la Russie donnent un bien mauvais exemple au reste du monde en se battant autour d'un énorme barrage situé lui-même à proximité de la plus grande centrale nucléaire d'Europe.

Après cela, il est bien certain que les "pays du Nord" seront encore plus mal placés pour faire la leçon aux "pays du sud" à propos de la déforestation de l'Amazonie et de l'Indonésie ou de la construction de barrages géants sur le Nil...

xavier (05-06-2023 18:21:33)

L'état du monde et sa transformation sont souvent abordés, par contre il n'est pas souvent proposé de vision pour le futur de l'Europe et de la France en particulier, sur la façon de rester maitre de ses décisions, de son indépendance. Il est clair qu'il faut tirer un trait sur le rôle de leader mondial, mais il faut pouvoir rester maitre de son jardin et de la façon de le cultiver, ce qui ne se fera pas sans résistance.

Christian (05-06-2023 14:18:13)

"Lors de la 32e session du Conseil de la Ligue des États arabes à Djeddah qui s'est tenue simultanément au G7, il n’a pas été question de l’Ukraine"... Je crois pourtant me rappeler que Zelensky a été reçu à Djeddah à cette occasion, et qu'il a même volé la vedette au "revenant" Assad...

Herodote.net répond :
L'allocution de Zelensky à Djeddah a recueilli une indifférence polie. Beaucoup plus lourde de sens est la normalisation du Syrien Al-Assad.

Jack (04-06-2023 20:25:30)

Le déclin relatif de la Fra pose un question essentielle.

La génération actuelle en place - "dominante" par ses actes - et les générations futures sont-elles disposées à réduire leur train de vie ?

Sauf erreur, en 1980, le PIB Français par habitant était double du PIB Irlandais par habitant.
En 2000, les deux PIB par habitant étaient voisins l'un de l'autre, après 14 années de miterandisme et 6 années de chiraquisme-jospiniste.
En 2020, le PIB de l'Irlande par habitant était double du PIB Français par habitant.

La FRA est championne du monde des prélèvements obligatoires.
La FRA est championne du monde de la consommation de la richesse nationale par la dépense publique.
La FRA est championne du monde des ronds-points.

65 millions de FRA font ce que 8 milliards de terriens NE font PAS.

65 millions de FRA concentreraient-ils une quantité d'intelligence supérieure à toute l'intelligence accumulée par 8 MILLIARDS de terriens ?

65 millions de FRA détiendraient-ils la lumière tandis que 8 milliards de terriens seraient dans l'obscurantisme ?

65 millions de français seraient-ils supérieurs à 8 milliards de ressortissants d'ethnies inférieures ?

Vaste sujet.

Christian (04-06-2023 16:59:02)

J'ai toujours du mal à comprendre l'expression "Sud global" qui me paraît être une mauvaise traduction de la novlangue anglo-saxonne et qui laisse penser que les pays qui en font partie sont tous unis et solidaires. En réalité, ils sont tout aussi divisés entre eux que l'étaient ceux qu'on appelait naguère les pays "non-alignés" ou pays du "tiers-monde" (Inde contre Chine et Pakistan, Chine contre Vietnam et Philippines, incessantes rivalités entre pays arabes et/ou musulmans, suivies de rabibochages plus ou moins fragiles comme on en a vu pléthore depuis les années cinquante, notamment au Liban, au Yémen et dans la région du Golfe). A quoi il faudrait ajouter, hélas, les innombrables guerres civiles qui ont affecté et affectent encore plusieurs de ces pays, dont le dernier exemple en date est celui du Soudan...

Herodote.net répond :
L'expression Sud global est maintenant validée par l'usage. Elle remplace l'expression tiers-monde qui avait encore du sens au temps de la guerre froide et désigne assez clairement tous les pays hostiles à différents titres à Washington ou désireux de s'en tenir à distance (Inde). Ces pays peuvent être en guerre les uns avec les autres. Ils ne sont pas pour autant disposés à s'aligner sur Washington.

MOY (04-06-2023 15:42:17)

Je n'ai aucune envie de regretter notre "suprématie " occidentale qui reposait largement sur ce que nous avions de plus mauvais : une méconnaissance et un mépris du reste du monde alliés à une cupidité profonde qui nous a amené à détruire ce que nous-mêmes avions réussi à construire sur notre sol pour l'enrichissement de quelques uns (la mondialisation). Employons- nous maintenant à reconstruire des démocraties équilibrées , des universités fécondes où naissent les idées - qui ne viendront jamais de l'IA- occupons nous à développer le savoir vivre et l'intelligence de nos populations notre seul rempart contre la montée des totalitarismes conséquence du développement incontrôlé des populations et de la finitude de nos ressources.

Richard (04-06-2023 15:18:11)

Merci pour votre analyse d'un nouvel ordre mondial bien réel. Cependant, nous pouvons nous consoler avec ce que nous avons: la démocratie, la liberté (en particulier d'opinion), un indice d'innovation (GII), en Occident, le plus élevé du monde et, surtout, un Indice de Développement Humain (IDH) tres élevé, toujours en Occident, ce qui est autre chose que le GDP. Certes, c'est une maigre consolation au regard du poids de la population mondiale dont on fait constamment état mais ce sont des qualités qui pourraient être utiles á la planete entiere. Bien cordialement.

Drake117 (04-06-2023 13:17:38)

Excellente analyse sur l’état géopolitique du monde de 1945 à aujourd’hui.
👍🏼👏🏼

Pierre Blanchard (04-06-2023 13:04:27)

Il est vrai que "Les ricains" de Michel Sardou tournent moins sur les ondes. Quand viennent la démocratie et les libertés individuelles, plus que le grand Satan US, faudrait il craindre un nouvel ordre mondial composé majoritairement d'un club de régimes totalitaires dont la Chine, la Corée du Nord, la Russie et l'Iran ? Pour de nombreux pays du Tiers Monde, la corruption endémique et le soutien de leurs dictatures expliquent davantage les alliances et réalignements géopolitiques actuels, résultant en une dépendance économique accrue et le pillage de leurs ressources naturelles (groupe Wagner). Heureusement, le G7 demeure toujours le pointe d'un iceberg identitaire.

Herodote.net répond :
Le G7 ne représente plus grand-chose à l'échelle du monde (5% des naissances et moins que la seule Chine, abstraction faite des Etats-Unis). Si nous admettons cette réalité, nous en arrivons à la conclusion que nous ne sommes plus en situation de dicter leur conduite aux autres gouvernants. Occupons-nous au mieux de nos affaires et laissons les autres s'occuper des leurs comme ils l'entendent.

De Servien-Kenwood, Jean (06-0 (04-06-2023 12:43:46)

Cet article est d'une clarte et veracite a faire fremir; y a-t-il un coupable a ce fremissement ? Ca serait une erreur d'accuser mais je ne peux m'empecher de faire cette remarque: l'Europe a une tres grave responsabilite du declin de la puissance de l'Occident, d'abord pour ne pas vouloir se federer en tant que continent puis continuer a s'emanciper des Etats-Unis au lieu de faire bloc avec eux.

Ninive (04-06-2023 12:36:55)

Nous avons eu, avec mon épouse, le plaisir de visiter à plusieurs reprises certaines régions de la chine depuis l'an 2000 et nous en sommes revenus à chaque fois émerveillés de ce que l'homme peut créer en si peu de temps. La Chine nous dépasse dans tous les domaines technologiques, architecturaux, spatial et maintenait militaire.
En contrepartie nous sommes envahis et décadents...la photo de votre étude met en scène les incapables qui détruisent cupidement l'Europe et qui attendent de pouvoir se partager les richesses minières du Donbass - motif de la guerre actuelle.

Jean-Michel Gindt (04-06-2023 12:14:31)

Merci de remettre ainsi les choses dans une perspective historique Monsieur Larané; c'est bien là le rôle que peut avoir l'histoire quand on la lit sans prismes déformants.
A mon avis on est aussi à la fin d'un "progressisme" incarné par l'occident. Aujourd'hui, ce progressisme prend chez nous la forme du wokisme, des évolutions sociétales qui vont dans une certaine direction indiquées par les vieilles élites qui nous gouvernent. Nous allons vers le paroxysme de ce progressisme avant son écroulement prochain.
Un monde multipolaire nous apportera une vraie diversité tout en étant plus dangereux. Et c'est la diversité qui permet, par tâtonnements successifs, d'accéder à ce qui doit être; c'est cette absence de domination durable d'une nation sur l'Europe qui a fait de l'Europe le berceau de la civilisation, même si les vérités s'y sont affrontées souvent au prix du sang

Philippe MARQUETTE (04-06-2023 12:14:07)

L’occident paie son absence de vision stratégique. Son erreur fondamentale est sans doute d’avoir traité les peuples non occidentaux comme ses propres peuples, c’est-à-dire comme des esclaves.
La décolonisation puis la délocalisation a fait le reste.
Il reste à éliminer cette oligarchie odieuse dont je ne nommerai pas les dirigeants, et peut-être, la planète pourra repartir vers la construction d’un avenir « humain ».
L’avenir nous dira comment cela se passera.

Brunier (04-06-2023 11:34:19)

Bien, une fois établi le constat que l’occident a souvent fauté et que nous en constatons amèrement le résultat, faut il jeter le bébé avec l’eau du bain ou rester lucide sur les valeurs fondamentales issues des lumières qui sembleraient devoir attirer l’attention de tous les être humain pourvu qu’ils en aient le droit ? On rétorquera que cette considération est valable avec la sécurité et l’estomac pas trop vide mais c’est justement là que les penseurs anti"libéraux rejoignent le discours des dictateurs. Sans que l’observation vienne soutenir l’argument sauf pour la Chine. On éteint tout ? On s’autoflagelle ? On devient woke ? ou réac ? Dans les années 1970, de nombreux intellectuels penchaient aussi vers le marxisme ou le maoïsme. On a les noms. Ce n’est pas le moment de baisser les bras.

Herodote.net répond :
Votre observation est essentielle. Les valeurs et le droit développés par les Européens du XXIe siècle ont-ils vocation à s'imposer au reste de l'humanité? Devons-nous conditionner par exemple notre aide financière à l'acceptation de nos principes démocratiques (parfois très peu démocratiques il est vrai ; cf le référendum de 2005)? Ou bien devons-nous nous occuper de nos affaires le moins mal possible et laisser les autres peuples du monde en faire autant?...

pal (04-06-2023 10:49:29)

Analyse très superficielle qui omet les génocides jamais jugés d'Hiroshima et de Nagasaki, l'attaque du Kosovo par l'OTAN ou encore le coup d'état de Kiev en 2014... Quant aux vainqueurs objectifs de 1945, ce sont plutôt les Russes qui n'ont été arrêtés dans leur conquête du continent que par les débarquements alliés, heureusement d'ailleurs...

Martin Gonzalez (04-06-2023 10:40:48)

Monsieur,

Je voudrais apporter une petite précision à votre excellent article sur le nouvel ordre mondial.
Les membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU ont toujours été cinq. La République de Chine a été remplacée par la République Populaire de Chine en 1971, mais elle figurait entre ses cinq "vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale" qui ont intégré le Conseil dès ses débuts.
En vous remerciant de la qualité et la richesse du contenu d'Hérodote, je vous salue très cordialement.

Martin Gonzalez

Lebrun (04-06-2023 10:01:58)

Merci pour cet article qui replace le terme "démocratie occidentale" dans le contexte mondial. On peut regretter, mais c'est le constat des faits qui se déroulent sous nos yeux. J'ai souvenir du discours des années 2000 de mes patrons d'un grand groupe français mondialisé (en fait des éléments de langage à destination des salariés, pour leur faire passer la pilule) : nous sommes la tête, et la Chine, c'est les bras (un peu raciste quand même), Aujourd'hui, ils veulent nous faire croire que c'est les ennemis de l'occident (l'empire du mal). Le grand patronat et la finance internationale nous ont vendu à la mondialisation heureuse. Je rigole doucement quand j'écoute nos classes supérieurs éduquées (de droite et de gauche) qui continuent à adhérer à ces fadaises. La casse sociale en Europe s’arrêtera quand la peur des "démocraties" s'éveillera. Il faut être un peu patient 😊

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