La guerre d'Ukraine

Un an après, la tentation de l’escalade

20 janvier 2023 : il y a quatre-vingts ans, dans les plaines d’Ukraine, s’engageait la plus grande bataille de chars de toute l’Histoire. Dans le saillant de Koursk, les Tigre de Hitler affrontaient les T34 de Staline. Quatre-vingts ans plus tard, voilà que Washington et Varsovie somment le chancelier allemand Olaf Scholz d’autoriser le déploiement de ses chars Leopard au même endroit.
Serait-ce que la Troisième Guerre mondiale a déjà commencé ? Nous le craignons comme avec nous des observateurs aussi différents qu'Emmanuel Todd, historien, Pierre Lellouche, ex-ministe de Nicolas Sarkozy, et Serge Halimi, directeur du Monde diplomatique, sans parler d'Henry Kissinger ! Tous s'alarment de ce que l'autocrate Poutine nous ait fait perdre la raison et la mémoire...

Ce vendredi 20 janvier 2023, la base américaine de Ramstein, près d’Heidelberg, est devenue pour quelques heures la capitale de l’Occident en guerre avec la Russie, onze mois après l’offensive russe en Ukraine.

À l’invitation de Lloyd Austin, secrétaire à la Défense des États-Unis, les fournisseurs d’armes de l’Ukraine se sont réunis sur cette base pour répondre au président Volodymyr Zelensky, lequel réclame en urgence des chars lourds.

Le Royaume-Uni, qui s’est émancipé de l’Union européenne pour tomber dans la plus complète soumission à Washington, a promis une dizaine de chars Challenger. C’est tout ce qu’il peut faire. La France, dont l’industrie et l’armée sont en déconfiture, ne peut rien promettre sinon quelques chars légers. Les États-Unis sont à peine mieux placés. Ils rechignent à livrer aux Ukrainiens des chars Abrams en prétextant des problèmes logistiques. Reste l’Allemagne. Deux mille de ses chars lourds Leopard 2 équipent différents pays de l’Alliance mais Berlin interdit à ses clients de les livrer à d’autres pays sans son autorisation expresse. 

Pour l’heure, le chancelier Olaf Scholz refuse cette autorisation et joue la montre. Il demande aux Américains de livrer d’abord à l’Ukraine leurs propres chars… tout en sachant que cela ne leur est pas possible pour différentes raisons.

Bras de fer entre Washington et Berlin

Ainsi que l’explique l’historien Emmanuel Todd, les États-Unis ont un besoin existentiel de vaincre la Russie et la détruire pour consolider leur domination vis-à-vis du reste de la planète. Ils savent que, s’ils doivent au final composer avec la Russie, leur réputation s’effondrera et avec elle le dollar dont l’hégémonie repose exclusivement sur la croyance commune en la toute-puissance de l’armée américaine.

Si cette guerre par procuration est existentielle pour Washington, elle l’est aussi pour Moscou. Il est impensable pour le Kremlin comme pour le peuple russe de céder la Crimée, terre foncièrement russe depuis trois siècles, enjeu stratégique de premier ordre. Et si Poutine devait malgré tout céder, les Russes n’auraient plus d’autre alternative que d’émigrer ou de sombrer dans la misère cependant que les grandes firmes américaines mettraient la main sur leurs ressources en hydrocarbures et en minerais comme elles s’y sont essayées dans les années 1990, sous la présidence de Boris Eltsine.

Pour l’emporter, Washington compte sur le sacrifice des héroïques soldats ukrainiens comme en d’autres temps sur les combattants kurdes quand il s’agissait de combattre Daech en Irak. Mais il a besoin aussi d’un soutien résolu des Européens, notamment pour surmonter l’hostilité du reste du monde, qui ne supporte plus l’hégémonie américaine et se montre peu ou prou favorable aux Russes.

Le cauchemar de M. Scholz

Washington peut compter sur le soutien indéfectible de Londres et Varsovie. Reste à rallier l’Allemagne qui est le cœur actif de l’Europe et, de très loin, son principal pôle industriel. Mais le chancelier Olaf Scholz (64 ans) demeure fidèle à la tradition pacifiste des sociaux-démocrates. Il est d’une génération encore imprégnée par les souvenirs de l’Histoire et tente de résister à la pression de ses alliés, mais il est en cela de plus en plus isolé.

Dans son propre gouvernement, il est contredit par son vice-chancelier Robert Habeck (53 ans), ministre de l’Économie et du Climat, et par la ministre des Affaires étrangères, Annalena Baerbock (42 ans), qui se revendiquent de la gauche pacifiste ! Ils appartiennent aux Verts mais n’en sont pas à une contradiction près. Le premier est né en 1969 et la seconde en 1980. L'un et l'autre n’ont rien retenu de la Seconde Guerre mondiale et gardent de leur jeunesse le souvenir de la guerre froide et de la chute du Mur. Ils plaident avec vigueur pour l’envoi de chars lourds Leopard en Ukraine (note).

Au sein de l’OTAN, Olaf Scholz ne bénéficie que du soutien ambigu du président français Emmanuel Macron, lequel, toutefois, est affaibli par des échecs en cascade tant sur le plan intérieur qu’à l’international (Afrique). À l’international, le chancelier s’efforce de maintenir le dialogue avec la Chine, laquelle reste soudée à la Russie au grand dam des États-Unis.

En octobre 2022, suite au sabotage des gazoducs de la Baltique, dont rien n'interdit de penser qu'il peut être l'oeuvre des États-Unis, les Allemands ont compris qu’ils ne pourraient plus compter sur le gaz russe avant de nombreuses années et n’avaient aucun intérêt à temporiser.

En les forçant maintenant à autoriser la livraison de chars lourds Leopard à l’Ukraine, les États-Unis visent à souiller l’Allemagne. Il s’agit que celle-ci commette l’acte irréparable qui la séparera définitivement des Russes. Pour le président russe Vladimir Poutine comme pour le chancelier allemand, qui sont de la même génération, l’entrée en guerre de ces chars serait d’une incroyable violence symbolique… même si ces Leopard ne se réfèrent pas aux mêmes félins que ceux du IIIe Reich, Panzer et Tigre !

Les Américains le savent et ils savent que s’ils font plier le chancelier, ils auront gagné la partie. Certes, les chars lourds ne feront sans doute pas gagner les Ukrainiens. Ils leur permettront de mieux résister aux offensives que préparent les Russes et donc de faire durer la guerre.

Ce sera au prix de leur sang et de leurs larmes. Mais Washington n’en a cure, pas davantage Varsovie qui rêve d’une revanche sur Moscou comme sur Berlin. Les dirigeants polonais parlent déjà de faire payer les Allemands pour les torts qu’ils leur ont causés pendant la Seconde Guerre mondiale. Pourquoi pas ? Après tout, les Ukrainiens espèrent bien de leur côté être indemnisés par les Russes pour les torts qu’ils leur auront infligés à l’issue de cette guerre-ci.

Depuis leur refus en 1991 de soutenir financièrement Mikhaïl Gorbatchev, les gouvernements américains successifs portent une lourde responsabilité dans la remontée des tensions en Europe tout comme au Moyen-Orient quand ils ont poussé leur allié Saddam Hussein à la faute, l’invasion du Koweït. C'était aussi en 1991.

Mais il n'est plus temps de gémir. Nos pays se trouvent engagés à leur corps défendant dans la guerre. C'est une amère déconvenue pour les instances européennes qui tiraient leur légimité de leur aptitude à garantir la paix sur le continent. Prions que l’escalade et l’aveuglement des uns et des autres, tant du côté russe que du côté occidental, ne conduise à l’irréparable, évoqué dès novembre 2022 par Serge Halimi, directeur du Monde diplomatique, dans un article remarquable que nous avons pris la liberté de publier ci-dessous (note).

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2024-05-12 17:18:38
Christian (15-02-2023 07:04:19)

Si les menaces de «déstabilisation» de la Moldavie se concrétisent et prennent la forme d’un coup d’Etat ou d’une intervention russe, il sera en tout cas difficile d’affirmer que cette région est «intrinsèquement russe» comme certains le disent parfois de la Crimée.

En effet, ce n’est qu’en 1812 que le traité russo-turc de Bucarest permit à la Russie d’acquérir la moitié orientale de la principauté roumaine de Moldavie, qui fut connue dès lors sous le nom de Bessarabie. A l’issue de la première guerre mondiale, la Bessarabie fut réunie à la Roumanie en 1918, mais une «République autonome socialiste soviétique moldave» (RASSM) fut créée en 1924 sur la rive orientale du Dniestr (Transnistrie). En 1940, la Bessarabie fut enlevée à la Roumanie en application du pacte germano-soviétique et rattachée à la RASSM pour former la «République socialiste soviétique moldave» (RSSM).

En 1991, la Moldavie soviétique proclama son indépendance, mais le nouvel Etat dut faire face aux velléités séparatistes de la Gagaouzie (majoritairement peuplée de turcophones) et de la Transnistrie (ou «république moldave du Dniestr», majoritairement peuplée de russophones). En 1992, une force d'interposition russe s'est installée en Transnistrie après avoir imposé un cessez-le-feu entre la Moldavie et la Transnistrie. Quant à la Gagaouzie, elle a obtenu en 1994 le statut de région autonome (entré en vigueur en 1995).

Kourdane (05-02-2023 09:59:42)

Cette prise de position avec un relent de « baisse-pantalons » n’est partagée que par une minorité pro russe aux 2 extrêmes de l’échiquier politique. L’histoire ne se répète pas mais lorsque l’on a à traiter avec un homme qui s’y réfère, il est nécessaire d’en tenir compte. La prise de pouvoir de Hitler était envisageable dès 1927, il suffisait d’avoir lu « mein kampf »
Il y exprimait sa haine des juifs et sa volonté de retrouver les terres germaniques.
1936 : occupation de la Ruhr sans réaction des alliés
1937 : les Sudètes
1938 : accords de Munich et Tchécoslovaquie
1939 : Pologne
Il en est de même pour Staline qui a massacré à tour de bras dès son accession au pouvoir faisant assassiné Trotsky
Et ensuite à Téhéran et à Yalta, Roosevelt et Churchill ont cèdé la zone d’influence soviétique
1947 blocus de Berlin
1961 rideau de fer
1954 chars à Budapest
1968 chars à Prague
Et plus récemment Géorgie, Dombass, Ossétie. Alors oui je suis favorable à une coalition qui fournissent les armes pour lutter contre cette volonté impérialiste anti démocratie suite à l’envahissement d’un pays qui voulait être libre. Si en 1936 Hitler avait été contré la seconde guerre mondiale n’aurait pas eu lieu.

Herodote.net répond :
L'assimilation de Poutine à Hitler ou Staline reste discutée d'autant que les Occidentaux se sont alliés sans rechigner au second pour abattre le premier. La situation actuelle n'est d'autre part pas comparable à celle de 1939... Aujourd'hui, L'Occident se réduit à un petit quart de l'humanité. Poutine a derrière lui le reste. Enfin, il y a quatre puissances nucléaires engagées dans le conflit, ce qui mérite un peu de réflexion.
Notre analyse est pour une fois celle que font aussi Emmanuel Macron et les dirigeants allemands, conscients du danger de l'escalade et de la nécessité de ménager une porte de sortie honorable pour les belligérants, qui ne sont encore que deux.
Mais comme Macron, Scholz et bien d'autres, nous reconnaissons qu'il est impossible de plaider la voie de la raison quand l'opinion publique (en fait les réseaux sociaux et les médias) sont tout entier engagés dans l'objectif d'une suicidaire victoire totale...

Christian (01-02-2023 09:38:55)

Si la troisième guerre mondiale a déjà commencé, elle ne se déroule pas seulement en Europe, mais aussi en Afrique où la France cède chaque jour du terrain aux mercenaires russes du groupe Wagner (dont l’emblème est un drapeau noir à tête de mort qui rappelle de fâcheux souvenirs). Malheureusement, l’efficacité de ces derniers reste à démontrer face aux mouvements djihadistes, dont « les moyens d’action ont beaucoup augmenté » selon le spécialiste Wassim Nasr, et qui menacent désormais la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo…

yak (24-01-2023 14:49:12)

M. Larané continue à affirmer sans preuve que les États-Unis ont "supervisé" le sabotage des gazoducs de la Baltique. Ses arguments :
1° il n'y a pas de preuve donc les Etats-Unis dissimulent les preuves. Admirez la figure de haute voltige complotiste !
2° Des "observateurs de la vie politique" pensent pareil que moi, donc j'ai raison. Lesquels ne sont pas nommés, bien sûr. Sinon on verrait qu'ils s'y connaissent mieux en sémantique politicienne qu'en technique d'opération sous-marine.
3° On est censé pouvoir tout voir et tout savoir sous les eaux. C'est l'argument de la toute-puissance qui rejoint le 1°. Le comploteur, qu'il soit Etat ou groupe d'influence, est nécessairement tout-puissant.
4° L'expertise de l'amateur : "aucun indice n'est publié sur ce sabotage, alors qu'il suffit de moins de quatre heures pour identifier l'origine d'un tir sur la Pologne". Comme si le monde sous-marin était aussi transparent que l'est l'espace aérien aux radars, et comme si les modes opératoires étaient les mêmes... Et surtout comme si on pouvait s'exprimer sur le sujet sans expertise.

Herodote.net répond :
Nous n'écrivons bien sûr rien de semblable. A propos du sabotage des gazoducs, nous nous contentons de rappeler que l'hypothèse d'une initiative américaine demeure plausible...

Christian (24-01-2023 08:45:56)

En direct de Moscou sur BFMTV, le vice-président de la Douma, Piotr Tolstoï, a condamné lundi l'aide européenne fournie à l'Ukraine, coupable selon lui de faire durer la guerre. Ses propos exacts sont les suivants: "La solidarité européenne amène des morts" et c'est "à cause" de l'aide des Européens que "la guerre dure déjà depuis un an" (sic).

Ce vice-président reconnaît donc qu'il s'agit bien d'une "guerre" et non d'une simple "opération spéciale". Et si, comme il l'affirme, la guerre dure "depuis un an", c'est que son point de départ doit se situer au début de l'année 2022, date du déclenchement des hostilités par Poutine. Evidemment, si personne n'avait aidé l'Ukraine et si le peuple ukrainien lui-même ne s'était pas dressé contre l'envahisseur, l'Ukraine aurait été soumise en quelques jours, comme la Hongrie en 1956 ou la Tchécoslovaquie en 1968...

Philippe1961 (23-01-2023 13:17:51)

J'ai servi pendant 30 ans à l'époque de la guerre froide, et après. Je ne suis pas un va en guerre, J'ai refusé d'aller en Irak. J'ai encore des réseaux. La paix avec Poutine ne sera qu'une illusion, ce type de dictateur ne connaît que le rapport de force, il n'est pas nécessaire d'être dans sa tête, tout nous le montre, croire le contraire c'est s'aveugler.
J'apprécie beaucoup Todd et Halimi que je lis régulièrement mais qui s'expriment aussi dans la quiétude de leur bureau...
En tout cas, je vous remercie pour vos articles qui amènent toujours à penser. Merci aussi de répondre à vos lecteurs.

Herodote.net répond :
L'offensive du 24 février 2022 a été déclenchée par Poutine mais ce n'est pas Poutine mais la Russie que nous combattons. Que pouvons-nous promettre aux Russes pour les dissocier de leur chef, pour leur assurer une sortie honorable, pour éviter de les réduire au désespoir et les pousser dans une guerre totale et potentiellement cataclysmique?
Jusqu'où sommes-nous prêts à aller dans la destruction de ce pays... et celle de l'Ukraine? J'aimerais là-dessus entendre les dirigeants jusquauboutistes américains, britanniques et polonais qui ne veulent à aucun prix d'une paix de compromis.

Philippe1961 (23-01-2023 10:43:07)

Indéniablement Poutine est un dictateur, il n’y a aucun contre-pouvoir en Russie, le parlement est à sa botte, les opposants politique en prison et les médias asservis.
Le seul contre-pouvoir en Russie, c’est l’armée aussi surprenant et inquiétant que cela puisse paraître. Si le conflit s’envenime, il n’est pas sûr du tout que les armes tactiques nucléaires soient employées, cela sera même un point de basculement pour la hiérarchie militaire qui n’a pas envie de voir sa flotte en mer noire immédiatement détruite.
Le prétendre ne cherche qu’à effrayer le bon peuple pour permettre la négociation avec ce dictateur.

Herodote.net répond :
Je me garderai de formuler un avis sur la stratégie des militaires russes et les intentions cachées de Poutine. Homme de livres, je me contente d'analyser le drame du Donbass à la lumière de l'Histoire et, comme quelques autres historiens et observateurs (Todd, Halimi,...), je vois dans l'aveuglement des dirigeants des deux camps, ainsi que dans l'hystérie médiatique, d'inquiétants rapprochements avec 1914 ("Les Somnambules"), voire 1870 (Napoléon III forcé à la guerre par l'opinion publique et quelques boutefeux de la Chambre).

Francis (23-01-2023 08:29:17)

La réponse concernant le sabotage du Gulf Steam correspond à l'exacte définition du complotisme : interprétation orientée basée sur opinions particulières, sans preuves ni contradictions.

Guillaume (23-01-2023 04:04:13)

Certes, il est parfaitement légitime d'exprimer une opinion dans le journalisme historique, qui n'est pas tenu à la "froideur" de la recherche ou de l'exposé universitaire. Mais le problème de votre position est qu'elle est, involontairement sans aucun doute, étonnamment proche de la propagande massive tendant à détourner l'attention du fait simple que dans l'affaire ukrainienne, il y a clairement un Etat agresseur et un Etat agressé. Et que l'agresseur n'a que mépris pour la vie de ses propres soldats et aucun scrupule à bombarder les civils du pays agressé.
Le récit de propagande pour détourner l'attention se fonde sur un prétendu projet américain d'agresser la Russie. Non seulement cela reste à démontrer (l'OTAN était en fin de vie !!!), mais même si c'est vrai, justifier par cela l'ignoble agression russe justifie directement toute guerre préventive. Par exemple le supposé droit du lieutenant- colonel du KGB-FSB d'envahir son voisin ukrainien génère parfaitement le droit d'Israël d'attaquer préventivement l'Iran, puisque jusqu'à un passé très récent les dirigeants iraniens menaçaient ouvertement de "rayer Israël de la carte".

Herodote.net répond  :
Toutes les guerres sont détestables et si celle-ci émeut les Européens plus qu'aucune autre, c'est parce qu'elle se déroule sur leur sol et ruine le présupposé confortable selon lequel, grâce à la construction européenne, "l'Europe, c'est la paix". De fait, en se réarmant à tout va, l'Union européenne (Allemagne incluse !) est rentrée dans le lot commun. Tout ce que je crains maintenant, c'est que l'aveuglement des uns et des autres (à Moscou, Kiev, Varsovie, Londres et Washington en particulier) ne transforme la guerre du Donbass en un conflit de très grande ampleur. On pourrait encore éviter cette catastrophe en cherchant une paix de compromis plutôt qu'une victoire totale sur l'adversaire.
En 2003, les Etats-Unis ont agressé l'Irak sans plus de motivation et avec autant de brutalité que la Russie a agressé l'Ukraine. Nous sommes-nous pour autant indignés au point d'aider l'Irak?...
Le Kremlin a justifié son agression par la crainte que l'Ukraine, surarmée par l'OTAN, n'en vienne à l'attaquer elle-même. Il n'y a à cela rien de nouveau. En 1967, Israël a déclenché une guerre préventive contre les pays arabes, ce que le général de Gaulle lui a reproché mais il était le seul dans ce cas.
Rappelons que si l'OTAN est officiellement à la manoeuvre, elle est surtout le faux nez du trio Washington-Londres-Varsovie qui pousse à l'escalade, advienne que pourra. La France et l'Allemagne espèrent sans succès trouver une paix de compromis. Quant à la Turquie, bien que faisant partie de l'OTAN, elle fait bande à part et n'exclut pas de s'en prendre de son côté à l'Arménie, voire à la Grèce, autre membre de l'Alliance. Comme l'avait affirmé le président Macron, l'OTAN, qui réunit des pays aux intérêts opposés, voire en conflit les uns avec les autres (Grèce-Turquie), n'existe plus de facto.

FM+ (22-01-2023 23:51:22)

Encore une fois, vos sentiments déteignent trop largement sur cette argumentation qui utilise trop souvent des raccourcis et arguments d'autorité.
Mais passons, car effectivement il est intéressant de mettre en lumière les aspects notamment anthropologiques de la confrontation, l'état réel des forces en présence comme indiqué dans l'interview d'Emmanuel Todd (avec tout le respect pour Serge Halimi, un article documenté avec beaucoup de référence n'en n'est pas forcément plus logique; de plus l'essentiel de son propos concerne l'attitude de la gauche française).
Monsieur Larané, donc une question, au-delà des critiques. Vous seriez à la place de Joe Biden aujourd'hui, que feriez-vous?

Herodote.net :
Le président Biden (ou plutôt l'État profond américain) suit une logique qui lui est propre. Elle a déjà été détaillée par Brzezinski en 1997 : détacher l'Ukraine de la Russie pour briser celle-ci, l'éloigner de l'Europe et ainsi tenir cette dernière en sujétion dans la perspective de l'affrontement à venir avec la Chine !
Maintenant, si le président américain souhaitait se détourner de cette stratégie à haut risque, il lui suffirait de faire comprendre à Zelensky que le moment est venu d'appliquer pleinement les accords de Minsk (2015) en reconnaissant l'autonomie revendiquée par les habitants du Donbass et le souhait des habitants de la Crimée de réintégrer la patrie russe. En contrepartie, Kiev pourrait négocier le droit d'adhérer à l'UE (mais pas à l'OTAN) et pourquoi pas? des indemnités de guerre prélevées sur les ressources en hydrocarbures de la Russie...

Castel (22-01-2023 22:55:13)

L'agression est russe. L'article 51 de la charte de l'ONU autorise à intervenir pour la légitime défense d'un État attaqué, et donc (qui peut le plus peut le moins ) à fournir des armes à l'Ukraine. Les Russes, eux, ne se gênent pas pour s'en procurer en Iran et en Corée du nord, et même à envoyer des troupes Wagner à droite et à gauche contre la France, Par ailleurs depuis de longues années ils nous agressent de cyberattaques et donc, aider l'Ukraine par laser ou guidage GPS (ou autre) répond à leurs agressions par d'autres ondes .

Jean-Michel Duprat (22-01-2023 19:23:07)

La façon dont vous rapportez les faits devrait être enseignée dans les écoles de journalisme . Leurs commentaires sur les conséquences qu'on doit en tirer, même s'ils sont inquiétants, coulent de source . Heureusement que des voix comme la votre ont le courage de nous informer .
À propos les médias bien officiels et bien subventionnés, après de très succinctes nouvelles, ont retrouvé leur rubrique préférée : les chiens écrasés .
Non pour alarmer le populaire les sujets de bon aloi sont Pandémie et Climatologie .

L'article de Serge Halimi, auquel vous renvoyez, est de la même trempe . Merci de nous l'avoir fait connaître et salut à son courage . JM D .

Pépé (22-01-2023 18:21:37)

Moi je vis au Québec: nous on a pas le choix de rester à la remorque des Américains. L’Europe, sur papier du moins, aurait le choix. Entendez vous avec les Russes pour mettre les Américains dehors et constituer une troisième force qui contrebalancera les deux autres. Ça serait à l’avantage de l’Europe et de la Russie. Quand la Russie réalisera dans quel guêpier elle s’est fourrée, elle sera plus intéressée. La technologie allemande et les resssources russes, l’alliance avec les autres pays européens, voilà ce qui ferait de ce pacte un succès à long terme. Voilà ce qui assurerait la sécurité de l’Europe et de la planète.

Yves Blanc (22-01-2023 15:52:13)

Très intéressant.
Quelques qualificatifs qui dérangent, c'est regrettable car il détourne l'attention d'une analyse intéressante vers une opinion trop personnelle de l'auteur.
Ce qui manque sur ce sujet, ce serait selon moi un article de fond sur la compréhension de la population russe; nous avons en Occident notre regard façonné par notre mémoire collective, notre compréhension de la Démocratie, ..... et notre propension à une empathie aveugle au frofit (bien normal) de l'agressé.
Mais l'Ukraine pendant la Deuxième guerre mondiale a té partagée entre le Nazisme actif et le Communisme. Les "crimes" commis par les régiments SS Ukrainiens sont avérés. Nous les avons effacés de notre mémoire collective, mais il semble qu'ils marquent encore la mémoire collective de la population russe. Bien d'autres éléments historiques et contemporains (les soldats russes victimes de la Seconde Guerre Mondiale, l'effondrement de l'URSS qui permettaient de travailler partout ....) font, paraît-il, que la population russe voit la situation d'une façon totalement opposée à nous, Occidentaux.
Le soutien de la population russe au Régime de Poutine serait donc réeel.
Un article objectif nous décrivant la perception de la population russe face à cette guerre avec des explications objectives serait grandement apprécié.
Yves Blanc, Canada.

Tynod (22-01-2023 15:50:46)

vous m’horripilez avec votre anti américanisme primaire, indigne d’un historien. Je vous conseille la lecture des articles de l’universitaire Françoise Thom. Les pages de Gilles Andréani et Armand Laferrerére dans l’excellente revue Commentaire, cela vous changera des livres d’Olivier Todd, connu pour son aversion envers les USA.

Herodote.net :
Après l'anticommunisme primaire qui visait autrefois les pourfendeurs de l'URSS, cela nous rajeunit de découvrir l'antiaméricanisme primaire;-))
La différence entre l'historien Emmanuel Todd et les auteurs que vous citez, c'est que le premier n'a pour ainsi dire jamais été pris en défaut au fil de ses quarante-cinq années de travaux et de publications. C'est ce qui justifie l'attention que nous portons à ses analyses...

Danel (22-01-2023 15:40:07)

Les Allemands n'ont nullement envie de se retrouver en guerre contre la Russie : ça leur a coûté fort cher, en hommes et en territoires, en 1941-45. Par ailleurs, il est effectivement souhaitable que les Etats-Unis, à travers leur stupide paravent ukrainien, ne l'emportent pas... Et ceci, pour répondre à un autre lecteur (un peu bougon) afin de maintenir uin monde multipolaire, plutôt que d'instaurer un monde unipolaire étatsunien. Ce n'est pas qu'il y ait de tout mauvais par ci et de tout bons par là (ce qui est manifestement faux) mais simplement l'existence de plusieurs grandes opuissances permet aux puissances moyennes ou émergentes de louvoyer entre elles, ayant alors une part d'indépendance, au lieu d'être livrées pieds et poings liés à un maître tout puissant. Il est donc souhaitable, pour le bien de tous 'y compris le leur) que les Ukrainiens arrêtent leurs rodomontades et veuillent bien négocier une paix équilibrée avec la Russie, quitte à leur céder quelques portions de territoires. C'est ce que firent les Finlandais en 1944 (et ça a tenu, sans l'OTAN), alors qu'ils avaient été alliés des germano-nazis dans le siège de Léningrad ; ce qui n'est pas rien en matière de victimes induites. Quand un empire éclate (l'URSS en l'occurrence), la meilleure chose à faire est de discuter sur la meilleure délimitation entre ses différents morceaux, plutôt que de pousser des cris d'orfraie (à la Zélenski) en faisant comme s'il s'agissait de l'agression d'un pays qui avait toujours existé.

Lebrun (22-01-2023 15:00:53)

Au sujet de l'antiaméricanisme de Mr Laramé, on pourrait lui laisser comme citoyen français (ce qualificatif existe) la possibilité d'exprimer son opinion sur ce conflit qui peut conduire rapidement à une guerre totale (ce n'est pas une vue d'un esprit perturbé). Il y a tellement et tellement de commentateurs dans les médias occidentaux et y compris en France qui depuis leurs studios bien chauffés et correctement rémunérés pour leurs commentaires de comptoir, que pour une fois, l'on puisse entendre des voix discordantes qui ne pousse pas à la guerre totale. Merci donc, de ne pas s'offusquer (troller) avec les faucons du pentagone et les vieilles ganaches à Paris. Je veux pour exemple récent, la fermeture de Russia Today France car leurs avoirs sont gelés par les sanctions. Je n'entend pas les journalistes français, si prompts à défendre leur libre expression (contrôlée par les oligarques occidentaux, quand même) se plaindre de cette censure explicite. Les stylos sont des armes de l'ennemi (la 5eme colonne) ? donc, pour les commentaires- de ce texte, vous êtes bien gentils, mais si c'est simplement pour pousser au crime au nom de la "morale" et de la "démocratie libérale" comme horizon indépassable ... laissez à d'autres ce genre d'exercice. N'insultez pas l'avenir, car si le pire arrive (il y a un sérieux risque quand même), vous aurez du mal à expliquer votre position de l'instant.

Autre détail relevé au passage, le truc des "si les ricains n'étaient pas là ..." en oubliant les + de 25 Millions de morts des russes pour stopper l'avancée des allemands ... vous parleriez allemand car, le débarquement en Manche aurait certainement été plus compliqué encore (c'est un fait historique), l'histoire s'écrit toujours avec le stylo des vainqueurs ? Corolaire de cette dernière remarque : c'est bien les US qui ont largué les deux premières bombes nucléaires sur des civils innocents ? non ? au nom du monde libre ?

Christian (22-01-2023 15:00:19)

Serge Halimi écrit que "ces vingt dernières années, Saddam, Milosevic, Kadhafi, Assad nous ont déjà été présentés comme autant de réincarnations du Führer allemand ; on recommence presque tous les cinq ans. Ce coup-ci, Poutine, le maître du Kremlin, tient le rôle assigné".

Il est possible que Saddam Hussein ait été comparé à Hitler quand il a envahi le Koweït en 1990 car certains craignaient que cette annexion soit suivie d'autres, au détriment des autres émirats, comme les premiers coups de force de Hitler annonçaient les suivants. En revanche, je ne me souviens pas vraiment que cette comparaison ait été utilisée pour Milosevic (contre lequel les Etats-Unis ne sont intervenus qu'en 1999, après avoir largement laissé les Européens se débrouiller en Bosnie entre 1992 et 1995) ou pour Assad (contre lequel les Etats-Unis ont carrément refusé d'intervenir en 2013).

Quant à Poutine, il me semble que c'est bien lui qui a franchi le premier le "point Godwin" en expliquant qu'il voulait "protéger les personnes qui ont été soumises à à un génocide par le régime de Kiev" et qu'il cherchait "à démilitariser et à dénazifier l’Ukraine" (discours du 24 février 2022)...

Jihème (22-01-2023 14:33:33)

Je précise que je ne suis pas un archéo-marxiste, que j'ai toujours été farouchement antimarxiste mais que je n'ai aucune raison d'être pas plus anti-russe qu'anti-américain, connaissant les deux peuples pour les avoir fréquentés et ayant des amis des deux côtés. Mais je suis français et déplore que nos dirigeants à courte vue se fourvoient dans des causes qui ne vont pas dans le sens de nos intérêts bien compris.

Jihème (22-01-2023 14:27:44)

On peut faire preuve d'aveuglement si l'on occulte complètement les origines de cette guerre : le refus d'aider Gorbatchev à reconvertir l'URSS en partenaire de l'Occident et non plus ennemi ; le refus opposé à Poutine, alors candidat à une alliance, de partager avec la Russie le sauvetage de l'Ukraine, Etat failli menacé de banqueroute au début des années 2000 ; la préparation intensive de l'Ukraine à la guerre depuis les événements du Maïdan (rappel des aveux de Victoria Nuland) ; les propres (si l'on peut dire) aveux d'Angela Merkel sur sa volonté de non-application des accords de Minsk, non démentie par F. Hollande. Ce sont là des faits, de mêmes que les choix absurdes faits par l'Ukraine quant à son organisation interne quand on connait l'histoire des territoires qui la composent. Ce ne sont pas des opinions subjectives ni de l'anti-américanisme primaire. On doit pouvoir être à la fois ami des Américains et des Russes, ce que commande notre position géographique entre les deux. Et l'Europe et la France en particulier, en suivant aveuglément la politique des USA qui ont depuis longtemps investi l'Ukraine pour leurs seuls intérêts, se privent des moyens de leur indépendance en se coupant des ressources et du grand marché de la Russie que de Gaulle, comme vient opportunément de le rappeler son petit-fils, voyait à juste titre allant de l'Atlantique à l'Oural. Chez nous, l'idéologie prime toujours sur le réalisme, au détriment de nos intérêts à long terme, mais sont nombreux les obstinés qui refusent de le voir et seront pourtant les premiers à se plaindre de notre régression économique et sociale interne comme internationale avec le déclassement que nous subissons aux yeux du reste du monde.

Phil 38 (22-01-2023 14:01:31)

Dans une dictature, M. Larané aurait le poste de directeur de la propagande. Que d'affirmations jetées sans retenues. La lecture des commentaires m'indique que certaines couleuvres sont difficiles à avaler. Je ferai toujours un distinguo entre la peur existentielle de Poutine, de voir L'OTAN à ses frontières et la peur existentielle des populations civiles ukrainiennes d'être volatilisées par un missile russe ou déportées ou torturées et violées par les milices Wagner. La Russie avait le PIB de l'Italie avant la guerre. Qu'est ce qu'il en reste, obligée de clouer au sol des avions pour servir de magasin de pièces détachées. Poutine est de la sale race des Hitler, Staline, ...Il faut les arrêter le plus rapidement possible puisqu'aucune négociation n'est jamais possible aves des fous.

Herodote.net répond :
Churchill et Roosevelt, d'une autre trempe que leurs successeurs, n'ont pas craint de s'allier avec Staline et ce dernier est mort dans son lit, pleuré par la moitié de l'humanité. Gardons-nous donc de réduire la géopolitique au combat entre le bien et le mal. Demandons-nous simplement ce à quoi aspirent les protagonistes... et restons modestes quant à notre capacité à imposer une solution par la force. L'Occident, Amérique comprise, c'est 10% de la population mondiale.

Jacmé (22-01-2023 13:52:20)

Cette analyse parait vraisemblable, mais cela ne veut pas dire qu’elle est vraie ! Il y a, en effet, un facteur important qui semble totalement négligé. Les U.S.A. semblent depuis une dizaine d’années se détourner de l’Atlantique et de l’Europe pour se retourner vers le Pacifique et vers leur nouveau compétiteur, la Chine, qui leur apparait autrement plus menaçant qu’une Russie qui n’est plus que le fantôme de l’ex Union Soviétique.
Les preuves abondent de cette réorientation de la politique Américaine, ne serait-ce que la réduction du nombre et de l’importance de leurs bases en Europe, réduction en partie masquée par la nécessité de maintenir certains itinéraires surs en direction du Moyen Orient ou des nouveaux clients OTAN. Mais il n’en est pas moins certain que, jusqu’en 2022, le centre de gravité de la puissance militaire Américaine s’est progressivement déplacé vers le Pacifique, sans que cela semble alarmer outre mesure les puissances européennes (en dehors de quelques ex vassaux de l’ex Empire Soviétique qui se souviennent des griffes de l’ours!)

Tout cela montre, à l’évidence, que les U.S.A., ne désirant pas se battre sur deux fronts, se désengageaient progressivement de l’Europe. Et, quand on voit la lenteur avec laquelle ils ont commencé à assister l’Ukraine, on peut se demander si la C.I.A. en claironnant en Janvier 2022 les intentions offensives de la Russie, ne voulait pas -sans en avoir l’air- alerter son gouvernement, à son avis inattentif à la réalité de la situation, tout en prévenant l’Ukraine. Peu importe, d’ailleurs, ce n’est là qu’une hypothèse!

La réalité est la suivante :
1/ La Russie a agressé et envahi l’Ukraine sous des prétextes d’une inconsistance incontestable. Si les démocraties occidentales renouvellent leur crise d’indifférence (ou de lâcheté) de 2014 et laissent la Russie s’emparer de quelques lambeaux supplémentaires de l’Ukraine, on assistera à un lâcher des fauves dans le monde entier puisque le crime aura payé !
2/ Il est absolument nécessaire de donner à l’armée Ukrainienne les moyens indispensables pour qu’elle inflige à l’armée Russe la défaite la plus complète, la plus rapide et la plus brutale possible pour que l’Ukraine rentre dans ses frontières de 91. Ce n’est qu’ainsi que Poutine pourra être renversé et une vraie négociation engagée
3/ Le peuple Russe a été ainsi façonné par les aléas de l’histoire qu’il ne peut s’empêcher de suivre les tyrans qui le lancent dans des aventures où il perd son âme. Nous nous devons de lui ouvrir les yeux sur la maffia Poutinienne et les horreurs dont elle se rends coupable à ses dépens. Les Ukrainiens ne sont nullement responsables du sang Russe et des larmes Russes. Le seul responsable de tout le sang et de toutes les larmes versées est Poutine (et sa camarilla). Aidons le peuple Russe à se défaire de ce vampire et a trouver le chemin de la démocratie.

Herodote.net répond :
Dans leur affrontement à venir avec la Chine, les Etats-Unis ont besoin d'un soutien inconditionnel de l'Europe, d'où la nécessité de détacher celle-ci de la Russie. Lire à ce propos Todd... et Brzezinski.
Cela dit, le peuple russe (et pas seulement Poutine) vendra chèrement sa peau. Il a éprouvé avec Eltsine ce que valent les promesses de démocratisation de l'Occident. Si Kiev devait reconquérir la Crimée, terre russe s'il en est, le Kremlin y verrait un motif d'utiliser l'arme de dernier recours, le nucléaire tactique...
Sous l'Ancien Régime, les Etats européens faisaient la guerre pour prendre des gages en vue d'un inévitable traité de paix. Ils n'avaient jamais en vue la capitulation sans conditions de l'adversaire et sa destruction au prix d'une guerre totale. Inspirons-nous de leur pratique et ne renouvelons pas nos erreurs du XXe siècle...

Desmons (22-01-2023 13:48:14)

Inénarrable André Larané, historien...et expert en géo-politique !
Après nous avoir décrit avec force arguments et contorsions des faits, l'"escalade et l'aveuglement du côté occidental", peut-être trouvera-t-il le temps de nous décrire l'escalade et l'aveuglement côté russe ?

Scarlett (22-01-2023 13:29:21)

Excellent article! Nous partageons tout à fait votre analyse. L’état profond américain utilise l’esclave européenne pour réussir son entreprise d destruction de la Russie.

Chateauserein (22-01-2023 13:14:22)

Grosso Modo. Les Etats-Unis voilà l'Ennemi. Ne pourrait-on virer l'Ogre et s'appuyer par exemple sur la douce Chine, en attendant bien sûr l'Europe, cette grande puissance Germano/Bruxelloise, en devenir capable de s'imposer en interne comme en externe. Et moyennant quelques négociations ....l'Ukraine par exemple, on devrait s'en sortir. Reste LA Grande Question : mais que fait la Gauche (française) ? Pour l'instant, elle déconstruit (les hommes Hétéro), elle s'occupe des LGBTQIA+, des barbecues, des poissons rouges, des corridas ... et bien sûr de l'organisation des manifestations (Trajets Places de la République/Nation). Elle ne peut pas tout faire mais si jamais elle venait à s'en mêler.... alors là serait le vrai salut. Car comme chacun le sait Léon Blum a évité la 2eme Guerre Mondiale.

Herodote.net répond :
Les Etats-Unis sont nos alliés et nos protecteurs et quand ils font des bêtises, quand ils attisent un foyer d'incendie au lieu de l'étouffer, nous sommes en droit de nous opposer à eux. C'est ce qu'ont tenté en vain Chirac, Schröder et Poutine en 2003. Ils n'ont pas réussi à les dissuader d'agresser l'Irak. Résultat : le Moyen-Orient est dans le chaos. Craignons d'y tomber aussi si nous ne calmons pas le conflit du Donbass...
Evidemment, ainsi que le notent aussi Todd et Halimi, la gauche, uniquement soucieuse du droit des LGBTQ+++, s'est disqualifiée par son silence sur les vrais enjeux de la politique et de la géopolitique en France comme aux Etats-Unis et dans le reste de l'Occident.

Bonnot (22-01-2023 11:03:03)

Bonjour
Je suis abonné depuis des années.
L Antiamericanisme de M Larané est fatiguant et indigne d un historien Sans eux monsieur vous parlerez allemand Surtout que votre revue n exposé aucun autre point de vue. Dire par exemple que ce sont les américains qui ont poussé Sadam à envahir le Koweït...etc est honteux
Votre revue devient un troll russe Évitez de commenter l actualité...l histoire ne commence qu après plusieurs décennies
MBo

Herodote.net répond :
Loin de moi l'idée d'être antiaméricain (ou anti-quiconque). En tant qu'historien, j'ai appris à déceler et apprécier tout ce que les peuples, tous sans exception, renferment de grandeur et d'humanité. Mais cela ne me dissuade pas, bien au contraire, de réfléchir aux choix des gouvernements et à ce qu'ils impliquent pour chacun. Mettre en lumière une politique dangereuse relève du rôle de l'historien. Ainsi l'a fait Jacques Bainville il y a cent ans (sans succès). Ainsi l'a fait Emmanuel Todd dès 1998 avec son livre Après l'Empire qui annonçait déjà de façon prémonitoires les dérives des Etats-Unis depuis les années 1990. Ces dérives nous mènent tout droit à une guerre de grande ampleur. Hélas, je ne suis pas le seul à le craindre ; lisez Todd et d'autres observateurs de qualité comme Halimi... L'urgence serait maintenant d'arracher une paix de compromis à Kiev et Moscou. Le président Macron lui-même le pense très fort, de même qu'Olaf Scholz. Mais l'un et l'autre sont empêchés d'agir par les bellicistes de Varsovie, Londres et bien sûr Washington...
Concernant l'Irak, le cynisme des gourvernants américains en 1981, 1991 et 2003 est aujourd'hui parfaitement documenté.

Philippe1961 (22-01-2023 11:02:39)

Oui, bien sur que les méchants ce sont les Américains, surtout pour l'intelligentsia archéomarxiste qui ne supporte pas de s'être fourvoyé il y a 50 ans. Maintenant c'est bien un dictateur à vie qui à envahi un autre pays avec l'espoir sous jacent d'asservir le reste de l'Europe. Le va en guerre c'est lui, les faits sont têtus même pour un historien habitué à les plier à ses désirs.
Vous ne nous ferez jamais croire que Poutine ne cherche que le bonheur de son peuple et la paix dans le monde, désolé.

Herodote.net répond :
La géopolitique n'est pas une question de morale, ou alors, il faudrait faire la guerre aux Américains quand ils agressent l'Irak de façon au moins aussi brutale et immotivée que les Russes agressent l'Ukraine. La géopolitique traite des intérêts nationaux, avec le souci de trouver des compromis qui arrêtent les guerres. De facto, à la suite d'une série de pressions exercées par Washington sur la Russie depuis 1991, nous sommes entrés en conflit avec cette dernière. Craignons que le pire soit devant nous. Bien sûr que Poutine est un autocrate brutal et sans scrupules (même s'il est soutenu par la majorité de ses concitoyens). Bien sûr qu'il a agressé l'Ukraine. Et maintenant? Voulons-nous le punir au nom de notre morale et de nos valeurs? Voulons-nous pour cela replonger dans une grande guerre qui, pour le coup, anéantirait l'Europe? Ou bien préférons-nous de façon pragmatique imposer aux belligérants un compromis raisonnable (du genre : la Crimée russe, le Donbass autonome et des garanties concernant l'OTAN)? Revoyez les analyses d'Emmanuel Todd qui parle en analyste instruit par l'Histoire et non en moraliste de salon...

ROYON (22-01-2023 10:59:52)

Vous êtes très affirmatif pour accuser les USA dans le sabotage des Gulf Stream…Voilà qui manque de recul et de réserve, pour le moins. En tout cas beaucoup moins prudent que votre précédent papier sur le sujet.

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