14 septembre 2022

Les dernières monarchies de la planète

En 1845, tous les États de l’Ancien Monde (Europe, Asie, Afrique) étaient des monarchies, à l’exception de la Suisse... et de Saint-Marin. Les républiques, au nombre d’une dizaine se rencontraient seulement en Amérique. Encore ce continent comptait-il un empire de taille, le Brésil !

Nous n’en sommes plus là. Sur les 197 États reconnus aujourd’hui par l’ONU, on ne compte plus que 41 monarchies, dont 15 qui appartiennent au Commonwealth britannique et ont pour monarque le roi Charles III Windsor ! Ainsi que nous le montrons dans le tableau ci-joint, ces monarchies rassemblent au total 572 millions de sujets en 2021. C’est environ 7% de la population humaine.

Les monarchies (du grec monos : seul, et arkhein : commander) désignent le gouvernement d'un État par une seule personne, conformément aux lois en vigueur et sans limitation de durée.

Les monarchies se distinguent sur ce dernier point seulement des républiques, lesquelles se définissent par l’élection du chef de l’État pour un mandat de durée limitée, soit par les représentants du peuple (IIIe et IVe Républiques françaises), soit par les citoyens eux-mêmes (Ve République).

Inaugurées par un coup d’État, les dictatures échappent à cette classification même si les unes se veulent monarchiques (Franco, Horthy), les autres républicaines. La plupart finissent par sombrer ; quelques-unes arrivent à se légitimer par le vote (Bonaparte) et parfois à se démocratiser (Espagne).  

Monarchies « absolues », monarchies constitutionnelles

Les formes monarchiques sont tout aussi diverses que les formes républicaines. Il en est de très autoritaires, dans lesquelles le pouvoir du souverain n’est limité que par le bon vouloir de son entourage proche et la crainte d’un soulèvement populaire.

C’est le cas de l’Arabie séoudite et de l’émirat du Qatar, où tous les pouvoirs sont entre les mains du souverain. Les autres monarchies de la péninsule arabique ont des formes constitutionnelles, avec des textes qui encadrent plus ou moins le pouvoir du souverain. C’est le cas du sultanat d’Oman, de l’émirat du Koweït, du royaume de Bahreïn et des Émirats arabes unis.

Les autres monarchies autoritaires ou « absolues » de la planète sont le sultanat de Brunéi, un richissime micro-État pétrolier au nord de l’île de Bornéo, et le royaume d’Eswatini, un micro-État enclavé en Afrique du Sud et dont la dynastie remonte aux guerres zouloues du XIXe siècle.

Notons encore deux monarchies arabes : la Jordanie et le Maroc. Sans être des modèles de démocratie, ces monarchies constitutionnelles sont tout à fait remarquables par leur stabilité en dépit d’un environnement très agité. La Jordanie est une création artificielle des Britanniques et remonte tout juste à l’entre-deux-guerres. La monarchie marocaine est quant à elle l’une des plus anciennes de la planète et fait remonter ses origines au VIIIe siècle.

• L’espace arabo-musulman constitue, après l’Europe, le deuxième conservatoire de la monarchie, avec huit monarchies, sans compter le sultanat de Brunéi, à l’autre extrémité de l’Asie.

• L’Asie compte par ailleurs quatre monarchies très particulières, par leur ancienneté. À tout seigneur tout honneur : la plus ancienne de toutes est le Japon. L’Empire du Soleil Levant fait remonter ses origines à une déesse, excusez du peu. C’est en 660 av. J.-C. qu’un descendant de la déesse Amaterasu serait monté sur le trône sous le nom de Jemmu Tenno.

Son lointain descendant règne aujourd’hui de façon très symbolique sur 120 millions de sujets, soit presque autant que le roi d’Angleterre. Mais il n’a aucun pouvoir et, pire que cela, il est si contraint par le protocole que d’aucuns le présentent comme le seul prisonnier politique au monde qui n’ait pas droit à la compassion d’Amnesty International !

La Thaïlande est l’autre grande monarchie asiatique. Plus fragile que la précédente, elle n’échappe pas aux coups d’État militaires, mais, comme l’Angleterre, elle a bénéficié du prestige de son précédent souverain, Bhumibol, lequel a régné 70 ans et 4 mois (1946-2016), soit seulement trois mois de moins qu’Elizabeth II.

Jigme Khesar Wangchuck, roi du Bhoutan (né le 21 février 1980)Le Cambodge, éphémère république « populaire » du Kampuchea, est redevenu une monarchie en 1993. Le souverain actuel, élu en 2004 suite à l’abdication de son père Norodom Sihanouk, n’exerce aucun pouvoir et le pays, havre du capitalisme mondialisé, est gouverné d’une main de fer depuis 35 ans par le Premier ministre Hun Sen, ancien militant khmer rouge.

S’il fallait enfin élire le monarque le plus aimable, nul doute que nos regards se porteraient vers le Bouthan, un micro-État bouddhiste de l’Himalaya, dont le roi Jigme Singye Wangchuck a inventé il y a cinquante ans le BNB (Bonheur National Brut), un indicateur destiné à remplacer le PNB usuel (Produit National Brut). Ce roi a aussi doté son pays d’une Constitution très démocratique avant d’abdiquer en 2006 au bénéfice de son fils aîné (ci-contre).

• Au total, sur les vingt-six monarques actuels, douze sont en Europe occidentale. À l’exception d’un seul (je vous laisse deviner lequel), ils exercent leur fonction dans le cadre d’un régime constitutionnel parlementaire - et plus démocratique que la plupart des républiques.

Hérédité ou élection ?

La transmission de la couronne, lorsque le titulaire vient à décéder ou abdiquer, est soit héréditaire, soit élective, soit consultative.

Au début du Moyen Âge, en Europe, la plupart des monarchies étaient électives et c’est seulement au XIXe siècle que se généralisa la transmission héréditaire, de père en fils (ou en fille quand, dans certains pays comme le Royaume-Uni, le souverain défunt n’a pas de fils survivant). Deux exceptions : le Saint-Siège et la co-principauté d'Andorre.

Notons qu’il n’y a depuis le 8 septembre 2022 (mort d’Elizabeth II) qu’une femme régnante, Margrethe II de Danemark, bien que la plupart des monarchies européennes aient renoncé à la primogéniture mâle (à la mort du souverain, c’est l’aîné de ses garçons qui monte sur le trône).

Les monarchies du reste de la planète sont héréditaires, à l’exception du Cambodge et de l’Arabie séoudite. Cette monarchie a été fondée dans le sang en 1932 par Ibn Séoud et, jusqu’à ce jour, se sont succédés sur le trône ses différents fils, désignés à chaque fois par un conseil de famille. Le successeur de l’actuel roi pourrait être son fils, l’ineffable Mohammed ben Salmane, mais rien n’est acquis.

Nul ne sait ce qu’il adviendra de cette monarchie et des vingt-quatre autres dans les prochaines décennies. Une seule chose est sûre : il n’y en aura pas de nouvelles… même si l’actuelle Corée du nord se montre tentée par le principe du pouvoir à vie doublé de sa transmission héréditaire.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2022-09-15 13:08:30

 
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