25 mai 2022

Ukraine : l'Europe entraînée dans une guerre d'usure

La guerre entamée en 2014 dans le Donbass (Ukraine) a connu une brutale accélération le 24 février 2022 avec l’ouverture de plusieurs fronts par l’armée russe sur toute la frontière russo-ukrainienne. Après trois mois d’offensives et de contre-offensives, le front est à nouveau en train de se stabiliser. Mais la perspective d’un traité de paix paraît plus éloignée que jamais. En prenant le recul qui sied à l’historien, demandons-nous ce que cela peut signifier pour les protagonistes et nous-mêmes.

Dans  Les causes politiques de la guerre (9 mars 2022), nous avons analysé le processus qui nous a conduits à l’impasse actuelle. Ce texte conserve toute sa pertinence, sinon que depuis sa publication, les espoirs de paix négociée se sont amenuisés.

En le publiant, il y a deux mois, nous émettions l’espoir que les négociations russo-ukrainiennes d’Istanbul aboutissent rapidement. Le président Zelensky avait déjà fait savoir qu’il renonçait à une entrée formelle dans l’OTAN et l’on s’orientait à petits pas vers un compromis honorable concernant l’autonomie du Donbass et le retour de la Crimée à la Russie.

Là-dessus, le samedi 26 mars, à Varsovie, le président Biden, de façon très peu diplomatique, a qualifié de « boucher » le président Poutine en feignant d’ignorer que plusieurs présidents américains eussent aussi mérité ce qualificatif (Jackson, Polk, Grant, Truman, Johnson, Clinton, Bush Jr...). Il a promis au président Zelensky de lui livrer toutes les armes qu’il pourrait souhaiter, en vue de vaincre l'agresseur russe.

Ce discours s’est tenu devant les seuls drapeaux polonais et américain car, pour Varsovie comme pour Washington, l’Union européenne ne compte pas. Qui se souvient encore que la Cour constitutionnelle de Pologne s’est affranchie des traités européens  le 7 octobre 2021, il y a tout juste 8 mois ?

La Pologne n'a pas changé de ligne depuis trois décennies. Comme les autres satellites de l’URSS, elle a pu entrer dans l’OTAN en 1999. En 2003, elle s’est fait gloire de participer à l’agression de l’Irak. Mieux encore, elle a parrainé la participation de l’Ukraine à cette guerre condamnée tant par l’ONU que par Paris, Berlin et Moscou. C’est ainsi que l’armée ukrainienne est devenue dès cette date membre de facto de l’OTAN.

Le président américain a de son côté fait oublier les conditions dans lesquelles les États-Unis ont abandonné les Afghan(e)s à leur sort le 15 août 2021, il y a tout juste dix mois ! Il se verrait rester dans l’Histoire comme celui qui aura réussi là où Napoléon et Hitler ont échoué : briser la Russie. C’est ce qu’a exprimé son Secrétaire à la Défense Lloyd Austin à Kiev le 26 avril 2022 : « nous voulons voir la Russie affaiblie, incapable de mener le type d’actions qu’elle a lancé sur l’Ukraine. »

Avec les encouragements de Varsovie, Washington et également Londres, le gouvernement de Kiev a donc suspendu les négociations d’Istanbul et relancé ses contre-offensives, non sans succès.

Face à la guerre, les autres pays européens ne cachent pas leurs réticences, à l’image de la France, dont le président persiste à entretenir le dialogue avec son homologue russe. Aucun ne se soucie d’armer les Ukrainiens (sauf à la marge). Ils laissent cette responsabilité à Washington et ses alliés du premier cercle. C’est le Pentagone qui, de fait, arme les Ukrainiens, les entraîne, les renseigne avec ses satellites, etc.

L’OTAN apparaît de plus en plus comme une coquille vide. Elle donne raison au président de la République française qui, le 7 novembre 2019, s’irritait de l'inaction de ses alliés face aux agissements de la Turquie en mer Égée et la déclarait « en état de mort cérébrale » !

Provocations de salon

En Europe, la guerre se joue dans les médias sans échapper au ridicule comme avec l’annulation d’un concert de Tchaïkovski ou la victoire de l’Ukraine dans… l’Eurovision. Elle se joue aussi dans les candidatures à l’OTAN de la Suède et de la Finlande. Celles-ci sont inutilement provocatrices car sans utilité pratique. La Suède n’a jamais rien eu à craindre de la Russie mais elle-même ne s’est pas privée de l’agresser il y a trois siècles. Son aventure s’est mal terminée à Poltava (en Ukraine !).
Tout autre est le cas de la Finlande. Staline l’a envahie en novembre 1939 mais il a été surpris par la résistance des Finlandais (comme Poutine en Ukraine). Il s'est résigné à un armistice le 12 mars 1940. Les choses auraient pu en rester là. Mais en juin 1941, quand la Wehrmacht envahit à son tour l’URSS, les Finlandais ont cru malin de s’associer à elle pour récupérer les territoires perdus. Ils ont ainsi poursuivi le combat aux côtés du IIIe Reich jusqu’en septembre 1944. Ce faisant, ils peuvent s'estimer heureux d'avoir pu prospérer après la guerre dans une paisible neutralité.

La guerre pour de vrai

La rupture survient en 2014, encouragée par les États-Unis. La Secrétaire d’État adjointe Victoria Nuland chiffre à 5 milliards de dollars le montant dépensé depuis 1991 pour détacher l’Ukraine de la Russie et l’amener dans l’Union européenne et l’OTAN.

Le 22 février 2014, le président pro-russe de l’Ukraine est révoqué par le Parlement. Immédiatement, celui-ci enlève à la langue russe son statut de deuxième langue officielle et réaffirme le souhait d’entrer au plus vite dans l’Union européenne et surtout l’OTAN.

Pour Moscou, il s’agit d’un casus belli. Cela veut dire par exemple que des navires de guerre américains pourront mouiller dans le port de Sébastopol, en Crimée. En d’autres temps, pour des faits similaires en sens opposé - l’installation de fusées soviétiques à Cuba -, Washington avait menacé le monde de l’apocalypse nucléaire. Et que dirait-on aujourd’hui si Cuba ou le Mexique concluaient une alliance avec la Chine et lui offraient des bases militaires à portée de canon des États-Unis ?

La suite est encore dans toutes les mémoires. Le Donbass russophone se soulève avec le soutien de Moscou et la Russie récupère la Crimée le 18 mars 2014. « Ils nous ont menti à plusieurs reprises, ils ont pris des décisions dans notre dos, ils nous ont mis devant le fait accompli. Cela s’est produit avec l’expansion de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord [OTAN] vers l’est, ainsi qu’avec le déploiement d’infrastructures militaires à nos frontières », se justifie Vladimir Poutine.

C’est le début de la guerre d’Ukraine. Le 24 février 2022, elle va connaître un brusque coup d’accélérateur à la surprise générale. Pourquoi ? Bénéficiant grâce aux Américains d’un armement et d’un entraînement de très haut niveau, l’armée ukrainienne a accentué au fil des mois sa pression sur le Donbass et la Crimée.

En attendant confirmation, on peut raisonnablement supposer ce qui suit : Poutine craint que l’armée ukrainienne, suréquipée par les États-Unis, ne devienne assez forte pour lancer une offensive générale et reprendre le Donbass et la Crimée ; cette épreuve aurait ruiné ses efforts et humilié comme jamais la Russie. Il fait donc le pari d’envahir l’Ukraine avant qu'il ne soit trop tard. Pari largement perdu puisque l’armée russe, plus mal en point qu’il ne devait lui-même le penser, a échoué dans sa tentative de « guerre-éclair ».

Le président russe s’est donc très vite rabattu sur son objectif a minima : occuper le Donbass et le sud de l’Ukraine, jusqu’à Khesron, sur le Dniepr, au total 60 000 km2, de façon à sécuriser la Crimée et fermer la mer d’Azov aux Ukrainiens et donc à l’Amérique. Trois mois après le lancement de l’offensive, cet objectif est largement atteint, au prix de lourdes pertes et de graves destructions, mais sans que Moscou ait eu à décréter une mobilisation générale.

Chacun se prépare désormais à une guerre de longue haleine où c’est l’armée ukrainienne qui devra prendre l’initiative de l’offensive face à un ennemi solidement retranché. Même avec derrière elle l’industrie de guerre américaine, elle aura du mal à récupérer les territoires perdus.

Conscient de la difficulté, le président Zelensky place ses espoirs dans les sanctions économiques, même si l’Histoire nous enseigne que tous les blocus et embargos se sont révélés inefficaces et même contre-productifs, depuis le Blocus continental jusqu’à Cuba, la Corée du nord et l’Iran en passant par Berlin.

Les Russes se sont préparés à cette éventualité depuis 2008 en cultivant l’autarcie et en nouant de nouvelles alliances. Ils peuvent compter sur la complicité de la Chine et des grands États d’Asie continentale. C’est ainsi que leurs exportations de gaz auraient baissé vers l’Europe mais augmenté vers la Chine, en rapportant plus de devises que jamais à Gazprom !

L’Ukraine, de son côté, risque de perdre dans cette guerre à rallonge ce qui lui reste de sève vitale. Depuis son indépendance en 1991 et jusqu’en 2021, le pays, rappelons-le, avait un PIB en baisse rapide et une population tombée de 52 millions à 45 millions d’habitants sous l'effet de l'émigration et de la dénatalité (un record mondial !). Cela ne s’est pas arrangé avec la guerre, ses destructions, ses victimes, ses déplacés et ses réfugiés, parmi lesquels beaucoup ne reviendront pas au pays. Au vu de sa démographie, il est difficile d'imaginer que le pays se remette de l'épreuve, surtout s'il devait se dissoudre dans l'Union européenne.

Sans égaler le malheur ukrainien, les Européens ont aussi du souci à se faire. Ils n’échapperont pas à une crise économique et sociale majeure, du fait des pénuries et des hausses de prix sur les hydrocarbures, les matières premières, les céréales, etc. C'est la conséquence du choix qu'a fait l'Union européenne dans la dernière décennie de promouvoir le recours au gaz et russe, plus accessible et moins cher que toute autre énergie, de la même façon qu'elle a encouragé les industriels européens à s'approvisionner en Extrême-Orient en composants électroniques. Il s'ensuit des dissensions entre les Européens qui pourraient accélérer le détricotage de l'Union.  La France craint de perdre ses derniers fleurons industriels, à commencer par Renault, secoué par la perte de son principal marché à l’étranger (la Russie). Son secteur de l’armement est aussi très affecté par le forcing de ses concurrents américains auprès des Européens (Allemands, Polonais, etc.)… et auprès des Australiens bien sûr. L'Allemagne tente de conserver ses importations de gaz russe, indispensables à ses industries. La Hongrie, quant à elle, refuse de renoncer à ses achats de pétrole russe.

En matière politique, le fossé se creuse entre les partisans de la négociation, telles la France et l'Allemagne, et les partisans de la guerre, en premier lieu la Pologne. Celle-ci garde l'avantage car elle est en plein accord avec Washington. Les Américains sont les seuls à espérer tirer profit du chaos européen : boum sur les exportations de pétrole et gaz de schiste ainsi que sur les ventes d’armements ; soumission complète du Vieux Continent. Tranquillisés sur leur « arrière-cour » européenne, ils pourront dès lors affronter le nouvel adversaire qu'ils se sont choisis, la Chine.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2024-05-12 17:16:25
Christian (15-07-2022 18:14:38)

Dans un rapport publié ce jeudi 14 juillet, l'OSCE se déclare "gravement préoccupée" par le traitement infligé aux civils ukrainiens dans les "camps de filtration" russes. Les Ukrainiens évacués des villes assiégées ou ceux qui quittent des territoires occupés par les Russes sont obligés de transiter par ces centres. Le rapport précise que "leurs données personnelles sont enregistrées, leurs empreintes digitales relevées, leurs documents d'identité copiés" et que, si des connexions avec les autorités ukrainiennes sont découvertes, "ces personnes sont séparées des autres et souvent disparaissent purement et simplement"...

Rappelons que Staline avait déjà fait déporter de nombreux peuples faussement accusés d’avoir collaboré avec les nazis pendant la seconde guerre mondiale (Kalmouks, Tatars et Tchétchènes, entre autres) et que ceux-ci avaient été réhabilités après la mort du dictateur. Une fois de plus, on peut constater que Poutine suit les traces de son lointain prédécesseur, au risque de se retrouver peut-être poursuivi un jour pour crimes contre l’humanité...

Christian (11-07-2022 08:03:58)

Contrairement à Hitler, qui jurait après chacune de ses agressions qu’il n’avait plus aucune ambition territoriale, Poutine n’attend même pas d’avoir écrasé l’Ukraine pour allonger la liste de ses revendications. Il lorgne maintenant sur Narva et donc sur les pays baltes dont l’indépendance avait été reconnue par Lénine en 1920 et qui furent annexés par Staline en 1940 à la suite du pacte germano-soviétique. Quant au président de la Douma, il parle de récupérer l’Alaska, vendu par la Russie aux Etats-Unis en 1867. Et pourquoi pas la Californie où les Russes occupèrent Fort Ross pendant une trentaine d'années ?

Christian (08-07-2022 18:01:18)

Après plus de quatre mois de bombardements et de massacres, Poutine a déclaré ce jeudi que les "choses sérieuses" (sic) n'avaient "pas encore commencé" (re-sic) en Ukraine... Je croyais pourtant qu'il avait décidé de se rabattre sur des objectifs moins ambitieux, à savoir occuper le Donbass et le sud de l’Ukraine jusqu’à Kherson de façon à sécuriser la Crimée et la mer d’Azov, et que ces objectifs étaient pratiquement atteints !

Christian (05-07-2022 07:40:35)

Loin d’être seulement (si j'ose dire) un problème pour les Européens, la guerre d’Ukraine a bien des répercussions au niveau mondial, au même titre que la guerre du Kippour de 1973 et la révolution iranienne de 1979, qui furent à l'origine des deux premiers chocs pétroliers.

Selon Christian de Perthuis, professeur d’économie, fondateur de la chaire "Economie du climat" à l’Université Paris Dauphine, le conflit ukrainien constitue "une menace pour la sécurité alimentaire, bien au-delà du pays envahi... Exprimé en pouvoir d’achat relativement aux biens industriels, le prix (des) matières agricoles a dépassé en février les pics atteints au lendemain de la crise financière de 2008-2009. Il a rejoint son plus haut historique, atteint lors de la crise de 1973".

Toujours selon Christian de Perthuis, "cette situation résulte de la tension croissante qui est apparue sur les marchés agricoles depuis trois ans, particulièrement marquée pour les oléagineux et les céréales à paille (hors riz)". Or, le conflit a "bloqué la totalité des livraisons de grains ukrainiens qui transitent à 95 % par les ports de la mer Noire. Les expéditions russes depuis la mer d'Azov ont également été interrompues. Celles en provenance des ports russes de la mer Noire ont chuté. Cette rupture d'approvisionnement affecte directement l'équilibre du marché mondial de trois produits : le blé, le maïs et le tournesol".

Christian de Perthuis en conclut que "les premières victimes de la dégradation de la situation alimentaire risquent d'être la population civile ukrainienne", mais que "la vague destructrice de la guerre menace d'aggraver la sous-nutrition bien au-delà des frontières ukrainiennes... Depuis les années cinquante, la faim dans le monde (résultait) de la pauvreté, pas d'un déficit quantitatif global de nourriture. La guerre en Ukraine risque à moyen terme de faire réapparaître un tel déficit sur le marché du blé".

Poutine serait-il en train de suivre les traces de Staline en inventant une nouvelle version du génocide par la faim, qui fit plusieurs millions de morts dans les années trente ?

Christian (04-07-2022 06:55:16)

Selon les témoignages de sa famille, repris par l'AFP, Dmitri Kolker, docteur en physique et mathématiques qui dirigeait un laboratoire sur les technologiques quantiques et optiques, atteint d'un cancer en phase terminale, est mort après avoir été interpellé et tiré de son lit d'hôpital par les agents du FSB. Deux jours plus tôt, il avait été arrêté et placé en détention provisoire par un tribunal de Novossibirsk pour "trahison d'État" et "espionnage" au profit d'un pays étranger, crime passible de vingt ans de prison. Selon son fils, il était soupçonné d'espionnage après avoir donné des cours lors d'une conférence internationale en Chine.

Poutine serait-il en train de réinventer le "complot des blouses blanches" monté de toutes pièces par le NKVD en 1953, quelques semaines avant la mort de Staline ?

Jean (03-07-2022 14:07:41)

Je lis dans la Croix hebdo du 2 juillet la recension d'un ouvrage de Nicolas Werth, spécialiste de l'histoire de l'Union soviétique. L'auteur "analyse l'utilisation de l'histoire par Poutine depuis son arrivée au Kremlin qui lui permet aujourd'hui d'envahir son voisin avec l'assentiment d'une majorité des Russes."
Il y a peut-être là un complément nécessaire à l'analyse d'André Laramé.

Christian (03-07-2022 10:41:26)

Selon l'AFP, la Russie accuse l'Ukraine d'avoir lancé des missiles sur la ville russe de Belgorod. Décidément, il y a des moments où l'on croit rêver !

Ainsi, les Russes auraient le droit d'annexer la Crimée, de soutenir les séparatistes du Donbass, de détruire Marioupol, de bombarder Kiev, Kharkiv et Odessa, de massacrer des centaines de civils et d'affamer plusieurs pays d'Afrique et du Moyen-Orient, mais les Ukrainiens n'auraient pas le droit de toucher au territoire sacré de la sainte Russie...

Pour paraphraser Georges Pompidou dans sa conférence de presse du 9 janvier 1973, Poutine a fini par faire sienne la phrase attribuée à Benjamin Constant: "La preuve qu'ils voulaient la guerre, c'est qu'ils se défendent"...

Christian (26-06-2022 04:13:12)

Poutine a annoncé ce samedi 25 juin qu'il allait fournir à la Biélorussie des missiles capables de transporter des charges nucléaires. Après l'annexion de la Crimée et l'invasion de l'Ukraine, c'est une nouvelle violation flagrante des mémorandums de Budapest, signés le 5 décembre 1994 entre l'Ukraine, la Biélorussie et le Kazakhstan d'une part, les États-Unis, le Royaume-Uni et la Russie d’autre part, qui accordent des garanties d'intégrité territoriale et de sécurité à ces trois anciennes républiques soviétiques en échange de leur renonciation aux armes nucléaires...

Christian (23-06-2022 06:08:59)

Selon l'AFP, deux terminaux de stockage de grains ont été touchés par des bombardements russes mercredi 22 juin dans la ville portuaire de Mykolaïv, en Ukraine. C'est dire à quel point Poutine se préoccupe des menaces de famine en Afrique et au Moyen-Orient...

Christian (21-06-2022 15:13:47)

Selon l’agence Reuters, le secrétaire du conseil de sécurité russe a averti mardi la Lituanie que la Russie pourrait « répliquer » après la mise en place de restrictions pour certaines marchandises transitant vers l’enclave de Kaliningrad. Selon la Lituanie, l’interdiction du transit de marchandises sur son territoire n’est que la mise en œuvre des mesures européennes adoptées en réponse à l’agression russe contre l’Ukraine (agression éminemment criminelle et scandaleuse, je n’en disconviens pas).

Pour mémoire, Kaliningrad (ex- Königsberg, patrie de Kant et ancienne capitale de la Prusse orientale) a été prise à l’Allemagne et cédée à l’Union soviétique en 1945. Elle est enclavée entre la Pologne au sud et la Lituanie au nord.

Après Dantzig, faudra-t-il mourir pour Kaliningrad ? On ne peut que constater, une fois de plus, la légèreté et l’imprévoyance de nos dirigeants, qui ont accepté l’élargissement de l’Union européenne aux pays d’Europe centrale et orientale sans tenir compte des problèmes inextricables que pourrait poser la présence de troupes étrangères enclavées à l’intérieur des frontières de l’Union ou positionnées sur le territoire de certains Etats membres (Russes à Kaliningrad, Turcs à Chypre)...

Christian (18-06-2022 10:06:59)

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Poutine a une vision purement opportuniste et à géométrie variable de l'histoire.

Le 1er septembre 2009 à Gdansk, il avait condamné le pacte germano-soviétique signé par Molotov et Ribbentrop en ces termes : «Toutes les tentatives d'apaiser les nazis entre 1934 et 1939 par divers accords et pactes étaient moralement inacceptables et politiquement insensées, nuisibles et dangereuses».

Le 10 mai 2015 à Moscou, il a au contraire justifié la signature du fameux pacte en ces termes : «L'Union soviétique a fait un tas d'efforts pour créer les conditions favorables à une résistance collective au nazisme… Lorsque l'URSS a réalisé qu'on l'avait laissée toute seule face à l'Allemagne d'Hitler, elle a pris des mesures visant à éviter un affrontement direct, et le pacte Molotov-Ribbentrop a été signé». En revanche, il n’a pas dit un mot des protocoles secrets, dont l'existence n'a été reconnue qu'en 1989 par Gorbatchev, qui prévoyaient le partage de la Pologne et l'annexion des pays baltes...

Force est de constater que Poutine s'est engagé, au moins depuis sa «réélection» de 2012, dans un processus rampant de réhabilitation de Staline et du stalinisme.

Christian (13-06-2022 04:12:58)

Le directeur de l'ONG russe "Comité contre la torture" a annoncé dimanche la dissolution de son organisation. Il considère comme "une insulte et une calomnie" sa désignation comme "agent de l'étranger" par les autorités. Ce comité, fondé en 2000, milite pour contraindre les autorités à enquêter sur les mauvais traitements infligés par les forces de sécurité et à prendre des mesures pour y mettre fin. Il a notamment travaillé sur la situation en Tchétchénie.

Christian (11-06-2022 07:03:38)

Après la condamnation à mort de trois combattants étrangers par les « autorités » de la « république » de Donetsk, Mme Ravina Shamdasani, porte-parole du haut-commissariat de l'ONU aux droits de l'homme, a fait la déclaration suivante : « Depuis 2015, nous avons observé que le prétendu système judiciaire de ces républiques autoproclamées ne satisfait pas aux garanties essentielles d'un procès équitable, telles que les audiences publiques, l'indépendance, l'impartialité des tribunaux et le droit de ne pas être contraint de témoigner ».

Christian (10-06-2022 18:18:48)

Trois combattants étrangers (deux Britanniques et un Marocain) ont été condamnés à mort jeudi par les "autorités" de la "république" de Donetsk pour leur participation à des combats dans les rangs de l’armée ukrainienne. Le ministère allemand des affaires étrangères a réagi ainsi: « En tant que combattants, (ces hommes) sont des prisonniers de guerre et ont droit à des protections spéciales en vertu de la convention de Genève. Cela montre une fois de plus le mépris total de la Russie pour le droit humanitaire international ».

Christian (09-06-2022 14:52:31)

« Pour les populations du monde entier, la guerre menace de déclencher une vague sans précédent de faim et de misère, laissant dans son sillage le chaos social et économique. Il n’y a qu’un seul moyen d’arrêter cette tempête qui se prépare : l’invasion russe de l’Ukraine doit cesser. » (Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU, le mercredi 8 juin 2022)

Christian (09-06-2022 12:43:55)

C'est maintenant le monde entier - et non plus seulement l'Europe - qui est concerné par les conséquences de cette guerre s'ajoutant à celles de la crise sanitaire: poussée inflationniste, raréfaction des matières premières, crise alimentaire menaçant notamment l'Afrique et le Moyen-Orient...

L’invasion de l’Ukraine, avec toutes ses conséquences, ressemble par certains aspects à la guerre du Kippour d'octobre 1973, qui avait d'ailleurs provoqué la mise en état d'alerte des forces nucléaires américaines et soviétiques. Le choc pétrolier qui s'en est suivi avait d'ailleurs été précédé, lui aussi, de nombreux signes avant-coureurs: hausse des prix du pétrole suite aux accords de Téhéran et de Tripoli conclus en 1971, abandon des accords de Bretton Woods la même année, retrait américain du Vietnam en 1973, etc.

Christian (03-06-2022 10:26:55)

Amin Awad, coordonnateur de l'ONU chargé de la crise ukrainienne, estime qu'en un peu plus de trois mois, «près de 14 millions d'Ukrainiens ont été contraints de fuir leur foyer, la majorité étant des femmes et des enfants». Il va même jusqu'à qualifier ce phénomène de «sans précédent dans l'histoire».

Christian (02-06-2022 07:11:15)

Un des négociateurs russes sur le conflit en Ukraine a indiqué mercredi à l’agence Ria Novosti que les territoires ukrainiens conquis militairement par la Russie pourraient organiser des référendums dès juillet en vue d’une annexion.

Il s’agit des républiques autoproclamées de Donetsk et Lougansk, dont Moscou a reconnu l’indépendance, mais aussi des régions de Kherson et Zaporijjia, dans le sud de l’Ukraine, que l’armée russe a en grande partie conquises depuis fin février.

Organiser un "référendum" dans un territoire occupé militairement pour "légaliser" l'annexion de ce territoire à la puissance occupante, c'est ni plus ni moins ce qu'avait fait Hitler le 10 avril 1938, alors que les troupes allemandes occupaient déjà le pays depuis un mois.

Il est vrai que Staline a fait mieux (ou pire) le 11 octobre 1944 en faisant "approuver" le rattachement de la petite république de Tannou-Touva à la Russie par le parlement local (dominé par les communistes) sans juger utile de consulter la population.

Christian (31-05-2022 16:42:33)

Les nouvelles autorités de la région séparatiste géorgienne d’Ossétie du Sud ont annoncé lundi renoncer à l’organisation d’un référendum sur leur intégration à la Russie. Dans un décret, le président Alan Gagloev a invoqué l’incertitude liée aux conséquences légales d’une telle consultation, qui avait été décidée par son prédécesseur, Anatoli Bibilov, et qui devait se tenir le 17 juillet.

Le 13 mai, les autorités d’Ossétie du Sud avaient annoncé la signature par Anatoli Bibilov d’un décret sur la tenue d’un référendum, évoquant l’aspiration historique des habitants de ce petit territoire caucasien à rejoindre la Russie. Mais Anatoli Bibilov n’a pas réussi à se faire réélire au poste de président au début du mois.

L’Ossétie du Sud a été au centre de la guerre russo-géorgienne de 2008, à la suite de laquelle le Kremlin a reconnu son indépendance ainsi que celle d’une autre région séparatiste géorgienne, l’Abkhazie, et y a installé des bases militaires. Les combats avaient pris fin au bout de cinq jours avec l’établissement d’un cessez-le-feu négocié par l’Union européenne. Mais ils avaient fait plus de 700 morts et provoqué le déplacement de dizaines de milliers de Géorgiens de souche.

En mars, le procureur de la Cour pénale internationale, Karim Khan, a demandé que des mandats d’arrêt soient lancés contre trois responsables actuels et anciens de l’Ossétie du Sud, en relation avec des crimes de guerre commis contre des Géorgiens de souche. Parmi les crimes qui leur sont reprochés figurent la torture, la détention illégale, la prise d’otages et les déportations de personnes.

Christian (29-05-2022 14:00:13)

Vendredi 27 mai, l’Église orthodoxe ukrainienne a déclaré «sa pleine indépendance» du Patriarcat de Moscou. «Nous ne sommes pas d'accord avec le patriarche moscovite Kirill (...) en ce qui concerne la guerre en Ukraine», a expliqué dans un communiqué l'Église orthodoxe ukrainienne. «Le concile condamne la guerre, qui est une violation du commandement de Dieu, Tu ne tueras point, et exprime ses condoléances à tous ceux qui souffrent à cause de la guerre», ajoute le texte.

Selon le communiqué, les relations avec le Patriarcat étaient «compliquées ou inexistantes» depuis la déclaration de la loi martiale en Ukraine. L’Église ukrainienne précise rejeter totalement la position du patriarche Kirill à propos de la guerre. «Non seulement il n'a pas condamné l'agression militaire de la Russie, mais il n'a pas non plus trouvé de mots pour le peuple ukrainien qui souffre», a déclaré le porte-parole de l’Église.

Poerre (28-05-2022 12:28:05)

On peut difficilement reprocher à la Pologne de ne pas se fier au reste de l’Europe: l’Histoire ne trompe pas. Par contre, l’Europe et les Europeens sont mal venus de se plaindre de la politique américaine. Ça fait longtemps, depuis au moins l’Union européenne que l’Europe aurait dû inviter les EUA à retourner chez eux. Les Américains jouent leur jeu. Nous, Canadiens, comme le reste de notre continent n’avons pas le choix. Mais l’Europe peut développer sa propre politique. Éventuellement, elle aurait intérêt à former un troisième grand bloc avec la Russie. Mais la crise actuelle ne s’y prête pas. La position de l’Europe devrait être le retour de la Crimée aux Russes. Mais ils n’ont pas besoin du Donbass, Marioupol doit revenir à l’Ukraine. La Russie n’aurait pas d’accès terrestre à la Crimée, et puis quoi! C’est pas pire que la France et la Corse, les EUA et l’Alaska ou Hawaï…

Poerre (28-05-2022 03:32:23)

On peut difficilement reprocher à la Pologne de ne pas se fier au reste de l’Europe: l’Histoire ne trompe pas. Par contre, l’Europe et les Europeens sont mal venus de se plaindre de la politique américaine. Ça fait longtemps, depuis au moins l’Union européenne que l’Europe aurait dû inviter les EUA à retourner chez eux. Les Américains jouent leur jeu. Nous, Canadiens, comme le reste de notre continent n’avons pas le choix. Mais l’Europe peut développer sa propre politique. Éventuellement, elle aurait intérêt à former un troisième grand bloc avec la Russie. Mais la crise actuelle ne s’y prête pas. La position de l’Europe devrait être le retour de la Crimée aux Russes. Mais ils n’ont pas besoin du Donbass, Marioupol doit revenir à l’Ukraine. La Russie n’aurait pas d’accès terrestre à la Crimée, et puis quoi! C’est pas pire que la France et la Corse, les EUA et l’Alaska ou Hawaï…

Christian (26-05-2022 12:34:52)

Le pape a peut-être bien parlé des "aboiements de l'OTAN" mais il s’en est tenu néanmoins à une position qui est généralement celle du Vatican : impartial, mais non neutre. Impartial, c’est-à-dire qu'il ne prend position pour aucune des parties. En revanche, il n’est pas neutre : il s’engage (ou tente de s'engager) diplomatiquement en faveur de la recherche d'une solution juste au conflit.

D'après ce que je comprends, le pape ne cherche pas à justifier ou à excuser l’invasion puisqu’il juge celle-ci illégale et qu’il réprouve l’attaque contre l’Ukraine, mais il fait toujours la distinction entre les peuples et leurs dirigeants. S’il y a des crimes contre la paix et des crimes de guerre, les responsables sont ceux qui ont commis ces crimes, et non l'ensemble du peuple.

Dallemagne (26-05-2022 08:49:07)

Merci pour vos analyses un peu plus objectives que la propagande pro OTAN dont nous gavent nos médias traditionnels. Le journal Marianne est dans la même veine et a relevé les paroles du Pape qui parle des "aboiements" de l'OTAN dans le Corriere de la Sera.

Christian (26-05-2022 05:47:46)

On lit parfois dans les médias que le conflit actuel est le premier à se dérouler sur le sol européen depuis 1945. C'est oublier notamment les conflits meurtriers qui ont affecté l'ex-Yougoslavie entre 1991 et 1999.

En revanche, il s'agit sans doute de la première guerre ouverte entre Etats internationalement reconnus sur le sol européen depuis 1945, aggravée par la volonté affirmée de l'Etat agresseur d'annexer ou d'assujettir l'autre. En ce sens, l'agression russe du 24 février présente de nombreuses analogies avec l'agression italienne contre l'Ethiopie en 1935, l'agression japonaise contre la Chine en 1937, l'agression germano-soviétique contre la Pologne en 1939 et l'agression anglo-américaine contre l'Irak en 2003 (liste non exhaustive).

Xuani (25-05-2022 17:53:29)

Bonjour,
Une petit question. Vous dites: "Cela veut dire par exemple que des navires de guerre américains pourront mouiller dans le port de Sébastopol, en Crimée". Cela ne leur est-il pas interdit par la Convention de Montreux sur les détroits? Merci d'éclairer ce point. Et merci de façon générale pour vos articles, cela nous change de la propagande passablement idiote de laquelle nos journaux nationaux nous abreuvent actuellement ... Bonne continuation donc.

Eric Kernet (25-05-2022 17:45:56)

Un rappel de l’histoire est toujours le bienvenue au regard de l’histoire tronquée que beaucoup de médias déverse actuellement.. Je pense que votre analyse est juste mais elle va certainement être l’objet de critiques virulentes, la neutralité n’étant pas une denrée à la mode actuellement

Brossier (25-05-2022 15:10:53)

D'abord un grand merci pour la revue Hérodote, passionnante. Les articles sont très bien faits, documentés et instructifs.
Pour la période récente je suis plus dubitatif. Merci quand même pour ces analyses fouillées et cela permet d'avoir un autre regard utile. Ceci dit je ne suis pas d'accord avec les analyses d'André Laramé sur ce sujet. Le point de vue de veut objectif et équilibré, mais il est trop antiaméricain.
A ma connaissance l'UE n'a jamais agressé la Russie, et même l'Otan n'a jamais fait la guerre à la Russie. Qu'il y ait eu des erreurs, des humiliations vis à vis de la Russie post soviétique, c'est certain. Mais cela ne justifie en rien une guerre violente d'un pays contre un autre. On peut trouver que la démocratie américaine est très imparfaite, mais que dire de la Russie de Poutine qui lui est un vrai dictateur.
Je pense que l'Europe en sortira renforcé et je suis convaincu que l'Ukraine s'en sortira aussi. Son peuple a une capacité incroyable de résilience à l'image de son président.

Chagneau (25-05-2022 14:18:25)

enfin un point de vue plus équilibré qui nous change des condamnations habituelles ,sans être "pro Poutine "! Continuer à faire de l'histoire ....

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