6 avril 2022

Invasion de l'Ukraine : l’Europe dans la tourmente

La troisième guerre de destruction de l'Europe est engagée. Elle pourrait nous être fatale si nos dirigeants se laissent emporter par la stupeur et l'émotion devant la brutalité de l'armée russe et de leur chef. Souhaitons qu'ils puissent malgré tout négocier la paix et éviter l'irréparable. Détachons-nous des images terribles de Boutcha et des larmes des victimes et pensons à l'avenir...

Depuis plus de soixante-dix ans, les Européens ont délégué aux Américains le soin de les protéger, sous couvert de l'OTAN. À l'exception de la France, ils se refusent à faire usage de leurs armes. Dans les crises, hier la Syrie, aujourd'hui l'Ukraine, ils déroulent le même triptyque : condamnations morales, accueil des réfugiés, sanctions économiques. Mais face à la Russie, ils se comportent aussi comme s'ils étaient engagés dans une guerre de long cours, sans se battre pour autant. S'alignant sur les Américains, ils multiplient les menaces à l'égard de l'agresseur en fermant la porte à la négociation. Ils ne veulent rien d'autre que détruire la puissance russe et se séparer à jamais du peuple russe. Peu importe que ce soit au prix de la mort de l'Ukraine et de la ruine définitive de l'Europe. Cette troisième tentative de suicide, après 14-18 et 39-45, sera-t-elle la bonne ? Beaucoup de gens, sur les autres continents, l'espèrent.

Dans ce drame, il est paradoxal que le seul dirigeant qui affiche une stature d’homme d’État soit le président Erdoğan. On le vouait aux gémonies il y a quelques mois et le président Macron était prêt à lui faire la guerre pour préserver l'intégrité de la Grèce ! Dans les jours qui ont suivi le déclenchement de la guerre, le président turc, en émule de Talleyrand et Metternich, a réuni les belligérants à Istanbul, dans le palais de Dolmabahçe. Et très vite, le président Zelensky a fait des ouvertures sur la neutralité de l’Ukraine et l'autonomie du Donbass, voire la rétrocession de la Crimée à la Russie, les trois pierres d’achoppement à l’origine de la guerre et du chaos actuel !

Une guerre régionale aux conséquences planétaires

La guerre d'Ukraine ne mobilise que les États européens et anglo-saxons. Les autres se contrefichent de cette guerre. L'expression « communauté internationale » a moins de sens que jamais et disqualifie ceux qui l'emploient. Il serait plus juste de parler de « communauté occidentale ».

- Une Europe isolée

Le 2 mars 2022, à l'ONU, l'agression russe a été condamnée par les gouvernements occidentaux et leurs affidés mais elle a laissé indifférents la plupart des autres gouvernements, représentant plus des deux tiers de l’humanité. Quant aux sanctions économiques contre la Russie, elles sont seulement le fait de l’Europe et de l’anglosphère (Royaume-Uni, Canada, États-Unis, Australie et Nouvelle-Zélande). En y ajoutant la Corée, le Japon, Taïwan, la Colombie, le Paraguay, l'Équateur et le Costa Rica  (carte ci-dessous), cela fait tout juste un peu plus d’un dixième de l’humanité (note).

Les réactions à l'agression de l'Ukraine par la Russie : condamnations et sanctions (7 avril 2022, source : legrandcontinent.eu)

Comment mieux le dire ? La guerre en Ukraine n’est somme toute rien d’autre qu’une guerre régionale, comme l’étaient la guerre du Vietnam, la guerre d’Irak ou celle d’Afghanistan. Comme ces guerres ou comme toute autre crise régionale (crise des subprimes aux États-Unis, pandémie en Chine), elle aura des répercussions sur toute la planète (inflation, pénuries d’énergie, de matières premières ou de céréales). Mais c’est bien évidemment sur les pays de la ligne de front, autrement dit l’Europe, que ses conséquences seront les plus graves. 

- Faut-il juger Poutine ?

De la part des gouvernants européens, il est irresponsable de prétendre traduire le président russe devant un tribunal international avant d'avoir épuisé toutes les chances de paix.

Comme Erdoğan ou encore Xi Jinping, Poutine est assurément un voyou mais aussi un homme d’État, autrement dit un homme qui sert l'État dont il a la charge sans s'embarrasser d'aucun scrupule moral. Mais c'est un homme d'État avec lequel il nous faudra sans doute négocier un jour ou l'autre, sauf à sacrifier le peuple ukrainien dans une guerre à outrance. La morale sera-t-elle sauve quand nous aurons causé la mort ou réduit à la famine et à la misère des millions d'hommes et de femmes pour réparer les crimes de Boutcha ?

Rappelons qu’aucun chef de grande puissance, qui plus est membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU, n’a jamais été jugé. La Cour pénale internationale n’a inculpé que des chefaillons africains ou balkaniques, jamais un président américain, chinois ou autre, si grands que fussent leurs crimes présumés (Irak, Xinjiang, etc.). On peut le déplorer au nom de la morale ou bien s'en accommoder à l'image du président Nixon, lui aussi voyou et homme d'État. En 1972, il ne s’est pas soucié des droits de l’homme quand il a normalisé les relations avec la Chine de Mao, en dépit des millions de victimes au passif de ce dernier. Il n'a pas non plus exigé un brevet de moralité de l'autocrate Brejnev quand il a signé avec lui le premier accord de limitation des armes nucléaires.

- De l'illusion des sanctions économiques

Pouvons-nous étrangler la Russie par des sanctions économiques de façon à hâter le renversement de Poutine par son entourage ou une révolution populaire ? Ce n'est pas le moins du monde certain.

De Napoléon face à l’Angleterre à Bush face à l’Iran, il n’est pas d’exemple qu’un blocus ait convaincu un peuple en guerre de rendre les armes. Au grand déplaisir de nos économistes qui croient que les humains sont seulement mus par le ventre, les sanctions ont pour principal effet de raviver le sentiment national. On l’a vu avec Hitler, que les Allemands ont suivi jusqu’à la fin, en dépit – ou à cause - des bombardements de villes. On l’a vu avec Khomeiny, qui a retrouvé le soutien de son peuple quand les Irakiens l’ont agressé en 1980. On le voit une nouvelle fois avec les Russes qui, à l’exception d’une frange d’intellectuels occidentalisés, resserrent les rangs autour de leur tsar.

Au demeurant, les sanctions prônées par l’Union européenne (et elle seule) sont à double tranchant. Elles ne vont pas ralentir dans l'immédiat l’effort de guerre de la Russie, qui a anticipé l'épreuve ainsi que le rappelle David Teurtrie. Craignons qu'il y ait encore beaucoup de crimes de guerre avant que l'armée russe ne rende les armes. A contrario, les sanctions vont très vite affecter l'Europe car on ne se coupe pas impunément de son principal fournisseur en pétrole, gaz, charbon et minerais quoiqu'en disent les experts (note). Les classes populaires et moyennes vont très vite voir leur niveau de vie affecté par les pénuries de carburant, de fioul et d'électricité, les hausses des prix et de nouvelles taxes. La cohésion européenne résistera-t-elle longtemps à l'épreuve ? Peu probable.

Le 26 mars 2022, le président Biden discourt à Varsovie devant les drapeaux étasunien et polonais. L'absence du drapeau européen illustre le peu de cas que fait la Pologne de l'Union européenne, DR.Derrière une union de façade, voilà l’Allemagne sommée de sacrifier son industrie et la France sommée de sacrifier son dernier fleuron industriel, Renault, sur l’autel de la solidarité avec l’Ukraine. Les dissensions entre dirigeants européens dépassent le seuil de la bienséance. Le Premier ministre polonais insulte le président français en assimilant ses échanges avec Poutine à un « dialogue avec Hitler ». Dans le même temps, il multiplie les manifestations d'allégeance à Washington. Quant au Premier ministre hongrois, fort de son succès électoral, il affiche sans complexe sa proximité avec Vladimir Poutine.

Les Européens : va-t-en-guerre de salon

Tous cela nous éloigne à grande vitesse de la seule issue qui vaille : l’arrêt des combats, la conclusion de la paix au moindre coût et l’établissement d’un nouvel ordre européen fondé sur l’équilibre et le respect de chaque nation, selon la belle devise de l’Union, « Unie dans la diversité » ou, mieux encore, selon les traditions diplomatiques de la vieille Europe.

Nous avons analysé il y a un mois les causes politiques de la guerre : la désagrégation de la Russie sous la présidence d’Eltsine, puis la poussée de l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie, avant que l’Ukraine n'en devienne un membre de facto. Les dirigeants ukrainiens se justifient en invoquant le droit de choisir leurs alliés. Mais une alliance est comme un mariage. Il faut être deux pour la conclure et il faut que chacun y trouve son intérêt. En l’occurrence, l’OTAN aurait dû clairement signifier que l’admission de l’Ukraine était inopportune et de nature à briser l’équilibre européen.

La raison et la diplomatie reprendront-elles enfin le dessus ? L’Europe et l’Union se relèveront-elles de ce bourbier ? Rien n’est moins certain. Oublieux des causes somme toute mineures de la guerre, nos médias et nos dirigeants n’ont de cesse d’en rajouter sur les motifs de haïr les Russes (note). Même chose dans le camp d’en face. Chacun tend à diaboliser ou « nazifier » l’adversaire. C’est une caractéristique de la guerre totale, une invention du XXe siècle. Autant que l’on sache, c’était sans ces excès de haine que s’affrontaient les armées européennes des siècles antérieurs.

Confrontés au retour brutal de l'Histoire, nos dirigeants politiques pourraient faire leur le mot du général de Gaulle : « La véritable école du commandement est celle de la culture générale. Par elle, la pensée est mise à même de s'exercer avec ordre, de discerner dans les choses l'essentiel de l'accessoire. » Qu'ils songent aussi à leurs illustres prédécesseurs. En août 1941, avant que les États-Unis entrent en guerre, Roosevelt et Churchill se sont retrouvés « quelque part en mer » au large de Terre-Neuve, pour définir ensemble un but de guerre contre le IIIe Reich. Ce fut la Charte de l’Atlantique. Ils avaient l'espoir que la guerre accouche d'un monde meilleur. Cet espoir est tout à fait absent du drame actuel. Quelle qu'en soit l'issue, on peut assurer qu'il ne fera que des perdants, du moins sur notre continent.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2024-03-12 10:26:19
Christian (13-04-2022 06:15:58)

J'espère qu'on n'en arrivera pas là, mais s'il est démontré juridiquement que les bombardements de populations civiles et les crimes de guerre sont liés à la volonté de nier l'existence même de la nation et du peuple ukrainiens en tant que tels, on pourra sans doute parler de génocide, ou tout au moins de massacres génocidaires.

Le président français sortant vient de déclarer, si j'ai bien compris, qu'il fallait éviter l'escalade des mots parce que les Russes et les Ukrainiens sont des "peuples frères". Mais le fait de cohabiter ou d'avoir cohabité dans le même pays n'a empêché ni le génocide des Arméniens en Turquie, ni celui des Juifs en Allemagne, ni celui des Tutsis et des Hutus modérés par d'autres Hutus au Rwanda.

Quant aux "circonstances atténuantes" liées aux menaces que ferait peser l'OTAN sur la Russie, elles ne seraient guère plus valables que celles qui ont été invoquées pour justifier le génocide des Arméniens et celui des Juifs, accusés de "complicité" avec les ennemis de la Turquie et de l'Allemagne.

Pierre (12-04-2022 13:04:38)

De un, faudrait que meure l’OTAN et que l’Europe développe sa propre politique. Ça implique le réarmement des Européens. Le gendarme américain est carrément incompétent. De deux, comme la Russie n’est pas prête de disparaître, faut que, graduellement, l’Europe apprenne à s’en passer. L’Europe doit chercher son gaz et son pétrole ailleurs. Ni aux EUA, ni en Chine, ni en Russie. En attendant, c’est malheureux pour l’Ukraine, mais la boucherie doit cesser.

Guy Sitbon (11-04-2022 13:25:25)

Cher André Larané,
Première et unique voix raisonnable. Vous auriez pu ajouter que la disparition de la puissance militaire russe à laquelle nous assistons (ajoutée aux sanctions) constitue un beau cadeau fait à la Chine.

Jean MUNIER (10-04-2022 21:04:47)

les Kurdes, Arméniens, Chypriotes du sud n'ont pas le même avis à propos de Monsieur Erdogan qui souhaite la paix en Mer Noire (nom ottoman ) dont il est riverain. Les Etats ont la politique de leur géographie, dixit Napoléon. Quand des armées russes font des échanges radio en clair , cela me fait penser à Tannenberg en 1914. Je ne comprends pas un "conquérant" qui détruit systématiquement le territoire ou Etat qu'il veut "reconquérir". Lui aussi est désinformé.

PHD52 (10-04-2022 16:36:42)

Article étonnant, et décevant... Poutine ne fait pas cette guerre pour la Crimée, le Donbass et la neutralité de l'Ukraine.
Il prépare la Russie depuis 22 ans dans tous les domaines pour faire la guerre qui lui permettra de restaurer l'Empire russe (encore plus vaste que l'URSS).
Il n'y a rien à "négocier" avec lui, sauf notre acceptation de sa volonté.
Dans sa "préparation", il y a en particulier celle du peuple russe, qui est aujourd'hui absolument convaincu que l'occident (nazi, forcément) veut détruire la Russie.
De la même façon que l'a fait le peuple allemand à l'époque, le peuple russe soutiendra Poutine et sa guerre jusqu'au bout.

Christian (09-04-2022 04:24:02)

Jusqu'à preuve du contraire, il est quelque peu excessif de comparer Poutine avec Hitler ou Staline, tout au moins pour le nombre de victimes qui n'a pas (ou pas encore) atteint le million... En revanche, la situation actuelle présente quelques analogies avec celle qu'évoque un article paru dans cette revue sous le titre "Mussolini attaque l'Ethiopie" et dont voici quelques extraits :
L'affaire débute par une joute diplomatique. Mussolini affirme à l'adresse de la SDN que des inspecteurs italiens ont été agressés quelques mois plus tôt aux confins de la colonie italienne de Somalie et de l'Ethiopie.
Le 2 octobre 1935, le Duce adresse un discours belliqueux aux Italiens et leur annonce sa décision d'envahir l'Ethiopie. Dès le lendemain, sur son ordre, dix divisions appuyées par les chars et l'aviation - au total 400 000 hommes - se ruent sur ce pays et le prennent en tenaille à partir des colonies italiennes de Somalie et d'Erythrée.
Malgré des bombardements brutaux, malgré les massacres de populations civiles, il faudra plusieurs mois aux troupes fascistes pour venir à bout de la résistance éthiopienne...
L'agression de l'Ethiopie porte un rude coup à la paix dans le monde et rompt l'équilibre précaire né du traité de Versailles. Conséquente avec elle-même, la SDN condamne l'Italie dès le début de l'agression et, le 5 octobre 1935, demande à la France et à l'Angleterre d'appliquer à son encontre des sanctions économiques. Les gouvernements français et anglais (qui possèdent eux-mêmes d'immenses empires coloniaux) s'exécutent avec réticence...
Une pléiade d'intellectuels et d'académiciens (Thierry Maulnier, Pierre Gaxotte, Marcel Aymé...) dénoncent des sanctions qui « n'hésiteraient pas à déchaîner une guerre universelle, à coaliser toutes les anarchies, tous les désordres, contre une nation [l'Italie] où se sont affirmées, relevées, organisées, fortifiées depuis quinze ans quelques-unes des vertus essentielles de haute humanité ».
En Italie, la condamnation de la SDN a l'effet paradoxal de souder la population autour du Duce.
Peu après l'occupation de l'Ethiopie, le négus Haïlé Sélassié vient plaider la cause de son pays à Genève, devant les délégués de la SDN. Le 30 juin 1936, il fait une grande impression sur les délégués et sur l'opinion publique mais n'entraîne aucune décision en sa faveur. Au contraire, inquiète pour la paix en Europe, la SDN lève les sanctions contre l'Italie le 4 juillet 1936...
Remplacez Mussolini par Poutine, Italie par Russie, Ethiopie par Ukraine et la "pléiade d'intellectuels et d'académiciens" par qui vous voulez...

Herodote.net répond :
Merci pour ce rappel d'Herodote.net ! Il eut toutefois fallu donner la suite de notre article : *... la SDN lève les sanctions contre l'Italie le 4 juillet 1936. Trop tard. Mussolini est déjà en voie de se rapprocher de Hitler et il va dans les semaines suivantes s'engager avec lui dans la guerre d'Espagne.*
En d'autres termes, les sanctions ont bien eu pour effet de jeter Mussolini dans les bras de Hitler avec les conséquences que l'on sait. Reste à se demander qui serait aujourd'hui Hitler? Xi Jinping? Nous avons de la peine à le croire...

Reste une question de fond à laquelle nous n'avons pas de réponse : fallait-il hier sacrifier l'indépendance de l'Éthiopie à la paix du monde? faut-il aujourd'hui sacrifier la souveraineté de l'Ukraine à la paix du monde?

dom 50 (08-04-2022 14:08:12)

Comment peut-on soutenir un pareil individu ? rappelons-nous l'invasion de la Pologne par Hitler en 39. Actuellement nous ne réagissons pas suffisamment à cette agression et nous laissons massacrer les populations civiles. Il est fort probable que Poutine ce criminel de guerre va continuer à répandre la guerre en Europe, notre mollesse signe de faiblesse ne nous met pas à l'abri.

PascalT (08-04-2022 12:09:54)

Monsieur Larane persiste et signe dans sa vision partiale d’une guerre aux responsabilités partagées. Qu’il le veuille ou non on est en présence d’un pays, la Russie qui envahit un pays indépendant et souverain. Avec les destructions et les massacres de civils que l’on découvre tous les jours. Son commentaire est indécent.

Castel (07-04-2022 22:48:28)

Je ne suis pas d'accord avec le contenu de cet article dont je salue toutefois le talent de son auteur.
Si les Américains avaient fixé une limite aux Russes au cas où ceux- s'aventureraient au delà du Dombas , il est probable que Poutine se serait arrêté net ! N'oublions pas qu'après l'invasion de l’Abkhazie et de l'Ossétie du sud, le petit Bush, pour le moins critiquable par ailleurs, a mis fin à la guerre en menaçant le Russe d'intervenir s'il allait plus loin. Or en faisant des figures de style, les occidentaux, malgré la Géorgie, la Syrie et la Crimée, se sont aplatis comme du temps de la remilitarisation de la Rhénanie, de l'Anschluss, de l'invasion de la Bohème et du couloir de Dantzig, pour finir par réagir mais trop tard après celle de la Pologne.
Ils ont étalé une faiblesse sans proportion avec la puissance militaire dont ils disposent.
Il y a un principe juridique inclus dans la charte de l'ONU, la légitime défense d'autrui, ici l'Ukraine agressée ... et maintenant saignée! Il n'est pas trop tard pour menacer d'entrer en guerre à l'heure où les Russes quittent le nord de l'Ukraine en laissant derrière eux des centaines de civils assassinés dans des conditions atroces, sans se laisser abuser par le bluff nucléaire du dictateur. Il est temps de siffler la fin de la partie mais il faut être crédible et envoyer massivement des troupes.

Pour négocier à Istanbul ou ailleurs , il faut être de bonne foi. Or Poutine a montré récemment qu'il était capable de contredire ses propres délégués. Il ne s'inclinera que devant la force.
Et il faut profiter de l'échec actuel des Russes, dont le prestige est pour le moins entamé, pour contrer leur influence notamment en Afrique.

Tilsit (07-04-2022 10:57:45)

L'UE en la personne de tante Ursula, présidente des fonctionnaires de la Commission Européenne, donc non élue a dit d'emblée que l'Ukraine avait toute sa plac dans l'UE. Rien n'est moins sûr. Cela voudrait dire que nous serions constamment en conflit avec la Russie. Car qu'on le veuille ou non, l'Ukraine appartient à la zone d'influence russe. Ce n'est pas avec ces dirigeants là que l'on va arriver à une Europe de l'Atlantique à l'Oural. Je remercie M. Larané pour ses articles édifiants, et bien fondés.

FM (07-04-2022 10:04:50)

Je trouve cet article particulièrement partial et orienté. Je suis vos articles depuis pas mal d'années et si j'admire votre capacité à introduire des perspectives différentes sur bien des sujets. Mais pour ce qui concerne la Russie, vous semblez sans cesse voir le mal du côté occidental (voir articles précédents) et focaliser vraiment toute votre argumentation sur les point négatifs du côté occidental. Peut-être faudrait-il aussi insister également sur la vanité du jeu que joue la Russie? Plus important encore, peut-être vaudrait-il le coup de simplement donner un minimum de voix aux Ukrainiens - et de manière générale - aux aspirations des peuples de l'Est de l'Europe. La raison pour laquelle ceux-ci adhèrent à l'OTAN ce sont les terribles souvenirs de la manière dont les Russes se sont comportés à leur encontre au cours de l'histoire. Demandez-vous, à leur place, à quoi aspireriez-vous? Les postures occidentales que vous critiquez ne sont peut-être pas exemptes de faiblesses. Mais la racine des maux va bien au-delà du simple élargissement de l'OTAN.

Herodote.net répond :
Nous sommes bouleversés comme vous par les tragédies de ces dernières semaines. Nous n'y voyons pas la lutte du Mal contre le Bien mais le résultat de 20 ans de malentendus, dont la responsabilité incombe aux Américains, aux Européens et aux Ukrainiens tout comme aux Russes. C'est ce que nous tachons d'expliquer, chronologie des faits à l'appui, dans notre dossier : Les causes politiques de la guerre.

Notez qu'on ne choisit pas une alliance comme on choisit un téléphone en magasin. Si un pays tel que l'Ukraine, imbriqué dans le monde russe, entre dans une alliance qui a fait de la lutte contre la Russie son mantra, il doit s'attendre à en payer le prix. A l'inverse, si l'alliance accepte d'intégrer l'Ukraine, elle sait que cela aura pour effet d'aggraver les tensions jusqu'à l'insupportable. Aujourd'hui, il est sans doute trop tard pour revenir en arrière. Nous avons libéré un monstre et déchaîné la tempête. Sauf miracle à Istanbul, attendons-nous à des heures difficiles (sanctions, inflation, pénuries, chute du niveau de vie des classes moyennes...).

NB : rien n'est simple. L'Histoire n'est pas la même selon d'où on l'observe. Si l'URSS a occupé l'Europe de l'Est en 1945, ce fut *de son point de vue* en compensation pour les vingt millions de Soviétiques morts dans la lutte contre le nazisme ; ce fut d'autre part pour punir ces Etats plus ou moins complices du IIIe Reich et de la Solution finale (Baltes, Hongrois, Roumains, Slovaques...). Gardons-nous donc de trop même la mémoire à la politique.

Christian (07-04-2022 07:16:58)

Depuis le cinquième siècle avant JC (au moins), il y a toujours eu des conflits entre partisans et adversaires de la démocratie. La démocratie a parfois été très minoritaire dans le monde, mais elle n'a jamais disparu et elle a toujours connu des avancées et des reculs.

Pour ne pas remonter plus loin, les derniers régimes dictatoriaux qui existaient en Europe occidentale (Espagne, Grèce, Portugal) n'ont disparu qu'entre 1974 et 1976.

A la même époque, les principaux pays d'Amérique du Sud (Argentine, Brésil, Chili) étaient soumis à des régimes militaires, qui ont disparu entre 1983 et 1990.

Je pense qu'il est inutile de rappeler ici ce qui s'est passé après l'arrivée au pouvoir de Gorbatchev en 1985 et la chute du mur de Berlin en 1989. La Chine elle-même s'est alors soulevée, sans succès malheureusement, contre la dictature communiste.

Certes, les démocraties issues de ces changements sont parfois purement formelles et toujours imparfaites, mais quel pays peut prétendre à la perfection dans ce domaine ?

En conclusion, s'il est probable que les régimes démocratiques et les régimes autoritaires continueront à coexister, plus ou moins pacifiquement, il n'y a aucune raison de penser que les seconds l'emporteront durablement sur les premiers.

Yves Potier (06-04-2022 21:31:11)

L’hubris et les erreurs d’analyse de Poutine sont en train de ruiner l’Ukraine et de martyriser un grand nombre de ses citoyens des régions Est. Comme vous le faites bien remarquer, mais sans l’écrire, seules les démocraties se sont élevées contre cette barbarie, mais seulement régionale comme vous écrivez. La paix est effectivement ce que l’on doit souhaiter avec ferveur. La paix des braves n’est-elle pas utopique à ce jour car qui peut encore faire confiance à Poutine ? Et dans quel rapport de force ? Cherchons un autre Delacroix pour peindre « l’Ukraine sur les ruines de Marioupol »

Napias (06-04-2022 19:45:58)

A rappeler : la fin de l'Urss et du Pacte de varsovie (1991) faite sans violence...A partir de cette date , aucune politique de rapprochement avec la Russie. Les minorités russes ont été plutôt humiliées dans les pays nés de la fin de L'Urss...L'Union européenne a été médiocre ; les embargos servent une économie , celle des Usa, qui a bien raison de défendre ses intérêts.

Jo (06-04-2022 17:25:42)

Je pense que vous sous estimez le rôle de la religion dans les motivations de Poutine. Il ose par exemple citer cette phrase de l'Évangile "il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis" pour justifier sa guerre. Poutine est un mystique persuadé qu'il mène une guerre juste. Son alliance avec l'église orthodoxe russe fâchée avec sa voisine le démontre. Religion et politique, un tandem historique.

J. P (06-04-2022 16:35:27)

Tout ça va finir par la fin d'une civilisation. On passera à autre chose de bien différent. Du jamais vu.

JP LAPORTE (06-04-2022 13:26:57)

Bonjour
Tout en étant d'accord avec un partie de votre analyse, le ton de cet article me semble un peu trop "pro poutine".
S'il vous avez écouté, Churchill aurait signé la paix avec Hitler en 1940 et à la place du procès de Nuremberg, les alliés auraient festoyer avec Göering et Speer !
"Ceux qui voudront traiter séparément la politique et la morale n'entendront jamais rien à aucune des deux"
Jean-Jacques Rousseau

Herodote.net répond :
Merci pour vos remarques. La Seconde Guerre mondiale fut une guerre totale et dans ce genre de guerre, on va jusqu'à la destruction de l'ennemi, sans idée de compromis.
Maintenant, en quoi consiste la morale? Serait-il moral de nous engager dans une guerre à l'issue plus qu'incertaine pour venger les victimes de Boutcha? Ne doit-on pas faire abstraction de ces horreurs et nous appliquer à rétablir la paix?...

Christian (06-04-2022 13:18:44)

Vérité pour les "quatre jeunes économistes" cités dans la note mentionnée en fin d'article, erreur pour les classes moyennes et populaires d'Europe et du reste du monde : comme vous le faites justement remarquer, ils ne disent rien ni des conséquences de l'embargo sur le niveau de vie des ménages ni des risques de famine...

Visiblement, ce Conseil d'Analyse Économique travaille plutôt pour les petits frères des riches que pour les petites sœurs des pauvres...

Maud (06-04-2022 13:11:14)

Heureuse que nous soyons quelques uns (et unes) à ne pas foncer tête baissée dans la position commune idéologique (derrière se cache en fait des intérêts économiques) sacrifiant les populations. Jusqu'au bout ? jusqu'au dernier ukrainien ? destruction de l'Europe misère, pour ses populations économiquement fragile , famine pour les populations du bassin méditerranéen ? Nouvelle version du Docteur Folamour en pire. Irresponsabilité totale signe d'une déchéance d'un monde qui se croyait le plus avancé jusqu'à aujourd'hui ...

Bernard (06-04-2022 11:50:33)

Le conflit ukrainien risque de signer rapidement l'arrêt de la mondialisation. La tectonique des plaques économiques qui poussait l'humanité depuis quarante ans vers un continent unique, une sorte de Pangée commerciale, est soudain bloquée. Les pays vont probablement se regrouper par grandes zones économiques et les échanges avec l'extérieur ne se feront plus qu'à la marge, pour les besoins vraiment indispensables, soit les matières premières. Le pool que vient de constituer l'UE pour l'achat de gaz en est la préfiguration.

La Chine, qui inonde le monde de sa bimbeloterie grâce notamment à sa fameuse « route de la soie », risque d’être la grande perdante de cette guerre dont on recherche vainement une cause sérieuse.

Quant à la Russie, qui va se trouver pour longtemps coupée des Occidentaux du seul fait du coup de folie d’un dictateur vieillissant voulant peut-être emporter le monde avec lui, il y a de grande chance pour qu'elle ait à terme troqué la proie pour l'ombre, c'est à dire la petite Ukraine contre l'immense Sibérie qu'elle ne pourra plus refuser longtemps aux Chinois en échange de son aide.

Anne Kolod (06-04-2022 11:28:35)

Merci pour cet article qui analyse intelligemment la situation tragique dans laquelle des dirigeants européens incompétents (à mon sens), nous entraînent.

Guy Sitbon (06-04-2022 10:44:47)

Cher André Larané,
Première et unique voix raisonnable. Vous auriez pu ajouter que la disparition de la puissance militaire russe à laquelle nous assistons (ajoutée aux sanctions) constitue un beau cadeau fait à la Chine.

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