Un espion ordinaire

Un dandy britannique en URSS

Dans ce nouveau film d’espionnage (Un espion ordinaire, Dominic Cooke, 2021), un représentant de commerce britannique, Greville Wynne (joué par Benedict Cumberbatch), est missionné par le MI-6 et la CIA pour jouer le rôle d’espion dans l’URSS de Khrouchtchev. Il doit faire l’intermédiaire avec un haut fonctionnaire du Kremlin qui souhaite transmettre des informations top secrètes sur le développement du nucléaire soviétique. Une collaboration aussi extraordinaire que risquée.
Et si vous deveniez... espion ?

Affiche du film Un espion ordinaire (Dominic Cooke, 2021)Imaginez quelle serait votre réaction si des agents des services de renseignements britanniques et américains venaient vous proposer un job bien particulier... celui d’espion !

Fan des romans de John le Carré ou des aventures de 007, vous pouvez vous laisser tenter car l’idée promet une vie bien remplie, où l’aventure et le risque font bon ménage dans une histoire qui se termine généralement bien pour le héros. Trop facile...

Dans le contexte ultra tendu de la Guerre froide, plus particulièrement du tournant de l’année 1960, le représentant de commerce anglais Greville Wynne est scotché à son siège, les yeux ronds comme des ballons, l’air plus qu’interloqué, dans un restaurant huppé de Londres.

Alors qu’il pensait rencontrer un membre de la Chambre de commerce britannique, et développer ainsi son activité, le voilà en face de deux agents, l’un du MI-6 (les services secrets britanniques) et l’autre de la CIA (les services secrets américains), qui collaborent main dans la main contre la menace rouge.

Espion ? Alors ça, c’est une proposition à laquelle le protagoniste ne s’attendait pas. Et c’est justement la raison pour laquelle il a été choisi : un type ordinaire au boulot ordinaire qui - et c’est un détail important - se rend régulièrement dans quelques pays de l’est avec qui il commerce. Sa prochaine destination (la proposition s’avère difficile à refuser, comment décliner la possibilité de sauver l’Occident ?) ce sera donc l’Union soviétique, tant pis s’il doit pour cela mentir à sa femme et son fils.

Sa mission, et il l’accepte, est de jouer l’intermédiaire avec un colonel soviétique dissident, Oleg Penkovsky, qui, guidé par la haine du maître du Kremlin, le virulent Khrouchtchev, est disposé à transmettre des informations sur le développement de la force nucléaire du Kremlin à l’Ouest.

Une amitié dans l'adversité

Sous couverture de transactions commerciales, les deux hommes entrent en contact, mais pas que. Ils nouent une relation extraordinaire, une amitié qui risque de les mettre en danger. S’ils s’entendent bien, ils sont particulièrement en accord sur un point : éviter que la guerre froide entre les deux blocs ne se transforme en un conflit nucléaire qui détruirait l'humanité.

Grâce au travail minutieux et discret de Wynne et Penkovsky, les États-Unis – dont des engins nucléaires sont positionnés en Turquie - apprennent que l’URSS entend placer des missiles sur l’île de Cuba.  Les allers-retours entre Londres et Moscou sont de plus en plus nombreux, et périlleux.

La suite relève de l'Histoire, la vraie : un avion-espion américain U2 va confirmer l'arrivée des missiles nucléaires à Cuba. Les Américains y voient une menace intolérable et, dans un discours fameux, le 22 octobre 1962, le président Kennedy joue son va-tout. Il lance un ultimatum à Khrouchtchev. Pendant quelques heures, le monde tremble dans la crainte de l'apocalypse nucléaire. Finalement, Khrouchtchev s'incline et retire ses fusées. Par une convention restée secrète, les Américains retirent aussi les leurs de Turquie. Le monde respire...

Dans Un espion ordinaire, l’ambiance de la guerre froide - où règnent entre autres la peur, le mensonge et la trahison - est palpable. Tournés dans la capitale britannique et à Prague, les plans sont inspirés des photographies d’Henri Cartier-Bresson.

Pas si ordinaire – en témoigne son caractère bien trempé et son courage hors norme – le héros est campé par l’un des meilleurs acteurs britanniques de sa génération, Benedict Cumberbatch, qui a déjà souvent crevé l’écran, aussi bien dans la peau d’Alan Turing (Imitation Game, Morten Tyldum, 2014) que dans celle de notre détective préféré, Sherlock Holmes, dans la série éponyme de la BBC (Sherlock, Mark Gatiss, Steven Moffat, 2010).

Les fans du genre retrouveront tous les codes du film d’espionnage à l’ancienne avec, en prime, une histoire originale doublée d’une histoire vraie. C’est au scénariste américain Tom O’Connor que l’on doit la découverte de cette affaire classée secret-défense, dont s'est librement inspiré le film. Voilà une bonne raison de se rendre au cinéma, sous un faux nom, ou pas !

Publié ou mis à jour le : 2021-09-10 14:48:38

 
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