Les enseignants sur le front

​Aimer la France, quoi qu'il en coûte

22 octobre 2020. Qu'avons-nous raté pour qu'un professeur, dans un collège paisible, soit un jour d'octobre décapité de sang-froid par un « réfugié » ? Sans doute faut-il nous interroger sur notre politique migratoire. Sûrement aussi sur notre désamour de la France et de son histoire. Comment les immigrants et leurs enfants pourraient-ils aimer un pays que nous nous plaisons à dénigrer ?

Quand il a rendu hommage à Samuel Paty dans son discours de la Sorbonne, le 21 octobre, M. Macron n'a eu de cesse d'exalter la république. Il a prêté au professeur martyr l'idéal de « faire des républicains ». Mais ce n'est pas avec cela que l'on va faire rêver les millions de jeunes Français et immigrants en quête d'identité...

La rue Montorgueil, 30 juin 1878 (1878, Claude Monet, musée d'Orsay)Qu'est-ce qu'une république aujourd'hui ? Un État dont le chef n'est pas un monarque héréditaire. Un point, c'est tout. La France mais aussi le Mali, l'Algérie, la Tchétchénie, la Corée du Nord, la Chine populaire... sont des républiques. La Suède, la Norvège, le Danemark, l'Angleterre, l'Espagne... sont des monarchies. Les monarchies, qui se font rares, sont pour la plupart plus démocratiques et plus attirantes que l'immense majorité des républiques. À tout prendre, dans l'échelle de la démocratie, une monarchie parlementaire vaut mieux qu'une république autocratique. 

Ce n'est donc pas en invoquant notre régime politique à tout va que nous inculquerons aux jeunes Français et immigrants le « désir de vivre ensemble » (dans cette expression d'Ernest Renan, c'est le mot « désir » qui est le plus important) mais en transmettant l'amour de la France, de ses habitants, ses paysages, ses lettres et ses arts, son histoire et ses héros. Y sommes-nous encore disposés ?

Les enfants de l'immigration ont besoin plus que quiconque de s'approprier le passé et la culture de la France pour envisager d'y faire souche. Mais quel homme politique osera écrire à leur intention : « Ce qu'il y a, en moi, d'affectif imagine naturellement la France, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée éminente et exceptionnelle » (Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, L'Appel, Plon, 1954) ?

Quel enseignant osera reprendre l'injonction d'Ernest Lavisse : « Enfant, tu dois aimer la France, parce que la Nature l'a faite belle, et parce que l'Histoire l'a faite grande »... Quel enseignant sera prêt à chanter Ma France avec ses élèves sans craindre de heurter les imams salafistes, les intellectuels de salon qui assimilent la France à un État raciste et pire que nazi, et les bourgeois qui vomissent les « gars qui fument des clopes et roulent au diesel » ?

Mieux connaître notre Histoire

Le coup d'envoi au désamour de la France a été donné par la loi Taubira de 2001. Cette loi truffée d'inepties et de contresens attribue aux seuls Européens le péché originel de l'esclavage. Elle fait fi de l'Histoire :
• L'esclavage est une réalité de tous les temps dont seule l'Europe occidentale a été exempte pendant près d'un millénaire,
• Les Européens sont à ce jour seuls à avoir milité pour l'abolition de l'esclavage,
• Le racisme anti-noirs est une invention de l'islam arabe reprise par les Étasuniens au XIXe siècle,
• Les États-Unis ont officialisé le racisme dès 1790 en réservant la citoyenneté aux free white persons (« personnes libres blanches »), à l'exclusion des noirs et des Amérindiens,
• La France, à la même époque, en 1790, a accordé la citoyenneté à tous ses enfants y compris les « libres de couleur » des colonies,
Gaston Monnerville (2 janvier 1897, Cayenne ; 7 novembre 1991, Paris), président du Sénat de 1958 à 1968.• Jusqu'à la fin du XXe siècle, les noirs ont bénéficié en France d'un statut plus avantageux que nulle part ailleurs (en 1969, il s'en est fallu de peu qu'un homme « de couleur », Gaston Monnerville, accède à l'Élysée)...

Cela n'empêche bien sûr que, hors d'Europe, des Français ont participé à l'esclavage et la traite, obligeant le gouvernement de Louis XIV, pas raciste pour un sou, à légiférer pour limiter l'arbitraire des planteurs dans les îles lointaines. Plus tard, Bonaparte a dû lui-même rétablir l'esclavage dans ces îles pour préserver la paix qu'il venait de signer avec les Anglais à Amiens... Tout cela pour rappeler que l'action politique nécessite des compromis douloureux que l'on peut être conduit à regretter plus tard. C'est ce que nous enseigne l'Histoire. C'est ce que nous essayons de transmettre sur Herodote.net.

Si l'enseignement de l'Histoire est nécessaire pour comprendre la nature humaine, ses ombres et ses lumières, la « mémoire » est quant à elle mortifère. Il y a 400 ans déjà, Henri IV l'avait compris quand, en signant l'Édit de Nantes pour mettre fin aux guerres de religion, il imposa l'amnistie générale, autrement dit l'« oubli », et énonça dans l'article I  « Premièrement, que la mémoire de toutes choses passées d'une part et d'autre (...) demeurera éteinte et assoupie, comme de chose non advenue. Et ne sera loisible ni permis à nos procureurs généraux, ni autres personnes quelconques, publiques ni privées, en quelque temps, ni pour quelque occasion que ce soit, en faire mention, procès ou poursuite en aucunes cours ou juridictions que ce soit ».

Hélas, depuis la loi Taubira, chacun y va de son couplet pour accuser la France de tous les maux de la terre, y compris M. Macron qui, en déplacement en Algérie pendant la campagne présidentielle, en février 2017, osa affirmer à propos de la colonisation : « C'est un crime contre l'humanité. C'est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l'égard de celles et ceux vers lesquels nous avons commis ces gestes. »

Un crime imaginaire

Loin de nous l'idée de justifier la colonisation de l'Afrique. Celle-ci fut une erreur de la gauche républicaine. Elle fut dénoncée comme une imbécillité par les économistes libéraux et une bonne partie de la droite traditionnelle. Elle donna lieu à des abus et des crimes comme toutes les entreprises humaines. Mais son niveau de violence n'eut rien de commun avec les conquêtes et colonisations ordinaires, depuis l'extermination des Khoisans par les Bantous jusqu'à la répression des Ouïghours par les Hans en passant par les guerres indiennes et l'oppression des Ottomans sur les peuples de leur empire.

À la différence aussi de la colonisation britannique ou de l'entreprise personnelle de Léopold II au Congo, cette colonisation de l'Afrique coûta cher à l'économie française ainsi que l'a montré l'historien Jacques Marseille. À l'exception de l'Algérie, occupée pour des raisons de politique intérieure, elle fut seulement conduite dans le désir d'augmenter le prestige de la France, de son gouvernement, de son armée et de son Église ; il s'agissait de faire oublier le Congrès de Vienne, Sedan, Trafalgar ainsi que les persécutions de 93. 

Du ministre Jules Ferry à l'humanitaire Sophie Pétronin (l'otage du Mali libérée en octobre 2020), il y a encore chez les Français de gauche une parfaite continuité dans le désir de « civiliser les races inférieures » et enseigner aux Africains les bonnes pratiques de la modernité qu'ils seraient incapables d'acquérir par eux-mêmes.

On peut s'affliger de ce racisme plus ou moins bienveillant mais de là à qualifier la colonisation de « crime contre l'humanité » à l'égal de la Shoah, il y a un abîme d'indécence et l'on en perçoit aujourd'hui les conséquences dans la rage destructrice qui saisit toute une fraction de la jeunesse issue d'immigrants musulmans ou africains, qui n'a pas su ou n'a pas été incitée à s'assimiler par le travail et l'étude.

Le plus affligeant est le soutien que reçoivent ces jeunes de la part de militants et intellectuels mal inspirés par l'exemple étasunien. Leur dénonciation surréaliste du « racisme d'État », des « crimes du passé », de l'« islamophobie » ou des « discriminations » vient valider le « séparatisme » des « racisés ». Son résultat paradoxal est de renvoyer ces jeunes gens dans les ténèbres de l’ignorance, ainsi que l’avait perçu dès 2000 le romancier Philip Roth (note).

À force de vouloir détruire l’héritage occidental auquel nous sommes attachés et qui fait notre force, militants et intellectuels dits de la cancel culture (dico) en viennent à des théories sans fondement ni logique.

Cela se voit par exemple avec l'« écriture inclusive » qui voudrait nous convaincre que les Français sont sexistes en raison de la règle grammaticale qui fait primer le masculin sur le féminin ! C'est oublier que les femmes ont commencé de s'émanciper dans la chrétienté médiévale et que leur sort est plus enviable en France qu'en aucun pays extra-européen. C'est surtout faire oublier qu'il y a sur notre sol aujourd'hui des agissements autrement plus graves que le harcèlement dans les milieux branchés : obligation du voile, mariages forcés d'adolescentes, enfermement des femmes, mutilation des filles, etc.

Rama Yade, Sénégalaise devenue Secrétaire d'État sous la présidence Sarkozy, ne disait pas autre chose dans un entretien sur le site Atlantico en janvier 2015 : « Nos principes (...) ont permis de bâtir une nation parmi les plus admirées au monde, il est impératif que nous soyons fidèles à ces principes : la laïcité, l’égalité hommes-femmes. Ceux qui ne veulent pas y souscrire, même en étant français, sont libres de partir et de choisir des pays qui correspondent à leurs principes.​ » (c'était avant qu'elle ne rejoigne elle-même les milieux woke aux États-Unis !). 

Il est temps de revenir aux fondamentaux de notre France et de notre démocratie. Si nous arrivons à ressouder la nation autour de son Histoire et de sa culture, alors nos enseignants pourront combler le besoin de tous les enfants d'aimer et d'être aimés. « Si le prof aime la France, ils aimeront la France. On ne peut transmettre que ce qu’on aime, écrit l'enseignant Jean-François Chemain (La Vie, 19 octobre 2020). Or, la honte de soi ne va pas leur faire aimer la France ». C'est là la clé du drame de Conflans-Sainte-Honorine. 

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2023-10-18 05:59:27
ROMMES (19-10-2023 07:37:30)

Votre article m'a rempli de joie et me donne une raison supplémentaire d'être fier d'être français. Mais, Monsieur Larané, malgré toute l'admiration que j'ai pour votre personne, je vous reproche de trop souvent critiquer notre Président. Feriez-vous mieux à sa place ? Tenez-vous compte des difficultés de diriger un pays qui se critique constamment, avec des partis en quête constante de clientèle ? En introduction de votre bel article, vous commencez par une critique : était-ce nécessaire?

Andre H (19-10-2021 19:57:59)

Merci pour votre article si nécessaire actuellement
En effet l'histoire aide à vivre à comprendre le monde.
Merci encore

Plantigrade1 (21-11-2020 17:05:29)

Merci Monsieur Larane . Merci pour ce remarquable article . Lequel a le courage d'aller à contre courant de la " bien pensance " .
Oui . AIMER LA FRANCE . Mon père disait souvent ( je sors cela de son contexte ) : La France , on l'aime , ou on la quitte . Et lui , savait de quoi il parlait .
Républicain Espagnol , réfugié dans un petit village Pyrénéen , engagé volontaire lors de la déclaration de guerre en 39 ; par la suite , agent de liaison pour le maquis dès la constitution de ce dernier . Il porta toujours haut une reconnaissance infinie pour ce pays qui l'avait recueilli en des circonstances dramatiques . C'est dans cet esprit que mon frère et moi , furent élevés .
Quant à moi donc , né en France au début des années 40 , je peux dire que pas une seule fois mes origines furent un obstacle . Pas plus au niveau de l'école républicaine , que lors de mon service militaire ; ou ensuite , lors de mes diverses fonctions . J'a

Maurice (04-11-2020 10:26:15)

Réaction tardive, le temps de prendre un peu de recul au regard des propos tenus dans cet article. Comme pour celui concernant le terrorisme, beaucoup trop d’amalgames, d’omissions volontaires dans les analyses pour acquiescer au discours.
Je constate que le texte publié là a été modifié par rapport à celui précédant de quelques minutes cette publication et adressé à chaque abonné, nommément cité.
Ont notamment disparu ces propos qui m'ont fait bondir, je cite :
"Loin de nous l'idée de justifier la colonisation de l'Afrique. Celle-ci fut une erreur, voire une imbécillité de l'avis des libéraux et de la droite traditionnelle. Elle donna lieu à des abus et des crimes comme toutes les entreprises humaines. Mais à l'exception de l'Algérie, occupée pour des raisons de politique intérieure, elle fut conduite au nom de motifs humanitaires et dans le désir d'augmenter le prestige de la France, sans rien de commun avec les conquêtes et colonisations ordinaires, de l'extermination des Khoisans par les Bantous à la répression des Ouïghours par les Hans en passant par les guerres indiennes et l'oppression des Ottomans sur les peuples de leur empire."
La colonisation pour des motifs humanitaires ? Vous avez bien fait de mettre un bémol pour l'Algérie Monsieur Larané et d'adoucir vos propos dans la seconde publication. Mon Grand-père (je ne suis plus tout jeune) a fait son service militaire en 1910, avant rappelé en 1914, d'aller prendre résidence dans un des cimetières du "chemin des Dames". Sur son livret militaire il est indiqué pour la période de conscription "Maroc en guerre". Humanitaire dites-vous ? Les milliers d'africains envoyé au carnage dont beaucoup sont eux aussi restés dans les cimetières, par humanisme aussi. ? Mais on a fait œuvre pacificatrice, on a construit des routes, des chemins de fer, avec quels bras ? "17000 morts, sous les coups de la meute hystérique des contremaîtres européens et de leurs tirailleurs sénégalais, eux-mêmes exténués par les épidémies", écrivait Albert Londres dans son livre Terre d’Ebène paru en 1929 sur l’Afrique coloniale, et notamment sur le travail forcé utilisé pour la construction du train Congo-Océan". Pur humanisme ? On leur a construit des écoles pour qu'ils apprennent « notre » histoire, des églises pour qu'ils prient « notre » Dieu ... Et enrôlés dans « nos » guerres pour qu'ils défendent la France « leur mère Patrie ». Politique de la canonnière, sabre et goupillon mais pour des raisons humanitaires... Ben voyons. Le problème du non versement de la pension d'anciens combattants aux survivants africains était encore un sujet d'actualité sous le gouvernement Jospin… Quant au statut des populations "autochtones" …., des citoyens français vraiment ?
Pour revenir à votre propos Monsieur Larané, ce n'est pas parce-ce-que les chinois, les américains, les belges ont fait ou font pire que cela ne nous excuse en rien.
J’aime comme vous mon pays mais pas envers et contre tout, acceptant de passer ses erreurs en pertes et profits en utilisant ce qui s’apparente à la méthode Coué.
Vous nous permettez de réentendre la magnifique chanson de Jean Ferrat. Merci. Mais il ne me semble pas à l'écouter qu'il parle de la même France que vous.
Et sur la colonisation on peut aussi écouter "Un air de Liberté".
Oui j'aime la France mais une France assez forte pour affronter son passé, et elle l'est. On se grandit en affrontant courageusement son passé. Et ce n’est pas les discours d’hier, aussi louables soient-ils, détachés de leur contexte, qui redonneront l’amour de la France. Ceux qui dans notre pays luttent pour plus de vérité, de justice sociale, de solidarité, remplaçant en ce domaine les insuffisances de l’État et le non-respect de ses lois, c’est au nom de l’humanité et de l’image de la France qu’ils le font. Les « maladies » sociales, identitaires … ce n’est pas à-coup de pommade qu’on les soignera mais en allant en chercher les causes. Et elles sont dans ce que vous balayez d’un revers. Et chacune a sa raison propre et donc ses causes spécifiques.
Enfin, un Roi pour une belle monarchie démocratique ... Il me semble que lors de la 1ère guerre mondiale seule la France était une République en Europe et que les "chicailleries" familiales entre les monarchies n'ont pas été pour rien dans le conflit. Pas toujours d'ailleurs d'une probité exemplaire ces illustres dirigeants de droit divin ...
Nombre de réactions montrent un désaccord que je partage. Il faut voir le France telle qu’elle est et pas à partir d’un temps révolu au demeurant, qui nous laisse un héritage bien lourd qui va chaque jour en s’aggravant au travers de politiques catastrophiques.

Marie-Suzy Vascotto (28-10-2020 10:49:26)

Pour ne reprendre qu'un exemple de tous ceux que vous citez, celui de l'Edit de Nantes. Vous faites bien de glorifier Henri IV. Mais pouvez-vous parler de cette décision opportune sans rappeler sa révocation? Par un autre roi? Doit-on en effet ne parler que des épisodes où la France est grandie, en ignorant ce qui la rend petite?
Doit-on passer sous silence le racisme de la police, depuis la Guerre? Que leurs victimes soient des Juifs ou des "gens de couleur"?
Je trouve qu'il faut tout dire, et qu'on peut aimer une France imparfaite si l'on n'essaie pas de la rendre irréprochable!

Benito (27-10-2020 15:06:00)

Pour aimer la France, peut-être serait-il intéressant qu'elle arrête de suivre la politique étrangère néoconservatrice visant à renverser des dirigeants appréciés de leur peuple (Lybie, Syrie), à cesser de soutenir les révolutions colorées (prinetmps arabes) et les tentatives de coups d'états états-uniens (Venezuela, Bolivie, Bielorussie). Qu'elle cesse par ailleurs de proclamer sa défense de la laicité tout en stigmatisant la haine du musulman (6% de la population française), qu'elle respecte les décisions du peuple (traité de Lisbonne) et qu'elle défende ce dernier (mort de la paysannerie française, augmentation des taxes essence, hausse constant des prix des logements, immigration massive, rejet des classes moyennes devenues innaccessibles hors des grandes métropoles, délocalisations massives).

En fait, pour aimer la France, il serait commode que nos dirigeants ne la jettent pas en pâture aux oligarques de la finance.

Glyphes (26-10-2020 20:49:01)

Bonjour à tous:
J'apprécie beaucoup les avis de Loignon et méta4. Je suis aussi d'accord avec Mr Larané sur le fait que le mot "république" ne signifie rien en lui même: c'est l'usage que l'on en fait qui est important. Par contre, je n'arrive pas à mettre la France sur un piédestal. j'apprécie le pays car j'y suis né ( après tout, j'aurai pu naitre en Chine ou au Pérou), et que j'ai pu le sillonner. Ce qui me plait dans la France, ce n'est pas son histoire, mais sa diversité: paysages, sites historiques, architecture rurale, mais aussi ses fromages et ses charcuteries!!! C'est un peu trivial, mais c'est comme cela. D'ailleurs les périodes historiques qui m'intéressent le plus étant le Moyen Age, l'Antiquité, et la Préhistoire, peut on faire un lien direct entre le château fort d'un petit noble, un site archéologique arverne, un dolmen, et la France d'aujourd'hui? Est ce de l'Histoire de France avec majuscules, ou l'histoire d'une région appartenant aujourd'hui à la France?
Que dire de l'histoire de la Bretagne avant le rattachement au royaume de France, ou de certaines communes des hauteurs de Nice, qui ont rejoint notre pays très récemment?
Tous les enfants de Nouvelle Calédonie doivent-ils apprendre les mêmes leçons d'histoire que les petits parisiens?
Charlemagne empereur des Francs est à priori, autant un souverain de l'histoire de France que de l'histoire d'Allemagne.
Je ne renie pas mon pays, la France, mais j'aimerais m'intéresser à l'histoire universelle, et pas uniquement à celle de mon pays. Les mosquées d’Istanbul, le site de Machu Picchu, les temples d'Angkor, les temples de Nikko, les villages Lobi au Burkina, me parlent autant que ND de Paris ou les alignements de Carnac.

Les habitants de la France, qui se sont succédés, ont fait de belles choses, comme les droits de l'Homme, et aussi de belles c......... Mais, je ne me sens pas responsables de ces erreurs, pas plus que des réussites. Je ne veux pas faire pénitence pour les erreurs des français qui m'ont précédé, sauf si je tire, aujourd'hui, un injuste parti de la situation qu'ils ont crée.
C'est en cela que le colonialisme me gêne: s'il fait que certaines personnes vivent moins bien aujourd'hui, car leur pays a été colonisé. Après difficile de savoir, ce que serait devenue l'Afrique, par exemple, si elle n'avait pas été colonisée par les européens.

L'Histoire n'est pas une science "dure" comme la physique ou la chimie. Selon le point de vue, on décrit différemment la réalité ( tout est relatif dirait un certain physicien). Les résistants des uns sont les terroristes des autres... Peut on objectivement dire qu'une version est meilleure que l'autre? Évidemment, beaucoup le feront, moi le premier, mais cela implique une grille de lecture liée à des choix moraux, même si ce mot n'est pas très à la mode. On n'est plus alors dans l'objectivité. De plus, l'Histoire est souvent instrumentalisée politiquement, aussi bien par les états que par les individus.
Difficile de faire de l'Histoire "à chaud". Où finit l'actualité, où commence l'Histoire?

Cela dit, continuez à nous concocter vos dossiers historiques!
Merci

Pascale Giraud (25-10-2020 22:23:08)

Bonsoir à toutes et à tous,
Toute nouvelle chez Hérodote, je me joins à vous pour exprimer ô combien je suis d'accord avec tous les commentateurs sur le sujet qui nous occupe, celui "d'aimer la France, quoi qu'il en coûte".
En ce qui me concerne, j'enseigne le FLE à des apprenants d'origine musulmane et je me sens tout particulièrement touchée par l'assassinat de Monsieur Paty ; en effet, quand nous avons su de cet effroyable crime, cela faisait plusieurs jours que nous étudiions en classe la laïcité et la liberté d'expression - car il me semble qu'il est de mon devoir de faire bouger les consciences -.
Mon amour pour la France, pour les valeurs et les symboles de la République, berceau des Droits de l'Homme et du Citoyen, terre d'asile et de liberté, celle de l'humanisme et des Lumières, celle où les libres penseurs tels que Montaigne, Rabelais, Montesquieu, Voltaire, Olympe de Gouges, Hugo, Ferry, de Gaulle ou Veil, entre autres, ont lutté pour en faire une nation avec des valeurs humanitaires profondes, pour nous donner ce que nous sommes aujourd'hui, des hommes et des femmes libres, sans tabous ni frontières, pouvant exprimer toute pensée sans être montrés du doigt (n’est-ce pas un droit légitime ?), ouvrant nos portes à qui veut bien vivre en paix, dans le respect de l'autre, en toute convivialité. C’est cela la France et non pas celle que ses détracteurs (souvent des assistés) veulent nous faire croire en ressassant jusqu’à la lassitude notre passé colonial honteux, notre complexe de supériorité, notre chauvinisme outrancier … Oui, c’est vrai, l’histoire de la France n’est peut-être pas écrite à l’eau de rose mais existe-t-il un seul pays qui n’ait pas de raisons à rougir ?
Enseigner à connaître la France, à montrer ce qu’elle a de plus beau, même avec ses démons, c’est inviter à la défendre. En tant que formatrice, il est essentiel pour moi de partager cet amour avec mes apprenants car il n’y a que par ces échanges qu’ils seront en mesure de comprendre notre identité française, de l’accepter, puis de l’aimer !

Troianowski (25-10-2020 21:30:07)

"Le bon sens est la chose du monde la moins partagé", et cela devient même le fond de la bien pensance des bobos, ou "intellectuels paresseux". Actuellement, il vaut mieux avoir tord avec Rokhaya Dialo que raison avec Pascal Bruckner, comme il valait mieux avoir tord avec Sartre que raison avec Aron. L'idéalisme naïf écrase et excommunie le réalisme. Les leçons de 10 000 ans d'histoire de l'humanité sont ignorées, comme si l'on était en face d'une page blanche. Affligeant, c'est bien le mot qui convient. Nos dirigeants se prétendent cultivé, mais de quelle culture s'agit-il?

Jacmé (25-10-2020 16:33:39)

Merci Monsieur Larané pour ce texte intelligent et raisonnable et pour la dénonciation de toutes les âneries à la mode.
Il est vrai que l'histoire de la France n'est pas exempte d'erreurs ou de crimes, COMME L'HISTOIRE DE TOUS LES PEUPLES. Mais si nous comparons toutes ces histoires, sans nous focaliser uniquement sur nos erreurs ou nos crimes, nous nous apercevons que nous sommes loin d'être les pires et que nous sommes probablement parmi les meilleurs! Alors, demandons aux autres peuples de faire, à leur tour leur "examen de conscience" et de nous rejoindre en dénonçant leurs propres erreurs et leurs propres crimes. Cela devrait "assainir" le débat et nous permettre de relever la tête et d'exiger de ceux qui nous vilipendent de se hisser à notre niveau!

Peirani (25-10-2020 16:29:24)

Le commentaire de M Loignon me parait excellent et je le partage entièrement. En outre, je ne vois aucune mention du commerce triangulaire qui, à ma connaissance, n'avait pas spécialement un but humanitaire.

Meta4 (25-10-2020 14:37:01)

Malheureusement, parler de faits religieux n’est pas possible dans certains quartiers si vous n’allez pas dans le sens de leur doxa. Et non, Mahomet et l’islam ne sont pas des prétextes à la haine de la France, ils sont au fondement même de toute éducation dans de très nombreuses familles et ne serait-ce que tenter d’en débattre vous attire les foudres du quartier. Aucune formation en Histoire quelle qu’elle soit n’agrée aux milliers d’enfants de quartiers dits  « politique de la ville ». Pourquoi ?ai je demandé à un collégien, réponse : « c’est passé, ça n’a plus d’intérêt, c’est plus la peine d’en parler ». Aucun intérêt pour la préhistoire qui nous concerne tous, aucun désir de connaître l’histoire de l’Algérie, du Maroc, du Mali.... Alors, l’histoire de France avec ou sans honte de soi est très très loin de leurs préoccupations !!!! Idem pour la géographie de la France que les enfants ne peuvent connaître car ne se déplaçant au mieux qu’une fois par an, de leur quartier au village d’origine de leurs grands-parents. C’est bien plus l’assignation à résidence forcée et un bain religieux extrêmement prégnant qui ne donne aucune chance à l’estime de la France dans de très nombreux endroits (et particulièrement là où j’habite où aucun collégien n’accepte de dire qu’il est français alors qu’ils le sont tous!!!!!) Être musulman est bien plus important pour eux. Donc comment, pour un professeur d’histoire transmettre sereinement son amour de la France sans passer par les questionnements non dits de tous ces enfants qui ne se sentent pas français et ont beaucoup d'indifférence à l'égard du système de droit dans lequel ils vivent et dont beaucoup de leurs parents se sentent « à côté ».
Comment faire valoir des valeurs de droit républicain face aux enseignements religieux derrière lesquels tant de familles se réfugient, dressant des forteresses de tabous qu’il est très difficile d’affronter??????
Cela dit merci mille fois à «Hérodote » d’exister, malgré quelques prises de position un peu simplistes......

Loignon (25-10-2020 13:53:29)

Malgré toute l'estime que je vous porte, cher M. Larané, pour le travail que vous faîtes au service d'une vulgarisation de qualité de l'Histoire, je ne suis pas d'accord avec cet éditorial, dont je mesure qu'il a été écrit sous le registre de la passion.
Attribuer à la France une volonté égalitaire dans la citoyenneté des Noirs dès la Révolution, sans mentionner qu'elle a rétabli en 1802 l'esclavage après l'avoir aboli, attribuer à des seuls motifs humanitaires ou de prestige l'expansion coloniale au XIXème siècle sans parler des intérêts économiques, cela me paraît une approche biaisée et, j'ose le dire, contreproductive. J'ai été jusqu'il y a peu un professeur d'histoire-géo dans le même genre d'établissement que mon collègue Samuel Paty. Et j'ai toujours déploré les omissions et l'édulcoration de pans entiers de notre histoire nationale. J'aime d'autant plus mon pays, quand je le vois capable de reconnaître les ombres de son passé, ce qui rend alors encore plus légitime d'en souligner les lumières.
En désaccord républicain, mais fidèle lecteur (et mini-contributeur à l'occasion).

Pierre Martin (25-10-2020 12:33:06)

Je suis un nationaliste québécois qui rêve depuis toujours de la France. Je n'y ai pourtant mis les pieds que trois fois et elle ne m'a pas déçu. Comme vous savez, beaucoup de nos cousins, qu'on appelle affectueusement des maudits Français ont immigré chez nous. J'aime beaucoup les taquiner, je familiarise facilement avec eux. Parfois ils s’incrustent, et parfois ils retournent, ce qui ne me surprend jamais. C’est le contraire qui m’étonne toujours un peu. J'ai lu et relu ce texte de DeGaule, qui introduit ses même livres de guerre. Péguy aussi savait chanter son amour pour sa patrie. Une patrie pour laquelle il est mort bien jeune.
Finalement, DeGaule et Péguy serait bien malheureux aujourd'hui!
La France n'est plus la grande puissance qu'elle était: la guerre franco-allemande de 1870 ne l¡a pas abattu, c’est la grande guerre qui l'a fait. Mais elle avait déjà amorcé son déclin, comme toute l'Europe, avant ces deux guerres suicidaires.
Reste deux choseS: la grande culture française, qui rayonne toujours, notamment par ses monuments et sa gastronomie. Et, aussi, devant un conflit international, j'aime toujours entendre les analyses de la France. Par exemple, au Moyen Orient, au Levant comme disait DeGaule, en Afrique, vous avez les positions les plus lucides. Sollicite par les EUA pour aller en Irak, Chirac refusa: éliminer Sadam Hussein, oui, mais après, disait il. L'Histoire devrait retenir qu'il a eu raison, pas les Anglais, pas les Américains. J'aurais bien d'autres exemples. Vous êtes encore, dans la limite de vos moyens, les meilleurs critiques de l'impérialisme américain. Et c'est quand même quelque chose de voir que si vous n'avez pas la puissance économique de l'Allemagne, vous prenez autant de place qu'elle en Europe.
Pierre Martin

Gindt (25-10-2020 11:05:22)

Bravo pour cette remise en perspective Monsieur Larané ! Ne parler de la France qu'en terme de République est en effet fort réducteur et très creux, je suis Belge et notre royaume me paraît au moins aussi démocratique...
Pour le reste, rien n'a changé depuis la publication du "Sanglot de l'Homme Blanc" de P. Bruckner il y a 40 ans, la détestation de ce que nous sommes ne fait que s'amplifier au nom de la mondialisation fraternelle surtout. Alors que tout ce qu'on aura ce sera la mondialisation marchande, déjà bien à l'oeuvre.
Mais vous m'avez donné envie de renouveler mon adhésion à Hérodote, je viens de le faire. :-)
Cordialement

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