L\'Europe est-elle née au Moyen Âge - La naissance de l'Europe - Herodote.net

L\'Europe est-elle née au Moyen Âge

La naissance de l'Europe

Nous avons lu pour vous L'Europe est-elle née au Moyen Âge? (Seuil, octobre 2003, 240 pages, 22 euros).

L'auteur, Jacques Le Goff, est l'un de nos principaux médiévistes (spécialiste du Moyen Âge). En quatre décennies, il a donné le jour à de nombreux ouvrages de référence sur la civilisation européenne du dernier millénaire. Aujourd'hui directeur de collection au Seuil, il nous propose un essai d'une grande richesse documentaire sur la genèse chrétienne et médiévale de l'Europe.

L'Europe est-elle née au Moyen Âge

Cet essai de l'historien Jacques Le Goff est un livre de réflexion. Il impose une lecture à la petite cuillère pour en savourer toutes les saveurs.

L'Europe est-elle née au Moyen Âge ? s'inscrit dans la collection Faire l'Europe, publiée simultanément par cinq maisons d'édition européenne, avec l'intention d'ouvrir les Européens sur le caractère unique de leur civilisation et de leur projet politique.

Jacques Le Goff exécute un brillant survol de notre Histoire du dernier millénaire en nous montrant tout ce que nous devons à l'époque appelée faute de mieux Moyen Âge.

En cette époque-là, rappelons-le, nos ancêtres n'avaient pas conscience d'appartenir à l'Europe mais à la Chrétienté. Celle-ci émerge à travers l'action du pape Grégoire Ier le Grand (590-604) qui, le premier, envoie des missionnaires vers l'Angleterre et les pays germaniques, au-delà des frontières traditionnelles du monde romain.

Le sentiment d'appartenance des Européens à une civilisation commune apparaît seulement au XVe siècle quand le pape Pie II (1458-1464) appelle les habitants du continent à se solidariser face à l'offensive turque.

Entre ces deux moments, les habitants de l'Europe forgent leur identité par opposition à l'islam mais aussi à la chrétienté grecque. Ainsi affichent-ils leur goût des images et de la représentation humaine, ainsi structurent-ils le temps qui passe avec les cloches qui sonnent le moment de la prière pour les moines puis sonnent les heures pour l'ensemble des fidèles...

Au contraire de la tradition héritée de l'Antiquité et pratiquée en Orient, ce n'est pas sous la forme d'un empire que va se structurer l'espace européen mais sous la forme de principautés et de royaumes en perpétuelle recherche d'équilibre. La tentative de Charlemagne de relever l'empire romain s'avère «contraire à la véritable idée d'Europe», affirme Jacques Le Goff, de même que les projets de Charles Quint, Napoléon et Hitler (page 47).

L'Europe qui émerge après l' An Mil repose sur des institutions nouvelles, à commencer par la famille nucléaire (parents et enfants), où la femme occupe une place plus valorisante que dans les autres sociétés, grâce en partie au développement du culte de la Vierge Marie, mère de Dieu. «Si l'on pense que ce culte marial est contemporain de la transformation du mariage en sacrement, d"une promotion de l'enfant et de la famille étroite, comme les natavités en donnent l'image, il faut voir dans la Vierge la grande auxiliatrice du sort terrestre de la femme» (page 109).

La paysannerie ne vit plus dispersée dans des fermes isolées mais dans des villages, autour de leur église et de leur cimetière. Les villes elles-mêmes naissent dès le XIIe siècle en Italie puis dans le reste de l'Occident, grâce au développement des échanges commerciaux. Elles ne sont plus des prédatrices comme dans l'Antiquité ou en Orient, peuplées de privilégiés qui vivent sur le dos des paysans. Ce sont des productrices en symbiose avec le monde rural qui les entoure et reliant celui-ci au vaste monde par le commerce.

Ceci n'est qu'un aperçu de l'analyse très complète de Jacques Le Goff, qui nous montre l'étendue de notre dette à l'égard du Moyen Âge.

Mais le médiéviste s'interroge en conclusion sur les limites de cette période. Il y a une continuité entre les innovations commerciales, intellectuelles et artistiques de l'Italie au XIIe siècle et les Temps modernes, à la veille de la Révolution française.

Jacques Le Goff juge artificielle la césure de 1453 ou 1492 entre le Moyen Âge et ce qu'il est convenu d'appeler Renaissance depuis l'historien Burckhart (XIXe siècle). Il préfère évoquer un «long Moyen Âge» qui s'étendrait jusqu'à l'orée de notre époque, époque de rupture avec l'art de vivre du millénaire passé.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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