L'Ordre du jour

Prix Goncourt 2017 : esbroufe ou canular ?

Les étrennes m'ont valu de lire, deux mois après l'événement, le Prix Goncourt 2017, L'Ordre du Jour, par Éric Vuillard (Actes Sud, 16 euros). C'est une digression d'à peine 150 pages qui entremêle une demi-douzaine d'événements importants et secondaires de l'histoire du nazisme...

L'Ordre du jour (Éric Vuillard, 2017, Actes Sud, 16 euros)Cela commence avec la réunion de 24 industriels allemands, le 20 février 1933, peu après l'incendie du Reichstag et la conquête brutale du pouvoir par Hitler.

Ces industriels sont sommés par Goering de financer la campagne du parti en vue des élections du 5 mars 1933.

Nous avons droit aussi à l'entrevue de Hitler et du malheureux chancelier autrichien Schuschnigg le 12 février 1938, à Berchtesgaden, un mois avant l'annexion de l'Autriche à l'Allemagne (Anschluss).

L'auteur évoque d'une façon qui se veut factuelle et non romancée l'entrée des troupes allemandes en Autriche. Il rappelle au même moment un dîner officiel à Londres, par lequel l'ambassadeur allemand Ribbentrop, promu ministre des Affaires étrangères, fait ses adieux au Premier ministre britannique Chamberlain. Il ne manque pas d'évoquer enfin le tribunal de Nuremberg.

Autant d'événements à l'étude desquels des centaines d'historiens ont consacré leur vie sans pour autant en avoir fait le tour...

Éric Vuillard ne partage ni leurs scrupules ni leur humilité. Il a vite fait de brosser cette Histoire en quelques mots bien sentis et s'afflige de l'aveuglement des contemporains face à la montée du nazisme : « Personne ne pouvait ignorer les projets des nazis, leurs intentions brutales. L'incendie du Reichstag, le 27 février 1933, l'ouverture de Dachau, la même année, la stérilisation des malades mentaux, la même année, la Nuit des longs couteaux, l'année suivante, les lois sur la sauvegarde du sang et de l'honneur allemand, le recensement des caractéristiques raciales, en 1935 ; cela faisait vraiment beaucoup ».

Tant d'à-peu-près en si peu de mots laisse pantois. On ne sait s'il faut pleurer l'inculture de l'auteur ou l'aveuglement des jurés qui l'ont primé (note).

Accusations hors contexte

C'est que l'énumération ci-dessus n'a rien de signifiant dans le contexte des années 1933-1935. « Ne nous trompons pas de perspective : les nazis de 1933 ou de 1935 ne sont pas ceux de 1941, 1943 ou de 1945 » rappelle l’historien Johann Chapoutot (note).

L'incendie du Reichstag, Dachau et la Nuit des longs couteaux sont des péripéties dans la formation d'un pouvoir dictatorial comme l'Europe de l'entre-deux-guerres en connaissait déjà beaucoup. Quant à la stérilisation forcée des malades mentaux, elle avait été instaurée en 1922 par les sociaux-démocrates suédois sans que personne y trouvât à redire.

Les lois antisémites et raciales de 1935 s'inscrivaient aussi dans une pensée dont les Européens étaient alors coutumiers et il était impossible de présumer qu'elles déboucheraient sur la Shoah. Personne, y compris parmi les juifs allemands, n'imaginait alors jusqu'où irait l'antisémitisme nazi.

Rappelons enfin que la plupart des démocrates européens étaient surtout pénétrés d'horreur dans ces années-là par l'URSS de Staline, engagée dans la répression massive de tous ses opposants supposés et dans l'extermination des paysans ukrainiens.

Faute de recul, ils étaient bien en peine de discerner qui était le plus à haïr de Hitler ou de Staline. Et pour la plupart d'entre eux, les envolées bellicistes de Hitler s'apparentaient à celles de Mussolini et de ses épigones ; avant 1936, ils n'y voyaient pas une véritable menace pour la paix. Il serait donc présomptueux de leur reprocher leur aveuglement.

Quatre-vingts ans après, Éric Vuillard n'a pas d'hésitations. Sa vérité est d'une simplicité non pas biblique mais marxo-lénino-mao-gauchiste ou quelque chose d'approchant : le grand capitalisme est à la racine du nazisme comme de tous les « fascismes » et sans doute aussi de tous les malheurs du monde.

Les grands patrons ne sont pas coupables de tout

La réalité est infiniment plus nuancée. Certes, on peut penser que nombre de grands patrons dans le monde manifestent une cupidité et un cynisme qui dépassent l'entendement. Mais la plupart des tragédies du XXe siècle ne leur doivent rien, qu'il s'agisse des deux guerres mondiales et d'Hiroshima, du goulag et de la Shoah, des horreurs commises par les Japonais en Chine ou par les communistes chinois eux-mêmes, de la guerre des Cristeros au Mexique, des génocides arménien, cambodgien et rwandais etc.

Vis-à-vis des régimes politiques quels qu'ils soient, les capitalistes du monde entier ont une approche pragmatique et généralement conservatrice. Contrairement à un lieu commun qui remonte à Anatole France (« On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels »), lesdits industriels savent que toute guerre ou révolution leur est préjudiciable car elle se solde toujours par un renversement de l'ordre établi au détriment des anciennes élites.

L'économiste Thomas Picketty rappelle ainsi dans son essai Le Capital du XXIe siècle que les périodes de guerres et de révolutions laminent les grandes fortunes tandis que les périodes de paix les accroissent au détriment des classes laborieuses ! C'est peut-être immoral mais hélas vérifié.

C'est pourquoi les patrons allemands, à part quelques personnalités atypiques, se sont tenus à l'écart du parti nazi aussi longtemps qu'il était dans l'opposition. À partir du moment où il a pris le pouvoir, ils ont choisi de s'en accommoder d'autant plus aisément que, comme beaucoup d'Allemands et d'Occidentaux, ils le voyaient comme un rempart face à la menace de subversion communiste.

De l'anachronisme au complotisme

Glissons sur les contre-vérités que distille Éric Vuillard (on parlerait aujourd'hui de fake-news) : ainsi n'est-il pas vrai comme il l'affirme à propos de l'Anschluss que « les Autrichiens attendirent l’arrivée des nazis fébrilement, dans une allégresse indécente ». Loin de là puisqu'on ne compta pas à ce moment à Vienne les suicides, les exécutions sommaires et les arrestations préventives.

Plus gravement, l'auteur pratique l'anachronisme quand il s'indigne que les dirigeants des démocraties n'aient pas arrêté Hitler quand il en était encore temps. L'anachronisme est non seulement le péché mortel de l'historien mais aussi un obstacle rédhibitoire à la compréhension du monde. Hélas, c'est peut-être lui qui a fait le succès de L'Ordre du jour et d'Éric Vuillard en France et auprès du jury du Goncourt car, dans notre pays, comme aux États-Unis, il est devenu tristement banal de faire de l'Histoire hors contexte et de traîner en jugement les acteurs du passé au prétexte qu'ils n'auraient pas agi ou pensé selon nos principes de l'heure. On l'a vu avec le général Lee comme avec Bonaparte, Colbert, Ferry et même maintenant, à ma grande stupéfaction, Wilson.

Pour éviter ce travers, il nous faudrait faire nous-mêmes oeuvre de romancier et nous mettre à la place de ces dirigeants. Ainsi imaginons que les chefs de gouvernement français, Laval en 1935 ou Blum en 1936, aient dit à leurs concitoyens : on va mobiliser à titre préventif et prendre le risque d'une nouvelle guerre pour empêcher Hitler de rétablir le service militaire ou de récupérer la rive gauche du Rhin ! Aucun doute : ils auraient été aussitôt chassés du pouvoir (note).

Éric Vuillard n'en a cure. Il réduit l'Histoire à des réunions plus ou moins confidentielles entre puissants de ce monde, à Berlin, Londres, Berchtesgaden... Les citoyens en sont absents sauf pour applaudir à Vienne le triomphe des nazis. Osons le dire : c'est une forme de complotisme aux antipodes d'une conception démocratique de la politique. À cette conception sont encore attachés nos cousins anglais. Ils en font la preuve avec Les Heures sombres. Ce film raconte l'accession au pouvoir de Churchill en mai 1940. Il ne présente pas la politique comme une lutte entre le Bien et le Mal mais comme la recherche du moindre mal par des hommes de bonne volonté qui ignorent l'avenir et doivent se fier à leur instinct pour décider par exemple soit de résister à Hitler au risque de tout perdre, soit de négocier pour sauver ce qui peut l'être.

Soit dit entre nous, est-ce tout à fait un hasard si les Anglais, adeptes des débats démocratiques francs, vigoureux et sans tabou, semblent par ailleurs immunisés contre le complotisme et la tentation de réécrire l'Histoire ? Ce n'est pas eux qui renonceraient à commémorer Waterloo ou déboulonneraient les statues de Churchill au prétexte qu'il a médit de Gandhi et bombardé les villes allemandes...

Dilettante

Dans L'Ordre du jour, Éric Vuillard a soin de rappeler plusieurs fois la date de l'incendie du Reichstag mais sa connaissance du sujet s'arrête là et son opuscule ne renvoie à aucune bibliographie ou référence sérieuse. Les seules sources auxquelles il se réfère sont des films de propagande ou des photos de presse. La psychologique de ses personnages, comme l'ambassadeur Ribbentrop ou le chancelier autrichien Schussnigg, est à peine effleurée ou pas du tout.

Il est vrai que l'écrivain, qui rappelle volontiers être né le 4 mai 1968, pendant les manifestations étudiantes, se présente comme réfractaire aux études et aucun média ne s'est soucié de nous éclairer sur son parcours scolaire. Sa biographie sur le web se résume à trois lignes et ne fait état d'aucun intérêt particulier pour la littérature ou l'histoire, ce qui peut expliquer le manque d'approfondissement de ses analyses.

La vidéo ci-dessous confirme hélas mes préventions. Dans cette vidéo, l'écrivain s'étonne lui-même d'avoir découvert dans les Mémoires de Churchill que l'armée allemande n'était pas opérationnelle en 1938. C'est pourtant une banalité sur laquelle sont d'accord tous les historiens depuis soixante-dix ans.

Plus sérieusement, il réaffirme son approche complotiste par ses propos sur les réunions confidentielles où se retrouvent les puissants de ce monde. Comme si l'opinion publique, les citoyens et même les élus de base n'étaient pour rien dans les choix politiques.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2019-03-21 21:52:25
Brude (29-11-2023 12:04:27)

Article assez étonnant de votre part… un peu reac’. Je comprends en meme temps l’agacement de l’Historien à la lecture du “….cela faisait vraiment beaucoup…”… Ce livre me semble t il est d’abord un roman et de surcroît très bien écrit. Vous mettez dos à dos la littérature et l’histoire, alors que ces deux disciplines se complètent. Parler de complotisme quand l’ecrivain fait quelques approximations me paraît très exagéré. J’apprécie en général vos articles, mais vous gagneriez à éviter ces parallèles idéologiques anachroniques et déroutants de la part d’un historien.

DEFEBVRE (15-01-2018 11:04:11)

Il se dit aussi que le fait d'avoir une ministre de la culture à la tête des éditions Actes sud ne serait pas étranger à la désignation d'un auteur de cette maison, couronnée pour la deuxième fois en trois ans.
Sinon, il y avait bien une alliance des principaux capitalistes avec les accessions au pouvoir de Hitler, mais aussi Pétain, Mussolini et Franco.
(Voir le rôle joué en France par le comité des forges, la babque Worms etc... ainsi que le financement de la Cagoule.

goguin (14-01-2018 21:00:46)

J'ai lu, et apprécié ce bouquin. Déçu de lire ce que le maitre de lecture écrit. Je ne peux pas accepter ce mode de pensée aussi manichéiste. Déçu, triste de ce mode de réagir, vraiment triste. L'absence de nuance me sidère. Je me desinscris d'herodote, ou si pas possible je ne me reinscrierai plus.

Alain (12-01-2018 22:44:31)

Pour quelles raisons les dirigeants d'Europe ont ils laissé se créer une énorme armée allemande sans se poser de question sur sa possible utilisation, d'autant que la personnalité d'Hitler donnait déjà à réfléchir....la menace du communisme a bon dos, et la leçon à tirer est que nos élites peuvent se fourvoyer ....

pierre (08-01-2018 19:17:15)

moi au contraire je vais vite l'acheter : c'est toujours bon de decouvrir comment les democraties ont pu reculer devant les crimes et le culot de Hitler quel que soit le style ou la forme (these universitaire ou roman).
Comme antidote je preconise d'aller voir le film " Les heures sombres" où on voit comment Churchill a resisté au pacifisme ambiant des elites britanniques

thorepenn (08-01-2018 19:14:09)

Pour ceux qui possèdent et qui ont lu les nombreux ouvrages publiés depuis la fin de la guerre et qui possèdent les cassettes du Reader's Digest de "l'Apocalypse", je pense que ce livre n'apporte rien que nous ne sachions déjà.Pourquoi donner un prix à cet ouvrage???Les autres étaient ils si nuls que cela???????Le niveau de nos écrivains aurait il un rapport avec le niveau de notre Education Nationale

S.Lecocq (08-01-2018 11:50:20)

Je n'ai pas lu ce livre et votre charge au vitriol a effectivement un effet dissuasif.La relative outrance de la critique ne me dérange pas outre mesure, après tout, cela fait partie des règles tacites du genre. En revanche, je suis beaucoup plus gêné par l'instrumentalisation de la référence à mai 1968 qui sert implicitement de repoussoir auquel sont associés une série de clichés parmi les plus galvaudés (incompétence, gauchisme fanatique et aveugle, relâchement intellectuel, complaisance etc).
J'ai le sentiment qu'il s'agit beaucoup plus pour vous de saisir cette occasion pour rejoindre le choeur des éplorés qui imputent tous les maux du monde et en particulier le déclin de l'occident (qui en est au moins à son troisième siècle) à mai 1968.
Je ne suis pas certain que cette approche augure très favorablement de la rigueur de l'approche historique que Hérodote nous réserve pour le cinquantenaire de ces évènements.

Daniel Ch (08-01-2018 11:16:54)

Cet article appelle plusieurs remarques :
1 Plutôt que « récit » qui prête à confusion E. Vuillard aurait dû sous-titrer « roman », ce qui lui aurait évité l’ire de M. Larané. On sait ce que disait le romancier A. Dumas de l’Histoire, à qui il a fait de beaux enfants … L’académie Goncourt n’est pas l’Institut ni le CNRS, elle couronne une œuvre romanesque, considérée par son jury, si on laisse de côté les aspects mercantiles, comme la meilleure production littéraire de l’année. C’est un avis subjectif, en clair on aime ou on n’aime pas. Un roman étant une fiction il n’a pas à se plier à une quelconque exigence de véracité historique.
2 La vision de M. Larané concernant la période évoquée est tout aussi subjective que celle de Vuillard. En particulier « la pire menace » sur l’Europe constituée par l’URSS stalinienne (dont on ne connaîtra les crimes que bien plus tard) l’était surtout pour les « capitalistes » qui craignaient un/des soulèvements populaires. La révolution d’Octobre avait suscité un grand espoir de libération et de mieux-être chez de nombreux peuples du monde, espoir monstrueusement trahi certes, mais on ne peut pas comparer avec les fascismes basés sur l’ethnocentrisme et la haine, mais c’est une autre … histoire.
3 L’attaque ad hominem sur les 68ards, malgré les réponses presque de mauvaise foi de la « rédaction » (M. Larané lui-même , peut-être ?) ne relève pas le débat, bien au contraire. Voir aussi la réponse incompréhensible au commentaire sur Hiroshima.
4 L’Histoire n’est pas une science exacte (d’ailleurs même la physique quantique comporte une part de subjectivité, alors …), ce n’est pas une raison pour ne pas tendre vers l’objectivité et donc laisser au vestiaire sa propre subjectivité, règle n°1 de toute démarche scientifique que semble avoir oubliée M. Larané.

Herodote.net répond :
Dumas a écrit des romans historiques sans prétendre à leur historicité. Si vous lisez Vuillard, vous verrez que nous ne sommes pas dans un roman (lui-même rejette le mot) mais uniquement dans un exposé doctoral de prétendus faits historiques.
Il est donc légitime de soumettre ses assertions à la critique sauf à baisser les bras devant les bobards ou fake news.
En l'occurrence, Vuillard commet le péché mortel de tout historien : l'anachronisme. Il présente les faits hors contexte et les analyse en fonction de ce que nous en savons aujourd'hui et non de ce qu'en savaient les contemporains...
En ce qui concerne l'espoir né d'Octobre 17, notez qu'il s'était singulièrement amoindri après 1933.

Berger (08-01-2018 10:42:23)

Je n'ai pas lu le livre de M Vuillard et ne le lirai sans doute pas. Mais je lis avec stupéfaction le commentaire qu'en fait M. Larané, inspiré de considérations politiciennes plus qu'historiques. Ce style aurait sa place dans une certaine presse à la limite du révisionnisme. De telles opinions ont cours mais je ne peuvent se réclamer de l'histoire telle qu'elle est écrite en effet par des centaines de chercheurs.

Serge Niémetz (08-01-2018 10:34:16)

Largement d'accord.
Impropriétés, décrochements de niveau de langue injustifiables, utilisation incohérente des temps rendent cela à peu près illisible.
Ce n'est guère qu'une plaquette mal ficelée : pourquoi consacrer l'essentiel à l'Anschluss, en sandwich (indigeste) entre ces considérations simplistes sur la grande industrie ?
DEFEBVRE : parler des "travaux d'historien" de A. Lacroix-Riz est une sinistre plaisanterie ; cette dame est une propagandiste stalinienne de la plus belle eau ; grande admiratrice du Petit Père des peuples, elle a publié (notamment sur la famine en Ukraine) des choses ahurissantes d'aveuglement négationniste.

DEBELUT-35308 (08-01-2018 09:29:08)

Monsieur,

Lorsqu'on achète le Goncourt on ne s'attend pas à un livre d'un historien précis, mais à un roman ou à un récit, inspiré de faits réels ou non, mais en tout cas d'un style et d'une écriture agréables.
C'est exactement le cas cette année, avec en plus l'avantage d'un livre court, mais dense, qui évite les gros pavés indigestes. Seul le livre de Pierre Lemaître, Au revoir là-haut m'avait procuré autant de plaisir (avec très certainement des erreurs historiques).
C'est votre critique qui est excessive et si je n'étais pas un ami d'Hérodote, je dirai même qu'elle est ridicule dans son excès.
Les livres d'histoire se vendent au mieux à 2.000 exemplaires et le Goncourt à plus de 200.000. Vous ne jouez pas dans la même cour et comme on dit, la critique est aisée et l'art est difficile.
Gardez donc votre rancœur pour vous ainsi que vos réflexions de pseudo-historien critiquant tout et le reste, car on se demande vraiment 50 ans après, ce que mai 68 vient faire dans votre article indigeste dont je m'étonne qu'Hérodote ait permis sa diffusion (sans relecture je suppose).
Très cordialement.
Gilles Debelut, ami d'Herodote.net depuis des années.

Herodote.net répond :
Si nous faisons référence à la naissance d'Éric Vuillard et à ses parents gauchistes, c'est parce que lui-même en parle dans ses interviews, y voyant l'origine de son engagement politique.
Notez aussi que nous avons beaucoup aimé le roman Au revoir là-haut, qui est un vrai roman historique avec des personnages de fiction. Ce n'est pas le cas de ce récit qui se veut strictement factuel ! S'il nous a indignés, c'est en raison des contre-vérités et des bobards (« fake news ») qu'il contribue à diffuser au grand dam de la réflexion historique.

MPHB (08-01-2018 09:21:45)

Indépendamment de la médiocrité de cet ouvrage, le rappel obsessionnel du nazisme qu'il soit littéraire ou cinématographique s'apparente à une propagande anti-allemande.
A l'heure où le couple franco-allemand est primordial pour notre avenir, c'est inepte et dangereux.

grindio (08-01-2018 09:10:02)

GOS totalement d'accord avec vous, le fait qu'il soit né le 4 mai 1968,son âge et sa famille ne font pas d' Eric Vuillard un homme à abattre...

Anonyme (08-01-2018 07:33:40)

Lecture conseillée : "Les élites françaises entre 1940 et 1944" d'Annie Lacroix-Riz, chez Armand Colin montre que la collaboration était en fait une alliance longuement préparée par nos élites financières et industrielles. "L'attachement durable des classes dirigeantes françaises au tuteur allemand et au tandem Laval-Pétain" (quatrième de couverture)avait été décidé dès 1934. sous le regard bienveillant (voire plus) de l'essentiel de l'armée et du haut clergé.
Une des faiblesse historique du Goncourt - et il y en a beaucoup, vous l'avez souligné - est les cantonnement aux industriels allemands.
Mais il s'agit d'un roman qui, je le répète a le mérite de mettre l'accent sur une compromission un peu vite oubliée (mais certains y travaillent).

DEFEBVRE (08-01-2018 07:09:33)

Je viens de le lire, et vous avez globalement raison, me semble-t-il.
Mais ce n'est pas un livre d'histoire, c'est un roman.Dès lors, précisions et exactitudes ne sont pas exigées.
Et on peut lui reconnaître le mérite de dénoncer les turpitudes des grands capitalistes, à cette époque, alors que certains cherchent maintenant à se blanchir, telle la famille "Renault", avec l'aide inouï de France-télévisions.
Par ailleurs des travaux tels que ceux de A. Lacroix-Riz, travaux d'historien, là, éclairent le rôle joué à cette époque par "les élites", et le financement des partis ou mouvements prônant "un régime fort" (banque Worms, comité des forges etc ...). En France aussi...

Cordialement

Jacques VILLAIN (08-01-2018 06:45:31)

André Larané est dur, mais il est vrai que Vuillard parfois utilise l’article défini abusivement.
Premier exemple, page 69 : [En mars 1938] « On amnistie LES assassins de Dollfuß. »
Deuxième exemple, page 97 : « Pendant la matinée du 12 mars [1938], LES Autrichiens attendirent l’arrivée des nazis fébrilement, dans une allégresse indécente. »
Non, les assassins de Dollfuß ne furent pas tous amnistiés. L'auteur du coup de feu mortel et 6 de ses complices avaient été condamnés à mort par la justice autrichienne et exécutés.
Quant à l’allégresse des Autrichiens le 12 mars 1938... Ce jour même les nazis procédèrent à des arrestations massives et les écoles de Viennent furent massivement transformées en prison pendant plusieurs mois! Parmi les captifs se trouvait mon beau-père, Ferdinand Rechberger.

CatSkin (08-01-2018 02:21:55)

Je n'ai pas encore lu ce livre et du coup, je ne le lirai pas. Merci.
Cependant, ayant vécu au Mexique et connaissant assez bien l'histoire de ce pays, je voudrais dire que parler de "massacres de catholiques par le gouvernement mexicain" et assimiler la guerre des Cristeros aux crimes de Staline me gêne beaucoup, car cela me semble tout aussi réducteur que ce que dit l'article à propos du livre.
Dans le soulèvement des Cristeros, il y avait comme aurait dit ma grand mère "à boire et à manger".
Les paysans se sont majoritairement révoltés parce que leurs curés les ont invités, en chaire, à se soulever contre les mesures de laïcisation de l’État. Le clergé lui-même était d'ailleurs divisé sur ce point. En France, la loi de 1905 n'a pas entraîné, et heureusement, de guerre civile. La guerre des Cristeros en est une. Toute guerre est à déplorer, mais celle-ci a été une lutte entre gouvernement et milices armées, où chaque camp s'est rendu coupable d'atrocités diverses et variées. Ce n'est pas un massacre commis unilatéralement par le gouvernement mexicain de l'époque.

Nicolchik (08-01-2018 00:00:03)

Je suis étonné et très déçu de la virulence des propos d’André Larané. Ce livre peut certainement être critiqué sur le fond et la forme , mais le contenu qu’il aborde certes de manière ttrop succinte est très intéressant . Ce commentaire d’André L est aussi étonnant à l’égard des parents de Vuillard , « 68 ards et gauchiste », ce qui d’une part n’est pas une tare, d’autre part n’est pas la « faute » de l’écrivain d’avoir eu des parents « gauchiste ». Enfin, je pensais qu’Herodote était une revue historique donc neutre à l’égard de l’Histoire et je retrouve un dimanche soir un pamphlet « réactionnaire » de son éditeur en chef qui me fait douter de l’intégrité intellectuelle d’André Larané . Je vais réfléchir à la poursuite de mon adhésion à Herodote , dommage!

Herodote.net répond :
À l'heure où chacun s'inquiète des bobards ou « fake news » qui sévissent sur le web, comment rester muets face à ceux qui courent dans l'édition et ont pignon sur rue ? Le petit livre d'Éric Vuillard relève de cette catégorie et il nous paraît utile de le dire et au moins d'en débattre, pour l'honneur de l'Histoire et des historiens.

gaston. s (07-01-2018 22:25:53)

Je pensais acheter ce livre car les Goncourt ne se trompent pas systématiquement.
Merci pour le commentaire qui m'oriente vers un autre livre d'histoire bien écrit.

dinardais (07-01-2018 20:22:59)

Ni vérité historique ni qualité d'écriture.Le père Noël m'en a gratifié .Il est vrai que c'est une ordure !

F C (07-01-2018 20:13:39)

Curieusement au demeurant l’auteur de l’article omet le plus grand crime contre l’humanité Hiroshima et Nagasaki !

Herodote.net répond :
Ces tragédies entrent dans le cadre des guerres mondiales.

BOYER (07-01-2018 19:40:46)

Faut il considérer que le livre d'Anthony Sutton (Wall street et l'ascension d'Hitler) paru en 2010 est un tissu d'inexactitudes ?

jp Ferrere (07-01-2018 19:24:25)

Entièrement d'accord sur le manque d'élaboration, sur le plan strictement historique, de cet ouvrage. Il n'en demeure pas moins qu'il est merveilleusement écrit, ce qui nous change de l'incompétence ordinaire du jury du Goncourt.

Eric (07-01-2018 19:18:35)

Je n'ai aucune envie de lire L'ordre du jour.
J'ai tenté de lire Les conquistadors du même auteur, c'est totalement illisible et bourré d'éructations et de borborigmes sans aucune référence historique de temps ni de lieux précis. Comment un éditeur a-t-il pu publier un tel salmigondis ?

GOS (07-01-2018 19:07:41)

Lamentable, cette vilenie:"ce quasi-quinquagénaire né le 4 mai 1968 dans un ménage de gauchistes soixante-huitards"! Ce mauvais livre ne valait pourtant ni le Goncourt, ni cette indignité.

pmlg (07-01-2018 18:31:29)

Je n'ai pas lu le Goncourt 2017 et votre analyse du livre ne me donne aucune envie de m'y plonger.
Après la lecture de votre analyse qui est le regard d'un historien j'ai fait un retour sur les articles parus à la proclamation du prix : je reste sidéré par la cécité et l'inculture historique des journalistes ... mais aussi des jurés du Goncourt.
Que faut-il croire ? Qui faut-il croire ? Ma confiance va à Hérodote mais ce n'est pas à l'honneur de ceux qui font les "rois" de la littérrature. Peut-être aujourd'hui faut-il seulement avoir une belle plume sans se préoccuper de la véracité ni de l'historicité de ce qu'on écrit ... surtout si on prétend raconter l'histoire. Triste !

Axel Garcia (07-01-2018 18:18:52)

Après avoir lu ce court "roman" -dont on se demande bien s'il ne s'agit pas plutôt d'une note qui se voudrait explicative sur un épisode de la mise en place du totalitarisme hitlérien-, j'ai été surpris qu'il ait pu être primé. Il n'y a rien là qui reflète un chef d'œuvre littéraire, et moins encore un travail historique, au sens noble du terme. Je partage donc entièrement l'avis de Monsieur Larané et n'ose penser que le prix ait pu être décerné pour des raisons autres que les qualités littéraires de son auteur...

R.F (07-01-2018 18:16:05)

Merci pour cette analyse bibliographique bien argumentée.
Je ne vais pas perdre mon temps à lire le Goncourt 2017.
C'est trop souvent que l'on traite ainsi de l'Histoire aujourd'hui.

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