7 avril 2013

Les Alsaciens disent Non à l'«EuroRégion»

Les Alsaciens ont rejeté le projet de fusion de leurs deux départements et de leur Région administrative. Les citoyens ont corrigé par un choix raisonné la courte vue de la classe politique...

Ce dimanche 7 avril 2013, les Alsaciens ont dit non à la fusion de leurs deux départements et de leur Région administrative en une « collectivité territoriale unique » calquée sur les Länder d'Outre-Rhin. Ils ont été à peine 40% à se mobiliser pour le référendum et moins d'un quart des votants ont voté oui en dépit de la pression médiatique.

On leur promettait une « économie » de moyens sur la base d'un raisonnement simpliste : si l'on supprimait les départements, on supprimait aussi les services dont ils ont la charge ! Dans les faits, c'était une coûteuse « usine à gaz » qui se profilait, sans véritable allègement du « mille-feuille territorial », avec au mieux une diminution de 10 à 20% du nombre d'élus (une centaine au maximum) mais aucune diminution d'emplois administratifs et la création de quelques nouvelles entités intermédiaires. Autrement dit, beaucoup d'agitation pour un bénéfice minime ou nul.

Ce qui se cachait derrière cette démagogie était autrement plus grave : c'était un programme méthodique de déconstruction des nations - et de la République française en particulier - au profit d'une « Europe des régions » gouvernée par Bruxelles. D'ores et déjà, les promoteurs de la future Alsace promettaient d'étendre la « coopération transfrontalière » avec le Land allemand voisin du Bade-Wurtemberg dans le cadre d'une « Euro-Région » qui se serait émancipée de Paris et de la solidarité nationale.

La démocratie méprisée

La classe politique (élus, hauts fonctionnaires et journalistes) s'était convaincue que les électeurs la suivraient dans ce projet. Les sondages ne promettaient-ils pas, contre toute vraisemblance, un taux d'approbation de 75% ?... C'était sous-estimer la désillusion des électeurs face aux « lendemains qui chantent » mais aussi leur attachement à des départements devenus, avec le temps, des circonscriptions solides (à l'image des cantons suisses, qu'ils dépassent en taille). C'était aussi sous-estimer la rivalité entre Strasbourg (chef-lieu du Bas-Rhin) et Colmar (chef-lieu du Haut-Rhin). Sans surprise, les électeurs du Haut-Rhin ont très nettement rejeté le projet de collectivité unique.

Le référendum alsacien traduit la méfiance populaire à l'égard d'un choix hasardeux imposé par les « élites » comme en 2005 sur le traité constitutionnel européen. La classe politique  évoque une conjoncture défavorable. Les électeurs, croit-elle, votent d'après leur humeur du moment et non selon leur intelligence. Elle dénonce la montée du « populisme » et se justifie en usant du pire argument qui soit : la « pédagogie » était mauvaise ! Employé par tous les élus, le mot « pédagogie » montre que ces notables considèrent les citoyens comme des enfants qu'il faut éduquer et mettre dans le droit chemin.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2022-03-11 15:30:58
Rousseaupré. (16-04-2013 11:35:46)

Je m'interroge sur la dernière phrase: "le scrutin proportionnel qui réserve le choix des candidats aux appareils des partis".
N'est-ce pas le cas actuellement? Hélas d'ailleurs ! Je pense , au contraire, que la liberté de se présenter serait plus grande avec la proportionnelle.

PENELOPE (11-04-2013 16:52:35)

Chaleureusement,MERCI aux Alsaciens

jacques D. (09-04-2013 10:28:45)

Excellent article! J'approuve toutes les phrases. Le bilan qui est à faire, c'est celui de la décentralisation initiée il y a trente ans par Gaston Deferre. Ni le traitement des problèmes locaux ni le contrôle des citoyens sur les décisions n'ont été sensiblement améliorés, le plus évident est l'explosion de la corruption.

Neveux (09-04-2013 06:32:53)

Ce n'est pas parce qu'on est historien ou qu'on aime l'histoire qu'on doit refusr toute évolution.
Avec le type de raisonnement développé dans ce texte nous mangerions toujours de la viande crue:cela avait fait ses preuves et d'autre groupes humains s'en portaient très bien.
Cordialement

PLEYEL76 (08-04-2013 21:31:21)

Comme l'article ci dessus est juste: Faites ce qu'on vous dit de faire, sinon vous êtres des imbéciles qui ne comprennent rien. Laissez à ceux qui savent faire les choses, travaillez, faites vous licencier, suicidez vous et fermez votre G.... de débile.

Bravo à celui qui l'a écrit; et je souhaite qu'il y ai beaucoup d'indigné de ce qu'on veut nous faire faire. Les politique sont tous pourris et ne voient que leur intérêt. Combien de député sont dans l'hémicicle quand il y a à voter, hein ??????????????????

riussi (08-04-2013 20:07:49)

ce commentaire me semble bien engagé -c'est en gros la position de "l'extrême gauche"... Un peu de mesure ne fait pas de mal; d'abord appeler "peuple" le 1/3 de l'électorat -et donc négliger le fait majeur: l'abstention- est pour le moins osé; ensuite parler "d'Euroland" pour désigner le danger allemand, ce n'est guère sérieux; enfin, en appeler à la mémoire révolutionnaire pour justifier une organisation administrative de 2 siècles et plus, c'est donner un petit parfum démagogique à un argument passablement conservateur (et si les constituants de 89-91 avaient raisonné ainsi: "on ne peut remettre en cause ce que des siècles ont construit", ils n'auraient pas détruit l'ancien régime...). Plus profondément, quiconque (de bonne foi) a pratiqué le système département-région-état en est ressorti effaré, tant il favorise l'immobilisme, le clientélisme, l'irresponsabilité et la constitution de véritables fiefs locaux bien éloignés de la volonté démocratique affichée... Le système proposé au referendum n'était sans doute pas le bon -dont acte- mais l'actuel est encore pis. A force de fleurir les statues du passé, on marche à rebours de ce que les constituants de 89 espéraient faire...

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