Inquisitio

Un polar loin de l'Histoire

La chaîne publique France 2 va diffuser pendant tout le mois de juillet une fiction médiévale : Inquisitio, à raison de deux épisodes chaque mercredi du mois.

Inquisitio (série télévisée, Nicolas Cuche, 2012)Le titre de cette saga rappelle le nom latin de l’Inquisition, une juridiction pontificale chargée d’éradiquer les hérésies au Moyen Âge.

Totalement fictive, l'action se situe en 1380 à Carpentras et Avignon. Elle s'imbrique dans le conflit entre deux prétendants à la papauté, l'un résidant à Avignon, l'autre à Rome, le Grand Schisme d'Occident.

Palpitante, la série peut se regarder comme un excellent polar «gothique» sous réserve de prendre du recul par rapport au contexte historique, caricatural autant qu'il est possible.

André Larané

Grand spectacle assuré

Le scénario, la mise en scène, la lumière, les costumes et les décors font de cette saga en huit épisodes de cinquante minutes un passionnant «thriller» pour adultes et adolescents. Les amateurs seront sensibles aux références à de précédents phénomènes médiatiques tels Da Vinci Code et surtout Le Nom de la Rose.

Mais attention, s’il est légitime de nous laisser emporter par le souffle de cette série à grand spectacle, gardons-nous de prendre pour argent comptant ses références historiques… Pour faire bref, disons que tout est imaginaire dans cette série sauf le nom du pape d’Avignon Clément VII, de quelques personnes de son entourage et de Catherine de Sienne.

Plus gravement, la série donne une représentation caricaturale et proprement grotesque de la papauté et de l’Église médiévale.

Son scénario est bâti sur une machination diabolique de Catherine de Sienne qui veut répandre la peste dans les villes de Carpentras et Avignon en vue de dresser les habitants contre le pape Clément VII. C’est un peu comme si l’on montrait de Gaulle décidant en 1943 de faire brûler des villageois dans leur église pour les punir de s’être ralliés au maréchal Pétain, voire au général Giraud.

Rien à voir avec le souvenir que conserve l’Histoire de Catherine de Sienne.

La vraie Catherine de Sienne

Cette mystique, morte à 33 ans, en 1380, avait trois ans plus tôt convaincu le pape Grégoire XI de quitter le douillet palais d’Avignon et de regagner Rome. Mais à la mort de Grégoire XI, son successeur Urbain VI est récusé par une poignée de cardinaux français qui élisent un antipape, Clément VII, et le réinstallent à Avignon.

C’est le début du Grand Schisme d’Occident, qui va perdurer jusqu’en 1417… et c’est le moment où se situe la série Inquisitio.

Affligée par ce schisme et épuisée par une vie d’ascèse et de charité, Catherine de Sienne met son dernier souffle au service du pape légitime, celui de Rome. De là à imaginer les macabres machinations que lui prête la série télévisée, il y a un abîme que la liberté de création ne saurait justifier. N’est pas Alexandre Dumas qui veut.

L’Église honnie

Dans Inquisitio, tous les représentants de l’Église sont soit des cyniques libidineux à l’image du pape Clément VII, soit des fanatiques sanguinaires à l’image de Catherine de Sienne et de l’inquisiteur Guillaume de Tasteville, qui enquête sur les méfaits monstrueux qui frappent Carpentras.

Les seuls personnages «positifs» de la série sont un jeune médecin de la communauté juive de Carpentras et une belle sorcière rousse, laquelle pratique la divination par les cartes et guérit les pestiférés à coup d’onguents mais aussi d’invocations à une divinité païenne.

Ainsi aboutit-on à une effarante confusion mentale qui conduit nos «créateurs» du service public à valoriser les pires superstitions pour mieux noircir la religion chrétienne et l'Église. 

Cette dernière, comme toutes les institutions, a sans doute beaucoup à se reprocher même si ses crimes sont sans commune mesure avec les hécatombes provoquées par les systèmes totalitaires - et athées - de ce dernier siècle. Mais elle a aussi suscité des élans humains exceptionnels, d'ordre caritatif ou intellectuel, d'Alcuin à François d'Assise... et Catherine de Sienne. 

Nous lui devons surtout une bonne part de notre bien-être ainsi que l'ont rappelé les historiens du siècle passé, de Bloch à Duby. S'écartant des formules à l'emporte-pièce qui plaisent aux ignorants, ils ont montré comment l’Église médiévale a jugulé la violence des temps barbares, appris aux hommes à tisser entre eux des liens de confiance, leur a donné l’espoir d’un avenir meilleur, suscité la création de magnifiques cathédrales et même amorcé l’émancipation des femmes (il y aura un recul à la Renaissance sous l'influence de la pensée antique et païenne). Et c'est encore aux moines du Moyen Âge que l'on doit l'invention du prindipe fondateur de notre démocratie : le scrutin majoritaire...

Cela dit, l'anticléricalisme est un sport allègrement pratiqué en France depuis près de deux siècles. Déjà il y a 150 ans, on faisait reproche à Victor Hugo de présenter sous un jour favorable l'évêque de Digne et diverses religieuses dans Les Misérables.

Idées reçues sur l'Inquisition

L'Inquisition, Didier Le Fur (Tallandier, 2012)En prévision de la série Inquisitio, les éditions Tallandier ont demandé à l'historien Didier Le Fur de réexaminer les idées reçues sur l'Inquisition médiévale. 

C'est ce qu'il a fait dans un petit essai clair et vivant : L'inquisition, Enquête historique, La France, XIIIe-XVe siècle.

D'où il apparaît que la série télévisée respecte globalement la réalité historique en ce domaine. Simplement pourrait-on s'étonner qu'un inquisiteur enquête sur des crimes sans lien direct avec une hérésie.

Publié ou mis à jour le : 2020-02-26 10:51:36
Limoissat (09-07-2012 15:34:47)

Il n'est pas discutable que l'Église a, au Moyen Âge et même encore bien après, engendré des fanatismes en pratiquant ce qu'on appelle de nos jours le lavage de cerveaux (à l'aide de techniques bien cernées telles que l'enfermement, la privation de sommeil et de nourriture, l'encadrement stricte des adeptes). Autant que je puisse m'en faire une idée après les deux premiers épisodes, cette série montre surtout jusqu'à quelles extrémités conduisent de tels aveuglements. À côté de ces aspects négatifs, l'Église a effectivement présenté des côtés positifs, ceux sur lesquels insiste M. Larané. Le bilan est-il "globalement positif" pour paraphraser un homme politique aujourd'hui décédé ? C'est discutable et discuté.

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