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Regards sur l'enfant

Antiquité : un souffre-douleur tout désigné

« Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille applaudit à grands cris » ! Cette exclamation célèbre de Victor Hugo ne s’applique pas à toutes les époques. La plupart des grandes civilisations de l’Antiquité ont ainsi réservé un sort peu enviable à l’enfant. Élevé dans des conditions souvent très dures, il pouvait à tout moment être jeté en sacrifice pour apaiser les divinités courroucées.

Isabelle Grégor

Scène familiale, art néolithique de Sefar, Algérie.

Premiers pas dans le monde

Cela nous semble évident : par « enfant », nous désignons aujourd’hui le petit d’homme, de sa naissance au moment où il devient ingrat et poilu, c’est-à-dire à l’adolescence.

Tel n’a pas toujours été le cas puisque le mot vient du latin infans, qui désigne « celui qui ne parle pas », autrement dit le bébé ou le bambin. Ce premier âge de la vie a d’ailleurs inspiré un vocabulaire fort évocateur lié à la question de la propreté encore défaillante : pensons par exemple à « morveux » et autre « chiard », sans oublier le plus rare « trousse-pet ».

Passé le premier âge, les enfants étaient désignés en latin par le mot puer, repris pour former nos mots savants comme « puériculture » mais délaissé dans le langage courant. Sans doute préférons-nous évoquer la vivacité de nos chers petits avec quelque « galopin », « biquet » ou « diablotin »..

Traces de pas dans la boue, 3,5 millions d'années, Laetoli, Tanzanie.Les premières traces d'enfants remonteraient à plus de 3,5 millions d’années dans la terre de Laetoli, en Tanzanie ! Ce sont les empreintes de pas laissées par deux Australopithèques. Même si les interprétations varient, il est tentant d’y voir le souvenir d’un enfant cheminant aux côtés d’un adulte, le plus âgé guidant le plus jeune.

Cette image illustre la place que l’enfant occupait dès les temps les plus reculés : les nombreuses sépultures dédiées à de tout jeunes individus, voire à des nouveaux-nés (tombe du Moustier, 40 000 ans av. J.-C.), prouvent que ceux-ci faisaient déjà de la part du groupe l’objet d’attentions particulières, de protection, ou tout simplement d’affection.

Attendus avec impatience comme le montrent les nombreuses représentations des déesses-mères, ces enfants n'en étaient pas moins victimes d'une forte mortalité : au Paléolithique, 40 % des tombes concernent des bambins de moins de 11 ans.

Figures dessinées par des enfants du paléolithique, grotte de Rouffignac, Dordogne.Les survivants étaient vite associés aux activités de la « tribu » qui les initiait à la taille de pierre comme à la peinture sur les parois des grottes. C’est ainsi qu’on a trouvé à Rouffignac, en Dordogne, des traces de doigts laissées par des artistes en herbe certainement portés sur les épaules d’adultes.

Amour, protection et transmission : les grands principes de l’éducation sont déjà là !

La déesse Hathor donnant le sein à son fils Ihy, Mammisi (temple de la naissance) de Denderah, époque ptolémaïque et romaine, Egypte. Le pharaon offre un collier à Hathor. Derrière la déesse, Ihy est représenté une seconde fois, plus grand.

Une éducation collective à la dure

« Si un fils frappe son père, on lui coupera la main » (code d’Hammourabi, vers 1750 av. J.-C.). On ne plaisante pas à Babylone avec le respect des aînés ! La société est en effet construite autour de la cellule familiale, elle-même placée sous la toute-puissance du père qui peut même mettre un de ses enfants en gage le temps d’honorer une dette.

Une mère allaitant son enfant, musée d'égyptologie de Berlin, Allemagne.Au descendant d’assurer le bien-être de ses parents et le culte de tous les aïeux qui les ont précédés. On retrouve ces mêmes principes sur les bords du Nil où une famille nombreuse était synonyme de bénédiction comme de main-d’œuvre à bon compte.

Mais pour un foyer plein de rires, combien de deuils à traverser ! L’enfant survivant, prénommé « Le garçon que je désirais » ou « La jolie fille nous a rejoints », était allaité jusqu’à 3 ans, arborant pour pallier sa nudité une tresse sur le côté droit de la tête.

Il ne quittait guère alors les épaules de sa mère, au point que le papyrus d’Ani, issu d'une tombe de Thèbes (vers le XIIIe siècle av. J.-C.), appelle à la gratitude pour les bienfaits maternels : « Rends le double de la nourriture que ta mère a donnée, porte-la comme elle t’a porté. Tu as été pour elle une lourde charge, mais elle ne s’est pas lassée. Sa nuque te porta, elle te donna le sein pendant trois ans. Elle ne fut pas dégoûtée de ta malpropreté et ne se découragea pas disant : que faut-il encore faire ? ».

Puis c’est le début de l’école, pour les plus riches, ou des travaux en famille pour les autres jusqu’au mariage arrangé, vers 15 ans pour les filles.

Si l’amour pour les enfants est grand, l’autorité l’est tout autant, que l’on soit pauvre ou prince. Celui-ci ne doit-il pas « porter l’éventail à la gauche du roi », s’il le faut en le gardant en bandoulière au milieu de la bataille pour pouvoir combattre malgré tout ? Chacun à sa place !


Publié ou mis à jour le : 2019-06-12 16:27:16

 
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