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Antiquité

D'une écriture à l'autre

Depuis Champollion, le déchiffrement des langues anciennes excite les passions. Si l'égyptien des pharaons ou encore l'akkadien d'Abraham ont rendu les armes, beaucoup d'autres langues conservent leurs secrets.

Des signes sur une tablette d'argile

Ourouk, l'une des cités de la région de Sumer, au sud de la Mésopotamie (Irak actuel), est à l'origine de la première écriture de l'histoire humaine.

Cette écriture est apparue vers 3300 avant Jésus-Christ. Il s'agit de signes gravés avec la pointe d'un roseau sur des tablettes d'argile humides. Après séchage au soleil ou cuisson au four, ces tablettes deviennent très résistantes.

Au début, les signes sont de simples dessins ou pictogrammes qui représentent les êtres et les biens (troupeaux, esclaves, maisons, outils...). Au fil du temps, les scribes simplifient ces signes et les réduisent à des symboles afin d'écrire plus vite. Ils ajoutent aussi des signes qui représentent des sons pour élargir leur vocabulaire.

De cette combinaison de plus en plus savante de pictogrammes et de symboles phonétique est issue l'écriture des Sumériens. Les signes sont en forme de clous ou de coins d'où le qualificatif de cunéiforme donné à cette première écriture (d'après le latin cuneus, qui signifie coin).

Notons que l'écriture cunéiforme, sur tablettes d'argile, a été utilisée dans les relations diplomatiques au Moyen-Orient jusque vers l'an 1000 avant JC. Elle est demeurée en usage jusqu'au premier siècle de notre ère dans les temples de Babylonie.

De l'image au signe

Longtemps a prévalu chez les chercheurs la conviction que l'écriture était née du besoin de compter les troupeaux. Elle devait permettre aux riches propriétaires de la cité de tenir les comptes de leurs richesses.

Cette vision utilitaire de l'histoire; imprégnée de marxisme, a été remise en cause à la fin du XXe siècle par le préhistorien Jacques Cauvin. Pour ce dernier, l'écriture est née de l'image, instrument de communication avec les forces mystérieuses. Ses racines sont religieuses (Naissance des divinités, naissance de l'agriculture).

Hiéroglyphes égyptiens et idéogrammes chinois

À peu près en même temps que les Sumériens, vers 3100 avant JC ou même plus tôt, vers 3300 avant JC (si l'on en croit les découvertes de l'archéologue Günter Dreyer à Abydos, en 1998), les Égyptiens mettent au point leur propre système d'écriture. Il est composé d'environ 5.000 signes à base d'idéogrammes (dessins évocateurs d'une idée ou d'une chose).

Beaucoup plus tard , les Grecs de l'époque classique, contemporains de l'historien Hérodote, les ont appelés hiéroglyphes (d'après les mots hieros, sacré, et gluphein, graver), car ils croyaient que ces caractères, pour eux mystérieux, étaient exclusivement dédiés à un usage sacré. C'est seulement en 1822 de notre ère que les anciens hiéroglyphes ont perdu leur mystère. Le mérite en revient à un jeune Français de génie, Jean-François Champollion.

L'autre foyer natif de l'écriture est la Chine. Les premiers textes y apparaissent vers 1350 avant JC, soit beaucoup plus tard qu'à Sumer et sur le Nil. Gravés sur des os ou de l'écaille de tortue, ces textes sont composés d'idéogrammes, autrement dit de dessins stylisés.

Fait remarquable, l'écriture chinoise, à la différence des écritures occidentales, a très peu varié depuis ses origines. Mais la transcription d'une pensée de plus en plus élaborée a nécessité au fil des siècles un nombre croissant de caractères distincts.

Malgré les efforts de Li Si, ministre du Premier Empereur Shi Huangdi, pour codifier et stabiliser l'écriture, le nombre de caractères est passé d'environ 3000 à plus de 50.000 aujourd'hui. Toutefois, il suffit d'en connaître 2.000 à 6.000 pour arriver à un très bon niveau de lecture.

Alphabet phénicien

Vers 1200 avant JC, les Phéniciens, un peuple commerçant de langue sémitique qui habite l'actuel Liban, mettent au point un système d'écriture novateur, réduit à une vingtaine seulement de signes phonétiques, l'alphabet.

Les Phéniciens ont transmis ce système révolutionnaire aux Grecs. L'alphabet tire son nom des deux premières lettres de sa version grecque : alpha et bêta. Avec un peu d'imagination, on peut reconnaître dans alpha (notre A) l'image d'une bête à corne car à l'origine, cette lettre représentait le boeuf. Quant à bêta, c'est le signe phonétique inspiré du mot maison. Maison se dit en effet beth dans les langues sémitiques (comme dans Bethléem, lieu de naissance de Jésus-Christ).

Alphabets grec et latin

Les Grecs ont adopté l'alphabet phénicien avec des variantes d'une cité à l'autre.

En 405 avant Jésus-Christ, un archonte (dirigeant) du nom d'Euclide (rien à voir avec le mathématicien) introduit à Athènes la variante milésienne (du nom de Milet, une cité d'Asie mineure), avec ses 24 lettres. Du fait du rayonnement intellectuel d'Athènes, la réforme euclidienne ne tarde pas à se généraliser à l'ensemble de la Grèce continentale. Mais en Grande Grèce, autrement dit dans les colonies de la péninsule italienne, on en reste à d'autres variantes.

Lorsque Rome, une cité latine en plein essor, adopte à son tour un alphabet, elle choisit celui de Neapolis (aujourd'hui Naples), une colonie fondée par les habitants de Chalcis, une cité de l'île d'Eubée, en mer Egée. C'est ainsi que les Grecs continuent aujourd'hui d'utiliser l'alphabet athénien, avec quelques modifications mineures, tandis que les lointains héritiers des Romains (les Européens de l'Ouest) utilisent l'alphabet chalcidien. Voilà l'origine des principales différences entre les alphabets grec et latin (par exemple le P grec qui s'écrit R en latin)

Jean-François Zilbermann.
Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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