Amen. - Un film pour deux histoires - Herodote.net

Amen.

Un film pour deux histoires

Février 2002 : auteur de films engagés ( L'aveu, sur les procès de Prague, Z contre la Grèce des colonels, Missing sur le Chili...), Constantin Costa-Gavras nous refait un cours de morale avec Amen., un film sur les rapports complexes entre le Vatican et Hitler.

Le nouveau film de Constantin Costa-Gavras s'inspire très librement d'une pièce de Rolf Hochhuth, jouée en 1963 à Berlin, Le Vicaire, qui s'en prenait pour la première fois aux rapports du pape Pie XII avec le nazisme. Le dramaturge, né en 1931, avait appartenu aux Jeunesses hitlériennes comme la plupart des enfants allemands, ce dont on ne saurait lui tenir rigueur, mais beaucoup plus tard, il s'est de son plein gré engagé dans la défense d'un historien britannique «négationniste» , David Irving !

Amen. entremêle deux histoires, d'une part le parcours véridique du lieutenant SS Kurt Gerstein qui assista de ses propres yeux à l'extermination des Juifs dans les camps de Belzec et Treblinka, d'autre part le théâtre d'ombres du Vatican, avec ses querelles de pouvoir et ses jeux diplomatiques, trop peu à la hauteur des événements dramatiques qui se jouaient par ailleurs.

Ces deux histoires sont reliées par un personnage fictif et invraisemblable, le jeune jésuite Fontana, intermédiaire malchanceux entre son ami Kurt Gerstein et le Saint-Siège.

Costa-Gavras s'est inspiré pour les dialogues des Confessions publiées par le lieutenant SS ainsi que des propos rapportés par les personnes qui ont eu l'occasion de rencontrer le pape. Cela lui permet de montrer la complexité du personnage de Pie XII.

Le pape apparaît comme un homme sans nul doute bon, sincèrement ému par le sort des Juifs et tourmenté par l'attitude à adopter face à Hitler : protester publiquement au risque de représailles contre les catholiques des pays occupés ? ou agir dans l'ombre pour sauver ce qui peut l'être ?

L'un des personnages du film donne une clé à l'énigme : «Avant la guerre, nous avions un pape de guerre (Pie XI). À sa mort, nous avons élu un pape de paix mais la guerre est arrivée !» On attendait un croisé, on eut un diplomate. C'est un peu comme si les Anglais, dans le choix de leur Premier ministre en 1940, avaient donné la préférence à Neville Chamberlain, le signataire des accords de Munich, sur Winston Churchill...

Costa Gavras, quant à lui, ne s'en tient pas là. Son film est prétexte à une thèse outrancière selon laquelle il n'y aurait tout simplement pas eu de génocide si Pie XII dénoncé avec éclat le nazisme ! En définitive, avec quelques moments d'émotion et une fin mélodramatique tirée par les cheveux, je ne crois pas qu'Amen. apporte aux spectateurs une meilleure compréhension de l'époque.

Peut-être eut-il mieux valu un film proprement historique sur le seul personnage de Kurt Gerstein ? Quant au débat complexe sur l'attitude de l'Église et des autres institutions (médias, gouvernements alliés, organisations sionistes...) vis-à-vis du nazisme et de la Shoah, il semble difficile de le traiter par l'image. Laissons-le aux historiens.

Et méfions-nous de la tentation de refaire l'Histoire après coup et de juger nos aïeux... Songeons avec modestie à notre propre faiblesse face aux génocides contemporains (Kossovo, Rwanda) et aux impostures, la dernière en date étant l'affaire du «réseau Voltaire».

André Larané
Un Juste en Enfer

Le film Amen. de Costa-Gavras se fonde sur l'histoire vraie de Kurt Gerstein, un ingénieur des mines né en 1905. Il dénon硠le nazisme au nom de sa foi protestante dans les années 1930 et passa de nombreux mois dans un camp d'internement.

En 1940, il trouva le moyen de se faire engager comme lieutenant dans les SS (abréviation de Schutzstaffel, escadron de protection), avec l'intention d'en dévoiler les agissements coupables. Cette milice d'élite à la réputation sinistre, dirigée par Heinrich Himmler, était chargée de toutes les sales besognes au service du nazisme.

La résolution de Kurt Gerstein s'en trouva renforcée lorsqu'il eut connaissance de l'assassinat de sa nièce, Bertha, une handicapée sacrifiée au nom de l'eugénisme. Avec des milliers d'autres handicapés, dès 1940, elle fut gazée dans de fausses salles de douches, les SS utilisant pour ce faire le gaz d'échappement de camions. L'intervention des chrétiens allemands permit d'interrompre le programme d'euthanasie.

En 1942, lorsque l'heure vint de l'extermination des Juifs et des gitans, Kurt Gerstein, sous couvert de lutter contre le typhus, dut approvisionner des camps de Pologne en gaz mortel (les SS étaient passés à l'acide prussique de la marque Ziklon B, plus efficace que les gaz d'échappement).

Horrifié par ce qu'il vit dans les camps de Belzec et Treblinka, il n'eut de cesse de les dénoncer à des personnes de confiance. Rencontrant par hasard dans un train, un soir d'août 1942, l'attaché d'ambassade de Suède, il lui raconta toute la nuit ce qu'il avait vu. L'attaché tenta mais en vain d'alerter son gouvernement.

Les révélations de Kurt Gerstein, principal témoin oculaire de la Shoah (l'extermination des Juifs) vinrent à l'oreille des résistants de Pologne qui avertirent leurs chefs en exil à Londres. Elles permirent d'étayer les informations qui circulaient déjà en Occident sur les camps de la mort. Des journaux et des responsables en firent état. Mais nul n'osait trop y croire et tout cela ne servit à rien ou presque.

À la fin de la guerre, Kurt Gerstein se rendit aux troupes françaises. Transporté à Paris, à la prison militaire du Cherche-Midi, il rédigea un rapport détaillé sur les camps. Quelques jours après, on le retrouva mort dans sa cellule. Suicidé de désespoir ou assassiné par des officiers SS de la prison ? Le mystère demeure.

Ses Confessions ont constitué l'un des principaux documents à charge lors du procès des chefs nazis à Nuremberg, après la guerre. Elles sont revenues sur le devant de l'actualité en 1985 lorsqu'un révisionniste français (Henri Roques) prétendit les démonter dans le cadre d'une soutenance de thèse à l'université de Nantes.

Kurt Gerstein a été condamné par les Alliés, qui lui ont reproché d'avoir continué à servir la SS après avoir découvert l'horreur des camps. C'est seulement vingt ans après sa mort qu'il a été réhabilité.

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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