Décembre 2006 - A 50 ans, l'Europe toujours en attente de symboles - Herodote.net

Décembre 2006

A 50 ans, l'Europe toujours en attente de symboles

Quand le logo des 50 ans de l'Europe évoque un boutiquier mondialisé et que les billets en euros ne montrent que des ponts et des portails virtuels, faut-il s'étonner que les Européens doutent de l'Union ?

[ 1ère version publiée en janvier 2002]

L'Europe a 50 ans - Qu'évoque pour vous ce logo ?
1- Google ?
2- United Colors of Benetton ?
3- European Union Inc.?

Si vous avez spontanément choisi la troisième réponse, vous méritez de travailler dans les instances de Bruxelles ! Ce sont elles, en effet, qui ont adopté ce logo pour représenter l'Union européenne à l'occasion du 50e anniversaire du traité de Rome...

Mais parmi les 490 millions de citoyens que compte l'Union européenne à dater du 1er janvier 2007 avec l'entrée de la Bulgarie et de la Roumanie, combien se reconnaissent dans ce gribouillis ? Que signifie cet anglais de pacotille pour les pauvres habitants des Carpathes comme pour les illettrés de nos villes ou les intellectuels de nos universités ?

Est-il enfin bienvenu de traiter l'Europe par la dérision, l'ironie et le second degré alorsqu'elle traverse une grave crise ?...

Bruxelles a voulu corriger sa maladresse en déclinant le logo dans les 23 langues de l'Union (ci-contre la version française).

Mais cette «babélisation» n'a d'autre effet que de rendre le symbole encore plus confus.

C'est la confirmation d'un essouflement de l'idéal européen, déjà mis en relief par la conception des premiers billets en euros (2002) et le refus d'inscrire dans le projet de Constitution (2005) une référence aux racines grecque et chrétienne de la civilisation européenne.

L'Union europénne en 2007

L'Union européenne compte 27 États au 1er janvier 2007: Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Italie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Slovaquie, Slovénie, Suède + Chypre (partie grecque) qui appartient au Proche-Orient.

Les 11 pays européenshors de l'Union(à l'exception des micro-États) sont : Biélorussie, Bosnie, Croatie, Islande, Macédoine, Monténégro, Norvège, Russie, Serbie, Suisse, Ukraine.

L'Unioneuropéenne a 490 millions d'habitants (3e rang après la Chine et l'Inde). Sa superficie est de 4.350.000 km2 (6e rang mondial) et sa densité de 113 habitants/km2 (monde : 48 habitants/km2). Cette densité est 2,3 fois supérieure à la moyenne mondiale (elle lui était 5,75 fois supérieure en 1900).

Les fondements de l'Europe

Né du désir de consolider la paix après les deux guerres mondiales, le projet européen a été porté sur les fonts baptismaux par les démocrates-chrétiens et les sociaux-démocrates d'Europe occidentale.

A l'instigation de Jean Monnet, ils ont choisi de l'ancrer à des réformes macroéconomiques mais proches de la vie quotidienne (l'approvisionnement en charbon et en acier ainsi qu'en produits agricoles).

Dans le même temps, l'Europe s'est dotée des symboles et des attributs de tout État qui se respecte:
- un drapeau en 1955,
- un hymne national (sans paroles pour respecter la diversité linguistique du continent) en 1971.
Les douze étoiles sur fond bleu du drapeau se réfèrent à l'Apocalypse de Saint Jean ; l'hymne est adapté de la 9e Symphonie de Beethoven. L'unet l'autre se classent donc bien au-dessus du«marketing Benetton» et s'enracinent dans l'Histoire et les traditions du continent.

A la findes années 70, la Communauté européenne a complété son dispositifense dotant d'un Parlement élu au suffrage universel et d'un Système monétaire, prélude à la monnaie unique.

La table rase

Que s'est-il donc passé à la fin des années 80 pour que le processus déraille ?

L'Europe est devenue l'affaire des économistes et de hauts fonctionnaires qui ont réduit le projet initial à des objectifs tels que le Grand Marché ou l'Union Monétaire.

D'autre part, le scrutin de liste à la proportionnelle a privé les députés du Parlement européen d'une authentique légitimité démocratique: désignés par les appareils des partis, ils manquentdu contact direct avec les citoyens qui leur permettrait de remettre l'Europe sur les rails.

La défiance des citoyens s'est manifestée dès 1992 lorsque les Danois ont rejeté par référendum le traité de Maastrichtet que les Français ne l'ont approuvé que d'extrême justesse. Elle s'est spectaculairement renouvelé en 2005 quand Français et Hollandais ont rejeté le traité constitutionnel, approuvés en cela par une majorité d'Allemands, de Britanniques, de Belges, d'Italiens etc.

En dépit de ces avertissements, les dirigeants de Bruxelles s'en tiennent à l'objectif de la «table rase».

Faisant fi de l'Histoire et de la culture, ils ne rêvent plusque d'unmarché uniforme, fluide et lisse, un espace sans références géographiques ou historiques, à l'image de l'ex-URSS, qui s'étendrait de l'océan Atlantique aux montagnes du Kurdistan, en Turquie.

La Commission européennea promis monts et merveilles avec l'ouverture du Marché Unique le 1er janvier 1993: ce fut la première année de récession depuis la Seconde Guerre mondiale !

La monnaie unique devait rapprocher les économies européennes et rendre plus vertueuse. C'est le contraire quise produit...

Le Grand Marché devait encourager la formation de groupes européens. Il n'en a suscité qu'un seul, Arcelor !

Confrontés à ces déconvenues, les tenants de la table rase ont une réponse toute trouvée: nous ne sommes pasallés assez loin dans l'effacement des différences ! Un Prix Nobel suggère ainsi de remplacer les langues européennes par l'anglo-américain en usage dans les conseils d'administration...

Vers l'Europe des hommes

L'accueil chaleureux réservé à l'euro en 2002 témoigne néanmoins de la très forte attente d'Europe dans l'opinion publique.

Il estregrettable que l'on ait gâché l'occasion de créer avec les nouveaux billets de banque des symboles vivants de la nouvelle Europe. Au lieu de cela, des ponts et des portails virtuels qui ne mènent et n'ouvrent sur rien.

Souhaitons que la prochaine génération de billets mette en avant l'exceptionnelle fécondité de l'Europe et ses valeurs universelles. On peut rêver d'un billet qui porterait sur l'une de ses faces Victor Hugo et sur l'autre Jean-Sébastien Bach, unissant de la sorte la France et l'Allemagne dans ce qu'elles ont de plus beau.

On peut rêver d'associer aussi Michel Cervantès et Hans-Christian Andersen, Shakespeare et Homère, Michel-Ange et Rembrandt, Léonard de Vinci et Nicolas Copernic, Marie Curie et Albert Einstein, Mozart et Rubens...

L'Europe des hommes a également besoin de fêtes (la musique en a bien une !).

Un comité trucmuche a proposé le 9 mai comme jour commémoratif de l'unité européenne, en se référant à un discours de Robert Schuman annonçant le 9 mai 1950 la naissance de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l'acier)... Le choix n'est pas des plus judicieux: à l'heure de l'électronique et des biotechnologies, le charbon et l'acier n'évoquent rien d'agréable chez les jeunes Européens. D'autre part, le 9 mai suit la commémoration de la capitulation allemande de 1945. Il se situe enfin en un mois déjà très chargé en célébrations diverses, du 1er mai à l'Ascension et à la Pentecôte.

Plus pertinent serait de commémorer année après année la signature du traité de Rome, le 25 mars 1957. Rome reste un symbole vivant pour tous les Européens et le mois de mars, qui inaugure le printemps, justifie amplement un jour chômé pour se remettre des tristesses de l'hiver finissant:-)

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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