Corse

Une île aussi tourmentée que belle

Pauvre et lointaine, la Corse a longtemps été tenue en marge de la France, à laquelle elle n'a pas moins donné le plus connu de ses dirigeants en la personne de Napoléon. Au XIXe siècle, elle était surtout connue pour abriter de farouches bandits d'honneur.

En 1975, une fusillade meurtrière dans la plaine d'Aléria inaugure une longue période de crise. L'île aujourd'hui apaisée redécouvre avec sérénité sa longue Histoire, aussi belle que ses paysages.

Des débuts agités

Menhir sculpté à Palaghju (Corse du sud)Comparable en superficie (8 600 km2) à Chypre et à la Crète, la Corse a une population de seulement 300 000 habitants.

La présence humaine remonte à dix millénaires environ. Au néolithique tardif (3000 à 1800 av. J.-C.), une intéressante civilisation s'épanouit autour de Filitosa (plus de 600 menhirs dont beaucoup sont sculptés).

La Corse fait l'objet d'une colonisation par les Phocéens qui fondent dans la plaine orientale la cité d'Alalia (aujourd'hui Aléria). Puis elle passe sous la tutelle de Carthage avant que les Romains ne s'en emparent. En 231 av. J.-C., elle forme avec la Sardaigne la deuxième province romaine après la Sicile. 

Défrichée et assainie, la plaine d'Aléria devient l'un des greniers à blé de Rome. En 105 av. J.-C. est fondée une nouvelle capitale au nord de la plaine d'Aléria : Mariana, ainsi dénommée en l'honneur du général Marius.

L'ère pisane

Aux premiers siècles du Moyen Âge, l'insécurité s'installe et les côtes sont écumées par les pirates sarrasins tant et si bien que la population commence à se replier vers les montagnes de l'intérieur. Désertée, la plaine orientale retourne aux marécages et à la malaria.

L'île devient un territoire pontifical et en 1078, le pape Grégoire VII confie sa gestion à l'archevêque de Pise. La Corse va vivre pendant deux siècles dans une relative autonomie. Mais les incursions de pirates nord-africains ne vont jamais cesser jusqu'au XVIIIe siècle.

Le drapeau de la Corse, emblème de l'île depuis 1762, en perpétue le souvenir avec le profil d'un prisonnier maure ou barbaresque aux yeux bandés.

Chapelle de la Trinité à Aregu (Balagne corse), en style pisan, XIIe siècle  (photo : Fabienne Larané)

L'ère génoise

La Corse (document : Alain Houot, pour Herodote.net)Suite à la bataille navale de La Méloriae, le 6 août 1284, la Corse passe sous l'autorité de la République de Gênes. Elle est  divisée en deux régions administratives séparées par la chaîne montagneuse centrale : l'En-Deçà-des-Monts (capitales : Bastia et Calvi) et l'Au-Delà-des-Monts (capitale : Ajaccio).

Ces régions recoupent les limites des départements institués par la Révolution en 1793, le Golo et le Liamone, ainsi que des départements institués par la Ve République en 1976 : la Haute-Corse et la Corse du Sud. Elles sont elles-mêmes subdivisées en 90 pièvi (ou piéves), l'équivalent des cantons actuels ; chaque pièva correspond à peu près à une vallée.

Rebutés par le caractère rebelle des habitants, les Génois s'abstiennent de pénétrer dans l'intérieur et se cantonnent dans les villes côtières, Bastia, Ajaccio, Porto-Vecchio... Ils tiennent au nord-ouest la citadelle de Calvi, fondée en 1268.

Conséquence de leur résistance à l'oppression génoise, les communautés rurales de l'En-Deçà-des-Monts forgent une démocratie locale assez ressemblante à celle des cantons suisses. Notons que, dans ces communautés, les femmes participent aux débats publics. Le droit de vote leur sera confirmé par la Constitution d'Orezza, en 1735.

La « Guerre de quarante ans »

La Corse innove avec la première guerre d'indépendance des Temps modernes. Elle va durer quarante ans et conduire à la domination française. Le 30 janvier 1735, Giacomo Paoli proclame unilatéralement l'indépendance. C'est une première dans l'Histoire moderne.

La cathédrale et le vieux port de Bastia (photo : Fabienne Vignolle)

Les Anglais, désireux de prendre pied sur l'île, apportent leur soutien aux insurgés. Mais les Français rendent l'île à Gênes en 1753.

Pasquale Paoli (30 ans) prend la relève de son père. Il crée un « Royaume de Corse » indépendant... et sans roi. Lui-même est proclamé général en chef à la consulta de 1755.

Jean-Jacques Rousseau  donne en modèle la démocratie corse dans son Contrat social.

Mais, lasse de la guerre, Gênes cède « provisoirement » ses droits sur la Corse à la France par le traité de Versailles du 15 mai 1768. Le duc de Choiseul liquide la rébellion et annexe l'île après la bataille de Ponte-Novo.

Pasquale Paoli fuit à Livourne, en Italie, avec 300 fidèles.

Ultime rébellion

Sous la Révolution, le 15 janvier 1790, la Corse devient un département français parmi d'autres. Pasquale Paoli devient président du Conseil général et commandant en chef des gardes nationales.

Mais le gouvernement de la Première République, en 1793, entre en opposition avec le vieux chef et tente même de l'arrêter.

Pasquale Paoli (Richard Cosway, 1798)De dépit, Pasquale Paoli soulève alors à nouveau l'île contre Paris. Le jeune lieutenant Napoléon Bonaparte, tiraillé entre ses sympathies jacobines et ses racines corses, est un moment tenté de le suivre.

En 1796, après le départ forcé des troupes anglaises, l'île est reconquise par... Napoléon et Lucien Bonaparte, à la tête de l'armée d'Italie. En 1811, pour amadouer ses anciens congénères, l'Empereur réunit l'île en un seul département et lui octroie de généreuses exemptions fiscales, pour la plupart encore en vigueur.

C'est le début d'une longue léthargie, jusqu'au drame d'Aléria, en 1975, qui va réveiller les revendications autonomistes des jeunes Corses.

Publié ou mis à jour le : 2022-03-24 15:21:40

 
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