Napoléon, une imposture - Une biographie décapante - Herodote.net

Napoléon, une imposture

Une biographie décapante

Publié ou mis à jour le : 2015-02-04 13:56:51

Nous avons lu pour vous Napoléon, une imposture par Roger Caratini (L'Archipel, 2002, 556 pages, 22,50 euros). Cet ouvrage s'adresse aux thuriféraires de la Légende napoléonienne comme aux amoureux de l'Empereur. Il éclaire les aspects méconnus de son parcours et démonte les éléments de la Légende, non sans parti pris et approximations.

Napoléon, une imposture

En pleine napoléomania, il fallait oser !... Les éditions de L'Archipel publient une édition augmentée de la biographie de Roger Caratini.

Cet historien, connu pour avoir rédigé les 23 volumes de l'Encyclopédie Bordas, tente de démonter bout par bout la légende de l'Empereur. L'auteur se montre sans complaisance pour le dictateur apatride qui a mis l'Europe à feu et à sang, bafoué la Liberté et violé les droits de l'Homme.

Son argumentation s'appuie sur une érudition encyclopédique et des archives originales.

Sus à la Légende napoléonienne

Roger Caratini rappelle les origines génoises de la famille Buonaparte et dresse une biographie toute en noirceur.

Le jeune Napoléon tente un moment sa chance auprès des nationalistes corses avant de les lâcher et de gagner le Continent. Il acquiert un diplôme d'officier d'artillerie après des études sans éclat dans une école militaire de médiocre prestige (Brienne). Soucieux de témoigner de sa fidélité à la Montagne et au parti de Robespierre, il se voit un avenir d'écrivain mais le destin l'en détourne au siège de Toulon.

Bonaparte s'acquitte plutôt bien de sa mission, ce qui lui vaut des galons de général. Déjà, il tourne à son avantage un succès qui ne lui revient qu'en partie. Là-dessus arrive Thermidor et la chute du dictateur. Le général robespierriste se fait discret.

À Paris, Bonaparte gagne la faveur du «roi Barras», maître tout-puissant du Directoire, qui lui refile sa maîtresse, l'influente Joséphine, et le réquisitionne pour liquider dans le sang l'insurrection royaliste de Vendémiaire.

Quand Bonaparte obtient le commandement de l'armée d'Italie, Roger Caratini explique avec abondance de détails comment le jeune général aurait suivi de bout en bout les instructions détaillées transmises par Lazare Carnot, toujours en charge des affaires militaires.

Ainsi, cette campagne qui a installé Bonaparte au summum de la popularité n'aurait rien dû à son génie stratégique et, comble de sacrilège, c'est en obéissant à la lettre aux instructions du Directoire et non en lui désobéissant, comme le prétend la Légende, que Bonaparte a pu battre Piémontais et Autrichiens.

Maître tout-puissant de l'Italie, Bonaparte, jusque-là dépourvu de projet, commence à croire à son étoile. Il négocie les préliminaires de Leoben et la paix de Campo Formio avant de s'en retourner en France, couvert de gloire

La suite est connue : c'est la campagne d' Égypte. Un désastre que Bonaparte transforme en triomphe par la vertu de ses bulletins militaires et des compte-rendus des savants et des artistes de son escorte. À ce stade, le général maîtrise déjà mieux que quiconque l'arme de la propagande. Sa popularité usurpée lui vaut d'être choisi comme chef de file par les comploteurs de Brumaire.

Premier Consul, il s'attribue le mérite des immenses réformes amorcées sous le Directoire. C'est ainsi que le Code civil entamé dix ans plus tôt sous l'égide de Cambacérès devient le «Code Napoléon», bien qu'à en croire Roger Caratini, le Premier Consul n'ait eu à peu près aucune part à sa rédaction !

Passons sur quelques babioles : restauration de l'esclavage, mesures racistes contre les Noirs, mesures discriminatoires contre les juifs...

L'ambition de Napoléon a pour effet de relancer les coalitions militaires contre la France. Le Premier Consul puis Empereur soigne sa légende par quelques victoires qui doivent beaucoup à la supériorité numérique de l'armée française, mais aussi à la chance (comme à Austerlitz) et aux mérites des différents généraux (Desaix à Marengo).

Tel un parrain de la Mafia, Napoléon distribue son butin, trônes et principautés, à ses frères et ses soeurs... pour laisser en définitive la France plus amoindrie qu'il ne l'a trouvée.

Le blasphème n'est pas loin et l'on s'étonne que Roger Caratini n'ait pas été davantage chahuté par quelques éminents historiens... Il est vrai que sa hargne n'est pas moindre que celle de Chateaubriand, qui, le premier, avec tout le talent qu'on lui connaît, s'attaqua au mythe de Napoléon dans ses Mémoires d'Outre-tombe. Caratini lui emprunte d'ailleurs beaucoup sans trop le dire.

Le livre se lit avec facilité. Il est enrichi d'un glossaire des personnages de l'époque, de tables chronologiques et d'une foultitude d'indications sur le déroulement des événements. On regrette seulement la place excessive consacrée aux origines et à la jeunesse de Napoléon (est-il donc si important que ses parents aient vécu en concubinage ?...)

Surprise : l'auteur glisse sur les crimes et les exactions commis en Égypte et ailleurs, peut-être parce qu'il les juge trop bien connus pour s'abaisser à les ajouter à son réquisitoire.

Que l'on soit napoléophile ou seulement curieux de connaître les dessous de la Légende, ses propos méritent notre intérêt, même s'ils sont parfois outranciers. Et l'on y puisera de quoi alimenter des débats interminables.

André Larané

 
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