Le 23 novembre 2023, l'économiste transgressif Javier Milei a été élu à la surprise générale à la présidence de la Nation argentine avec 56% des voix. Il a alors bénéficié du discrédit du péronisme (note) et de son avatar, le « kichnérisme », qui avaient entraîné le pays dans l’ornière.
Sitôt élu, il a entamé une réduction du déficit budgétaire « à la tronçonneuse ». La dépense publique a été réduite d’environ 30% et l’inflation a chuté de 270% par an à « seulement » 35%.
Après deux ans de présidence chaotique, son parti a remporté un succès tout aussi inattendu aux élections législatives de mi-mandat du 25 octobre 2025 avec 40% des suffrages exprimés et désormais 93 députés au lieu de 37, ce qui élargit considérablement ses marges de manœuvre.
Notons que les députés argentins, au nombre de 257, sont élus pour quatre ans et renouvelés par moitié tous les deux ans. L’élection se fait au scrutin proportionnel de liste, avec 24 listes correspondant aux 23 provinces et à la capitale Buenos Aires.
Les faux-semblants d’une victoire électorale
Le succès du parti présidentiel, La Libertad Avanza (LLA), est toutefois équivoque car il tient :
• À un taux d’abstention de 33% dont 10% de bulletins nuls, ce qui est un record depuis 1983, année du rétablissement de la démocratie, alors même que le vote en Argentine est obligatoire,
• D'autre part au rejet viscéral du clan Kirchner qui l'a précédé à la présidence et s'est soldé par un niveau de corruption sans égale et un taux d’inflation de 211,4% annuel (2023).
Javier Milei a été servi aussi à son corps défendant par le président américain Donald Trump qui a menacé de ne plus soutenir le peso argentin avec une dotation de 20 milliards de dollars si ses réformes ultralibérales étaient suspendues.
Autre paradoxe, il a été servi par le succès éclatant du parti néo-péroniste dans des élections locales, quelques semaines plus tôt, dans la province de Buenos Aires (la plus peuplée du pays avec 17,5 millions d’habitants sur un total de 45,7 millions). Ce succès a fait croire aux électeurs comme aux médias et aux instituts de sondage à l'imminence d'un retour au pouvoir du clan Kirchner. Entre la peste (Kirchner) et le choléra (Milei), beaucoup d’indécis ont choisi le second.
Si la plupart des journaux ont pu parler de « surprise », c'était aussi dû au climat délétère qui a précédé les élections, le gouvernement ayant été durement touché par un scandale impliquant directement le président.
Il était pratiquement établi que le candidat en tête de liste de son parti dans la province de Buenos Aires avait reçu au moins 200 000 dollars lors d'une précédente élection (2019) de la part d'un individu accusé de trafic de drogue et de blanchiment d'argent, sur le point d'être extradé vers les États-Unis. Le candidat en question, José Luis Espert, est un proche de Javier Milei, et le président a tenté de le soutenir sans relâche. Espert a finalement dû démissionner et être remplacé, mais son nom est resté sur les bulletins de vote !
Tous ces facteurs ont conduit beaucoup à penser que les résultats électoraux du parti au pouvoir seraient mauvais, mais de toute évidence, la volonté d'aller de l'avant et de ne pas revenir sur le passé a prévalu.

Des succès ambigus dans les domaines économiques et social
Les deux premières années du président à la tronçonneuse ont-elles pour autant été profitables au pays et aux citoyens ?
Ultralibéral dans l'âme, Javier Milei ne s'est soucié que de trancher dans les dépenses publiques. Il a en conséquence réduit drastiquement le taux d'inflation, ce qui en soi est une excellente chose dont se félicitent les classes populaires et moyennes.
Mais cette politique d'austérité drastique a aussi pu entraver l'activité économique. Ainsi, le gouvernement a quasiment interrompu tous les travaux publics, si bien qu'aujourd'hui encore, les grands producteurs ruraux se plaignent de ne pouvoir acheminer leurs produits jusqu'aux marchés en raison du mauvais état des routes.
Dans le domaine social, la population a été secouée par la suppression des financements alloués aux universités et au principal hôpital pédiatrique du pays, véritable source de fierté nationale.
De plus, après avoir découvert des fraudes dans l'octroi des pensions aux personnes handicapées, l'administration a décidé de les annuler toutes et d'imposer une procédure de réinscription. On a ainsi vu des personnes en fauteuil roulant, des enfants trisomiques et des personnes aveugles, entre autres, faisant la queue pendant des heures pour récupérer leurs aides sociales.
Attaché à réduire le déficit public sans souci des méthodes employées, Javier Milei a négligé les autres aspects de l’action politique, dans les domaines culturels, éducatifs, sociaux, etc., sans que ses ministres osent suppléer à ses carences, par crainte de s'attirer les foudres d'un président au tempérament imprévisible.
Javier Milei, l'autre face du populisme
Par sa faconde, son langage argotique et ses discours abrupts, Javier Milei peut sans conteste soutenir la comparaison avec le président américain Donald Trump, mais la comparaison s'arrête là car Trump peut être qualifié de « patriote » : quelle que soit l’opinion que l'on ait sur ses méthodes, elles sont guidées par la volonté de défendre les intérêts de son pays (et les siens propres) envers et contre tout.
Javier Milei, pour sa part, n'a que faire de la Nation. Il n'a pas craint de traîner dans la boue des gloires nationales : Jorge Bergoglio (le pape François), quoique par la suite il se soit excusé, ou encore Diego Maradona !
Il a fermé des Instituts d'Histoire consacrés aux « pères fondateurs » de l’Argentine, comme l'Institut San Martin, dédié à José de San Martin, mais là aussi, il a dû faire marche arrière car c'était trop ! Il n'a pas craint de faire l'éloge de Margaret Thatcher, prophétesse du néolibéralisme mais aussi ennemie de l'Argentine dans la guerre des Malouines.
À l'international, il affiche un soutien inconditionnel à l'Israélien Nétanyahou dans sa guerre à Gaza, au point de refuser des investissements de la Turquie, jugée trop hostile à Israël, et au risque de rallumer l'antisémitisme dans le pays qui a la plus importante communauté juive en Amérique latine...
En matière sociétale, Javier Milei a trompé les atteintes de l'électorat conservateur et catholique en s'abstenant de défaire la législation argentine sur la transsexualité, l'une des plus « avancées » dans le monde, et les contenus de l’Éducation Sexuelle Intégrale, imprégnés de doctrine queer.
Il convient de noter, à titre de circonstance atténuante, qu'il ne disposait pas d'une majorité parlementaire suffisante pour mener à bien toutes ses réformes et notamment ses engagements en matière sociétale. Cette faiblesse a été en partie comblée par les élections législatives de mi-mandat.
À la suite des dernières élections, Javier Milei disposera désormais de 20 sénateurs sur 72, mais 18 à 24 autres sont des alliés potentiels. À la Chambre des députés, son parti La Libertad Avanza (LLA) comptera 93 députés sur 257, dépassant ainsi le seuil du tiers nécessaire pour éviter de bloquer toutes ses initiatives, comme cela se produisait bien trop souvent précédemment, quand le parti présidentiel ne détenait que de 37 sièges.
Reste à se demander ce que le président argentin fera de ce gain électoral.
Dans un entretien avec Jérôme Blanchet-Gravel (Libre Média, Québec), Claudia Peiro revient sur la situation politique de l'Argentine, dans toute sa complexité.














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Voir les 8 commentaires sur cet article
Vintotal (04-11-2025 15:08:30)
Je pensais que ce serait très acerbe envers envers Milei; finalement c'est pas si mal.
11Nours (02-11-2025 19:01:27)
A l’issue de la lecture de cet article, ma déception fut très vive. En effet, l’Argentine demeure un pays mal connu de tous, aussi j’attendais une analyse objective sur la situation actuelle... Lire la suite
Hugo (02-11-2025 18:19:39)
Mileï a tenté d'arracher son pays des griffes de l'État profond socialisant, avec son cortège de ruines et ses fléaux habituels : fiscalisme, clientélisme, corruption, bureaucratie toute puissan... Lire la suite