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Thomas Jefferson (1743 - 1826)

L'inspirateur de la démocratie américaine


Timbre à l'effigie de Thomas Jefferson (1968)Troisième président des États-Unis, Thomas Jefferson, fils d'un riche planteur de Virginie, est un personnage aux multiples talents et d'une profonde humanité, incontestablement l'une des figures les plus attachantes de la Révolution américaine.

Son action à la présidence lui vaut d'être considéré comme le « second fondateur des États-Unis » après George Washington.

On lui doit le texte fameux de la Déclaration d'indépendance des États-Unis d'Amérique : « Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés... » (4 juillet 1776).

Notons qu'il est mort cinquante ans jour pour jour après la publication de ce texte, le même jour qu'un autre Père fondateur de la Nation américaine, John Adams.

Un homme des Lumières

Enfant doué, Thomas Jefferson devient avocat mais n'aura guère l'occasion de plaider car il assume la direction de la propriété familiale depuis la mort de son père : mille hectares et 200 esclaves. En 1769, il se fait élire à la chambre des Bourgeois, l'assemblée coloniale de Virginie.

Homme des Lumières, d'une immense curiosité, il partage bien évidemment l'intérêt des physiocrates pour l'agriculture et, comme Jean-Jacques Rousseau, place son idéal dans une république de petits propriétaires terriens.

Thomas Jefferson (13 avril 1743 Shadwell - 4 juillet 1826, Monticello), portrait par Charles W. Peale, 1791, PhiladelphieEngagé dans la lutte pour l'indépendance, il publie après la Tea Party de Boston un pamphlet qui attire l'attention sur lui : Summary View of the Rights of British America (Aperçu sommaire des droits de l'Amérique britannique). 

Il représente la Virginie au Congrès continental de Philadelphie (Pennsylvanie) et se voit désigné par le Congrès pour rédiger la fameuse Déclaration unilatérale d'indépendance, assisté de Benjamin Franklin, John Adams, Roger Sherman et Robert Livingston.

Après cette équipée politique, Jefferson, qui n'a pas de goût pour les affaires militaires, laisse à d'autres, tel George Washington, le soin de combattre les « tuniques rouges » anglaises et d'obtenir enfin par les armes l'indépendance politique.

Lui-même préfère revenir auprès de sa femme, une riche et jeune veuve qu'il a épousée en 1772. La plantation familiale ayant été détruite, le couple s'installe dans une nouvelle plantation, à Monticello.

Mais le planteur est rattrapé par la politique.  Élu à l'assemblée de Virginie, il rédige là aussi une Déclaration des Droits qui, pour la première fois au monde, établit le principe d'une séparation des Églises et de l'État ! En 1779, à 36 ans, le voilà gouverneur de Virginie.

Il quitte les affaires en 1781 et revient à Monticello dans l'espoir de goûter enfin un bonheur tranquille entre ses livres, sa femme et leurs six enfants. Mais cet espoir lui sera interdit par le décès de sa femme, le 6 septembre 1782.

Jefferson à Paris, film de James Ivory (1995)Pour se changer les idées, il accepte de relayer le vieux Benjamin Franklin à Paris et Versailles, comme ministre plénipotentiaire auprès du gouvernement français. La mission est d'importance : il s'agit d'assurer à la nouvelle fédération étasunienne des appuis sur le Vieux Continent. C'est ainsi que Thomas Jefferson arrive le 12 août 1784 à Paris.

Il sert avec brio les intérêts américains auprès du gouvernement de Louis XVI. Il découvre aussi avec ravissement les salons parisiens où se retrouve toute l'élite intellectuelle du continent. Il assouvit également sa passion pour l'architecture, les infrastructures et les arts. Dans sa suite figure, discrète, Sally Hemings, une jeune esclave noire avec laquelle il vivra jusqu'à la fin de sa vie et dont il aura plusieurs enfants.

Jefferson assiste aux débuts de la Révolution française et ne participe que par procuration à l'élaboration de la Constitution américaine et à l'intronisation du premier président, George Washington. Celui-ci le rappelle aux États-Unis pour lui confier le Secrétariat d'État, autrement dit le ministère des Affaires étrangères. Le voilà de retour dans son pays le 23 novembre 1789.

Un utopiste à la présidence

Entouré d'hommes éminents et sages, George Washington rêvait d'un gouvernement par le consensus. Mais cette première République des Temps modernes en montre très vite les limites.

Au sein même du gouvernement, on se divise très violemment sur la question du fédéralisme. Le Secrétaire au Trésor Alexander Hamilton, proche du Président, prône le renforcement de l'État fédéral au détriment des États. Il aspire à développer un système bancaire moderne sur lequel pourrait s'appuyer un développement capitaliste de l'économie.

Sans surprise, Thomas Jefferson prend la tête du courant contraire. Il défend les prérogatives des États et préconise une démocratie de proximité animée par de petits propriétaires terriens.

Pour promouvoir ses idées, son ami James Madison en vient à fonder en 1792 une ébauche de parti politique, le parti républicain-démocrate (le parti de Jefferson se retrouve aujourd'hui dans le Parti démocrate).

Mais le Secrétaire d'État s'oppose également au président Washington sur la politique étrangère. Francophile, il souhaiterait s'appuyer sur la France révolutionnaire pour défendre les intérêts américains face à l'Angleterre. Par lassitude, une nouvelle fois, il s'éloigne du pouvoir et revient à Monticello en 1794.

Candidat aux élections présidentielles de novembre 1796, Jefferson est battu de justesse par le terne John Adams, le candidat fédéraliste. En sa qualité de second, la Constitution lui vaut toutefois le poste de vice-président (cette disposition sera plus tard abrogée). Pendant les quatre années suivantes, Jefferson ne va avoir de cesse de s'opposer au Président, notamment sur ses lois à l'encontre des étrangers et sa diplomatie hostile à la France

Il accède enfin à la présidence à l'élection suivante, en novembre 1800, et s'installe dans la nouvelle capitale fédérale, Washington. Il donne d'emblée à l'institution présidentielle une simplicité toute démocratique, en rupture avec les traditions monarchiques du Vieux Continent. C'est ainsi que, le 4 mars 1801, jour de son investiture, il se rend à pied au Capitole, en tenue de ville et sans perruque !

Il nomme par ailleurs des républicains-démocrates aux fonctions ministérielles, parmi lesquels James Madison au Secrétariat d'État, et remplace une grande partie des six cents employés de l'exécutif par des fidèles de son parti. Il réduit  les dépenses gouvernementales, supprime toutes les taxes, hormis les droits de douane, et abroge la loi contestée sur la naturalisation des étrangers. 

Laissant aux États le soin de la politique intérieure, il porte toute son attention sur les affaires extérieures et maintient non sans mal son pays dans la neutralité à l'égard du conflit qui oppose la France à l'Angleterre.

En 1801, de son propre chef, il lance une expédition contre le pacha de Tripoli qui s'est permis d'arraisonner des navires américains et d'asservir leurs équipages. Il s'en justifie en considérant que, dans les situations d'urgence, l'exécutif est en droit de se passer de l'accord préalable du Congrès pour agir. Mais il double aussi la superficie des États-Unis en achetant la Louisiane à la France en 1803 et inaugure l'exploration et la colonisation de l'Ouest avec l'expédition Lewis et Clark, du Mississipi à l'océan Pacifique.

Réélu sans difficulté en 1804 au terme de son premier mandat de quatre ans, Thomas Jefferson annonce son intention de ne pas se représenter pour un troisième mandat. À son corps défendant, il fait dès lors figure de « canard boiteux » (lame duck), nul n'ayant plus intérêt à suivre ses directives.

Ses successeurs James Madison et James Monroe vont prolonger jusqu'en 1825 la politique des républicains-démocrates pendant l'ère dite « des bons sentiments ».

Monticello, le grand oeuvre de Jefferson

Homme aux multiples talents, Thomas Jefferson fut aussi un grand architecte et urbaniste. 

Après la destruction du domaine familial de Shadwell, il entreprend la construction d'une nouvelle et somptueuse résidence à Monticello, dans un style néo-classique inspiré de l'architecte vénitien Andrea Palladio (1508-1580). Jusqu'à sa mort, il ne va cesser de l'améliorer et l'embellir et c'est là qu'il se fera inhumé, auprès de sa femme et ses filles.

Ayant découvert la Maison carrée de Nîmes pendant son séjour en France, il s'en inspire très directement pour l'érection en 1785-1788 du Capitole de Richmond, siège du gouvernement de l'État de Virginie. On lui doit aussi l'Université de Virginie, construite en 1819 à Charlottesville.

Monticello, résidence de Thomas Jefferson, près de Charlottesville, Virginie
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Publié ou mis à jour le : 2014-03-01 15:35:42

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Les commentaires sur cet article :

Paul (01-03-201423:29:32)

Un article concis, bien rédigé, qui éclaire sur la personnalité de Th Jefferson

Michel K. (01-03-201421:35:13)

Expression ou stimulus de cette francophilie, n'oublions pas que Jefferson a été un très grand amateur de vin de Bordeaux! Certaines bouteilles de sa collection ont survécu jusqu'à la fin du XXème siècle où elles ont été les vedettes de ventes aux enchères.


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