Tatouage - La peau qui parle - Herodote.net

Tatouage

La peau qui parle

Felice Beato, Palefrenier tatoué, vers 1880, musée Guimet, ParisVous avez envie de changer de peau ? Adoptez le tatouage qui, comme le rappelle l'écrivain américain Russel Banks, «vous fait penser à votre corps comme à un costume particulier que vous pouvez mettre ou enlever chaque fois que vous en avez envie» !

Admiré ou honni, cet art d'habiller la peau en modifiant son aspect est connu de tous les peuples depuis des millénaires.

En cette saison estivale où les corps laissent apparaître sur la plage des ornementations plus ou moins détaillées, rappelons en couleurs les aléas de cette pratique artistique si troublante.

Un congelé bien pigmenté

Tatouages sur la peau d'Otzi, image du South Tyrol Museum of ArchaeologyLa surprise fut grande lorsque, en 1991, on découvrit dans les Alpes le corps glacé d'un chasseur de l'âge du Bronze (3000 av. J.-C.), et elle fut encore plus grande quand les scientifiques repérèrent sur la peau du dénommé «Otzi» une soixantaine de traces de tatouage !

Réalisées avec du charbon de bois, ces marques sont situées à des endroits qui semblent indiquer un objectif plus thérapeutique qu'esthétique : lombaires, mollet, creux du genou...

Nos lointains ancêtres ont pratiqué des percements et de simples peintures corporelles mais ils ont sans doute aussi enduré la pratique du tatouage. Ils n'eurent pas de mal à en maîtriser la technique car ils possédaient des poinçons et des aiguilles et ont pu remarquer qu'une blessure salie par un colorant restait teintée.

L'Antiquité en a vu de toutes les couleurs !

Dans l'Antiquité, les Égyptiens pratiquaient le tatouage religieux mais ce sont surtout les peuples dits «barbares» qui se sont distingués. Le voyageur grec Hérodote rapporte par exemple qu'en Thrace (Bulgarie actuelle), on estime inélégant de ne pas avoir de stigmates imprimés.

Tatouage d'une momie scythe, Pazyryck, RussieCe sont surtout les Scythes (de l'Ukraine à l'Altaï) qui ont acquis la réputation d'être de grands adeptes du tatouage, réputation confirmée par la découverte de plusieurs corps couverts de dessins complexes.

Les auteurs anciens restaient dubitatifs face à cette débauche d'imagination au point de baptiser certains peuples en référence à cette coutume.

C'est le cas des inquiétants Pictes (Angleterre), à l'honneur dans La Guerre des Gaules de Jules César : «C'est un usage commun à tous les Bretons de se teindre le corps au pastel de couleur bleue ; cela rend leur aspect particulièrement terrible dans les combats». Peut-être aussi des Pictones (nord de l'Aquitaine), dont le nom viendrait de pictura («peinture»).

Grecs et Latins n'hésitaient pas également à marquer ainsi leurs esclaves du nom de leur propriétaire ou, dans le cas des fugitifs romains, d'un Revoca me a domino mio («Ramène-moi à mon maître») sur le front. On dit que cet usage fit naître la mode des franges...

Sous le signe des croyances

Figurine féminine, culture Cucuteni, 4050–3900  av. J.-C., Botosani County Museum, Roumanie«Yahvé mit un signe sur Caïn afin que le premier venu ne le frappât point» : cet extrait de la Genèse rappelle le rôle souvent infamant du tatouage dans l'Antiquité, et explique en partie son interdiction dans le judaïsme puis dans le christianisme à partir de 313 ap. J.-C...

Publié ou mis à jour le : 2019-06-06 18:23:22

 
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