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Sexe et pouvoir

Vie publique, vie privée

Bill Clinton, Nicolas Sarkozy, Silvio Berlusconi, François Hollande, Donald Trump... Au tournant du IIIe millénaire, ces chefs d'État et de gouvernement occidentaux ont pâti de l'étalage de leur vie intime dans les médias. Leurs prédécesseurs ont eu plus de chance ou plus de retenue.

L'affaire Harvey Weinstein a montré que certains comportements de domination n'étaient plus tolérés, au moins dans les pays occidentaux.

Silvio Berlusconi en 2011, DR.

Gare au pouvoir qui tombe en quenouille

Après l'An Mil, aussi étonnant que cela paraisse, l'autorité des femmes était plutôt bien acceptée dans la haute société et il est arrivé que l'amour fasse bon ménage avec le pouvoir. Guillaume le Conquérant, qui chérissait sa femme Mathilde de Flandre, s'est appuyé sur elle jusqu'à ce que la mort les sépare.

Un autre couple célèbre, qui est également monté sur le trône d'Angleterre, n'a pas eu la même fortune. Le mariage d'amour entre Henri d'Anjou et Aliénor d'Aquitaine a très vite sombré lorsque le mari a croisé sur son chemin une jeune fille à la blondeur craquante, « Fair Rosamond ». Son épouse n'a pas supporté cette liaison. Elle a monté ses fils contre leur père et le ménage a viré à la guerre ouverte.

Serait-ce ce mauvais souvenir ou l'exemple malheureux donné par une autre Française, Isabelle, fille de Philippe IV le Bel, qui épousa le roi d'Angleterre Édouard II, le trompa publiquement et finit par le faire exécuter avec la complicité de son amant ? Toujours est-il qu'à la fin du Moyen Âge, les juristes français écartèrent les femmes de la succession au trône en se référant à une prétendue « loi salique ».

De la méfiance à l'égard des femmes de pouvoir sortit une expression populaire sur un trône ou un héritage qui « tombe en quenouille », autrement dit tombe entre les mains d'une femme, comme la quenouille dont elle se sert pour filer la laine. Cette méfiance fut renforcée par l'effet néfaste sur le trône de plusieurs maîtresses royales, de la duchesse d'Étampes à la comtesse du Barry.

Étiquette et faux-semblant de la monarchie de droit divin

Sous l’Ancien Régime et plus loin encore au Moyen Âge, les souverains étaient en permanence en représentation et veillaient à donner une image idéalisée d'eux-mêmes. Il en allait du prestige et de la solidité de la monarchie capétienne.

Portrait d'Agnès Sorel, école de Jean  Fouquet (début du XVe siècle, collection particulière)Tous les faits et gestes du monarque étaient observés par les courtisans et enregistrés par les chroniqueurs. Ceux-ci y mettaient les formes, de même que les peintres et sculpteurs chargés de diffuser son image. Les écarts de conduite étaient tolérés et pudiquement cachés.

Au XVe siècle, Charles VII fut le premier à oser s'afficher à la cour avec sa maîtresse, Agnès Sorel. Personne ne lui en tint rigueur. 

Il en allait autrement pour les épouses royales, astreintes à une absolue fidélité pour une raison politique impérieuse : ne pas laisser planer de doute sur la légitimité de l'héritier, au risque de déclencher une guerre civile. Les amants de la tour de Nesles allaient très chèrement payer leur transgression.

La confusion entre vie privée et vie publique du monarque atteignit son paroxysme avec Louis XIV. Soucieux du prestige de sa dynastie et de son royaume, le roi imposa à lui-même et à ses courtisans une « étiquette » très contraignante.

Avec les derniers rois de l’Ancien Régime, Louis XV et Louis XVI, l’étiquette demeura mais perdit de son sens. Elle ne mit plus en relief la majesté du souverain mais souligna au contraire son autoritarisme velléitaire.

N’est pas monarque républicain qui veut

Le général de Gaulle, monarchiste de cœur, républicain de raison, songeait à Louis XIV quand il a formulé la Constitution de la Ve République, avec un Président arbitre et au-dessus des partis. Lui-même s’est moulé sans difficulté dans ce rôle taillé sur mesure. Et tout en protégeant son intimité, il a veillé à ce que rien d’inconvenant ne vienne altérer son image de premier serviteur de l’État.

Dans l’ombre du Président, son successeur présomptif, Georges Pompidou, assuma pendant six ans la fonction de Premier ministre avec l’austérité qui convient à ce rôle, en dissimulant avec soin sa vie privée.

Mais à partir de 1968, lorsque l’imminence de la succession se fit jour, c’est sur cette vie privée que se concentrèrent les attaques de ses concurrents potentiels de la majorité. Georges Pompidou découvrit alors des rumeurs immondes sur son épouse à laquelle il était très attaché, mais qui avait la faiblesse de fréquenter les défilés de mode et les cercles branchés de Saint-Tropez et de la capitale.

Ces rumeurs contribuèrent à la dégradation de sa santé mais ne l’empêchèrent pas d’être élu à la présidence ni de conserver l’estime de ses concitoyens car il sut, tout ce temps-là, gouverner avec la dignité et l'honnêteté requises par la fonction. Ancien fondé de pouvoir de la banque Rotschild, il réussit même à se donner l'image d'un campagnard amateur de plaisirs simples.

Le président Georges Pompidou pose avec son épouse Claude (DR)

Son successeur Valéry Giscard d’Estaing, élu à seulement 48 ans, lors de la première crise pétrolière, crut habile de descendre du piédestal présidentiel. Ainsi, le jour de son investiture, descendit-il à pied et en complet veston une partie des Champs-Élysées. Puis il s’invita à dîner chez des Français ordinaires et se montra à l’accordéon. Il lui prit même la fantaisie d’inviter des éboueurs à partager son petit-déjeuner à l’Élysée.

Ces gestes furent mal ressentis par l’opinion car, d’une part, ils s’accordaient mal avec le personnage, riche bourgeois et faux aristocrate, coureur de jupons et amateur de chasse au grand gibier, d’autre part, ils rompaient avec le rôle dévolu au Président, celui d’un arbitre qui se tient au-dessus de la mêlée et se doit donc d’éviter toute familiarité. Ils lui coûtèrent en grande partie sa réélection.

Ses successeurs se le tinrent pour dit. Tout socialiste qu’il fût, François Mitterrand enfila d’emblée la livrée de Louis XIV et de Gaulle et c’est en grande pompe qu’il se recueillit au Panthéon le jour de son investiture. Il veilla scrupuleusement à séparer sa vie privée de sa vie publique.

Jacques Chirac, si différent qu’il fût du précédent, eut le même souci de la majesté présidentielle. D’un naturel cordial et empathique, il ne donna jamais prise aux rumeurs sur sa vie sexuelle agitée. Il conserva jusqu'à la fin l’estime de ses homologues étrangers et s’il s’attira de virulentes critiques, ce fut exclusivement sur sa politique et, comme son prédécesseur, sur sa relation avec l’argent public.

Le président Nicolas Sarkozy a renoué avec la rupture façon Giscard. Il est descendu du piédestal gaullien et a donné libre cours à ses pulsions et ses sentiments. Chacun a pu être témoin de ses dépits amoureux comme de ses émois à la rencontre de sa future troisième épouse. Même trouble avec son successeur et rival, François Hollande, qui n'a rien compris à l'esprit de la fonction en prétendant devenir un président « normal ».

Les limites du modèle américain

Nourris de la Bible et de la rigueur protestante, les présidents américains s’affichent depuis George Washington en bons époux et bons pères de famille. Ils se doivent de présenter leur famille au moment de leur entrée en fonction afin de rassurer chacun sur leurs bonnes mœurs.

Marilyn Monroe chante pour l'anniversaire du président John F. Kennedy (19 mai 1962)Avant 2016 et l'élection de Donald Trump, la règle n'a pas souffert d’exception, même si elle cachait une réalité parfois très différente. À côté de maris exemplaires comme Lincoln et McKinley, les historiens recensent quelques autres ménages plus agités comme ceux de Thomas Jefferson et Franklin Roosevelt.

Le cas de John Kennedy est particulier. Élu d’extrême justesse grâce au soutien de son clan, le jeune président (43 ans) mit en avant sa jeune épouse (31 ans), enceinte d’un troisième enfant au moment de l’élection, en novembre 1960.

Comme ses prédécesseurs, il veillait à son image officielle. Il se gardait de toute familiarité mais usait aussi des médias et de la télévision pour offrir à l’opinion l’image d’une famille idéale et moderne. Ce conte de fées fut d’autant mieux accepté par l’opinion publique que l’Amérique était alors prospère et au summum de son prestige et de sa puissance.

Dans la réalité, le couple allait on ne peut plus mal. John avait, comme son père Joe, une sexualité débridée et compulsive. Il enchaînait goulûment les aventures, aventures brèves et le plus souvent tarifées, avec des courtisanes de luxe. Celles-ci étaient parfois introduites à la Maison Blanche au mépris de toutes les règles de sécurité. Parmi les « conquêtes » présidentielles figurait l'actrice la plus troublante de l'heure, Marylin Monroe. On peut sans exagération rapprocher le comportement sexuel de John Kennedy de celui de Dominique Strauss-Kahn et de Donald Trump, avec cette différence que le présidentiel a été maintenu à l'abri des indiscrétions par son entourage.

Ses successeurs, jusqu’à Barack Obama, se sont inscrits dans la tradition américaine, se présentant en bons époux et bons pères, dignes donc d’accéder à la fonction suprême. La seule véritable exception fut Bill Clinton, élu en novembre 1992 à 46 ans. Celui-là ne s'est pas contenté d'exposer son épouse Hillary ; il en fit sa plus proche collaboratrice. Et dans le même temps, se laissa piéger dans quelques liaisons adultérines. À l’aube d’internet, ce genre d’écart fut impossible à dissimuler. Les médias et l’opposition en firent leurs choux gras, de sorte que Bill Clinton finit son deuxième mandat en charpie...

L'avenir dira si les chefs de l’exécutif sont devenus des hommes et des femmes comme les autres, s’il leur est permis d’afficher leurs émois et de confondre vie publique et vie privée.

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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