De 1800 à nos jours

Naissance de l'État malgache

Madagascar, dans l'océan Indien, sur le tropique du Capricorne, a été essentiellement peuplée par des groupes d'hommes venus de l'Indonésie actuelle, ce qui la distingue du continent africain dont elle n'est séparée que par le canal de Mozambique.

Le pays ne s'est jamais relevé du coup d'État militaro-marxiste de 1975 et, malgré ses ressources naturelles et une riche histoire, figure parmi les pays les plus pauvres du monde.

Alban Dignat
La « Grande Île »

Cliquez pour agrandir
Plus vaste que la France, cette île de 587 000 km2 - la plus grande de l'océan Indien - est née d'un morcellement du continent africain il y a 65 millions d'années, au début du tertiaire.

Séparée de l'Afrique par le canal du Mozambique, Madagascar a très peu de caractères communs avec le continent noir, qu'il s'agisse de la géologie, de la flore et de la faune, ou encore de son peuplement, originaire de l'Insulinde (Indonésie et archipels mélanésiens).

Madagascar : rizières inondées avec zébus et collines latéritiques (années 1950) ; agrandissement : village du pays betsileo, sur les hauts plateaux

Vers l'unification politique de l'île

L'île compte environ deux millions d'habitants au début du XIXe siècle (contre plus de vingt millions en 2000). Sur la côte occidentale, du côté de Majunga, quelques marchands swahilis (originaires d'Afrique orientale) ou gujaratis (originaires de l'Inde) entretiennent des relations commerciales avec les autres riverains de l'océan Indien. La pénétration européenne débute par ailleurs sur la côte orientale, autour de Tamatave et Fort-Dauphin.

C'est le moment où l'île est unifiée par un roi hova originaire des hauts plateaux. Contemporain de Napoléon Ier, ce roi du nom d'Andrianampoinimerina appartient à l'ethnie merina ou hova (on prononce ouv) apparentée aux Indonésiens.

Né vers 1745, souverain du royaume merina à partir de 1787, il soumet les populations côtières, apparentées quant à elles aux Mélanésiens, notamment les Sakalavas de la côte occidentale (autour du port de Majunga), les Betsileo des plateaux méridionaux (autour de Fianarantsoa) et les Betsimisarakas de la côte orientale (autour du grand port de Tamatave).

Andrianampoinimerina crée l'ébauche d'un véritable État tandis que des missionnaires français et surtout des britanniques de la London Missionary Society convertissent la population au christianisme, les premiers dans sa version catholique, les seconds dans sa version protestante.

Aujourd'hui, si un tiers des Malgaches sont encore fidèles aux cultes animistes, les deux autres tiers se partagent entre les deux confessions chrétiennes, mise à part une minorité musulmane venue des Comores voisines (et sensible à la propagande salafiste financée par les émirats du Golfe persique).

À noter la survivance des sacrifices rituels de zébus (les bovins locaux) et d'un culte des morts original, avec l'habitude de laver les ossements des défunts un ou deux ans après leur décès, au cours d'une réunion festive, le retournement des morts ou famadihana (une coutume semblable se retrouve en Italie du Sud).

Le retournement des morts ou famadihana, à Madagascar (années 1950)

Radama Ier, né vers 1793, roi de Madagascar de 1810 à 1828La capitale du roi Andrianampoinimerina, étagée sur plusieurs collines, domine les hauts plateaux rizicoles baignés par le fleuve Ikopa. Peuplée alors d'environ 50 000 habitants, elle a nom Tananarive (c'est ainsi que le nom s'écrit en français ; les Malgaches eux-mêmes l'écrivent Antananarivo mais le prononcent... Tananarive et disent plus souvent Tana !).

Radama Ier, fils et successeur du grand roi, achève la soumission de l'île avec l'appui du gouverneur britannique de l'île Maurice voisine et de nombreux experts européens.

Le souverain interdit le trafic d'esclaves à destination des Mascareignes (Réunion et Maurice). Il crée les premières écoles avec l'aide d'un Français et fait transcrire la langue malgache dans l'alphabet latin. Enfin, en 1817, il obtient des Britanniques la reconnaissance du « royaume de Madagascar ».

Sa veuve, qui lui succède en 1828 sous le nom de Ranavalo Ière, se montre plus méfiante à l'égard des Européens.

Pour préserver la domination des Mérinas sur les populations côtières, plus sensibles aux influences étrangères, elle va jusqu'à interdire le christianisme en 1835.

Il s'ensuit de nombreux désordres auxquels la reine réagit par des exécutions en masse.

Les Français en profitent pour renforcer leur présence parmi les populations côtières. Dès 1841, ils s'emparent de l'île de Nosy-Bé, près de Majunga, et concluent un traité de protectorat avec le roi sakalava local.

Avec les Britannique, ils s'autorisent aussi en 1845 une opération militaire conjointe contre le port de Tamatave, sur la côte orientale.

Ranavalo Ière se montre néanmoins accueillante à un jeune Français jeté sur la côte par un naufrage en 1831, Jean Laborde. Doué pour la mécanique, il crée le premier centre industriel de l'île, pour la fabrication de fusils puis bien d'autres ateliers (fonderie de canons, verrerie, faïencerie, papeterie, sucrerie, raffinerie...).

Radama II, fils et successeur de la reine en 1861, rouvre les ports aux Européens et aux missionnaires.

Mais il est rapidement assassiné et sa veuve, Rasoherina, épouse son Premier ministre, Rainilairivony, lequel va s'attribuer la réalité du pouvoir en se remariant avec les reines suivantes, Ranavalo II et Ranavalo III.

Avec lui, les Britanniques font sentir leur influence à Tananarive et le presbytérianisme est même déclaré religion d'État en 1869. La même année, l'ouverture du canal de Suez rapproche Madagascar de l'Europe et accélère son entrée dans la première mondialisation.

 

Rainilaiarivony (30 janvier 1828 ; 17 juillet 1896, Algérie)

Colonisation et révoltes

Les événements s'accélèrent en 1883 avec le bombardement du port de Tamatave, en pays Betsimisaraka, par les Français. Le 17 décembre 1885 ceux-ci imposent au souverain malgache un protectorat de fait. La reine Ranavalo III faisant de la résistance, la République française envoie un corps expéditionnaire à Majunga, le grand port de la côte occidentale.

Le 1er octobre 1895, les Français entrent à Tananarive et soumettent la reine, avant d'annexer le royaume et de le réduire à une simple colonie le 6 août 1896. La « pacification » est menée tambour battant par le général Gallieni, assisté de Lyautey.

Dans son désir d'accélérer le développement de l'île, Gallieni instaure le travail forcé et encourage la venue de colons européens. Ceux-ci s'installent surtout dans la plaine littorale de l'Est, où le climat tropical chaud et humide et des sols fertiles leur permettent de développer des cultures d'exportation très profitables, en particulier la vanille, spécialité de Madagascar, le café, la canne à sucre...

En réaction, les Malgaches rebelles forment des sociétés secrètes et complotent contre le colonisateur. Une nouvelle révolte en 1904-1905 entraîne le départ du gouverneur.

Le 19 mai 1929, au cours d'un meeting populaire, pour la première fois, des militants communistes revendiquent l'indépendance de l'île. Mais c'est bientôt la Seconde Guerre mondiale. La colonie, qui s'est ralliée au maréchal Pétain, ne peut empêcher les Anglais de débarquer le 5 mai 1942 à Diégo-Suarez, Londres voulant prévenir l'installation d'une base japonaise.

Après la Libération de la France, l'île rentre dans le giron de la République. Mais les esprits s'échauffent. Le 22 février 1946 est fondé un parti autonomiste, le Mouvement démocratique de rénovation malgache (MDRM). Il va être à l'origine de la terrible rébellion de 1947.

Les fondateurs du parti nationaliste malgache (MDRM) en décembre 1946 : les députés Rabemananjara (à gauche) et Ravoahangy (au centre)

Vers l'indépendance

En 1947, la Grande Île compte 4 millions d'habitants dont 35 000 Européens. Une insurrection qui embrase la partie orientale de l'île prend au dépourvu les colons ordinaires établis sur place. Réprimée avec brutalité, elle n'empêche pas le processus de décolonisation de suivre son cours.

Madagascar, comme les colonies françaises d'Afrique noire, accède à l'indépendance après le retour du général de Gaulle au pouvoir.

Philibert Tsiranana célèbre l'indépendance de Madagascar en 1960Philibert Tsiranana, ancien instituteur à l'accent languedocien inimitable (il a fait ses études à Montpellier) en devient le premier président de la République.

Modéré, il mène le pays avec sagesse. Mais, rattrapé par la maladie, il commet l'erreur de solliciter et obtenir un nouveau mandat en 1972.

Révoltes et mécontentements conduisent à son départ forcé. Il est remplacé par son Premier ministre, le général Gabriel Ramanantsoa, lequel s'efface à son tour en février 1975.

Un capitaine de frégate aux idées sommaires, Didier Ratsiraka, s'empare du pouvoir après un sanglant coup d'État. Dictatorial et ne cachant pas sa sympathie pour le socialisme version nord-coréenne, il va mener le pays au chaos tout en se maintenant au pouvoir grâce à une garde rapprochée de policiers nord-coréens.

Il nationalise l'industrie embryonnaire et le commerce avec des conséquences désastreuses. D'exportatrice de riz, l'île devient importatrice. Les planteurs de vanille (80% de la production mondiale), plutôt que de vendre les gousses à bas prix aux agents de l'État, les transforment en objets décoratifs et les vendent comme tels aux rares Occidentaux de passage...

Le dictateur impose d'emblée la « malgachisation » de l'enseignement. Le malgache, langue de l'ethnie dominante hova, devient langue officielle, au grand détriment des populations côtières. Il s'ensuit un recul brutal de l'alphabétisation.

Le français, cependant, demeure la langue de la bourgeoisie et permet à celle-ci de voyager, étudier et accéder à l'aide occidentale. 

Vers un colonialisme « new look »

Battu une première fois aux élections présidentielles en 1993 par un opposant libéral, Didier Ratsiraka prend sa revanche aux élections suivantes en 1996. Il quitte définitivement la scène politique en 2002.

Le zoma (marché) de Tananarive (vers 1960)Marc Ravalomanana, un jeune chef d'entreprise élu démocratiquement à la présidence de la République, suscite un immense espoir dans le pays.

Malgré ou à cause de ses initiatives brouillonnes, le pillage de l'aide internationale et des ressources naturelles se poursuit et même s'intensifie. Le summum est atteint fin 2008 avec le projet de louer 1,3 million d'hectares de terres arables à une entreprise coréenne, Daewoo, en vue d'approvisionner la Corée du Sud en céréales et oléagineux (projet inabouti).

Ravalomanana est renversé par la rue en 2009 en partie pour cette raison, en partie aussi pour de sombres raisons géopolitiques. Son « tombeur » Andry Rajoelina (35 ans) ne réussit pas mieux que lui à redresser la situation économique et sociale de l'île et enrayer la corruption. Principal changement : les Chinois se substituent aux Coréens du Nord et du Sud comme tuteurs du pouvoir.

Pillée par une oligarchie d'à peine dix mille personnes, d'où sont issus les gouvernants successifs, l'île n'en finit pas de s'appauvrir et voit même ressurgir la peste. Même les bailleurs occidentaux se lassent de l'aider.

Résignés, les Malgaches, au nombre de vingt-cinq millions en 2017 soit cinq fois plus qu'en 1947, désespèrent de rejoindre leurs lointains cousins de l'Insulinde (Malaisie, Indonésie) sur la voie du progrès économique.

Publié ou mis à jour le : 2021-03-28 07:12:14

 
Seulement
20€/an!

Actualités de l'Histoire
Revue de presse et anniversaires

Histoire & multimédia
vidéos, podcasts, animations

Galerie d'images
un régal pour les yeux

Rétrospectives
2005, 2008, 2011, 2015...

L'Antiquité classique
en 36 cartes animées

Frise des personnages
Une exclusivité Herodote.net