Mission à Kaboul - La relation de sir Alexander Burnes (1836 – 1838) - Herodote.net

Mission à Kaboul

La relation de sir Alexander Burnes (1836 – 1838)

Nadine André - traduction et postface (éditions Chandeigne, 492 pages, 29 euros,  2012)

Mission à Kaboul

Les héros nationaux sont célèbres dans leur pays, mais pas à l’étranger.

Le nom d’Alexander Burnes, officier de la Compagnie des Indes qui précéda l’armée anglaise à Kaboul où il fut assassiné par la foule avant la piteuse retraite de 1842, ne dit pas grand-chose en France où la relation de son dernier voyage vient seulement d’être traduite et publiée.

Il s’agit pourtant d’un intéressant récit de voyage dans les pays qui forment les actuels Pakistan et l’Afghanistan : au tournant du premiers tiers du XIXème siècle, le Panjab est un État indépendant allié aux Anglais de la Compagnie des Indes, qui soutiennent son souverain, le Sikh Ranjit Singh.

Ce dernier se voit pourtant contraint d’accepter la remontée de l’Indus par une mission anglaise, sous un prétexte de remise de cadeaux qui ne trompe guère.

Il s’agit en fait d’une mission d’évaluation géographique et stratégique en bonne et due forme, confiée à un officier politique qui poursuit son voyage par la passe de Khyber jusqu’à Kaboul, capitale de l’émir Dost Mohamed mal assuré sur son trône afghan et en délicatesse avec son voisin Ranjit Singh qui lui a pris la ville de Peshawar, toujours située au Pakistan de nos jours.

La relation par Alexander Burnes de ce voyage lui donne l’occasion d’évoquer les populations locales et leurs systèmes d’alliances politiques aussi complexes que changeants, qui conduiront finalement le Royaume-Uni à se prendre les pieds dans le tapis de ses propres intrigues. La période est celle du début du « Grand Jeu » avec la Russie, qui vise à éviter la descente de cette dernière jusqu’aux Indes en faisant de l’Afghanistan un État-tampon dirigé par un émir plus proche des anglais que des russes.

Encore faut-il choisir le bon cheval pour cela. Alexander Burnes en tient pour Dost Mohammed mais n’est pas suivi par le gouverneur général des Indes et le gouvernement anglais, qui lui préfèrent l’ancien émir détrôné Shah Shuja qu’ils estiment plus docile. Son arrivée dans les fourgons de l’armée anglaise sonne le glas de sa popularité auprès des afghans : il ne parviendra jamais à bout de la rébellion nationaliste déclenchée par cette intervention étrangère et finira assassiné, peu de temps avant que l’armée anglaise entreprenne en plein hiver 1842 une retraite désespérée de Kaboul vers le Panjab à travers la passe de Khyber, dont un seul militaire anglais sortira vivant.

Alexander Burnes n’aura pas le loisir d’assister à ce désastre, qui commencera par son propre assassinat par la foule de Kaboul déchaînée par l’accusation d’adultère avec des femmes afghanes. Sa relation de voyage ne va donc pas jusqu’à cet épilogue tragique et s’arrête à la fin de sa mission diplomatique auprès de Dost Mohammed, qui sera suivie de l’occupation d’une partie de l’Afghanistan par l’armée anglaise.

Elle donne lieu à d’intéressants aperçus diplomatiques, géographiques et ethnographiques dont certains sont encore valables de nos jours, comme le soulignent l’introduction par le spécialiste anglais de l’Afghanistan Michaël Barry (auteur du Royaume de l’insolence) et la longue conclusion historique venant compléter la partie manquante du récit par Nadine André, auteur de la traduction.

On y découvre la région fertile autour de Kaboul et les ethnies turbulentes qui composent le pays, depuis les Pachtouns qui le dirigent jusqu’aux kafirs (les infidèles), réputés descendre des soldats d’Alexandre le Grand et connus en Occident par L’homme qui voulut être roi, livre de Kipling adapté au cinéma, en passant par les Tadjiks auxquels appartenait le commandant Massoud, les Ouzbeks au Nord du pays et les Hazaras.

Le tout dans un style alerte qui se lit encore très bien, plus d’un siècle et demi après l’écriture de cet ouvrage qui aurait mérité d’être traduit plus tôt en français. Mais la traduction très récente des Mémoires de guerre de Churchill, qui lui avaient pourtant valu le prix Nobel de littérature, était déjà venue rappeler que la France accuse encore un certain retard en ce domaine, que les Editions Chandeigne contribuent opportunément à combler.

Michel Psellos

Voir : Les Afghans humilient les Britanniques

Publié ou mis à jour le : 10/06/2016 09:42:47

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