Méhémet Ali (1769 - 1849) - Le maître du Nil - Herodote.net

Méhémet Ali (1769 - 1849)

Le maître du Nil

Méhémet Ali à 70 ans (Louis-Charles-Auguste Couder, 1840, château de Versailles)Méhémet Ali a connu une immense popularité de son vivant en France et dans le reste de l'Europe.

Soldat ottoman d'origine albanaise, il devient le maître de l'Égypte après le fiasco de l'expédition de Bonaparte et modernise le pays autant que faire se peut, avec le concours de nombreux experts européens et en particulier français.

Sa descendance lui succèdera sur le trône jusqu'à l'instauration de la République en 1952.

Admirateur de Napoléon 1er et ami de la France, il a accueilli Champollion et offert au roi Louis-Philippe 1er l'obélisque qui orne aujourd'hui la place de la Concorde, à Paris.

Un soldat de (bonne) fortune

Méhémet Ali est né à Kavala, en Macédoine orientale. Quand Bonaparte débarque en Égypte, il fait partie du contingent que le sultan, allié aux Anglais, dépêche sur place afin de combattre l'intrus.

Après la reddition de l'armée française et le départ des Anglais, les ulémas, chefs religieux du Caire, récusent le vice-roi envoyé par le sultan. Dans la nuit du 12 au 13 mai 1805, ils font acte d'allégeance à Méhémet Ali, qui a su les séduire.

Reste à régler le problème des Mamelouks, anciens maîtres de  l'Égypte. Le 1er mars 1811, Méhémet Ali invite leurs chefs à un dîner festif dans la citadelle du Caire, et à l'issue de la fête, les fait assassiner.

Un empire en gestation

Toute sa vie, Méhémet Ali va dès lors tenter d'arracher au sultan la vice-royauté à titre héréditaire pour lui-même et sa descendance, voire une complète indépendance de l'Égypte.

Dans cette perspective, il entreprend de se doter d'une armée moderne en recourant à des experts étrangers, parmi lesquels des vétérans de l'armée napoléonienne.

Pour la première fois depuis deux millénaires, des paysans égyptiens (ou fellahs) sont appelés à servir dans l'armée de leur pays, les fonctions de commandement leur restant toutefois inaccessibles. Cette conscription extrêmement impopulaire se double d'une pression fiscale accrue sur les fellahs.

Méhémet Ali finance aussi avec un succès mitigé des manufactures d'armes, des poudreries et aussi la première imprimerie arabe, au Caire. Sur le modèle français, il multiplie les écoles supérieures en vue de la formation de ses officiers et ingénieurs militaires.

Le rêve brisé

Dès 1811, sitôt débarrassé des turbulents Mamelouks, Méhémet Ali engage sa toute nouvelle armée en Arabie, contre les wahhabites, lesquels sont alliés à la tribu des Séoud (l'alliance perdure aujourd'hui et fait les beaux jours de l'islamisme). Son fils Toussoum va réussir à reconquérir les villes saintes, avec l'appui de son frère aîné Ibrahim pacha, bien plus doué pour les choses militaires.

Dans l'espoir de mettre la main sur les ressources mythiques de l'Afrique (ivoire, or...), Méhémet Ali conquiert la Nubie et le bassin supérieur du Nil. Il fonde à la pointe du  Nil blanc et du Nil bleu une ville dénommée Ras el-Khartoum (en arabe, la tête de la trompe). Là va s'établir le gouverneur de la nouvelle colonie égyptienne, dénommée Soudan (en arabe, le pays des Noirs).

Là-dessus, de l'autre côté de la Méditerranée, voilà que les Grecs se soulèvent contre les Ottomans. Méhémet Ali, désireux de s'attirer les bonnes grâces du sultan, lui propose son aide. Le 17 juillet 1824, sa flotte quitte Alexandrie et rejoint à Rhodes la flotte turque.

Les deux alliés entreprennent la reconquête du Péloponnèse au prix de nombreux massacres et, le 20 octobre 1827, se produit le malentendu de Navarin, qui voit la flotte turco-égyptienne détruite par une escadre franco-anglaise. Méhémet Ali évacue la Grèce, laissant le sultan se débrouiller avec les Grecs et les Européens.

Le vice-roi s'afflige cependant de n'être entendu sur aucune de ses revendications (hérédité de son titre et autonomie de l'Égypte). En désespoir de cause, il lance son fils Ibrahim pacha à la conquête de la Syrie ottomane. Dans une marche triomphale, Ibrahim pacha atteint l'Asie mineure et, le 21 décembre 1832, à Konya, remporte une victoire sur l'armée ottomane. À Istamboul, chacun s'attend à son arrivée imminente et à la déposition du vieux Mahmoud II au profit de Méhémet Ali.

Mais ce dernier retient son fils. Il ne veut pas du sultanat et craint, non sans raison, que les puissances européennes n'interviennent en faveur du sultan ottoman, préférant un pouvoir agonisant et à leur merci à un pouvoir neuf et imprévisible. À contrecoeur, Ibrahim pacha interrompt sa campagne et s'applique désormais à administrer la Syrie au nom de son père.

Au printemps 1839,  avec le soutien anglais, la Sublime Porte entreprend la reconquête de la Syrie mais, dans la plaine de Nezib, le 24 juin 1839, elle est une nouvelle fois écrasée par Ibrahim pacha.

Les chancelleries s'agitent. L'Angleterre, la Prusse, l'Autriche et la Russie soumettent à la Sublime Porte un projet de lettre à Méhémet Ali qui a tout l'air d'un ultimatum. Le 5 octobre 1840, des troupes anglo-turques débarquent au nord de Beyrouth. Et le 10 décembre 1840, au Caire, le vieux Méhémet Ali doit faire sa soumission en dépit des éclatantes victoires de son fils.

Le vieil homme conserve l'Égypte et le Soudan ; le sultan se réservant le droit de désigner son successeur parmi ses descendants directs.

Fin de partie

Usé par ses campagnes militaires, Ibrahim pacha n'aura pas le loisir de régner. Il meurt le 11 novembre 1848. Le 2 août 1849, Méhémet Ali le rejoint dans la mort.

Le sultan nomme à sa place Abbas, fils de son fils Toussoum. Cet incompétent va derechef brader l'oeuvre modernisatrice de son grand-père en fermant les écoles et en chassant les experts européens. Il est assassiné par un esclave le 13 juillet 1854 et remplacé par son exact contraire, Mohamed Saïd, quatrième fils de Méhémet Ali.

En deux ans de règne, cet homme généreux relance la modernisation du pays. Il abolit l'esclavage et ouvre les carrières d'officiers aux soldats égyptiens. Il introduit aussi la notion de propriété privée dans le droit foncier.

Last but not least, le vice-roi se laisse convaincre par son ancien précepteur Ferdinand de Lesseps de lancer le creusement du canal de Suez. Mohamed Saïd meurt en janvier 1863 et laisse le trône à son neveu Ismaïl, fils d'Ibrahim pacha.

Ce dernier va obtenir du sultan l'hérédité pleine et entière ainsi que le titre persan de khédive (souverain). Mais il va aussi entraîner son gouvernement dans des dépenses pharaoniques et l'Angleterre, à l'affût, va profiter de cette débâcle financière pour assujettir enfin  l'Égypte.

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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