Rodin, l'exposition du centenaire

Maître et disciples

Le Grand Palais (Paris) présente jusqu'au 31 juillet 2017 une exposition consacrée à Auguste Rodin, mort il y a cent ans et dont l'oeuvre continue d'inspirer les artistes contemporains...

Rodin, l'exposition du centenaire (Grand Palais, Paris)Cent ans après la mort d'Auguste Rodin, Paris se fend d'une grande exposition consacrée au sculpteur le plus influent de sa génération.

Les visiteurs peuvent admirer près de trois cents bronzes, plâtres et dessins de l'artiste.

Beaucoup, empruntés au superbe musée Rodin (hôtel Biron), n'ont eu qu'à traverser le pont Alexandre III pour rejoindre le Grand Palais (21 mars-31 juillet 2017).

L'originalité de l'exposition tient à la mise en évidence des filiations entre Rodin et les sculpteurs des générations suivantes, dont plusieurs dizaines d'œuvres sont aussi exposées aux côtés de celles du maître...

Figure tutélaire de la République

Rodin est né en 1840 comme ses amis le peintre Claude Monet et l'écrivain Émile Zola. Tous trois se sont formés sous le Second Empire et révélés sous la IIIe République. Ils sont les figures tutélaires de la République française, soucieuse d'en remontrer aux grandes et petites monarchies du Vieux Continent.

Eve (Rodin) au Grand Palais (Paris, 2017)Rodin et Monet s'offrent une exposition commune à l'occasion du centenaire de la Révolution en 1889 et Rodin expose ses œuvres en solo lors de la grande exposition universelle de 1900 !

Le sculpteur, qui a obtenu sa première commande publique en 1877, bénéficie d'un engouement inédit pour la sculpture monumentale. La République et les autres États-Nations, soucieux d'affirmer leur légitimité, multiplient les commandes publiques pour édifier les citoyens sur leur passé glorieux...

Débordé de commandes, Auguste Rodin anime une véritable entreprise, à l'instar des artistes de la Renaissance. Lui-même s'en tient au modelage de la terre et aux assemblages, n'hésitant pas à reprendre et ré-agencer ses œuvres. Il laisse à ses ouvriers, fondeurs, metteurs au point et praticiens le soin de conduire l'œuvre jusqu'à sa forme finale, en bronze ou en marbre.

Au final, beaucoup de ses créations sont restées à l'état de plâtres. Ainsi le buste de Puvis de Chavannes... Conçus sans intention d'être exposés, ces plâtres aux infinies variations nous instruisent sur l'évolution de Rodin et de son regard, année après année.

Le Sommeil par Brancusi et par Rodin (Grand Palais, 2017)

Rodin toujours vivant dans l'art contemporain

Rodin a révolutionné la sculpture et l'art en général en privilégiant l'expression au détriment de l'apparence des formes.

Ainsi, son Homme qui marche n'a qu'un torse et des jambes : logique dès lors qu'il ne s'agit que de représenter la marche ! Et pourquoi s'ennuyer à dégrossir le marbre en arrière-plan d'un visage dès lors qu'on ne veut donner à voir que celui-ci ? « Le corps, dit Rodin, est un moulage où s'impriment les passions ».

Les grands sculpteurs français de la génération suivante sont pour la plupart passés par son atelier en qualité de praticiens (sculpteurs du marbre). C'est le cas d'Antoine Bourdelle, François Pompon et Aristide Maillol, mais aussi de son grand amour Camille Claudel (née en 1864). Chacun développera un style personnel.

Constantin Brancusi s'enfuira au bout de trois mois pour garder son indépendance d'esprit. Il passera à la taille directe de la pierre et du marbre mais n'en conservera pas moins une grande attirance pour l'art de Rodin comme l'atteste au Grand Palais son Sommeil (tête inclinée, contraste entre les nuances délicates du visage et le bloc à peine dégrossi).

L'Homme qui marche (Rodin) au Grand Palais (Paris, 2017)On peut voir aussi une parenté entre L'Homme qui marche de Rodin et les personnages filiformes de Giacometti. Les peintres Picasso et Matisse se sont eux-mêmes essayés à la sculpture façon Rodin et notamment aux assemblages hétéroclites.

Entre les deux guerres mondiales, l'avant-garde artistique se détourne de l'art figuratif au profit de l'abstraction. Rodin, alors, entre au purgatoire de l'oubli. Il en ressort après la tourmente quand, revenus de leurs illusions, les artistes redécouvrent l'art figuratif. L'exposition des plâtres préparatoires de Rodin est une révélation pour beaucoup d'entre eux qui vont s'en inspirer très directement.

Le Grand Palais nous montre, par-dessus les générations, cette étrange filiation entre le maître barbu et bougon de la Belle Époque et les artistes de la fin du siècle passé, Ossip Zadkine (1890-1967), Germaine Richier (1902-1959), Markus Lüpertz (né en 1941) ou encore Georg Baselitz (né en 1938), dont la Chose populaire (2009) côtoie Le Penseur (1904) auquel elle fait manifestement référence sous une forme plus proche de la bande dessinée.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 09:50:14

 
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