Louis I, II, III… XIV… - L’étonnante histoire de la numérotation des rois de France - Herodote.net

Louis I, II, III… XIV…

L’étonnante histoire de la numérotation des rois de France

Michel-André Lévy (éditions Jourdan, 268 pages, 19,90 euros,  2014)

Louis I, II, III… XIV…

2 juillet 2014 : qui a numéroté les rois de France ? Étrangement, il y a bien là une vraie question. Nous ne connaissons nos rois qu’avec leurs numéros, et c’est sans réelle surprise que Louis XIV suit Louis XIII et précède Louis XV.

Mais ce bel ordonnancement a mis des siècles à se mettre en place et pendant la majeure partie du Moyen Âge les rois n’avaient pas de numéro.

Saint Louis était ainsi pour ses contemporains le Roi Louis et non pas Louis IX. Pourtant Louis XIV était bien connu de son vivant comme Louis XIV. Que s’est-il donc passé entretemps ? Comment la numérotation des rois s’est-elle mise en place ?

Michel-André Lévy s’est posé cette drôle de question et il a eu la surprise de constater que la réponse n’était pas simple et surtout qu’elle n’était pas connue. Des historiens parmi les plus éminents le lui ont confirmé : ce point d’Histoire n’a pas encore fait l’objet d’une étude approfondie. Il a donc décidé de se lancer dans une véritable enquête, à travers les textes d’époque, pour reconstituer le processus de mise en place de ces numéros.

Son livre nous propose un parcours parmi nos rois avec une attention spécifique à la manière dont ils sont nommés dans les textes d’époque et dont leur règne est considéré. Dès les Mérovingiens, la question des numéros amène à s’interroger sur une nomenclature qui nous paraît évidente mais qui n’a pourtant pas été dictée par la réalité des faits.

En quelques mots : les descendants de Clovis, qui se partagent son royaume, sont tous numérotés dans un même ensemble, même s’ils n’ont régné que sur une partie du royaume des Francs. À l’opposé, les descendants de Charlemagne, qui se partagent son empire, sont numérotés séparément en fonction de leur royaume. Cela paraît logique aujourd’hui, mais cela ne l’était pas au moment des faits.

Avec les Carolingiens apparaissent les surnoms, qui permettent de distinguer entre eux les rois homonymes successifs (Charles le Grand (Charlemagne pour Carolus Magnus), Charles le Chauve, Charles le Simple…). En s’appuyant sur les chroniques écrites au cours du Moyen Âge, l’auteur reconstitue la manière dont ces surnoms sont apparus, et dont ils ont parfois évolué. On voit ainsi des rois recevoir, des siècles après leur mort, un surnom qui ne correspond donc peut-être pas à la réalité (Charles le Gros, qui reçoit son surnom plus de 300 ans après sa disparition, était-il vraiment gros ?). Certains rois changent de surnom au gré des chroniques, et certains surnoms changent de roi (Pépin le Bref porte ainsi le surnom qui a longtemps été dévolu à son grand-père, que nous appelons aujourd’hui Pépin de Herstal).

Les numéros apparaissent plus tard, peu après le premier millénaire. Ce sont des chroniqueurs qui les posent, pour essayer de mettre de l’ordre dans un passé rendu confus par des homonymies de plus en plus nombreuses. Ils numérotent donc les rois des siècles passés, avec les maladresses liées à l’imparfaite connaissance qu’ils en avaient. D’où des hésitations, et des systèmes de numérotation différents qui coexistent pendant des décennies avant que l’un ne l’emporte sur l’autre, et soit définitivement adopté par l’historiographie officielle. En attendant, de nombreuses chroniques médiévales auront parlé de saint Louis en le numérotant Louis VIII.

Charles V va être le premier roi à porter son numéro de son vivant, et il va donc figer la numérotation des rois Charles en l’état. Ce faisant il va définitivement entériner une erreur de numérotation qui vaudra à Charles le Gros de n’être pas numéroté. Michel-André Lévy démontre qu’il s’agit bien là d’une erreur, que Charles le Gros fut incontestablement roi de France, même si de nombreux ouvrages contemporains le considèrent comme un simple régent.

Mais le voyage ne s’arrête pas à la fin du Moyen Âge. La question des numéros est indissociable de celle du choix des prénoms, et nous avons l’occasion de découvrir des aspects étonnants et peu connus de l’histoire de nos derniers rois, et même de nos empereurs.

Cette question des numéros des rois, si centrale et pourtant si méconnue, est donc prétexte à un parcours historique à la fois érudit et distrayant. Que ceux qui n’ont pas tout retenu de leurs cours d’histoire soient rassurés : Michel-André Lévy sait nous administrer de discrètes piqûres de rappel quand il le faut et il jalonne ses propos de nombreux arbres généalogiques. Nous pouvons donc l’accompagner sereinement : nous sommes en territoire connu.


Voir : Des numéros au service du roman national

Publié ou mis à jour le : 10/06/2016 09:42:47

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