1300 avant JC à nos jours

Liban : le « pays des cèdres »

Dans ses limites actuelles, dessinées par les Français en 1923, l'État du Liban a une superficie de 10 452 km2. C'est l'équivalent du département de la Gironde et un peu plus que la Corse ! Mais il est très peuplé avec 3,5 à 4,5 millions d'habitants au début du XXIe siècle, soit une densité exceptionnelle d'environ 400 habitants/km2.

Le Mont-Liban

Le pays doit son nom à une montagne, le Mont-Liban (ou mont Liban). Autrefois couvert de belles forêts de cèdres, il s'élève jusqu'à 3083 mètres au-dessus du littoral méditerranéen. Il est bordé d'étroites plaines littorales séparées par des promontoires rocheux. Les climats vont du tropical au montagnard en passant par le méditerranéen et le subdésertique (dans la plaine de la Bekaa, à l'est du mont Liban). Les paysages sont à couper le souffle.

Le Mont-Liban est essentiellement peuplé de Maronites, une confession chrétienne orientale néanmoins rattachée à Rome et au pape. Il compte aussi de nombreux Druzes, musulmans en marge de l'islam orthodoxe, ainsi que diverses communautés opprimées par les Turcs : Arméniens, Grecs orthodoxes ou catholiques, Kurdes... 

Les habitants ont longtemps vécu repliés dans leurs villages, dans des clans jaloux de leur autonomie, sous l'autorité de seigneurs, les « émirs de la montagne », qui ont mené la vie dure au sultan d'Istamboul. Ils ont aussi émigré en très grand nombre sur tous les continents à partir du milieu du XIXe siècle.

Montagne et mer

Au XIXe siècle, le sultan ottoman met fin à l'autonomie de ces communautés et pour consolider son autorité, n'hésite pas à les monter les unes contre les autres. S'ensuivent alors les premiers massacres de chrétiens. Les Occidentaux interviennent. La France, qui se présente comme la protectrice des chrétiens de l'empire ottoman depuis un accord conclu entre François 1er et Soliman le Magnifique, envoie un contingent sur place.

Après la Première Guerre mondiale, sur les dépouilles de l'empire ottoman, la France s'attribue un mandat sur la région et, pour faire droit aux revendications des communautés chrétiennes de la montagne, découpe dans cet ensemble l'État du Liban. Au Mont-Liban sont adjoints la vallée orientale de la Bekaa et les plaines littorales, où, dans la haute Antiquité, s'était épanouie la civilisation phénicienne, à l'origine de notre alphabet. La frontière avec la Syrie, également sous protectorat français, correspond à la ligne de crête de l'Anti-Liban.

Le protectorat français du Liban inclut de la sorte de nombreuses confessions chrétiennes, outre les Maronites (Arméniens, Grecs orthodoxes ou catholiques, Assyro-Chaldéens etc), globalement majoritaires, mais aussi d'importantes communautés musulmanes, chiites et sunnites, à forte natalité.

Incertitudes sur la population libanaise

Le poids démographique du Liban est modeste puisque, quelles que soient les sources, sa population varie entre 3,5 et 4,35 millions d'habitants. On peut être étonné par l'ampleur de cette fourchette, mais il convient de préciser qu'aucun recensement général n'a été effectué depuis 1932, sous le mandat français (1920-1946). Un fait qui s'explique par les implications éventuelles qu'auraient pu avoir ses résultats sur le partage politique du pouvoir (Gérard-François Dumont, Les populations du monde, Armand Colin).

Paradis perdu

Prenant acte de la diversité religieuse, les Français ont doté en 1926 le Liban d'une Constitution qui a officialisé le « communautarisme politique ».

Elle reconnaît dix-sept confessions. Parmi les douze confessions chrétiennes, certaines sont rattachées à Rome (Maronites, Grecs catholiques, Arméniens catholiques, Syriaques catholiques, Chaldéens catholiques), d'autres ne reconnaissant pas l'autorité du pape (Grecs orthodoxes, Arméniens orthodoxes, Chaldéens orthodoxes, Syriaques monophysites). S'y ajoutent les catholiques latins et les protestants. Les musulmans, plus nombreux depuis l'installation des Palestiniens, se partagent en sunnites et chiites, auxquels s'ajoutent des communautés syncrétiques, les Alaouites et les Druzes. Enfin, il faut compter une très petite minorité juive.

Ce communautarisme a été entériné par un Pacte national (non écrit) formulé le 22 novembre 1943, au moment de l'indépendance. Il en résulte que chacune des 17 communautés religieuses a ses propres députés. Le président de la république doit encore aujourd'hui être un chrétien maronite, le chef du gouvernement un musulman sunnite et le président de la Chambre des députés un musulman chiite.

Sur cette base communautariste, l'indépendance a été suivie de trois décennies plutôt heureuses qui ont fait qualifier le Liban de « Suisse du Moyen-Orient ».

Rupture de l'équilibre démographique

Mais les communautés libanaises n'ont pu longtemps échapper aux convulsions du Moyen-Orient.

Le savant équilibre politique du pays a été déséquilibré par la faible fécondité des communautés chrétiennes et l'émigration. Qui plus est, le Liban a accueilli après 1948 des Palestiniens très majoritairement musulmans (environ 400 000) chassés par le conflit entre Israël et ses voisins).

En conséquence, les chrétiens maronites, majoritaires dans le pays jusque dans les années 1970-1980, ne représentent plus qu'un quart environ de la population libanaise en ce début du XXIe siècle. Les Druzes représenteraient un dixième de la population. Les autres communautés dominantes sont les chiites, qui bénéficient du soutien actif de l'Iran, et les sunnites. 

Ces déséquilibres démographiques ont produit une longue guerre civile.

De la guerre civile à la paix armée

La révolution des cèdres, 2005Les troubles civils débutent le 13 avril 1975 quand des militants du parti social nationaliste syrien tentent d'assassiner un dirigeant chrétien lors de la consécration d'une église.

Il s'ensuit un accrochage meurtrier entre les Phalanges, milices paramilitaires chrétiennes, et des militants palestiniens. La guérilla urbaine dégénère en guerre civile après le massacre des chrétiens de Damou en janvier 1976. Les milices chrétiennes vont dès lors affronter les milices palestiennes établies dans le pays puis les milices chiites.

Le dictateur syrien Hafez el-Assad saute sur l'occasion pour intervenir avec ses troupes en soutien des milices chiites.

En 1982, c'est au tour des troupes israéliennes d'envahir le pays. Des troupes françaises et américaines mandatées par l'ONU sont victimes d'un double attentat le 23 octobre 1983. Face à la menace de chaos, elles se résignent à se retirer de même que l'armée israélienne.

Le Liban subit enfin une occupation par les troupes syriennes en 1987 et les accords de Taëf (Arabie séoudite), le 23 octobre 1989, font espérer la fin de la guerre civile... au prix d'un protectorat syrien.

Les milices ne désarment pas pour autant et la classe politique ne se résigne pas à passer sous les ordres de Damas. Après l'assassinat de l'ex-Premier ministre sunnite Rafic Hariri dans un attentat à la voiture piégée, le 14 février 2005, le peuple libanais, pour une fois réuni, organise d'immenses manifestations et contraint la Syrie à retirer ses troupes du Liban au terme de ce que l'on appelle pompeusement la « révolution du cèdre ».

Timidement, un nouveau Liban tente de se construire sur les ruines du passé avec les pétrodollars des émirats du Golfe Persique, malgré la « cantonisation » du pays, la persistance des milices et les incursions périodiques des voisins israéliens et syriens, malgré aussi l'afflux des réfugiés de guerre. L'évocation quelque peu mythique des Cananéens et des Phéniciens ne fait plus recette.

Publié ou mis à jour le : 2019-05-28 17:32:29

 
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