Les tribulations des femmes à travers l'Histoire - Antiquité : sous la férule masculine - Herodote.net

Les tribulations des femmes à travers l'Histoire

Antiquité : sous la férule masculine

Comme chacun sait, « la femme est l'avenir de l'homme » (Louis Aragon) ! Mais on a tendance à oublier qu'elle possède aussi un passé...

Au moins dans la sphère occidentale, la condition des femmes a beaucoup varié selon les époques et les lieux. Nous verrons par exemple que les Égyptiennes de la très lointaine époque pharaonique étaient mieux loties que les femmes et les filles de nos talentueux Athéniens de l'époque classique...

« La Gitane de Zeugma », mosaïque, Ier siècle, musée archéologique de Gaziantep, Turquie.

Une Préhistoire tirée par les cheveux

Les préhistoriens du XIXe siècle ont popularisé l'image de femmes occupées à cueillir des baies en attendant le retour de leurs mâles chasseurs... Mais d'une telle distribution des rôles, nous n'avons aucune preuve, si ce n'est les représentations à caractère sexuel qui montrent l'importance de la fonction reproductive : Vénus de Willendorf, Dame de Brassempouy... Rien n'empêche d'imaginer que les Michel-Ange de la Préhistoire étaient en fait des artistes en jupons !

À l'opposé de l'image de la femme soumise, les féministes des années 70 ont ébauché une vision de nos origines dominée par la figure de la Déesse Mère. Ainsi, selon la philosophe Élisabeth Badinter (L'un est l'autre, 1987), chez les chasseurs-cueilleurs comme chez les premiers agriculteurs, la femme gardait le foyer pendant que les hommes erraient à la chasse ou vaquent aux champs. D'où sa primauté sociale qui se traduisit par le culte de divinités féminines.

Cette théorie est contestée par les préhistoriens comme Marylène Patou-Mathis qui note que la femme néandertalienne maniait les armes de jet aussi bien que les hommes (Neanderthal, 2010).

La femme du Croissant fertile, mère de l'Humanité

« Déesse nourrissant des caprins », Ougarit, Syrie, 1250 av. J.-C., musée du Louvre, Paris.Un changement s'amorce au IIe millénaire av. J.-C., au cœur du Croissant fertile.

Au nord de la Mésopotamie, l'Assyrie (XIVe-VIIe siècles av. J.-C.) se bâtit  sur la base de la cellule familiale monogame et de la réclusion des femmes.  

L'homme doit-il s'absenter sur de longues périodes ? La société lui accorde le droit de prendre une seconde épouse.

Souhaite-t-il prendre sa retraite auprès de sa première femme adorée ? C'est simple ! Il divorce de la seconde et réintègre le foyer avec les enfants de la délaissée, dûment consolée par une indemnité de frais d'éducation...

La femme mésopotamienne est en effet protégée par des textes de lois précis comme le célèbre code Hammourabi (1792-1750 av. J.-C.) dont près de 80 paragraphes la concernent.

Libres filles d'Isis

Toutankhamon et son épouse Ankhesenamon, « Promenade dans le jardin », XIVe siècle av. J.-C., Ägyptisches Museum und Papyrussammlung, Berlin.L'Égypte cultive quant à elle l'image d'Isis, sœur, épouse et mère idéale, qui savait associer douceur et fermeté.

La femme occupe un rôle essentiel dans les croyances, mais aussi dans la société. On peut s'en rendre compte en admirant les représentations de l'époque : on y voit des épouses assises aux côtés de leur cher et tendre, des couples plein de tendresse, des familles harmonieuses. L'amour est ici un sentiment qui s'affiche !

La jeune épousée est assurée de ne pas voir arriver de concurrente sous son toit, la polygamie étant rare. Elle peut toucher l'héritage de son père, choisir son promis, divorcer et, en cas de veuvage, rester maîtresse de son destin.

Et Dieu créa la femme... Quelle catastrophe !

« Pandore », détail d'une céramique grecque originaire du sud de l'Italie, IVe siècle avant J.-C., musée archéologique de Catalogne, Barcelone, Espagne.On connaît l'histoire : pour ne pas laisser l'homme seul, Dieu créa la femme à partir d'une cote. Mais « la chair de sa chair » ayant mangé le fruit défendu, l'un et l'autre furent chassés de l'Éden... Cette version (Genèse, 2 : 21-22) a fait oublier le premier récit de la mésaventure (Genèse, 1 : 27) dans laquelle le couple est formé en une seule fois et placé sur un pied d'égalité dès sa création : « Mâle et femelle il les créa ».

On peut en tout cas y voir une forme de misogynie, comme dans le mythe de Pandore né à peu près à la même époque (VIIe siècle av. J.-C.).

Victime, comme sa sœur biblique, de la curiosité, la première femme grecque eut la mauvaise idée d'ouvrir la jarre contenant tous les maux de l'Humanité.

Pour les descendantes de Pandore la fouineuse, les Grecs n'ont dans leur ensemble que méfiance et mépris, comme le montre cette sentence du poète Carcinos : « À quoi bon dire du mal des femmes ? N'est-il pas suffisant de dire : c'est une femme ? » (Ve siècle av. J.-C.).

La vie quotidienne des mères de famille fut bien loin de l'image véhiculée par ces déesses libres et indomptables !

« Sarcophage des époux de Cerveteri », VIe siècle av. J.-C, musée du Louvre, Paris.

Quelles matrones !

Songeons que Rome est née de l'enlèvement des Sabines. On comprend que le destin des jeunes filles de la République se limite au mariage et à la procréation.

Disciples de la Grèce misogyne, les Romains ont cependant su faire évoluer la condition féminine. Faut-il en chercher l'explication du côté de leurs ancêtres étrusques ? Quelle ne fut pas en effet la surprise des archéologues découvrant au XIXe siècle fresques et sarcophages étrusques mettant en scène des couples représentés à égalité, tendrement unis. Des représentations qui témoignent d'un statut d'une modernité étonnante !

Toujours est-il que la femina romaine sort peu à peu de son rôle effacé. Elle peut même gérer sa fortune et quitter sa domus pour travailler aux côtés de son paterfamilias de mari artisan.

La jeune mariée ne prend-elle pas le pouvoir sur la maison en franchissant son seuil : « Ubi tu Caïus, ibi ego Caïa  ; là où toi tu es maître, je vais être maîtresse » ? Cela en fit rire certains dont Caton qui déclara : « Nous, qui gouvernons tous les hommes, nous sommes gouvernés par nos femmes » (cité par Plutarque dans Vies des hommes illustres, Ier siècle).

«  La Vierge de l'Annonciation », Antonello de Messine, 1477, palais Abatellis, Palerme.

Femmes de l'Ancien et du Nouveau Testament

Dans la vie de tous les jours, la juive des temps anciens était avant tout épouse et mère.

En cas de mésentente insupportable, son mari pouvait même la répudier, oubliant alors le principe talmudique lui enjoignant : « Honore ta femme plus que toi-même ! ».

Tout change avec le Christ. Son attitude à l'égard des femmes choque ses contemporains : loin de les éviter, il les accueille en laissant de côté tous les interdits qui affectent alors les relations entre les sexes.

Les femmes du Nouveau Testament, en choisissant elles aussi de devenir disciples du Sauveur, sont vues comme égales des hommes au cœur d'une petite communauté mixte. N'ont-elles d'ailleurs pas été les premières à témoigner de la Résurrection ?

Dans l'histoire de la religion chrétienne, elles n'ont cessé de jouer un rôle de premier plan, que l'on pense à la vénération dont la Vierge Marie a été l'objet ou à l'influence capitale des saintes, des mystiques et surtout des nonnes dans la société, au fil des siècles. 


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• Moyen Âge
Publié ou mis à jour le : 2019-09-09 11:30:55

 
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