Les tribulations des femmes à travers l'Histoire - XXIe siècle : où vont les femmes ? - Herodote.net

Les tribulations des femmes à travers l'Histoire

XXIe siècle : où vont les femmes ?

Notre survol de l'Histoire a montré que la condition des femmes a beaucoup varié au cours des derniers millénaires et selon les régions.  Le XXe siècle s’est traduit, en France, dans le monde occidental et quelques autres pays, par des avancées qui auraient paru inimaginables pendant la grande régression bourgeoise du siècle précédent.

Dans la sphère privée comme dans le domaine social, les femmes ont obtenu une égalité de droits avec les hommes, qu’il s’agisse de mariage, divorce, autorité parentale, gestion financière, droits de succession, accès aux emplois salariés etc. La pilule les a aussi libérées de l’angoisse d’une grossesse non désirée. Dans le domaine politique, les femmes qui accèdent à la tête d’un gouvernement ou d’un État ne causent plus la surprise, comme ce fut encore le cas en 1979 avec Margaret Thatcher, et l'on ne compte plus les femmes Premier (ou Première) ministre, du moins en Europe et plus spécialement en Scandinavie.

Des clivages perdurent dans le domaine salarial où les Françaises, par exemple, affichent des rémunérations en moyenne inférieures de 25% à celles des hommes. La différence tient au grand nombre d'emplois à temps partiel occupés par les femmes et à leur progression moins rapide dans la hiérarchie, du fait des congés parentaux en particulier. Les femmes demeurent encore très minoritaires à la tête des multinationales et des entreprises en général. Elles sont mal représentées dans certaines professions comme l’informatique, la mécanique ou le BTP. Mais elles ont par contre investi l’éducation, la santé ou encore la justice… Selon le bon mot d’un historien, « les tribunaux sont majoritairement occupés par des femmes et les prisons par des hommes ! »

Ainsi revient-on à une situation qui n’est pas sans rappeler le « beau » Moyen Âge, du moins en ce qui concerne les classes supérieures et bourgeoises. Comme au Moyen Âge d’ailleurs, on féminise les noms des métiers à mesure que les femmes les investissent…

Si les femmes occidentales sont toujours l’objet de violences, celles-ci sont plutôt de basse intensité statistique en comparaison d’autres époques ou d’autres régions du monde (note). Néanmoins, en France, on recense encore chaque année plus d'une centaine de femmes tuées par leur conjoint (un cas pour environ deux mille décès de femmes).

Notons par ailleurs avec l’historienne Michelle Perrot (note) un phénomène inédit dans l’histoire de l’humanité : les femmes bénéficient aujourd’hui partout dans le monde d’une espérance de vie nettement plus élevée que les hommes.  En France, l’écart est d’environ huit ans. Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Jusqu’au XVIIIe siècle en effet, l'espérance de vie des femmes était plus ou moins équivalente à celle des hommes en raison de la mortalité en couches qui affectait jusqu'à un quart des femmes ! Les progrès de l’obstétrique et de l’hygiène ont permis de pratiquement éradiquer ce fléau partout dans le monde sauf en Afrique subsaharienne.

Mais il serait hasardeux de postuler une « fin de l’Histoire » dans l’émancipation des femmes comme dans tous les autres domaines de l’existence. L’effacement des États, des institutions (Églises, partis, syndicats…) et des normes sociales (code du Travail…) laisse le champ libre à de nouvelles formes de conflits, lourdes de menaces pour les femmes. Les phénoménales ruptures en matière de démographie nous font par ailleurs entrer dans l’inconnu, sans référence historique à laquelle se rattacher (baisse rapide de la population des pays développés, explosion démographique de l'Afrique subsaharienne).

Femmes en Inde,  AFP, DR.

Un monde de moins en moins féminin

Si les aspirations féminines à l’égalité des droits ne font plus beaucoup débat dans notre hémisphère occidental, il en va autrement dans d'autres régions du monde, sans qu’il soit besoin de se référer aux pays les plus démunis...

Il suffit pour cela de se tourner vers l’Extrême-Orient, aujourd’hui plus avancé que l’Occident à maints égards dans les domaines économique et scientifique. La société japonaise demeure profondément attachée à une hiérarchie des sexes qui relègue la femme aux emplois subalternes et lui interdit toute promotion s’il lui prend l’envie de se marier et d’avoir des enfants. Le roman d’Amélie Nothomb, Stupeur et tremblements (1999), exprime admirablement cette impasse. Dans un monde développé où la pression mercantile décourage les familles, le Japon bat les records avec un quart des femmes nées en 1965 sans enfant (note) .

De l’autre côté de la mer de Chine, la situation de la femme est bien plus problématique. Même si l’Empire du Milieu s’enorgueillit de quelques grandes impératrices, Wu Zetian (625-705) et Cixi (1835-1908), la société chinoise accorde la primeur à la gent masculine et cette préférence s’est même aggravée dans les dernières décennies  comme l’indique un facteur déterminant : le sex-ratio à la naissance ! Sachant que les populations eurasiennes donnent normalement naissance à 105 garçons pour 100 filles, le rapport est aujourd’hui de 120 à 100. Ce déséquilibre grave n’est égalé que par l’Inde du nord.

 L’Inde, justement, concourt pour la première place au triste palmarès des femmes les plus maltraitées.  Dans ce pays, le sex-ratio déséquilibré à la naissance viendrait de la généralisation de la dot, une coutume autrefois marginale : la grande majorité des filles sont promises dès l’enfance et leurs parents s’obligent à verser une dot conséquente au mari le jour venu, ce qui fait dire qu’« avoir une fille, c’est arroser le jardin du voisin ». En cas de mésentente familiale, plutôt que de divorcer et rendre la dot, il arrive que des maris indélicats préfèrent occire leur épouse, d’où le nombre élevé de femmes victimes d’un « accident domestique » au butagaz ou à l'acide (plusieurs dizaines de milliers par an d'après l'Atlas mondial des femmes, éditions Autrement, 2015). 

Dans le monde musulman, tandis qu’il y a soixante ans, de Kaboul à Marrakech, la plupart des jeunes filles rêvaient d’Occident et s’affichaient dans la rue cheveux au vent, ce spectacle est devenu aujourd’hui  improbable et fait courir aux postulantes les plus graves dangers. Dans certains pays comme l’Iran, les femmes tentent toutefois de tromper les nouveaux censeurs de l’islamisme avec des voiles apparentés à un Carré Hermès plus qu’à un niqab. En Iran ou encore en Turquie, elles prennent aussi et plus sûrement une revanche sur les hommes en investissant les universités et y devenant majoritaires ! Reste que ce succès est vain quand il ne débouche sur aucun emploi à responsabilité et que l’espace public devient un enfer pour les femmes. Le film de l’Égyptien Mohamed Diab, Les Femmes du bus 678 (2012), montre combien le harcèlement de rue peut être sordide au Caire et dans les grandes villes similaires.

L’Afrique subsaharienne se signale par une singularité absolue : une fécondité qui se tient depuis un demi-siècle à des niveaux jamais atteints dans l’Histoire (4 à 7 enfants en moyenne par femme selon les pays). Elle se combine dans la bande sahélienne à des pratiques comme les mutilations sexuelles (excision), les mariages d’adolescentes et la polygamie. Ces pratiques sont aussi très présentes en Égypte mais globalement absentes au sud de l'Équateur  (Atlas mondial des femmes, éditions Autrement, 2015). 

Il s’ensuit qu’en 2100, dans un monde dont la population plafonnera à dix ou onze milliards (8 milliards aujourd’hui), plus d’un homme sur trois sera vraisemblablement  africain. Dans le même temps, l’Europe mais aussi l’Extrême-Orient et la Chine verront leur population nettement décroître.

C’est dire que les acquis des femmes seront soumis à une rude pression dans un monde où les démocraties occidentales concentreront moins de 10% de la population mondiale à la fin du siècle. La menace d'un retour en arrière n'est pas à écarter. Elle exige de la part de chacun(e) de nous de ne jamais baisser la garde.

L'auteur : Isabelle Grégor

Isabelle Grégor

Isabelle Grégor a obtenu un doctorat de Lettres modernes avec une thèse consacrée au récit de voyage de Bougainville. Cette thèse a donné lieu à des publications, par exemple dans la Revue d'Histoire maritime, et à des conférences dans des colloques scientifiques.

Notre collaboratrice a également passé avec succès le concours de CAPES en 2008 et enseigne les lettres dans un lycée de Poitou-Charentes.

Publié ou mis à jour le : 2019-04-18 12:35:22

 
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