Les tribulations des femmes à travers l'Histoire - De la Révolution à nos jours : des progrès mais point d’égalité - Herodote.net

Les tribulations des femmes à travers l'Histoire

De la Révolution à nos jours : des progrès mais point d’égalité

En dépit des grands changements produits par la Révolution française, les femmes reviennent au XIXe siècle à une position subalterne.

Le combat pour l’égalité des droits continue. Mais ce n’est qu’au siècle suivant, le XXe, qu’il changera pour de bon les rapports entre hommes et femmes, du moins dans les sociétés occidentales...

« Bravoure des femmes parisiennes à la journée du 5 octobre 1789 », Jacques-Philippe Caresme, BnF, Paris.

Les Tricoteuses à l’attaque !

Omniprésentes dans les manifestations où elles poussent leurs hommes à agir, les femmes sont très présentes sur les bancs du public de la Convention où les débats se déroulent au rythme de leurs aiguilles à tricoter. 

Certaines vont jusqu’à fonder leurs propres clubs révolutionnaires et, pour les plus enthousiastes, à participer aux combats dans l’armée républicaine.

Dans le camp adverse, on s’active également en soutenant émigrés et prêtres réfractaires, voire en passant à l’action d’un coup de couteau, à l’exemple de Charlotte Corday

Loin d’être passives, les femmes des années révolutionnaires ont été au premier rang des contestataires. La Liberté a bien mérité d’être femme.

Club des femmes patriotes dans une église, Chérieux, 1793, BnF Gallica.

La femme, un citoyen pas comme les autres

Malheureusement ce sont les hommes qui font les lois. Dès août 1789, ils « oublient » de mentionner les femmes dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen avant de les cataloguer parmi les citoyens passifs, et du même coup de les exclure du droit de vote (décembre 1789).

Elles doivent rester sous l’égide du chef de famille, malgré les protestations de Condorcet, poussé par son épouse Sophie, et de la dynamique Olympe de Gouges qui dédie à Marie-Antoinette sa Déclaration des Droits de la femme et de la citoyenne.

Elle y gagnera le droit de mourir sous le couperet de la guillotine, en 1793. Cette même année éclate « la guerre des cocardes », jusque-là réservées à ces messieurs mais que la Convention de septembre rend enfin obligatoire pour les dames : c’est une courte victoire (...).

L’Empire masculin

« Antoine-Laurent Lavoisier et sa femme », Jacques Louis David, 1788, Metropolitan Museum of Art, New York.Avec la mise en place du règne de la Vertu par la Terreur, la femme est renvoyée dans l’espace domestique, seul domaine où on la tolère désormais. Déjà présente dans les esprits, l’inégalité homme-femme devient officielle avec l’arrivée de Bonaparte et la rédaction du Code civil : « la femme […] est la propriété [de son mari] comme l’arbre fruitier est celle du jardinier » (1804). Difficile d’être plus clair !

Dans le même temps, on multiplie les exigences pour rendre pratiquement impossible le divorce. Le mariage et les enfants, il n’y a que ça de vrai !

Oseraient-elles prétendre jouer un rôle dans le développement des connaissances, comme l’a fait dans les années 1770 Marie-Anne Paulze, l’épouse du chimiste Lavoisier ? Elles sont systématiquement dénigrées : « On ne connaît pas de femmes savantes qui n’aient été ou malheureuses ou ridicules par la science » (Joseph de Maistre, Lettre à sa fille Constance, 1808).

Veulent-elles s’adonner à la rédaction de quelques vers ? « L’encre ne sied pas aux doigts de rose » (Écouchard-Lebrun) (...).

Prolétaire des prolétaires

En 1830, le souffle de la révolution des Trois Glorieuses, qui voit Charles X abdiquer en faveur de Louis-Philippe, ramène les femmes sur les barricades et dans les réunions où l’on refait le monde, grâce à la nouvelle liberté d’expression garantie par le pouvoir. On rejette l’emprise du mari, on réclame l’éducation, on aspire à l’égalité juridique... 

« Une Barricade vers 1830 », Pierre Manguin, 1834, musée Carnavalet, Paris.La femme ne participe-t-elle pas pleinement à la révolution industrielle qui transforme en profondeur le pays et la société ?

Près d’un quart d’entre elles travaillent hors du cadre familial pour apporter un salaire d’appoint indispensable à la survie de la famille, tandis que 40% des citadines sont célibataires et doivent se débrouiller seules.

Aux métiers traditionnellement féminins (pas de petites mains masculines dans le textile !) se sont donc ajoutées des activités encore plus physiques, aussi bien en usine que dans les mines (...).

« La crinolonomanie - Comme il est difficile d'entrer dans un omnibus », lithographie, Charles Vernier, vers 1850, BnF, Gallica.

Bas-bleus contre crinolines

Dans le milieu de la bourgeoisie, l’ambiance n’est guère meilleure pour ces dames. « Le mari gouverne, la femme administre, les enfants obéissent. Le divorce [supprimé en 1826] est bien entendu interdit ; et la femme est confinée au foyer » (Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe, 1949).

« Une Femme comme moi, remettre un bouton ? », Honoré Daumier, Charivari, 23 mai 1844, BnF, ParisIl faut dire que même chez les plus grands penseurs, les préjugés sont tenaces : on continue en effet à voir la féminité comme une « sorte d’état d’enfance continue » (Auguste Comte, Cours de philosophie positive, 1839) et la femme comme « un diminutif d’homme à qui il manque un organe pour devenir autre chose qu’un éphèbe » (Joseph Proudhon, De la Justice dans la Révolution et dans l’Église, 1858).

Dans les numéros du Charivari de 1844, Honoré Daumier prend plaisir à caricaturer celles qui veulent faire évoluer les choses, en particulier les « bas-bleus », nouvelles femmes savantes qui font parler d’elles dans les salons.

Il faut dire que quelqu’un comme George Sand, dandy reconnaissable à l’usage du pantalon, de la cigarette et de l’indépendance en amour, ne pouvait que créer le scandale à une époque où même les vêtements semblent avoir été élaborés pour ôter toute liberté à celle qui les porte.

Comment peut-on simplement envisager de se déplacer avec une certaine liberté dès lors que l’on est engoncée dans un corset qui vous étouffe, et obligée de traîner des kilomètres de tissu formant robe ? Ne parlons même pas de la largeur des crinolines qui, si elles permettent enfin de mouvoir les jambes sans se prendre dans les multiples jupons, atteignent sous le Second Empire des largeurs infernales qui font le bonheur des marchands de tabourets (...).

 

Publié ou mis à jour le : 2019-01-18 11:49:28

 
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