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Les royalistes et Napoléon
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Les royalistes et Napoléon

Une fresque pleine de bruit et de fureur


L'historien Jean-Paul Bertaud nous offre avec Les royalistes et Napoléon (Flammarion, avril 2009, 464 pages, 25 €) le condensé de près d'un demi-siècle d'enquêtes dans les coulisses de la Révolution et de l'Empire.

On peut lire ci-après un extrait de l'ouvrage (prologue et chapitre 1). D'une écriture limpide, plus captivant que bien des romans, le livre nous conduit à la rencontre des héros méconnus de la contre-Révolution. Soulignons la qualité des illustrations en couleur.

Benjamin Fayet.
L'aventure au coin de la rue

Guidés par Jean-Paul Bertaud, nous découvrons la Révolution et l'Empire napoléonien sous un jour inédit, à travers le regard de tous ceux qui sont restés fidèles aux Bourbons et à Louis XVIII, frère du souverain guillotiné en 1793.

L'auteur dessine une extraordinaire galerie de personnages hauts en couleurs comme Hyde de Neuville, l'espion à la solde du roi ; de la Haye de Saint Hillaire, l'officier chouan enlevant un évêque fidèle au régime napoléonien ; Armand Victor Le Chevalier, dit Salmangar, autre chef de la chouannerie plein de panache qui déclare, peu de temps avant son exécution, au ministre de la police : «Périssons du moins avec gloire puisque nous ne pouvons vivre avec honneur».

On retrouve également Georges Cadoudal, véritable force de la nature, lié à toutes les tentatives d'assassinats et de conspirations contre le Premier Consul ; homme le plus recherché de France avant d'être arrêté et exécuté en 1804. Un ancien républicain, comme le général Pichegru, général des armées révolutionnaires, passé dans le camp royaliste et retrouvé mystérieusement étranglé dans sa cellule peu de temps après son arrestation ; un jeune prince plein d'allant et de générosité, le duc d'Enghien, exécuté dans les fossés du château de Vincennes et dont le sang éclaboussera le nouveau régime impérial.

Une Cour nomade

Avec une grande maîtrise du rythme, Jean-Paul Bertaud nous plonge au cœur de la cour en exil. Nous accompagnons à travers l'Europe l'errance de cette cour pitoyable peuplée de lâches plus que de héros. Au détour du chemin se révèlent les difficultés de ce souverain sans trône à se faire respecter par les souverains européens et même par son propre frère, le futur Charles X. Ce dernier, inconstant et arrogant, se montre intransigeant, accroché à ses principes issus de l'Ancien Régime, hostile aux nouvelles idées issues de la Révolution, insoumis aux injonctions de son grand frère. D'ailleurs, lucide sur son peu d'influence, Louis XVIII analyse : «Croyez-vous qu'il soit facile de se faire obéir par son frère, lorsque, enfants, on a joué ensemble et dormi dans le même lit».

Ces personnages, l'auteur réussit à les camper de manière passionnante, au travers d'un récit vivant, foisonnant d'anecdotes, sans pour autant négliger la complexité des relations entre les royalistes et Napoléon.

Après le coup d'État du 18 brumaire, nombreux sont ceux qui veulent voir en Bonaparte un possible restaurateur de la monarchie. Louis XVIII tente même une ouverture en ce sens auprès du Premier Consul. Ferme et dédaigneux, ce dernier répond : «vous ne devez pas souhaiter votre retour en France ; il vous faudrait marcher sur cent mille cadavres. (...) Sacrifiez votre intérêt au repos et au bonheur de la France. L'histoire vous en tiendra compte. Je ne suis pas insensible au malheur de votre famille ! (...) Je contribuerai avec plaisir à la douceur de votre retraite».

Toute restauration de la monarchie devenue impossible, les complots royalistes vont alors se multiplier, s'appuyant sur une chouannerie encore bien présente dans l'ouest de la France à l'arrivée au pouvoir du Premier Consul. Ces complots mèneront au premier attentat à la bombe de l'histoire ! Le 24 décembre 1800, les royalistes font exploser leur «machine infernale», manquant de peu de tuer Bonaparte. Le couperet de la répression va s'abattre alors sur les têtes des principaux comploteurs royalistes et, pour faire bonne mesure, de quelques anciens Jacobins.

Ralliement royaliste

Avec finesse et talent, Jean-Paul Bertaud nous dévoile la subtilité d'un Napoléon capable de mener une politique de «la carotte et du bâton» et de combiner la répression et l'ouverture. Cette politique se révèle particulièrement efficace: la noblesse intègre en masse l'armée, l'administration, voire les plus hautes fonctions ministérielles et bien sûr la Cour des Tuileries. Ses motivations sont diverses : intérêts financiers, sincère adhésion au nouveau régime, volonté de servir la patrie quel qu'en soit le gouvernement...

Le résultat est là, tangible : à partir de 1806, la plupart des royalistes rentrent dans le rang cependant que Napoléon 1er triomphe. Il pousse le culot jusqu'à épouser en 1810 Marie-Louise, nièce de Marie-Antoinette !

Les royalistes peinent toutefois à agir car ils sont divisés en de nombreux courants : les intransigeants hostiles à toute évolution issue des principes révolutionnaires, les modérés conscients de la nécessaire évolution de la monarchie, les néo-monarchistes adhérant au régime napoléonien mais soucieux de combattre les idées révolutionnaires... Des divisions toujours présentes, même lors de la Restauration et de la chute de Napoléon en 1814, qui voit le mouvement royaliste se diviser entre modérés et ultras (l'auteur évite cet anachronisme et lui préfère l'expression : royalistes «exagérés»).

Amère Restauration

Parmi les passages les plus instructifs du livre, relevons le récit de la première Restauration : Napoléon 1er ayant abdiqué à Fontainebleau, Louis XVIII accède au trône après avoir péniblement obtenu l'agrément du tsar ! Le vieux souverain tente de jouer l'apaisement mais il est débordé par les anciens émigrés, aussi étroits d'esprit que vindicatifs. Leurs revendications et les maladresses du gouvernement ainsi que le licenciement de la moitié de l'armée mettent le pays au bord de la guerre civile...

C'est à ce moment que l'Empereur, échappé de l'île d'Elbe, débarque à Golfe-Juan. Ce seront les Cent-Jours qui s'achèveront sur Waterloo et la «Terreur Blanche», le retour des royalistes, plus que jamais décidés à en découdre. À la lumière des innombrables humiliations subies par les vétérans d'Austerlitz et Wagram, le retour de Napoléon nous apparaît tout d'un coup plus compréhensible. Ainsi Jean-Paul Bertaud réussit-il le tour de force d'éclairer des événements tels que celui-ci...


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À qui doit-on cette injonction que les combattants d'aujourd'hui feraient bien de respecter : « En quelque pays que vous fassiez la guerre, les gens d'église, les femmes, les enfants, et même le peuple, ne sont point vos ennemis » ?

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