Les adieux à la reine - La Révolution côté Cour - Herodote.net

Les adieux à la reine

La Révolution côté Cour

Le film de Benoît Jacquot est une brillante évocation de Versailles dans les jours qui ont suivi la prise de la Bastille... Il ne lui manque qu'une histoire.

Les adieux à la reine (2012, Benoît Jacquot)

Versailles sert à nouveau de décor à un film historique. Mais les adieux à la reine est différent du très branché Marie-Antoinette signé Sofia Coppola (2006) qui a désarçonné plus d’un amateur de reconstitution historique.

Ici, Benoît Jacquot s’est appuyé sur le roman de Chantal Thomas, chercheuse au CNRS qui a longuement étudié les détails historiques de la vie à la cour en ces années révolutionnaires. De ce matériau très riche, le cinéaste en fait une œuvre personnelle et stylisée qui ne laissera pas les spectateurs indifférents.

Les adieux à la reine est un film exigeant avec de longues séquences superbement composées dans les appartements royaux alternant avec des scènes plus crues et plus brutales, notamment quand est évoquée la vie de la noblesse française au château, prête à s’entasser dans de petits appartements malcommodes pour jouir du privilège d’apercevoir le roi une fois par semaine.

Les personnages sont campés par des acteurs très investis, à commencer par la frivole et autoritaire Marie-Antoinette (Diane Kruger), l’ardente et dévouée jeune liseuse Sidonie (remarquable Lea Seydoux), la hautaine et futile duchesse de Polignac (Virginie Ledoyen) ou encore le faible et falot Louis XVI (Xavier Beauvois, le réalisateur de Des hommes et des dieux).

Le film se focalise sur la chronique de la vie de cour au château et plus particulièrement sur l'entourage immédiat de la reine. Par une succession de petits tableaux, Benoît Jacquot expose les relations complexes entre les acteurs de ce théâtre d’ombre.

Une scène est particulièrement efficace montrant le peu de communications existant entre les deux époux. Sous le coup de l'émotion, Marie-Antoinette décide de faire ses bagages pour s'enfuir à Metz. Elle ignore que dans le même temps, Louis XVI a au contraire décidé de rester au cœur de la tourmente pour faire face à ses responsabilités.

L'amateur de récit historique restera cependant frustré face aux manques d'informations sur les déroulement des événements. Car l’habilité du cinéaste consiste à nous faire vivre l’action à travers les yeux de la liseuse Sidonie. Ainsi par exemple lorsque le roi se présente devant les députés, le 15 juillet, la jeune Sidonie assiste de loin à son passage en ignorant tout de la teneur des discussions.

Le seul fait remarquable, de son point de vue, est que le souverain revient au château à pied et sans chapeau. Tout un symbole pour signifier au spectateur que la royauté sort affaiblie de cette confrontation. Benoit Jacquot parvient même à distiller du suspense : alors que le roi part à Paris sans escorte le 17 juillet pour se présenter devant le nouveau maire de Paris, l’astronome Bailly, on se surprend à imaginer - comme la cour qui assiste à ce départ - qu'il ne reviendra peut-être pas.

L'Histoire des premiers jours de la Révolution française est donc quasiment absente des Adieux à la reine même si la vie ordinaire à la cour de Versailles est parfaitement rendue.

Plus ennuyeux d'un point de vue cinématographique : le film manque tout bonnement d'histoire, ce qui en éloigne les jeunes spectateurs. 

Le scénario tient en quelques mots : la reine, amoureuse de la duchesse de Polignac, est affligée par son indifférence hautaine mais ne la retient pas lorsqu'elle décide de s'enfuir hors de France. Il va sans dire que cette intrigue de Lesbos n'a aucun rapport avec la réalité historique et ce que l'on sait de la personnalité de Marie-Antoinette... 

Laurent Pericone et André Larané

Le film est tiré du roman : Les adieux à la reine, de Chantal Thomas (éditions du Seuil, réédité en poche chez Points), Prix Femina 2002.

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Publié ou mis à jour le : 2019-03-21 15:35:00

 
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