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Les migrations en Europe
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Le peuplement de la France

L'immigration européenne avant 1914


Soldat carolingien terrassant un ennemi, diptyque en ivoire du IXe siècle, abbaye d'Ambronay (Ain) (musée du Borgello, Florence)Tout commence entre le Ve et le Xe siècles de notre ère - entre Clovis et Hugues Capet - quand émergent la France et les autres nations d'Europe occidentale sur les ruines de l'empire romain.

À partir de l'An Mil, l'Europe occidentale n'a plus connu d'invasions extérieures. Les nomades turcs et mongols en particulier se sont arrêtés à sa périphérie.

De la sorte, dans chaque seigneurie ou village, les habitants ont pu enraciner leurs coutumes dans la durée jusqu'à leur donner force de loi. En deux ou trois siècles a émergé un concept nouveau, l'État de droit, devant lequel s'inclinent les puissants comme les humbles. Ce fut la clé du progrès.

Cet État de droit a été consolidé en France et en Angleterre par une monarchie forte et centralisatrice qui a donné naissance aux deux premiers États-nations de l'Histoire.

Le grand brassage médiéval

À partir de l'An Mil, l'Europe occidentale n'a donc connu aucune immigration significative. Il n'empêche que le Moyen-Âge a produit un immense brassage des hommes, des marchandises et des idées d'où est issue la civilisation européenne.

La guerre en est l'un des aspects mais ce n'est sans doute pas le plus important. Les guerres féodales sont le plus souvent des « guerres privées » entre voisins : on se dispute un château, une terre ou des prisonniers de marque que l'on libère contre rançon.

Les guerres majeures, conduites par le suzerain, sont quant à elles limitées à quarante jours. Chacun est pressé de rentrer pour éviter que son domaine ne lui soit enlevé par un rival pendant son absence.

Pierre L'Ermite haranguant les croisés (miniature d'un manuscrit du XVe siècle, Bibliothèque de l'Arsenal, Paris)

Au XIIe siècle, de nouvelles formes de guerres apparaissent : les croisades. Elles conduisent les cadets des familles seigneuriales à chercher fortune au loin.

Les « voyages en Terre Sainte » mettent ainsi en branle des centaines de milliers de personnes, tant des manants que des chevaliers. Beaucoup ne reviennent pas, soit qu'ils périssent en route, soit qu'ils font souche en un lieu hospitalier sur le chemin du retour, soit encore qu'ils s'établissement dans les États francs de Palestine.

Au XIIIe siècle, le Midi français souffre à son tour de la croisade des Albigeois, la seule qui ait été conduite en pays chrétien. Elle offre à de nombreux petits seigneurs du Bassin Parisien l'occasion de s'approprier de belles seigneuries languedociennes. De cette façon la plus brutale qui soit, cette croisade contribue ainsi à rapprocher le Midi du Nord.

Saint Jacques en pèlerin, miniature du XVIe siècle

Les déplacements pacifiques des pèlerins, marchands et colporteurs, compagnons et apprentis, clercs, moines et étudiants  contribuent de façon plus importante au lent brassage des populations dans un espace sans véritables frontières.

Par petits groupes, les pèlerins arpentent les chemins dès avant l'An Mil et chaque départ se fait sans garantie de retour. La richesse des grands sanctuaires témoigne de la ferveur populaire en ce Moyen Âge dominé par la foi : Saint-Martin de Tours, le mont Saint-Michel, Notre-Dame du Puy, Sainte-Foy de Conques etc.

L'élite des clercs se signale par une mobilité qui n'a rien à envier à nos étudiants Erasmus, à l'image de Saint Thomas d'Aquin. Né près de Naples en 1225, il étudie ou enseigne à Milan, Cologne, Paris, Toulouse... avant de mourir d'épuisement sur le chemin de Lyon.

Il en va tout autant des marchands et colporteurs qui se déplacent de foire en foire, ainsi que des compagnons et apprentis qui vont de ville en ville, de chantier en chantier, s'instruire et proposer leurs compétences.

Bénédiction de la foire du lendit, à Saint-Denis (miniature du milieu du XVe siècle, BNF)Dans les foires de Champagne, les marchands lombards et flamands se rencontrent et échangent leurs produits sous la protection armée du comte.

Dès le XIIe siècle, dans toute la chrétienté, le commerce stimule la croissance urbaine et suscite la création de villes nouvelles où affluent des gens de toutes origines qui fuient la servitude, la misère et l'oppression.

À Avignon, où réside le pape au XIVe siècle, en lisière du royaume capétien, le cosmopolitisme est de règle. Dans cette ville opulente qui atteint les cinquante mille habitants, affluent des ecclésiastiques, des ambassadeurs, des marchands et des affairistes de toutes origines.

Avec une particularité : on y trouve plus de juifs que n'importe où en France, pour la raison que le pape leur garantit une protection plus sûre que le roi. La présence des juifs en Gaule remonte au début de notre ère mais c'est seulement à partir du XIIe siècle et des croisades qu'ils ont commencé à être l'objet de tracasseries ou de persécutions.

Autrement plus récente est l'arrivée des Tsiganes, Bohémiens ou gitans. C'est au début du XVe siècle que les chroniqueurs commencent à relater la présence de ces étranges communautés de nomades au teint basané venus d'on ne sait où. Ils bénéficient au début de la protection des grands féodaux. Mais à la fin du Moyen Âge, quand ceux-ci perdent de leur superbe au profit de la royauté, leur sort se dégrade considérablement et ils se voient rejetés de partout.

Le mariage est un autre facteur de brassage, non pas chez les gens humbles qui, pour la plupart, convolent avec une personne de leur voisinage, mais dans les familles de la noblesse en quête d'alliances profitables. Dès le XIe siècle, le marché matrimonial s'étend à l'ensemble de la chrétienté sous la pression de l'Église, qui sanctionne très sévèrement les unions entre cousins, jugées incestueuses. 

Pour échapper à l'excommunication qui a frappé son père, le roi Henri 1er a fait venir son épouse de Kiev. Plus tard, c'est du Danemark puis du Tyrol que sont venues les deuxième et troisième épouses de Philippe Auguste.

L'État monarchique

Les historiens voient dans le règne de Louis XI (1461-1483) le moment où la France bascule du Moyen Âge à la Renaissance. À l'image d'Érasme, érudits et artistes continuent d'arpenter l'Europe dans tous les sens en quête de mécènes et de protecteurs. Leur langue commune reste le latin, langue vivante s'il en est. Mais les grands pèlerinages s'essoufflent et les ordres religieux ne tissent plus leur toile à travers l'Europe. C'en est fini du grand brassage médiéval.

Les États nationaux prennent forme avec des frontières mieux dessinées, une langue officielle et une religiosité propre à chacun. L'Allemagne du Nord se voue à Luther, Genève et les Pays-Bas à Calvin etc.

Les souverains demeurent fidèles toutefois aux alliances matrimoniales de sorte qu'il n'y a pas de familles plus « européennes » que les familles royales. Henri IV épouse une Italienne, Marie de Médicis, qui va régenter le pays à sa mort. Son fils et successeur Louis XIII épouse une Espagnole, Anne d'Autriche, qui, elle aussi, dirigera le pays à sa mort. Louis XIV épouse sa cousine franco-espagnole Marie-Thérèse d'Espagne, Louis XV, la Polonaise Marie Leszczynska. Quant à Louis XVI, né de Marie-Josèphe de Saxe, il épouse Marie-Antoinette de Habsbourg-Lorraine.

Dans un esprit pratique, les souverains recourent aussi de façon systématique au recrutement de mercenaires étrangers, à commencer par François 1er, qui conclut un accord avec les Suisses après que ceux-ci eussent été réduits au chômage par leur défaite à Marignan.

Louis XIV gonfle ses effectifs militaires avec un quart d'étrangers, Allemands, Suisses... et également Irlandais. Une dizaine de milliers de ceux-ci se sont mis au service du roi de France après leur défaite face aux Anglais, à la Boyne, en 1691. L'un de leurs descendants, Patrice de Mac Mahon, servira Napoléon III avec le titre de maréchal de France avant de devenir président de la République.

Louis XV doit quant à lui sa plus belle victoire, Fontenoy (1745), à un condottiere, fils bâtard d'un prince allemand, le maréchal Maurice de Saxe. L'une de ses descendantes est la romancière George Sand.

Gardes-suisses sous Louis XVI (aquarelle, Uniformes militaires des troupes françaises sous Louis XVI, 1779)

Aux XVIe et XVIIe siècles, ce sont les conflits armés qui nourrissent les mouvements de population intra-européens. Mais ces derniers sont en tout état de cause très limités.

La persécution des juifs dans la péninsule ibérique provoque la fuite de quelques milliers d'entre eux au-delà des Pyrénées. Spinoza, à Amsterdam, descend de ces réfugiés, de même que Montaigne, dont la mère, dont la mère, Antoinette Loupes de Villeneuve, était la petite-fille d'un certain Lopès dy Villenueva. Plus près de nous, Pierre Mendès France est aussi issu d'un marrane (juif converti).

Au XVIIe siècle, au cœur même du continent, dans le monde germanique, la guerre de Trente Ans entraîne des désordres de grande ampleur. Des provinces comme l'Alsace, la Lorraine ou la France-Comté sont largement dépeuplées et réoccupées par quelques dizaines de milliers d'immigrants venus de Suisse ou d'Allemagne.

Louis XIV, avec la révocation de l'édit de Nantes, en 1685, provoque la fuite précipitée d'environ 300.000 de ses sujets protestants (1 à 2% de la population). Ils vont enrichir de leur travail les pays rivaux de la France.

Jules Mazarin (atelier de Pierre Mignard, musée Condé)Il n'empêche que les monarques se montrent par ailleurs accueillants aux étrangers de qualité. Richelieu et Anne d'Autriche ne craignent pas de confier les rennes du gouvernement à un diplomate italien, Mazarin. Plus tard, le Régent charge un financier écossais, John Law, de redresser ses finances et Louis XVI fait appel pour cela à un banquier genevois, Jacques Necker.

Les artistes, poètes et comédiens italiens ont les honneurs de la cour, de Léonard de Vinci, accueilli par François 1er, à Jean-Baptiste Lully, musicien favori de Louis XIV. Les savants, philosophes, hommes de lettres, mathématiciens et astronomes voyagent et correspondent entre eux à travers toute l'Europe en ce XVIIe siècle qui est aussi le Siècle d'Or des sciences comme au siècle suivant.

Ces bonnes manières se prolongent jusque dans les premières années de la Révolution.

Mais le plus important est ailleurs, dans l'afflux d'étrangers entreprenants. Dès la fin du XVe siècle, les rois ont appelé des soyeux italiens pour développer à Tours et Lyon une industrie nationale de la soie. Plus tard, ils ont fait appel à des Hollandais pour relancer la construction navale ou assécher les marais...

Au Siècle des Lumières, dans une France en pleine croissance économique et démographique, Christophe-Philippe Oberkampf, un teinturier originaire de Stuttgart, crée une manufacture au sud de Paris, à Jouy-en-Josas, en 1760. Au Creusot, en 1782, un Anglais, William Wilkinson, monte une fonderie de canons avec Ignace de Wendel, maître de forges originaire de Lorraine.

La forge fondée au Creusot par William Wilkinson en 1779

La Grande Nation

La Révolution française, à ses débuts, s'inscrit dans la continuité de l'Ancien Régime. Elle émancipe les juifs. Ces derniers, 30.000 au total (à peine un millième de la population française), divisés en communautés très diverses, sont priés de devenir des citoyens comme les autres.

Elle dissipe aussi le flou artistique des siècles antérieurs. Désormais, une frontière n'est plus une zone où s'imbriquent des droits et des coutumes de diverses origines, comme c'était encore le cas en Alsace, mais une ligne nette et bien dessinée. D'un côté, on est français à 100%, de l'autre étranger.

Mais tout dérape quand les députés se mêlent des affaires religieuses, heurtant les convictions du roi et des humbles, jusqu'à susciter contre eux une coalition des monarchies européennes.

Les guerres révolutionnaires et napoléoniennes, de 1792 à 1815, ont pour effet d'éveiller les nationalismes en France et dans toute l'Europe. À la fidélité à la personne du roi se substitue la fidélité obligatoire à une entité supérieure, abstraite et immortelle, la Nation, qui se confond avec la patrie de naissance !

Sous la Restauration, après la chute de Napoléon, de grands esprits comme Guizot, Thiers, Michelet... inventent l'Histoire nationale, laquelle se substitue aux chroniques royales et aux grandes fresques universelles. Le roi Louis-Philippe 1er inaugure à Versailles un musée de l'Histoire de France.

On se retrouve entre soi mais le sentiment d'appartenance à une même civilisation européenne ne faiblit pas pour autant dans les élites. Si l'Allemagne et l'Italie n'ont plus beaucoup la cote, il n'en va pas de même de l'Angleterre dont les succès suscitent l'admiration universelle. Lamartine, Vigny, Tocqueville épousent une Anglaise !

L'appel de l'industrie

En 1851, lors d'un premier recensement, on dénombre en France 380.000 étrangers, soit à peine plus d'un pour cent de la population nationale. Encore s'agit-il pour l'essentiel de Belges, Suisses ou Allemands venus en voisin travailler dans les industries frontalières.

C'est alors que la France, sous le Second Empire, s'engage à marches forcées dans l'industrialisation. 

Mais cette France-là a été frappée avant tous les autres pays européens par la baisse de la natalité. Sa population, en un demi-siècle, a augmenté de moins d'un quart (de 29 à 36 millions d'habitants) tandis que celle du Royaume-Uni a doublé, de 12 à 23 millions d'habitants.

Ne trouvant pas assez de main-d'oeuvre dans les villes, les industriels vont la chercher dans les villages, qui voient pour la première fois leur population diminuer : c'est le début de l'exode rural. Ils font aussi appel à une immigration de masse. C'est une première depuis... Rollon et ses Normands, près de mille ans plus tôt.

Cette immigration est sciemment organisée par les grandes firmes, désireuses de main-d’œuvre malléable et peu coûteuse. C'est ainsi que les Houillères du Nord envoient des agents recruteurs dans le Borinage (la région de Mons, en Belgique) dès les années 1860.

Les étrangers enregistrés atteignent le nombre de 800.000 en 1876, soit deux fois plus nombreux qu'en 1851. Ils dépassent le million cinq ans plus tard et vont se tenir à ce seuil jusqu'à la fin de la Grande Guerre (près de 3% de la population totale).

Ils viennent des pays proches. Il s'agit pour un tiers de Belges du Borinage venus s'employer dans les mines de charbon. En second lieu, on rencontre des Italiens et leur nombre ne tarde pas à dépasser celui de toutes les autres nationalités. La Suisse est aussi un pays d'émigration important. Tout comme l'Espagne, dont on rencontre en France cent mille ressortissants en 1911. Il s'agit essentiellement de gens proches de la frontière : Basques, Navarrais, Catalans.

Une petite partie seulement des migrants font souche dans le pays. Sur 1,8 million d'Italiens qui arrivent en France, c'est le cas de seulement 420.000 d'entre eux, les autres choisissant soit de rentrer chez eux, soit de partir vers d'autres cieux. Il est vrai qu'ils doivent travailler dur pour se faire une place au soleil, sans aide d'aucune sorte.

Le massacre des saliniers italiens d'Aigues-Mortes le 17 août 1893 (gravure du Petit Journal)Et il arrive qu'ils entrent en conflit avec des nationaux.

Le cas le plus dramatique concerne des saisonniers piémontais employés dans les marais salants d'Aigues-Mortes par la Compagnie des Salins du Midi. Celle-ci avait constitué des brigades au sein desquelles ces Italiens étaient associés à des « trimards », vagabonds ou chômeurs recrutés pour la saison. Les premiers, payés au rendement, reprochent aux seconds de casser les cadences. Il s'ensuit des rixes qui débouchent le 17 août 1893 sur un véritable pogrom. Une dizaine d'Italiens sont tués avant que la gendarmerie ait pu intervenir.

En dépit de cela, ces premières vagues migratoires sont assez bien acceptées sous la IIIe République.

À l'époque de l'affaire Dreyfus, les outrances xénophobes sont dirigées contre les juifs réputés « cosmopolites » plutôt que contre ces migrants en voie d'assimilation. Et notons-le, plusieurs sommités ont des noms à consonance italienne qui trahissent un aïeul d'origine transalpine : Léon Gambetta, Émile Zola, Joseph Gallieni, Savorgnan de Brazza... La saignée de la Grande Guerre va bousculer cette tranquille cohabitation.


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Publié ou mis à jour le : 2015-09-05 12:38:25

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Les commentaires sur cet article :

Joseph (22-04-201411:02:30)

Il existe aussi l'immigration dite de peuplement comme ce fut le cas en Algérie après 1830

Pierre-A. (17-04-201418:09:14)

Cher monsieur Larané, Vous trouvez la Suisse "outrageusement prospère" ! Quel compliment.... Honte à vous ! Ici, nous vivons avec la "Paix du travail" et faisons confiance à nos Autorités. Faites en autant chez vous et l'on pourra discuter ! P@T


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