Les inventions françaises

Le génie français en action !

« Ma femme ? Je ne saurais mieux la comparer qu'à une invention française. C'est moi qui l'ai trouvée... et ce sont les autres qui en profitent ! » Cette phrase du dramaturge Henri Duvernois, célèbre durant l’entre-deux-guerres, illustre à la fois l’ingéniosité des inventeurs français et leur extraordinaire capacité, tout au long de l’Histoire, à penser l’universel. Car ce qui fait la valeur d’une invention, c’est précisément sa vocation à être adoptée par les autres autant qu’à répondre à un besoin pratique.

Arrêtons-nous ici sur les principales inventions (matérielles) françaises qui ont conquis le monde. Cette liste n’est évidemment pas exhaustive. Précisons également que la paternité de certaines inventions est sujette à débat. Il n’est pas rare que des inventeurs qui ne se connaissent pas aient la même idée au même moment. Les innovations majeures se faisant toujours par étapes, étalées sur des décennies, les inventeurs français ont pu en être à la genèse comme à l’aboutissement.

Julien Colliat

Balance de Roberval géante à Roberval (Oise). Agrandissement : L'Art de Nager, traité de Melchidésech Thévenot, XVIIe siècle.

Les instruments de précision

Dans la patrie de Descartes, on ne s'étonnera pas de constater que les premières inventions françaises de l’époque moderne s’appliquent surtout au domaine du rationalisme et de la précision.

Exemple emblématique, la première machine à calculer mécanique de l’Histoire, mise au point en 1642 par Blaise Pascal, à l’âge de 19 ans. Si la pascaline n’est capable de réaliser que des additions et des soustractions, son principe est toujours appliqué pour les compteurs kilométriques des voitures.

Pascalines de différentes capacités. Agrandissement : Pascaline, signée par Pascal en 1652, Paris, musée des arts et métiers.

Métronome gradué à battements muets d'Étienne Loulié (détail). Agrandissement : Description du tube de Pitot d'après le dessin original de son mémoire à l'Académie des Sciences : Description d’une Machine pour mesurer la vitesse des Eaux courantes, et le Sillage des Vaisseaux.En 1661, le savant Melchisédech Thévenot invente le niveau à bulle d'air. Leibniz dira de ce touche-à-tout à la curiosité illimitée, auteur notamment d’un traité de natation, qu'il était l’un des hommes les plus universels de son temps.

Neuf ans plus tard, le mathématicien Gilles Personne de Roberval révolutionne le pesage en inventant la balance à plateaux découverts. Les plateaux sont désormais posés au-dessus du fléau et non plus au-dessous, assurant une précision sans commune mesure. La balance Roberval fera autorité jusqu’au XXe siècle.

Le premier métronome est créé en 1696 par le musicien Étienne Loulié. L’appareil était alors appelé « chronomètre de Loulié ».

En 1735, le physicien Henri Pitot, chargé de mesurer la vitesse d’écoulement des eaux de la Seine, invente le premier appareil à mesurer la vitesse des fluides : le tube de Pitot. Perfectionné depuis, l’outil est encore utilisé dans de nombreux domaines, en particulier l’aéronautique.

L'un des premièrs arithmomètres Thomas à numéro de série unique (à partir de 500) construite vers 1865. Agrandissement : Réplique du gyroscope inventé par Léon Foucault en 1852 construit par Froment pourl'Exposition universelle de 1867, Paris, musée des arts et métiers.Les innovations se poursuivent au XIXe siècle avec l’invention, en 1820, par Charles Xavier Thomas de Colmar, de la première machine à calculer mécanique industrielle : l’arithmomètre. Capable d’effectuer les quatre opérations, l’appareil s’imposera comme une référence mondiale jusqu’au début du XXe siècle.

Autre invention capitale : le gyroscope, appareil permettant de conserver une direction invariable, créé par Léon Foucault en 1825, vingt-six ans avant son célèbre pendule.

Course de vélocipèdes au Jardin du Luxembourg. 1818. Agrandissement : Jeune vélocipédiste sur un vélocipède Michaux, revue Le Centaure, Paris, 1868.

Du vélo au scooter en passant par l’automobile

Le domaine des transports est sans doute celui où les inventeurs français ont joué le rôle le plus décisif, pour ne pas dire « moteur ». L’ensemble des moyens de locomotion modernes ont bénéficié des innovations venues de l’Hexagone.

À commencer par le totem de l’écologie politique : le vélo. En 1861, à Paris, le serrurier Pierre Michaux ajoute une manivelle munie de pédale sur la roue avant d’une draisienne pour la faire tourner comme une meule. C’est un succès ! Le vélo moderne est né. Deux frères lyonnais, Aimé et René Olivier, l'équipent d'un frein et accomplissent en août 1865 la première randonnée cyclotouriste entre Paris à Avignon.

La première motocyclette de Louis-Guillaume Perreaux. Agrandissement : Reproduction de la première moto à Almenêches (Orne), ville natale de Louis-Guillaume Perreaux.Dès 1869, Louis-Guillaume Perreaux dépose le brevet de la première motocyclette. L’engin qui dispose d’un moteur à vapeur sous la selle est appelé « vélocipède à grande vitesse. »

La France fut également la première patrie de l’automobile. En 1771, l'ingénieur du génie militaire Joseph Cugnot, invente un chariot mû par une machine à vapeur à deux cylindres, appelé « fardier », car il devait transporter de lourdes charges comme les canons de l'armée. C’est tout simplement le premier véhicule automobile ! Mais l'engin est lent (4 km/h) et impossible à manœuvrer tant il est lourd. Une invention un peu trop en avance sur son temps qui préfigure toutefois la première locomotive à vapeur sur chemin de fer mise au point par l’ingénieur anglais George Stephenson.

Le fardier de Joseph Cugnot, Paris, musée des Arts et Métiers.

Un siècle plus tard, en 1881, un électricien au nom prédestiné, Gustave Trouvé, invente le premier véhicule électrique. Il s’agit d’un tricycle mû par l’électricité.

Le tricycle électrique de Gustave Trouvé exposé au public. Agrandissement : Premier hors-bord électrique de Gustave Trouvé sur la seine le 26 mai 1881, Revue La Nature, Albert Tissandier.La même année, il adapte son moteur à la propulsion maritime créant le premier hors-bord. Fort d’une centaine d’inventions et innovations, parmi lesquelles la lampe frontale, le Français gagnera le surnom de « Léonard de Vinci du XIXe siècle ».

Le pneumatique avec chambre à air démontable est l’œuvre en 1891 des frères clermontois André et Édouard Michelin. D’abord destiné aux bicyclettes, il équipe en 1895 une première voiture, l’Éclair, révolutionnant le transport et faisant la fortune de l'entreprise.

En 1902, la société blésoise Auto-Fauteuil, dirigée par Georges Gauthier, crée le premier scooter électrique, baptisé « autofauteuil Gauthier ».

Notons enfin que la boite de vitesse automatique, si populaire outre-Atlantique, est l’œuvre d’un Français, Gaston Fleischel, qui en déposera le premier brevet en 1935.

Ballon de Jean-Pierre Blanchard en cours de gonflement dans le village Zevenhuizen, après son ascension au Palais de Noordeinde à La Haye, le 12 Juillet, 1785. Agrandissement : La 14ème expérience aérostatique de Jean-Pierre Blanchard à Lille accompagné du chevalier de Lépinard, le 26 août 1785, Louis Joseph Watteau, Lille, musée de l'Hospice Comtesse.

Les Français, maîtres incontestés des cieux

En 1783, deux papetiers ardéchois, les frères Joseph et Étienne Montgolfier, inventent l’aérostat à qui ils donnent leur nom : la montgolfière. Le 21 novembre 1783, à Paris, François Pilâtre de Rozier et le marquis d'Arlandes s'envolent à bord d'un ballon à air chaud. Ils sont les premiers êtres humains à s'élever dans le ciel.

La traversée de la Manche en janvier 1785 par Jean-Pierre Blanchard. Agrandissement : Louis Sébastien Lenormand réussit une descente en parachute de 4,3 m depuis un balcon de l'Observatoire de Montpellier en décembre 1783.L’invention des Montgolfier est aussitôt perfectionnée par leur compatriote Jean-Pierre Blanchard, qui invente le ballon à hydrogène avec lequel il traverse la Manche en 1785 en un peu plus de deux heures.

Parallèlement à l’aérostat, les Français inventent le parachute. En 1783, le physicien Louis-Sébastien Lenormand expérimente les premiers parachutes du haut de la tour de l’observatoire de Montpellier.

Reprenant ses expériences, André-Jacques Garnerin effectue le premier saut en parachute de l’Histoire, le 22 octobre 1797, depuis un ballon, au-dessus du parc Monceau, devant une foule de badauds et à l’aide d’une toile de canevas de 7m2.

La conquête du ciel par les Français se poursuit au XIXe siècle. En 1852, Henri Giffard, invente le premier ballon dirigeable à hélice et gouvernail. À bord de cet appareil équipé d’un moteur de 3 chevaux, il réalise le premier vol propulsé et contrôlé entre Paris et Élancourt.

Montgolfière Henri Giffard au-dessus de Paris en 1878, Washington, Library of Congress.Le 9 octobre 1890, à Gretz-Armainvilliers, Clément Ader s’envole avec un avion de 300 kilos, doté de deux ailes de chauve-souris, d’une hélice en bambou et d’un moteur à vapeur de 20 chevaux. En fait de vol, il ne s'agit que d'un bond de 50 mètres à quelques dizaines de centimètres du sol.

Parallèlement aux frères Wright, l’ingénieur Robert Esnault-Pelterie fait faire à l’aviation un bon de géant en inventant l’aileron et le manche à balai. En 1907, le Français est le premier à faire voler un avion monoplan à structure métallique.

Trois ans plus tard, le Marseillais Henri Fabre invente l’hydravion et réalise le premier amerrissage sur l’étang de Berre.

Esnault-Pelterie en 1907. Agrandissement : Monoplan Esnault-Pelterie, prix des 200 mètres, 1909, Paris, BnF, Gallica.

Le 13 novembre 1907, à Coquainvilliers, près de Lisieux, un mécanicien, Paul Cornu, réussit à s'élever pour la première fois à bord d'un engin d’une envergure de 6 mètres, comportant à chaque extrémité une hélice, entraînée par un moteur de 24 chevaux. Ce jour-là, il atteint l'altitude de... 1 mètre 50 en envol vertical libre ! L'exploit marque la véritable naissance de l'hélicoptère.

Bateau à vapeur ou pyroscaphe de Jouffroy d'Abbans, musée national de la Marine de Paris. Agrandissement : Le Plongeur, navire sous-marin, Paris, BnF.

Du bateau à vapeur au sous-marin

On le sait peu, mais le premier bateau à vapeur est français. On le doit au marquis de Jouffroy d'Abbans, concepteur d’un Palmipède dont les rames sont actionnées par une machine à vapeur. Sa première sortie dans le bassin de Gondé (Doubs) en 1776 est un succès. Sept ans plus tard, le marquis invente le premier bateau à roues à aubes : le Pyroscape. Long de 45 mètres et d’un poids de 150 tonnes, il remontera la Saône depuis Lyon sur plusieurs kilomètres.

Le capitaine Le Prieur et son équipement. Agrandissement : le capitaine Le Prieur avec son scaphandre à la piscine des Tourelles le 6 août 1926. Agence Rol, Paris, BnF, Gallica.Les Français vont surtout s’intéresser à la conquête des profondeurs. En 1863, l’ingénieur Charles Brun et le commandant Bourgois créent le premier sous-marin propulsé par un moteur à air comprimé : le Plongeur. Il peut embarquer sept personnes à son bord.

L’année suivante, deux Aveyronnais, Benoît Rouquayrol et Auguste Denayrouze, mettent au point le scaphandre autonome fournissant l’air à la demande. Celui-ci est perfectionné en 1926 par le commandant Yves Le Prieur qui lui ajoute la bouteille d’air comprimé.

Enfin, en 1943, Émile Gagnan et Jacques-Yves Cousteau, mettent au point le détendeur moderne, rendant enfin accessible l’espace sous-marin. Quant aux palmes de plongées, elles ont été inventées en 1914 par un autre Français, Louis de Corlieu.

Marteau-pilon du Creusot, image extraite du Manuel de la métallurgie du Fer, Tome 2, par Adolf Ledebur, 1895. Agrandissement : Marteau-pilon, emblème de la ville du Creusot (Saône-et-Loire).

Quelques inventions industrielles majeures

En 1801, l’ingénieur lyonnais Joseph Marie Jacquard met au point le métier à tisser mécanique programmable : le métier Jacquard. Il connaîtra un succès international et est encore utilisé de nos jours.

Méctier Jacquard, Paris, musée des Arts et Métiers. Agrandissement : La turbine de Fourneyron, Munich, Deutsches Museum.En 1829, le Stéphanois André Galle brevète la chaîne à maillon avec engrenage, utilisée pour les motos ou les tronçonneuses.

Trois ans plus tard, un autre ingénieur stéphanois, Benoît Fourneyron, met au point dans le Jura la première turbine hydraulique. Ses turbines s’exporteront dans toute l’Europe et jusqu’au Mexique.

Le marteau-pilon à vapeur qui a fait faire un bond de géant au secteur métallurgique, permettant de forger les énormes pièces d’aciers des navires et des trains, est conçu au Creusot en 1841 par l’ingénieur François Bourdon. Ses coups sont entendus à dix kilomètres à la ronde. Il est aujourd’hui l’emblème de la ville.

La première batterie électrique rechargeable est inventée en 1858 par le physicien Gaston Planté. Les batteries des automobiles actuelles fonctionnent encore selon le même principe. Quelques années avant cette invention majeure, il avait découvert les fossiles d’un oiseau préhistorique qui sera nommé en son honneur Gastornis.

En 1884, le comte Hilaire de Chardonnet invente à Besançon la soie artificielle à base de cellulose et de collodion. La nouvelle matière, également appelée viscose, ne servira pas qu’à fabriquer des textiles. Elle permettra de produire également les éponges et la cellophane.

Le pont de Souillac (Louis Vicat). Agrandissement : projet de Carrefour à Giration des Grands Boulevards, pour fluidifier le trafic parisien (Eugène Hénard, 1910).

Apports français dans l’urbanisme

La physionomie des centres-villes du monde entier a été bouleversée par quelques inventions bien françaises.

Le premier réverbère de Bourgeois de Chateaublanc, in Louis Figuier : Les Merveilles de la science, 1867 - 1891. Réservoir à Clamart en 1890. Structure de Joseph Monier, conception architecturale de Prosper Bobi.Le réverbère est créé en 1744 par l’horloger Dominique-François Bourgeois, ami de Vaucanson. Il est alors alimenté à l’huile de colza ou de chanvre, remplacée au début du XIXe siècle par le gaz puis, à partir de 1880, l’électricité.

Le ciment moderne est inventé par le polytechnicien Louis Vicat, concepteur du pont de Souillac (Lot). Ce premier pont construit avec du ciment artificiel a été inauguré en 1824. Balzac écrira à son sujet dans Le Curé de village : « Quelle sera la récompense de Vicat, celui d'entre nous qui a fait faire le seul progrès réel à la science pratique des constructions ? ».

Georges Claude réalisant une démonstration sur la conversion de l'énergie thermique des océans à l'Institut de France en 1926, agence Meurisse, Paris, BnF, Gallica.Quant au béton armé, il est créé en 1867 par le jardinier Joseph Monier qui cherchait à produire des pots de fleurs plus résistants.

Les tubes au néon utilisés dans les enseignes lumineuses ont été inventés en 1910 par le chimiste et industriel Georges Claude, spécialiste des gaz rares et à l’origine de l’entreprise Air Liquide.

Sans oublier le désormais incontournable rond-point. Le carrefour giratoire est imaginé par l'urbaniste Eugène Hénard. En 1907, la ville de Paris se dote ainsi des deux premiers carrefours giratoires : la place de l’Étoile et la place de la Nation. Les Anglais reprendront l’idée près de 20 ans plus tard.

L’Atelier de l'artiste : un daguerréotype de 1837, réalisé par l’inventeur du procédé photographique, Louis Daguerre. Agrandissement : La Daguerréotypomanie. Lithographie de Théodore Maurisset parue dans La Caricature en décembre 1839. De longues files de personnes attendent de se faire photographier, tandis que d'autres font la queue pour s'initier à la daguerrotypie.

La France lègue au monde la photographie et le cinéma

En 1827, le Bourguignon Nicéphore Niepce produit la première photo digne de ce nom : une vue de la fenêtre de sa maison de Saint-Loup de Varennes (Saône-et-Loire), toujours conservée.

Photographie en couleurs de Louis Ducos du Hauron vers 1879.Le peintre Louis Daguerre poursuit ses travaux et conçoit un appareil de prise de vues qu'il baptise avec modestie « daguerréotype ». Le 19 août 1839, François Arago, illustre savant et homme politique en vue, déclare devant les Académies des sciences et des beaux-arts que le gouvernement français a acheté les droits sur le daguerréotype afin d'« en doter libéralement le monde entier » !

Trente ans plus tard, Charles Cros et Louis Ducos du Hauron mettent au point la photographie en couleurs.

Bélinographe, 1912, Paris, musée des Arts et Métiers. Agrandissement : Édouard Belin dans son laboratoire en 1920.Les innovations françaises en matière d’images ne s’arrêtent pas là. En 1859, le photographe René Dagron brevète le microfilm. En 1907, l’ingénieur Édouard Belin invente le bélinographe, un appareil permettant la transmission à distance d'images fixes, ancêtre du télécopieur.

Quant à la projection cinématographique, elle est mise au point à Lyon en 1895 par les frères Auguste et Louis Lumière qui réalisent cette année-là le premier film de l’histoire : La Sortie de l'usine Lumière à Lyon.

Ambroise Paré durant le siège de Metz, 1553, Théobald Chartran, Paris, Bibliothèque interuniversitaire de santé. Agrandissement : Ambroise Paré utilisant la ligature lors d'une amputation sur le champ de bataille lors du siège de Damvillers, Ernest Board, 1552.

Les innovations françaises en médecine

Père de la chirurgie moderne, Ambroise Paré est à l'origine d'importantes avancées médicales. Ainsi, au lieu de cautériser les plaies en les brûlant, au risque de tuer le blessé, il imagine de les ligaturer ou de les panser avec un mélange à base de jaune d'œuf, d'huile et de térébenthine. Pour assister les nombreux amputés de guerre, il invente en 1564 la première prothèse articulée.

Le stéthoscope est inventé en 1816 par le médecin René Laennec. Celui-ci s’aperçoit qu’un cylindre perforé et évasé à son extrémité sous forme d’entonnoir donne une meilleure intensité au son. Il conçoit un tube en bois d’une vingtaine de centimètres et démontrera que l’écoute des sons internes de la respiration et de la circulation sanguine permet un diagnostic rapide des affections cardiaques et pulmonaires.

Le chirurgien Alfred Velpeau a quant à lui laissé son nom à un bandage qu’il a conçu en 1860, la célèbre bande Velpeau. De lui cette sentence : « Toute plaie est une porte ouverte à la mort. »

La Leçon d’anatomie de Velpeau à la Charité, Augustin Feyen-Perrin, 1864. Agrandissement : Publicité pour la bande de crêpe Velpeau, vers 1900, bibliothèque municipale de Nancy.

Durant le siège de Paris par les Prussiens, le médecin Alphonse Guérin créé le pansement ouaté pour empêcher les germes présents dans l’air d’atteindre la plaie. L’invention lui vaudra le surnom de « père de la méthode aseptique ».

Pionnier de l'hygiène des accouchées et des nouveau-nés, le chirurgien obstétricien Stéphane Tarnier invente en 1880 la première couveuse pour les prématurés. Elle est alors en bois, remplie de paille et chauffée par des bouillotes.

Sans oublier l’apport français en matière de vaccin. Après avoir mis en évidence l’existence des microbes et leur rôle dans la transmission des maladies, Louis Pasteur invente en 1885 le vaccin contre la rage qui lui vaut une renommée planétaire. Il lancera trois ans plus tard le premier centre de recherche scientifique du monde : l’Institut Pasteur. Les savants et médecins réunis en son sein par son illustre fondateur vont multiplier les découvertes.

Parmi les plus importantes : le vaccin contre la tuberculose (le fameux BCG) inventé en 1921 par Albert Calmette et Camille Guérin, celui contre la diphtérie, mis au point par Gaston Ramon en 1924 ou encore le premier vaccin contre la fièvre jaune, œuvre de Jean Laigret en 1932. C’est également à un virologue français, Philippe Maupas, que l’on doit le vaccin contre l'hépatite B (1976).

La douche au régiment, Eugène Chaperon, 1887.

La France révolutionne l’hygiène

C’est au chimiste Claude-Louis Berthollet qu’on doit ainsi l’eau de Javel, créée en 1775. D’abord appelée « lessive de Berthollet » elle prendra le nom du village (devenu un quartier de Paris) où elle était produite. À noter qu’elle n’était à l’origine qu’un décolorant. Ses qualités de désinfectant ne seront découvertes qu’au XIXe siècle.

Sous le règne de Napoléon III, un teinturier parisien, Jean-Baptiste Jolly, invente le nettoyage à sec en mélangeant par mégarde de la térébenthine et de l’alcool sur une robe. Il ouvrira le premier établissement dédié.

La douche nous semble aujourd’hui si banale et indispensable qu’on en a oublié qu’elle fut inventée en 1872 par François Merry Delabost, médecin-chef de la prison Bonne-Nouvelle à Rouen. Celui-ci cherchait à améliorer l’hygiène des détenus tout en économisant l’eau des bains.

Neuf ans plus tard, l’ingénieur Jean-Louis Mouras créé la première fosse septique. Cette vidangeuse automatique et inodore portera son nom : la fosse Mouras.

Les boites à ordures de la rue Emile Zola à Paris, 1913, Paris, BnF, Gallica.

Enfin, en 1884, Eugène Poubelle, préfet du département de la Seine, a une idée révolutionnaire : imposer aux Parisiens l'usage de réceptacles fermés pour l'évacuation des ordures ménagères. Il s'agit d'en finir avec la crasse qui fait la mauvaise réputation de la capitale depuis le Moyen Âge. Le préfet met en place un ramassage quotidien par des voitures tirées par des chevaux. Son arrêté prévoit même le tri sélectif avec une boîte pour les matières organiques, une pour les papiers et les chiffons et une pour le verre, la faïence et les coquilles d'huîtres. Ces réceptacles, qualifiés par dérision du nom de leur inventeur, se généralisent très vite dans la capitale puis dans toutes les grandes villes.

Les Fabricantes de conserves, Max Liebermann, 1879, Allemagne, musée des Beaux-Arts de Leipzig.

Inventions françaises en cuisine

L’univers de la cuisine et de l’alimentation est riche de créations françaises. À commencer par les plats et produits de consommation qui ont conquis le globe.

Symbole de fête et de célébration, le champagne est mis au point en 1688 par le moine bénédictin Dom Pérignon. Aujourd’hui, c’est près de 250 millions de bouteilles qui sont vendues à travers le monde.

Deux sous de frites, illustration de Pierre Vidal in Emile Goudeau, Paris qui consomme, 1893, Paris, BnF, Gallica.N'en déplaise à nos voisins belges, c’est en France que sont nées les frites, et plus précisément durant la Révolution, où elles étaient appelées : pommes Pont-Neuf. Dérivée de la rémoulade, la mayonnaise est aussi française et aurait été créée en 1756 lors de la conquête de Mahon, capitale de la Minorque.

La margarine a été conçue en 1869 par le pharmacien Hippolyte Mège-Mouriès à la suite d’un concours lancé par Napoléon III pour l’invention d’un corps gras semblable au beurre mais plus économique et se conservant mieux, destiné aux pauvres et aux marins.

Quant à la célèbre clémentine, elle est crée en Algérie, à la fin du XIXe siècle, par un missionnaire, le père Clément, à partir de mandariniers et d’orangers.

Plusieurs ustensiles de cuisine désormais indispensables sont d’origine française.

Réfugié en Angleterre, le huguenot Denis Papin aura laissé au monde le moyen de cuire sous pression en inventant la cocotte-minute et sa soupape de sécurité. Appelée à l’origine « digesteur », elle est conçue en 1679 et posera les bases de la machine à vapeur.

Bouteille à conserve Appert, musée des beaux-arts et d’archéologie de Châlons-en-Champagne. Agrandissement : Les merveilles de l'industrie, 1873. Boîtes de conserves alimentaires pour la viande et les légumes, Louis Figuier, XIXe siècle.Invention révolutionnaire si l’en est, la conserve, est à mettre au crédit du confiseur marnais Nicolas Appert. À la demande de Bonaparte, celui-ci met au point en 1795 une méthode de préservation des aliments consistant à les chauffer dans des contenants hermétiques et stériles. Il créera la première usine de conserves au monde. Son procédé sera complété en 1865 par Pasteur avec la « débactérisation thermocontrôlée », connue sous le nom de pasteurisation.

Bien avant la populaire sodastream, le siphon à soda est breveté en 1837 par le Parisien Antoine Perpigna.

En 1932, un modeste artisan, Jean Mantelet, invente le presse-purée dans le désir de faire plaisir à sa femme ! Après la Libération, il mettra au point les premiers appareils électro-ménagers à moteur sous la marque Moulinex.

La poêle antiadhésive est l’œuvre en 1954 de l’ingénieur Marc Grégoire qui créé dans la foulée l’entreprise Tefal. Son invention rencontrera un succès immédiat aux États-Unis.

Enfin, en 1963, Pierre Verdun,  un représentant de commerce dans le secteur de la restauration, invente le premier robot ménager. Composé d’un large bol en plastique et de plusieurs larmes rotatives interchangeables, le Robot-Coupe s’exporte dans le monde entier.

Innovations françaises dans la mode

Le monde de la couture et de la mode s’est lui aussi enrichi d’innovations françaises. On doit ainsi au tailleur lyonnais Barthélemy Thimonnier, l’invention en 1830 de la première machine à coudre.

La première machine à coudre datant de 1830. Agrandissement : Barthélemy Thimonnier, inventeur de la machine à coudre, Le Petit Journal, 9 janvier 1907. Elle permet de réaliser 200 points de chaînettes à la minute, un rendement cinq fois supérieur à celui des meilleures couturières.

Créateur en 1841 de l’actuelle École supérieure des arts et techniques de la mode, la plus ancienne école de mode au monde, le tailleur Alexis Lavigne a également conçu le fameux mètre ruban ainsi que le premier buste mannequin.

L'idée du bouton à quatre trous revient à l’industriel breton Alexandre Massé. En 1872, cherchant à améliorer la fixation des boutons à deux trous, il a l’idée d’ajouter deux trous supplémentaires. Ses boutons, vendus dans le monde entier, deviendront la norme, lui assurant une fortune considérable.

Ouvrière corsetière, ancienne communarde et amie de Louise Michel, Herminie Cadolle libère les femmes du corset en créant en 1889 le premier soutien-gorge moderne. L’accessoire appelé à un grand avenir a pour premier nom « corselet-gorge ».

À la Perséphone. Corsets de Paris. Affiche publicitaire de 1889. Agrandissement : Corselet-gorge, ressemblant à un soutien-gorge moderne (bien que toujours avec des désossages lourds), catalogue de 1902.En 1907, dans la ville de La Rochefoucauld (Charente), un cordonnier, Théophile Rondinaud, modernise des chaussons traditionnels que les paysans plaçaient dans leurs sabots, et créé une pantoufle de feutre aux couleurs vives et aux décors de type écossais. La charentaise est née est s’exportera aux quatre coins du monde.

Le polo est aujourd’hui si répandu et banal qu’on a du mal à imaginer qu’il a été commercialisé en 1926 par le tennisman René Lacoste et l’industriel André Gillier.

Cherchant à créer le plus petit maillon de bain du monde, l’industriel Louis Réard invente en 1946 le bikini, maillot de bain féminin à deux pièces. Son succès commercial ne viendra toutefois qu’une dizaine d’années plus tard grâce au cinéma.

Quant au K-way, il est lancé en 1965 par un industriel du nord de la France, Léon-Claude Duhamel, qui cherchait à créer un coupe-vent imperméable en nylon qui se range dans une pochette banane.

Désagréments des Parapluies. Caricature Parisienne, vers 1800, Brown University Library. Agrandissement : Gustave Caillebotte, Rue de Paris, temps de pluie, 1877, Chicago, Art Institute.

Ces objets du quotidien d’origine française

Le premier parapluie pliant est créé à Paris en 1705 par un maître boursier, Jean Marius. Pouvant se plier en trois parties, il est alors appelé « parapluie brisé » et se range dans un étui.

Le gilet de sauvetage est inventé par l’abbé de La Chapelle, mathématicien et auteur d’articles dans l’Encyclopédie, qui crée en 1765 un gilet de natation en liège destiné aux soldats ne sachant pas nager. Pour nommer son invention, il forgera le mot « scaphandre ».

On doit le crayon à papier moderne au peintre Nicolas-Jacques Conté. Celui-ci a l’idée en 1795 de créer une mine en faisant cuire un mélange de graphite et d’argile, qu’il insère dans deux demi-cylindres de bois de cèdre. Il faudra attendre 1828 pour que le mathématicien Bernard Lassimone dépose le brevet du premier taille-crayon.

En 1805, le briançonnais Jean-Joseph-Louis Chancel met au point les allumettes modernes. Composées de chlorate de potassium, de soufre, de sucre et de caoutchouc, elles s'enflamment lorsqu'elles sont plongées dans une solution d’acide sulfurique.

Brevet d'Alexandre Ferdinand Godefroy 1888, représentant le premier séchoir à cheveux est le premier lave tête.En 1810, Antoine François Bertrand de Molleville, ancien ministre de la Marine et des Colonies de Louis XVI, émigré durant la Révolution, invente le sécateur.

Le réveille-matin réglable est breveté quant à lui en 1847 par l’horloger Antoine Redier, inventeur prolifique.

Alexandre-Ferdinand Godefroy est l’une de ces figures injustement oubliées de l’Histoire. À la fois coiffeur et inventeur, le Français émigre aux États-Unis en 1879 où il met au point quantité d’inventions. Parmi elles : une charte de tons de colorations capillaires, un pistolet à peinture et surtout deux inventions promis à succès planétaire : le fer à friser électrique (1888) et le sèche-cheveux (1890) !

Enfin, pour réparer les chambres à air crevées, Louis Rustin met au point en 1922 une petite pièce en caoutchouc : la rustine. Devenue accessoire indispensable, celle-ci entrera dans le club très fermé des marques utilisées comme noms génériques, à l’instar de frigidaire, escalator, scotch et autre velcro.

Inventions de l’ère électronique et informatique

En 1970, l’industriel Bob Carrière brevète le digicode. L’idée lui serait venue après avoir regardé un épisode de Popeye !

Deux ans plus tard, la société Compteurs Schlumberger (actuelle Flowbird) invente l’horodateur.

Le premier micro-ordinateur n’a pas été conçu par les ingénieurs de Silicon Valley mais par l’informaticien François Gernelle pour le compte de l’INRA. Baptisé Micral N et pesant seulement 8 kilos, il sera commercialisé en 1973.

L’année suivante, Roland Moreno dépose le brevet d’une invention révolutionnaire : la carte à puce. Elle trouvera sa première application dans les cartes téléphoniques.

En 1978, Paul Lipschutz, directeur de l’entreprise Neiman, invente le système de verrouillage à distance des portes de voiture : le plip.

Enfin, le premier brevet sur la « fabrication additive » ou « imprimante 3D » est déposé en 1984 par trois Français : Jean-Claude André, Olivier de Witte et Alain le Méhauté, pour le compte de la Compagnie industrielle des lasers.

La fin des inventeurs français ?

Y aura-t-il encore une place pour les inventeurs français au XXIe siècle ? Certes, la French Tech se porte bien si l’on en juge par le nombre de ses licornes (startup des nouvelles technologies créée il y a moins de dix ans et valorisée à plus d’un milliard de dollars) : 23 pour l’année 2021. Il n’en demeure pas moins que le pays de Pasteur s’est avéré incapable de produire son propre vaccin anti-covid. Quant à la dernière prix Nobel française, la chimiste Emmanuelle Charpentier, elle a dû s’expatrier pour mener à bien ses recherches…

Ce qui est sûr, c’est que l’engouement pour les inventeurs français n’a pas disparu. Pour preuve, la popularité de Franky Zapata, un inventeur à l’ancienne, créateur du Flyboard Air, présenté en grandes pompes lors du défilé du 14 juillet 2019. Sa médiatique traversée de la Manche, quelques semaines plus tard, remémorera les épopées aériennes des débuts de l’aviation.

Publié ou mis à jour le : 2022-05-11 06:59:22

 
Seulement
20€/an!

Actualités de l'Histoire
Revue de presse et anniversaires

Histoire & multimédia
vidéos, podcasts, animations

Galerie d'images
un régal pour les yeux

Rétrospectives
2005, 2008, 2011, 2015...

L'Antiquité classique
en 36 cartes animées

Frise des personnages
Une exclusivité Herodote.net