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Le déluge

Quand les écluses du ciel s'ouvrent...


N'avez-vous jamais eu l'impression que le ciel vous tombait sur la tête ? Qu'il pleuvait des hallebardes ? Bref, que le Déluge était arrivé ? Vous n'êtes pas le premier : depuis que les hommes s'interrogent sur leur environnement et leur devenir, ils s'imaginent la fin du monde sous la forme d'une inondation géante qui ne laisserait aucune chance à toute créature vivante.

Êtes-vous prêt à plonger dans ce mythe pour en découvrir toutes les richesses ? Alors, enfilez imperméable et bottes et suivez-nous à travers les continents et les époques !

Isabelle Grégor
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Une pluie de tablettes pour une découverte inattendue

Ne commençons pas notre étude en remontant au Déluge mais plus simplement au 3 décembre 1872 lorsque l'anglais Georges Smith, spécialiste de l'Assyrie, lit devant le public médusé de la Société d'archéologie biblique un passage de l'Épopée de Gilgamesh. Ce texte, qu'il vient de traduire de l'akkadien, a été retrouvé sur une des trois mille tablettes enfouies à Ninive (au nord-est de l’Irak actuel) dans la bibliothèque d'Assourbanipal, dernier souverain ayant régné sur l'Assyrie, au VIIe av. J.-C.

L'Europe judéo-chrétienne découvre alors que le récit du Déluge n'est pas unique, mais que la Bible s'est inspirée d'un texte beaucoup plus ancien ! Les deux textes sont parfois étonnants de proximité, comme le montre cet extrait de la source akkadienne : « Je pris une colombe et la lâchai. La colombe s'en fut, puis revint : n'ayant rien vu où se poser, elle s'en retournait. [...] Puis je pris un corbeau et le lâchai. Le corbeau s'en fut mais, ayant trouvé le retrait des eaux, il picora, croassa, s'ébroua, mais ne s'en revint pas ».

Il est donc désormais indéniable que les rédacteurs de l'épisode biblique (VIe s. av. J.-C.) ont été largement influencés par leurs prédécesseurs assyriens. Noé, finalement, avait un ancêtre du côté de la Mésopotamie !

Des Noés par centaines

Le Déluge, illustration de Saint Augustin, De Civitate Dei, XVe siècle, BnF, Paris. Ce prestigieux aïeul allait avoir de nombreux héritiers, à travers le monde entier. La majorité des sociétés ont en effet élaboré une histoire sur le thème d'un cataclysme primaire ayant entraîné une renaissance de l'humanité. À travers ce mythe fondateur, les différentes cultures ont cherché non seulement à expliquer les débordements de la nature, causés par une trop grande indifférence aux dieux, mais aussi à se rassurer : après le déferlement de la mort, l'arc-en-ciel n'apparaît-il pas, apportant avec lui l'espoir et la promesse du renouveau ?

Des centaines de variantes existent donc à travers le monde : les Anciens, Grecs et Romains, aimaient par exemple raconter l'histoire de Deucalion et Pyrrha qui, rescapés de la catastrophe, ont recréé les hommes en lançant des cailloux. Dans le texte hindou (Ie s. av. J.-C.), c'est Manu qui est sauvé par un poisson auquel il attache son navire.

Les Aztèques pensaient de leur côté qu'une pluie noire avait recouvert le monde, produisant un froid polaire auquel les hommes ne pouvaient résister (Popol Vuh, « Livre de la Communauté » - XIVe s.). Des Sioux aux Inuits, des Pygmés aux Mongols, presque chaque peuple s'est forgé sa version du grand désordre précédant le retour au calme. Rien de tel qu'un bon coup de balai pour repartir du bon pied !

Petite recette pour faire un bon Déluge

L'étude des principaux textes liés au Déluge montre de surprenants point communs qui permettent d'établir en quelque sorte le squelette de ce mythe. Pour commencer, il vous faut un dieu qui, mécontent des créatures qu'il a créées, se met en grande colère et décide de faire table rase. Puis provoquez une belle catastrophe à grands renforts de pluies ininterrompues et d'inondations. N'hésitez pas, pour ajouter un brin de pathétique, à faire allusion aux efforts vains des victimes de noyade.

C'est alors que vous pourrez faire intervenir votre héros, le seul qui aura été prévenu de la catastrophe et aura donc pu bâtir quelque objet flottant plus ou moins élaboré pour sauver sa vie et éventuellement, celle des siens.

Si vous êtes très imaginatif, vous ajouterez à la liste des élus un exemplaire de chaque animal, cela aidera l'étape de la reconstruction. Car il faut bien à un moment que l'eau se retire et que notre héros refonde l'humanité. Et voilà, vous avez votre propre version du déluge !

On a retrouvé l'arche perdue ! Ou presque...

«Le septième mois, le dix-septième jour du mois, l'arche s'arrêta sur les montagnes d'Ararat» (Genèse, VIII, 4). C'est limpide : l'arche se trouve sur le mont Ararat, en Arménie ! On sait même à quoi ressemblait cette embarcation, décrite avec détails dans le texte saint : il suffit d'aller sur place pour trouver les restes d'un navire rudimentaire (arca : coffre) en bois résineux de 158 mètres de long sur 27 de large.

Dès le IVe s., le patriarche de Nisibis (Kurdistan actuel) entreprend l'ascension du sommet, haut de plus 5 000 mètres, où un ange lui remet un échantillon du vaisseau, toujours visible dans la cathédrale d'Etchmiadzine (Arménie). Cette relique ne satisfait nullement les curieux du XIXe s. qui multiplient les expéditions plus ou moins bien préparées. On parvient même en 1916 à prendre des photographies de l'arche, preuves malencontreusement volatilisées pendant la Révolution bolchevique.

En 1959, c'est un capitaine de l'armée turque qui repère un site dont la forme rappelle étrangement un navire... L'endroit y gagnera un nom, Durupinar, et une petite notoriété touristique. Qu'à cela ne tienne, il n'y a qu'à la reconstruire ! C'est ce que proposait le jésuite Athanase Kircher en 1675 : ouvrez son De Arca Noe, inspirez-vous de ses descriptions détaillées et en quelques semaines vous disposerez d'une magnifique arche à trois niveaux. À vos scies !

Le déluge, par William Turner (1805, Tate Gallery, Londres)

Le Déluge a-t-il eu lieu ?

Jusqu'au XVIIIe siècle, aucun doute : le récit biblique du Déluge est le reflet d'une catastrophe qui s'est bien produite. D'ailleurs, comment expliquer autrement la présence de coquillages fossiles sur les hauteurs les plus élevées ? Mais il est vrai que 40 jours de submersion, c'est peu pour former les reliefs ! Le naturaliste Buffon et ses collègues rejettent donc la chronologie biblique, tout en gardant à l'esprit l'idée de phénomènes naturels de grande ampleur mais désormais détachés de toute influence divine.

Le Déluge n'est pas pour autant passé dans la catégorie des histoires merveilleuses : plusieurs pistes de recherche tendent à démontrer en effet que ce mythe aurait un fondement historique.

D'après le scientifique Jacques Labeyrie (L'homme et le climat, Seuil), il pourrait résulter du lointain souvenir d'un cataclysme qui s'est produit il y a 7 500 ans, quand la Méditerranée s'est déversée par le détroit des Dardanelles et le Bosphore dans un lac qui est aujourd'hui la mer Noire, avec un niveau de 100 mètres plus élevé qu'auparavant. D'autres climatologues y voient le souvenir très flou d'une submersion marine dans le golfe Persique et en Mésopotamie, où un accident climatique aurait provoqué une hausse de plusieurs mètres du niveau de la mer.

Les catastrophes récentes (inondations au Bangladesh en 1998, raz-de-marée au large de l'Indonésie en 2004 et au Japon en 2011, ouragan en Nouvelle-Orléans en 2005...) montrent à quel point ce genre d'événement peut marquer les esprits et perdurer dans les mémoires jusqu'à traverser les siècles.

Publié ou mis à jour le : 2016-06-20 16:17:43

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